… Et la libido tua l’homme

 

 

 

… Et la libido tua l’homme


Ruth avait donc été très prévoyante ! De toute façon, je n’ai plus aujourd’hui cette certitude, cette confiance en moi-même, cette surestimation de mon amour-propre qui m’avait, il y a presque un mois, poussé à lui crier, humilié et sur les nerfs « Ruth, tu me déçois vraiment en me réduisant à ce que tu penses de moi, je suis plus grand que cela, et tu dois savoir que tu te dévalorises toi-même, en me faisant ainsi tomber bas. » Elle avait tout simplement souri, en maintenant sa décision : « David, tu es un homme, et cette fille est une femme. Elle doit quitter cette maison cette nuit même. Je vais me charger moi-même de l’amener chez ses parents, elle ne restera plus ici. Du moins si tu ne veux pas que je te quitte. » Elle sait m’avoir, juste en me menaçant de me quitter. Je n’avais plus pipé, complètement ramolli comme une boule d’akassa du Ghana. Et elle mit en exécution sa décision, cette nuit.

Voici, donc, presque un mois que Ruth a chassé notre domestique, parce que la jeune fille de dix-huit ans, qui vivait chez moi depuis six mois, avait carrément décidé de changer de look pour s’habiller comme toutes les jeunes filles BCBG de notre génération. Et mini jupes, et mini décolletés, et mini strings, et mini chaînes autour des hanches et de la cheville, des boucles d’oreilles en anneaux et des bracelets qui rythment de leur tintamarre les déhanchements… Et cette mini voix savoureuse qui vous la chante un hymne à l’amour en bambara quand elle nettoie le salon et que vous êtes en train de suivre la télé, qui vous la miaule « Monsieur, votre plat est prêt, je vous le sers déjà, hein », qui vous répond avec une douceur d’enfant de cœur « Passez une bonne journée, Monsieur, et prenez soin de vous » quand vous lui lancez « Au revoir » en sortant, qui vous susurre decrescendo le soir quand vous rentrez « Bonne arrivée, Monsieur, avez-vous passé une belle journée, hein » … sous les yeux injectés de sang de Ruth, l’une des filles les plus jalouses que cette terre ait déjà connues. « Cesse d’être aussi tendre et gentil avec cette fille, c’est ta bonne et non ta sœur, tu dois savoir garder tes distances vis-à-vis d’elle », m’avait-elle toujours grommelé. Je lui répondais toujours par un bah d’indifférence et de dédain. Jusqu’à ce soir où la sombre rivale de ma fiancée décida de signer son propre cahier de retour dans son village natal, en poussant l’audace de me redresser le col froissé de ma chemise que venait de repasser Ruth avec un « Monsieur, votre chemise n’a pas été bien repassée », plantant son dard de jeune fille sur-zélée dans le cœur d’une Ruth déjà trop rongée par la jalousie… Une trentaine de minutes plus tard, je m’étais retrouvé sans domestique. Je n’en ai plus, ma fiancée ayant décidé de faire seule le ménage, malgré son emploi du temps chargé d’étudiante.

Ruth avait donc été très prévoyante ! Ce fut ce que je pensai lundi matin, quand arrivant en cours, je fus stoppé au portail par une voiture de la police. Je déteste cette voiture. En fait j’ai horreur de tout ce qui est corps habillé. Les militaires, policiers et gendarmes togolais, dans leur sinistre ahan pour défendre une dictature archaïque, bancale et analphabète que celle du Togo, nous ont fait détester l’uniforme. Et chaque fois que je vois un corps habillé, j’y vois la violence et la mort. Je m’étais, donc, arrêté net devant cette voiture de la mort qui n’avait normalement rien à faire devant notre école, et m’apprêtais à demander des explications à un de mes étudiants qui sortait de l’école en courant, quand je vis arriver de la cour, les mines fermes comme toujours et martelant le plancher de leurs bottes usées comme leurs coeurs, six policiers qui poussaient un homme qui avait de la peine à avancer avec ses mains menottées. Mon directeur.

Ce monsieur d’une soixantaine d’années, m’avait raconté un étudiant, marié à une Française et père de trois enfants, venait d’être révélé par sa jeune domestique trépassant sous les outils désuets d’un guérisseur traditionnel, comme étant le père de la grossesse dont elle voulait se débarrasser.

