Papa Eyadema, le poète fessologue

 

Eyadema

Ah, quel mauvais Togolais que je suis, Allah ! Dire que je l’ai oubliée, cette date, cette date à nous Togolais, cette date qui se confond à notre destin de Togolais !

Comment le dire ? Le 13 Janvier passé, c’était notre date, la date de la libération du Togo. C’était notre fête de la Libération nationale. Quelle libération ? Eh bien, bande d’incultes, sachez que c’est le 13 Janvier 1963 que notre feu, regretté et reregretté, Gnassingbé Eyadema a libéré notre pays le Togo de la voie du développement qu’il avait empruntée depuis 1960 sous le père de l’indépendance, Sylvanus Olympio, pour le placer sur la voie, ô combien glorieuse, du parti unique, de la dictature, du meurtre, du vol des deniers publics…  en assassinant lâchement, non, glorieusement, ce dernier. Et ce jour qui marque le début du calvaire du peuple togolais, nous le fêtons avec joie, parce que c’est notre jour à nous. Nous avons le droit de fêter ce que nous voulons chez nous, c’est pas votre problème, bande de diffamateurs qui n’aimez pas notre cherissime Papa Eyadema qui vivra à jamais dans nos mémoires.

Figurez-vous donc que c’est ce grand jour, le jour de notre destin, que j’ai laissé filer depuis trois jours, sans l’avoir commémoré ! Crime de lèse-feu-Eyadema ! Bien, pour me rattraper, tard valant toujours mieux que jamais – même s’il vaut mieux ne jamais se marier que de le faire tard -, j’ai décidé de me rappeler notre bien-aimé père de la nation en publiant trois des plus célèbres anecdotes qui circulaient sur cet homme-mythe de son vivant.

Le poète fessologue

Papa Eyadema, raconte-t-on, avait une préférence très particulière pour les bobarabas, les nanas aux derrières bien dégagés, les Femmes-Himalaya. Et quand il se retrouvait dans sa couche avec une de ces dames aux grosses fesses, souvent arrachées à ses collaborateurs ou piquées pendant les séances d’animation qui jonchaient tous les coins et recoins où il mettait pied, il lui murmurait avant le début des hostilités : « Ô femme, fais-moi monter sur ta montagne de Sion, pour que je puisse voir dans la vallée, cette vallée pleine de merveilles et de surprises. Fais-moi monter sur ta montagne, pour que je puisse voir toute la beauté de Jérusalem. Car beaucoup de choses me répugnent ici-bas, et j’ai besoin de m’élever. Fais-moi donc, femme-élevation, femme-profondeur, monter sur ta montagne sainte. » Eh bien, pourquoi n’appréciez-vous pas cette brillante démonstration de rhétorique, hein, tas de jaloux ? Nous on fait la nique à Baudelaire, Lamartine, et même Hugo. Un clin d’œil à l’Académie Goncourt qui doit penser à honorer la mémoire de cet illustre poète baroque qui n’est inspiré que devant les paires de fesses, avant que nous ne formions nous-mêmes une Académie Goncourt au Togo pour le faire. On vous aurait avertis, tas de provocateurs. 

La modification des maudits 

L’équipe nationale togolaise de foot, reconnue pour sa médiocrité, venait de perdre un match contre un pays voisin sur un score humiliant. Quand la nouvelle fut rapportée à Eyadema, grand fan du foot, il piqua une colère d’enfer et hurla « Mais pourquoi l’entraîneur n’avait-il pas fait jouer Zidane, hein ! ». On lui fit savoir que Zidane n’était pas un joueur togolais mais français. « A quoi sert donc la coopération entre le Togo et la France, hein,  hurla le boss en donnant un grand coup de pied au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, je maudis cette équipe et cette modification la suivra toute sa vie. » Un de ses ministres osa sa vie en lui faisant savoir que le nom dérivé du verbe maudire n’est pas modification mais malédiction. « Je m’en fous, vociféra Papa Eyadema sur les nerfs, modification ou malédiction, je maudis cette équipe »… Et la modification suit l’équipe nationale de foot du Togo, humiliation à la Coupe du monde 2006 en Allemagne, crash  en Sierra Leone en 2007, tragédie en Angola en janvier 2010, faux match contre le Bahreïn en 2010…

Les kilos de dix mille

« Vous voulez combien pour faire quoi, hein, vous voulez combien pour faire quoi, hein, donnez-leur cinq kilos, donnez-leur dix kilos… » Presque tout le monde connaît cette chanson au Togo. C’était, paraît-il, le refrain que fredonnait notre bien-aimé et regretté, dix fois regretté, père de la nation quand Untel venait lui annoncer qu’Untel lui avait dit qu’Untel aurait dit à sa femme qu’Untel voulait envoyer Untel l’assassiner, lui le président à vie du Togo. Le rapporteur, pour son exploit, bénéficiait donc, paraît-il, de cinq ou dix kilos de dix mille francs – les recettes du Port autonome de Lomé -, selon les humeurs du dictateur, euh, du père de la nation. Le supposé fauteur de coup d’Etat était traqué, arrêté, maltraité, enfermé, torturé puis assassiné… pour le bien-être de la nation togolaise. Dommage que personne n’ait pu informer notre cher regretté Papa Eyadema que les démons du Royaume des morts s’étaient entendu pour l’arracher ce 05 février 2005 pour aller rôtir à petit feu en enfer comme un poulet-bicyclette de la Rue Princesse, et permettre à son petit morveux héritier d’assumer ses envies de petit prétentieux looser.

