24 heures porno

Cette fille ! Ah cette fille ! Elle était donc tout ce que m’avait raconté sur elle le gardien. Une avaleuse d’eaux de ruissellement ! Toutes ! Chez moi là-bas, dans la dictature cinquantenaire, on l’eût surnommée Manavi (que je donne), ce surnom plaqué à toutes ces minettes si généreuses qu’elles ne peuvent passer une minute sans s’étaler ou se recroqueviller, s’écarter, et avaler, avaler… avaler tout ce qui leur passe sous le nez. « Ouuuuuuiiiii, oh, nooooonnnnnnnnn », avec un grand bruit, peut-être un coup de poing excité donné à la table sur laquelle elle était en train d’être déchirée. Le genre de femelle qui ne peut être consommée dans ces maisons qu’on appelle chez moi les soldier lines, où l’intimité des colocataires n’est protégée que par le mince mur qui les sépare, où le bruit des ailes d’une mouche peut être entendu dans la pièce voisine. Toute la maison comptera avec précision le nombre de fois qu’elle se fait culbuter.

« Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, eeeeeeeeeeh, uuuuuummmmmm… » Et pourtant, son mari, un vert-galant d’une soixante d’années, magistrat retraité, qui la comblait comme on comble un nouveau fétiche, l’avait laissée juste la veille pour un voyage en France. Mais l’avaleuse, la p… n’arriva pas à résister à ce ver qui la chatouillait, lui mangeait l’entrecuisse, la grattait au fin fond. Elle était partie, pour se faire labourer et relabourer, dans l’un des ghettos de Bamako chercher un de ces jeunes rastas, qui ne se lavent pas, ne se brossent pas, se droguent à longueur de journée, et qui sillonnent le centre culturel français et les ambassades occidentales, guettant de vieilles Blanches dépiécées mais allumées comme des poules, à catapulter, au bout de quelques coups de reins, sous la barbe de Dieu. « Cette fille est une pute, une vraie péripatéticienne, pour elle c’est comme une malédiction, elle ne peut pas fermer les cuisses juste pour une seule nuit, elle trompe son mari tout le temps et avec n’importe qui, moi-même je suis déjà passé par là, wallahi, de la vraie profondeur, celle-là, tu peux aussi essayer si tu veux, elle ne refuse personne », m’avait toujours soufflé le gardien de la maison.

Et la voilà encore en action cette nuit, la profondeur, cette nuit où elle était partie chercher un de ces tontons-baiseurs des bas-fonds de Bamako, pour suppléer son mari qui venait à peine de tourner le dos. Cris, gémissements, soupirs, battements de mains, bruits… juste au-dessus de ma tête. Très compétent, ce rasta. Avis aux prochaines mémères blanches qui descendront bientôt à Bamako, à la quête de la queue rare.

Et moi j’étais là, allongé sur mon lit, à ne pas pouvoir dormir, à écouter cette petite gâterie gémir ou hurler, ou battre des mains, ou cogner un meuble, à chaque plongée et sortie du rasta. Depuis maintenant deux heures. Moi qui avais décidé de vite dormir pour me réveiller tôt.

J’allumai mon lecteur de CD et mis un morceau de John Star, cet artiste de gospel togolais qui essaie de concilier la musique de Bob Marley et l’Evangile, appelant Dieu dans ses morceaux gospel sous le nom de Jah. Volume au top, pour, peut-être, rappeler aux baiseurs d’en haut de ne pas oublier Dieu, le pauvre, même dans les plus délicieuses profondeurs. « O Jah, ô Jah, montre-moi ce que je dois faire, pour mieux vivre… » Mais c’était vraiment méconnaître les machines de la société Energie du Mali communément appelée Energie du Mal, ces vieilles machines aussi capricieuses qu’une nouvelle veuve, réputées pour leurs panes nocturnes, surtout durant les périodes de canicule. Délestage. Noir. Silence. Je poussai un soupir de rage, aussitôt étouffé par un grand bruit venant d’en haut. Le rasta avait peut-être, pour une énième fois, balancé la petite profondeur contre un meuble, pour la transpercer encore plus à fond. « Aaaaaaaaaaaaaaaaooooooooooouuuuuuuuuuu, noooooooooooonnnnnn, uuuuuuuuuuuummmmmmm… » Il avait dû prendre toute une boîte de viagra, ce crasseux rasta. Qu’il ne la tue pas, Dieu des pauvres profondeurs, que ce rasta ne tue pas cette petite profondeur cette nuit, Amen.

Je ne pouvais pas dormir cette nuit, du moins avant que ce sale vigoureux rasta n’ait fini de tuer cette petite dévergondée de plaisir, de douleur, et de ses eaux infectées. Sortir pour un cent pas dans la rue. Vingt-trois heures et quart. J’enfilai un pantalon et une chemise et sortis presque en courant de la maison. La pleine lune, telle une amoureuse zélée mais ignorée de l’amant, s’efforçait à éclairer de ses rayons timides une terre enveloppée de ténèbres. Pénombre. Deux Ivoiriennes, de la taille d’une marmite de célibataire, me dépassèrent, l’une jurant contre une rivale. « Fille-là je vais la tuer, je vais tuer fille-là cette nuit même pour qu’elle comprenne qu’on ne me cherche pas palabre… » Une amie qui lui avait volé un tonton friqueur, peut-être. On les dit très jalouses, très accrochées à leurs petits de soixante ans aux portefeuilles lourds. Une colonne d’air presque fraîche me chatouilla la poitrine. Je sentis l’envie de fredonner. « Quand Margot dégrafait son corsaaaaaaage… » Le corsage, la petite profondeur l’avait déjà dégrafé au sale rasta, cher Brassens. Deux phares, à quelques centaines de mètres, filant, sur la route, droit sur moi. Un réflexe de noctambule certifié. La police. Oui, la patrouille. Je n’avais pas ma carte d’identité, ni un billet de banque, l’autre carte d’identité. Et si ces policiers m’arrêtaient, surtout que je ne parlais pas bambara, étant étranger, un potentiel malfrat donc, je risquais de dormir au commissariat, parmi des brigands et des criminels. Me cacher. N’importe où. Celui qui a la diarrhée n’a pas peur de l’obscurité, proverbe fétiche de mon vieux père Eyadema. En un bond, j’étais dans une maison inachevée au bord de la route. Un gémissement étouffé me vint d’un coin de la chambre non couverte à moitié éclairée par la pleine lune…