Mon directeur, avais-je pensé en soupirant, qui avait une si belle femme, tellement ronde de derrière et de devant qu’on aurait nié qu’elle est une Blanche, n’eût été sa peau, pas une de ces Blanches-là dont les séants sont tellement plats qu’on se demande, en les voyant de derrière marcher côte à côte avec leur mari, lequel des deux est la femme, un monsieur qui peut à satiété disposer de cette beauté a été capable d’aller se déshabiller devant sa domestique, rien que sa domestique, qui dort sûrement dans la cuisine, pour la caresser, peut-être, la pénétrer, bien sûr, jouir en elle… et la rendre enceinte ! Je compris du coup pourquoi chaque fois que je rentrais dans son bureau, je tombais sur un homme extrêmement tendu, suant à grosses eaux malgré la climatisation, évitant surtout de se lever, pour sûrement cacher son entrecuisse hyper dilaté, cherchant par tous les moyens à écourter les discussions pour vite se débarrasser de moi. Le malabar était toujours occupé à reluquer les profondeurs de ces petites pussy chaudes des films X, implorant Dieu de faire rapidement coucher le soleil, tomber la nuit, pour abandonner sa femme dormant à poings fermés dans le lit conjugal, et aller, sur la pointe des pieds, rejoindre sa domestique dans la cuisine, et la prendre dans les lavabos, et la défoncer dans les cuvettes, et la dézinguer dans les marmites, et la déchirer dans les tasses, et la déchiqueter sur la gazinière…  à la grande détresse des cafards et des souris, sombres spectateurs privés de leurs logis !

Jusqu’à quelle bassesse, quelle profondeur du gouffre, la libido peut-elle conduire un homme, Terre et Ciel !

Et la réponse, je la cherche toujours, assis ce soir devant mon bureau, écoutant l’actualité. A la une, une icône de la réussite, l’idole de toute une jeunesse qui rêve la grandeur, un dieu qui devait être en train d’attendre son imminente entrée au panthéon de l’histoire de la République française, toute une histoire se faisant humilier devant les yeux de toute la Terre, à la grande joie de ses innombrables adversaires, pour, peut-être, sa libido, pour, bien sûr, la libido !

 

11 réflexions au sujet de « … Et la libido tua l’homme »

  1. Davidos, les femmes sont trop belles ici dehors. En plus quand tu es avec une chez qui « tout a lâché » comme aime à dire l’un de mes bons amis et qui de surcroît te donne une ration de tendresse famélique, il est souvent aisé d’aller voir dehors pour des bras plus accueillants… Aux atouts plus qu’affriolants!

    1. Ah, mon cher Jackson!
      Il faut vraiment se demander si c’est une bonne ou mauvaise pratique que de doubler sa femme, prétendant que tout a lâché sur elle, avec tous les désagréments que cela peut poser!Mon cher, tu as la tête d’un mec qui ne dois pas tromper sa femme, et ne le fais donc pas, tu es trop cool pour cela!
      Amitiés

  2. toi tu me fais trop rire avec ces histoires! C’est cool, ça nous guérit et nous distrait, du courage! Surtout, écoute les conseils de Ruth looo!

  3. Tu te demandes: « Jusqu’à quelle bassesse, quelle profondeur du gouffre, la libido peut-elle conduire un homme, Terre et Ciel »?

    Non, je ne quoi pas que la libido doit être incriminé. Il n’y ni bassesse, ni gouffre. Encore des mots de la sainte morale!!!

    Tous nous aimons ces chemins sensuels, pleins de plaisirs interdits par lesquels la libido nous conduit.

    Seulement c’est par hypocrisie que nous semblons être stupéfaits de certaines histoires dites scandaleuses.

    Au fond, nos petits plaisirs mignons, on les savoure bien pourvu que personne ne sent sont odeur!

    Amitiés!

    1. Toujours ce philosophe qui nous parle! Charles! T’as vraiment raison « Au fond, nos petits plaisirs mignons, on les savoure bien pourvu que personne ne sent son odeur! »
      Que faire, mon Socrate!

  4. Mmmm à bien des écarts nous mène la libido… je dis « nous » car les filles aussi s’égarent parfois…si elles ne sont pas trop occupées à couver de leurs yeux jaloux la prunelle de leurs nuits… chanceux va!

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