Allez, on lève les coupes, pour le 13 Janvier ! Vive le 13 Janvier, vive la fête de la Libération, vive Papa Eyadema, euh, non, il est mort, mort les deux pieds en l’air comme une poule atteinte de grippe aviaire. Vive Bébé Eyadema, qui survit, qui vivote dans la lâcheté !

Eyadema
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29 réflexions au sujet de « Papa Eyadema, le poète fessologue »

  1. Ah, mon cher homme intègre, tu crois que je suis en train de me moquer d’Eyadema, hein, je me souviens de lui, c’est tout. Curieuse manière de se souvenir des gens, Allah!
    Amitiés!

  2. Ben voilà! Voilà ce que vous êtes dans ce pays! Des tas de provocateurs qui ne reconnaissez pas les mérites de Papa Eyadema. Donc c’est mon article seul que vous appréciez, pas l’inspiration inspirée de notre bien-aimé père de la nation! Avant que je ne compte jusqu’à trois, si vous n’appréciez pas mon poète, je serai obligé d’envoyer un mail à son petit héritier à son adresse faurenousfaitchier@yahoo.fr pour lui dire que vous n’aimez pas son père. Et malheur à vous!

  3. Dis donc, votre Poète fessologue ne risque t-il
    pas de faire un coup d’État à Lucifer lui-même?

    Mais j’avoue qu’il n’est pas le seul fessologue!
    Même certains présidents des grandes puissances, les sont ou l’étaient!
    comme Clinton ou le premier ministre Silvio Berlusconi et son scandale Rubygate, critiqué même par le Vatican!

    Peut-être que la fessologie,euh…ça se dit comme ça?…, cela rime avec le pouvoir. Hommage aux poètes fessologues!

  4. Ah, Lwesso. Ta première phrase reste dangereusement dangereux. Tu suppose que notre très cher mal-aimé feu président se serait rendu en enfer et donc s’y trouverait?

    Si tu ne le sais pas, je t’informe qu’il est déjà canonisé. Étant donc au paradis, il ne peu que faire un coup d’État légitime à Dieu et instauré un régime non plus spirituel mais très sensuel où le diable sera invité en ami.

  5. écrit sur son cher paternel. Ah, Lwesso, au lieu d’apprécier le talent de poète baroque de notre père de la nation, tu te contentes de l’imaginer en enfer en train de faire un coup d’Etat à Lucifer! Crime de lèse-Eyadema! Bon, de toute façon, je te pardonne parce que t’es un pote à moi.
    Amitiés!

  6. Mon frère Zarathoustra
    Au lieu de défendre à Lwesso de se moquer de notre mal-aimé père de la nation qui nous a donné notre détesté fils de la nation, tu te contentes aussi de dire que le vieux dictateur boiteux va faire un coup d’Etat à Dieu! Ah, mon pauvre petit poète baroque Eyadema!
    Amitiés, mon cher compatriote!

  7. Il est étonnant de voir comment le président Eyadéma est rendu coupable sans aucune nuance de tous les maux affligeants le Togo, alors que l’on sait que ce sont les civils qui, par leur ambitions personnelles myopes ont facilité le lit de l’oppression qui a fini par les engloutir.

    Le président Eyadéma n’est nullement un ovni politique dans l’Afrique subsaharienne des années post-indépendances qui a consacré le raidissement des ex-puissances coloniales occidentales face au péril communiste.

    Ce commentaire qui se veut léger ressasse hélas des stéréotypes éculés sur l’évolution historique de ce pays avec son cortège de clichés manichéistes évoquant Olympio (le martyre) et Eyadéma (le bourreau.

    Et je suis au regret de vous dire qu’il est stérile.

  8. Salut Phil
    Merci pour votre commentaire.On sent vraiment que vous êtes objectif! Ces clichés qui traitent Olympio de martyr et Eyadema de bourreau, je les connais très bien, et je ne comptais aucunement les brandir. Comme vous l’avez si bien dit, Eyadema n’est pas un démon, et Olympio un ange. Mais il n’est pas non plus à épargner dans l’attribution des responsabilités aux bourreaux du Togo. Eyadema a été l’un des plus grands bourreaux de l’histoire du Togo. Et cela, j’attends toutes les preuves pour me démentir. Peut-être que je ne connais pas bien l’histoire de mon pays.
    Bien de choses à toi.
    Amitiés!

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