– Euh, je…

J’eus la chair de poule, ébahi par le spectacle. Pétrifié comme la statue de sel de la femme de Lot.

– Toi-là que fais-tu là, hein ?

Le monsieur, un nabot musclé, complètement noirci par la pénombre, brillant sous le cristal de sueur recouvrant son corps, une queue tendue et aussi droite que la barre de fer contre laquelle s’était levé Soundiata Keita, fit quelques pas pour se rapprocher de moi, libérant sa proie qui se redressa contre le mur, me fixant avec étonnement.

Quelle horreur, mon Dieu !

– Euh, excusez-moi de vous avoir dérangé, monsieur, mais je fuyais les policiers, ils sont en patrouille et je n’ai pas de pièce.

Le rabougri, rassuré, massant sa queue comme pour lui demander de patienter pour quelques secondes avant de reprendre ses exploits, fit tracer un semblant de sourire sur ses lèvres avant de me grogner :

– Là tu risques de passer la nuit ici, parce que les policiers viennent s’installer là, juste devant la maison. Ils ne quittent pas avant quatre heures.

D’un geste de la tête, il me montra la route. La voiture de la police s’était effectivement immobilisée juste devant mon refuge, et quatre policiers mirent pied à terre, attendant de pied ferme le premier petit étourdi noctambule à arnaquer, ou à amener souffrir pour quelques heures au commissariat.

– De toute façon, tu peux rester ici jusqu’au départ des policiers, mets-toi à l’aise, tu ne nous déranges pas, fit mon interlocuteur, se dirigeant vers sa profondeur qui s’était déjà remise en position, les deux mains collées au mur, le derrière repoussé pour libérer le passage aux passagers enculeurs.

Comme pour me montrer que je ne les dérangeais aucunement pas, il donna un grand coup de main sur les deux calebasses charnues de l’avaleuse qui miaula un « Aaaaaaaaaoooooooooooooouuuuuuuuiiiiii » excité, avant de s’écarter un peu plus, pour que les longueurs remplissent mieux les profondeurs, dans la meilleure des pénombres possibles.

Entre étonnement et dégoût devant ce spectacle inattendu, je consultai ma montre pour connaître l’heure qui me séparait du départ des policiers. Vingt-quatre heures. Quatre heures donc à rester là, dans cette pénombre, dans cette chaleur, sous ce concert de moustiques, à suivre toutes les saisons de cette série d’enculage, à apprécier le savoir-enfoncer et le savoir-avaler de mes deux acteurs. Quatre heures de pornographie en direct. A moins que mon hôte ne décide de me passer la main de temps en temps, pour m’empêcher de trop baver. Faut pas faire, l’hospitalité, elle est africaine, hein !

12 réflexions au sujet de « 24 heures porno »

  1. Davidos, Florian et toi avez un problème avec les rastas sales qui squattent les centres culturels français à la recherche de petites blanches qui aimeraient faire bohème? Non, parce que dans un récent article, Florian a dit la même chose… A croire que vous visez quelqu’un en particulier. 😉

    Bon. Tu voulais fuir les problèmes et tu es allé trouvé pire dehors. Cerné par la flicaille et deux amants entreprenants. Si seulement, tu avis su, tu serais resté dans ton lit à méditer le jour où ton tour arriverait de passer sur la gentille voisine! D’un autre côté, tu aurais pu ne pas regretter ta sortie noctambulesque. Ca dépend de si ton hôte t’a proposé de se joindre à eux et si toi tu n’as pas fait la fine bouche… Alors?

    1. Euh, panda, Florian et moi sommes pas rastaphobes mais… on déplore seulement leur philosophie de ne pas se laver parce que ça peut polluer l’environnement. Tu vois non?
      Bon, quant à l’hospitalité de mon hôte qui doit me passer de temps en temps la main, reste à savoir. Va falloir compter sur son hospitalité.

          1. Hé! Hé! Hé Merci! J’ai eu la réponse à ma question! Apparemment, tu n’es pas ressortie de ta cachette improvisée très mécontent! 😉

  2. Salut David, je viens de découvrir ton blog et je suis actuellement tordu de rire. Mais comment faites-vous pour manier avec cet excellent brio la langue de Molière, jouant avec cet humour et cette virulence?
    Mais la suite de la nuit, comment las-tu passé?

    1. La langue de Molière, elle est tellement belle qu’il faut la presser, la represser, la tourner, la retourner pour bien en jouir.
      Merci pour les compliments, cher Jacques

  3. Mmmmm les rastas sales, il y en a ici aussi. Ou on a l’équivalent les « artesanos »… et je suis sûr qu’ils ont beaucoup de talent. Malheureusement les filles d’ici sont plutôt allumeuses et branchées minets… Heureusement qu’il y a les gringas pour gémir entre les murs en contreplaqué des chambres d’artisans!!

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