Le string fleuri de Marie

 

Un avant-goût de mon recueil de nouvelles, Apocalypse des bouchers, qui sort dans quelques jours.

Tu veux, cousin, comprendre pourquoi ma sœur Martine a quitté le séminaire, sur les ordres de Mère Marthe, hein. Cette histoire, cousin, je vais te la raconter mais sache que je n’y crois pas trop parce que, cousin, faut pas faire, faut toujours se méfier de blasphémer et ne pas dire ces genres de choses sans les avoir vues vis-à-vis devant les clients. Je n’y crois donc pas trop, je te le répète, même si les enquêtes ont sincèrement révélé que c’était vrai.

Tout a commencé avec une grande fête qu’organisèrent les catholiques pour fêter l’apparition de la Sainte Mère dans un petit village pas loin de la capitale. Je sais pas si tu le sais, cousin, la Vierge Marie de Soutacountry s’est maintenant trouvé un dada pour faire parler d’elle, elle apparaît, ou plutôt on dit qu’elle apparaît fréquemment dans de petits villages, au milieu du soleil. Eh bien, que veux-tu, cousin. La Sainte Mère n’est-elle pas la plus merveilleuse des mères, hein. Et comment veux-tu qu’avec ce calice que nous font boire les reptiles amorphes et leur de-père-en-fils, notre chère mère nous laisse comme des orphelins, hein.

Donc, notre Sainte Mère, c’est-à-dire celle de Soutacountry, avait décidé d’apparaître toutes les semaines dans un petit village reculé du pays. Au petit matin à six heures, le prêtre du village élu constatait l’évènement et rassemblait tous ses fidèles dans la cour de l’église. Il leur demandait donc de fixer, à partir de midi, le soleil, sans bouger les cils, et murmurer, comme on peut le faire à sa mère biologique, leurs problèmes à la mère de Jésus. Mythe ou réalité, vérité ou mensonge, seuls Dieu et Son Fils peuvent le savoir, tous les fidèles qui faisaient cet exercice affirmaient trouver, quelques jours après, des solutions à leurs problèmes, sans pour autant avouer qu’ils avaient fait un tour à l’hôpital pour chercher des produits pour leurs yeux devenus rouges comme ceux d’un charlatan béninois, et qui versaient des centimètres cubes de larmes. Les femmes, spécialistes avisées en publicité, invitaient leurs copines non catholiques à faire tous les efforts possibles pour ne pas rater les rendez-vous avec l’Immaculée.

Cousin, faut que tu comprennes toujours ceci, dans un pays où l’on n’a rien à faire à part chanter gloire à un fils ayant succédé à son père à la suite d’une boucherie d’élections, ces évènements qui rassemblent des foules sont d’une grande importance parce qu’ils permettent de temps en temps de lutter contre la monotonie et le regret. Et puis tu sais que certains Africains sont aussi grégaires que des moutons !

Les villages qui avaient l’honneur d’accueillir, dans leur soleil, la Sainte Vierge devenaient donc, pendant toute la durée de l’apparition, de vraies cités, où grouillait une inestimable foule incomparable à un marché populaire chinois. Et le dimanche qui suivait l’apparition, on organisait une grande fête, présidée par le prêtre du village, pour célébrer l’heureux évènement avant la construction du monument qui devait servir de souvenir et de lieu de pèlerinage. Le gouvernement récupéra l’évènement à travers les services fiscaux qui demandèrent aux prêtres d’exiger aux visiteurs une somme de mille francs avant la contemplation de la Sainte Vierge. On ouvrit donc des bureaux de perception d’impôts dans tous les villages, même les plus reculés du pays. Le tarif ne découragea pas les visiteurs, mille francs pour se débarrasser, pour toujours, de tous ses problèmes, cousin, faut que tu le reconnaisses, n’est vraiment rien. Quelques ministres et professeurs d’université démissionnèrent et devinrent des percepteurs d’impôts. L’affaire était plus juteuse.

Donc, le dimanche qui suivit l’apparition de la Sainte Mère dans le village dont je te parlais, cousin, une foule de plus de dix mille personnes attendait dans la cour de l’église catholique, pour célébrer la grande messe. La cérémonie devait normalement débuter à sept heures, et toute cette foule en effervescence attendait le prêtre qui ne venait pas. Il était neuf heures et on s’apprêtait à aller le chercher quand il arriva tout en sueur et essoufflé. Excusez-moi, fit-il à l’assistance après avoir fait le signe de croix, le Seigneur était en train de me révéler de bonnes choses et j’ai dû L’écouter jusqu’au bout. Le public lui exprima son pardon à travers un tonnerre d’applaudissements de joie. Il était aux anges et cria Alléluia en sortant de sa poche et en faisant tourner au-dessus de sa tête, en signe de gaieté, un mouchoir, ou plutôt ce qu’il prenait pour un mouchoir et qui n’était autre qu’un string blanc fleuri, le nouveau slip préféré des filles de la nouvelle génération. Le pauvre ! Il s’était réveillé très tard entre les bras de sa dulcinée et avait en se hâtant confondu le string de cette dernière à son mouchoir, pensa-t-on, je te le précise, cousin, parce que moi je ne crois vraiment pas cette histoire à rendre maboul, crois-moi. La pauvre fille serait en train de chercher son cache-sexe dans la chambre du prêtre. Quel malheur !

Le public poussa un cri de dégoût et de protestation et le prêtre honteux se coula derrière le voile qui cachait le lieu saint du temple. Un véritable black bazar s’installa dans la foule. Les originaires du village hôte ne coupèrent pas en quatre les cheveux pour connaître celle à qui appartenait ce string. Une seule fille portait des strings dans ce village, et elle se nommait Marie.

Marie était une coiffeuse, la meilleure du village. Elle était une vraie Aphrodite et on racontait même dans le village qu’elle avait participé à une élection miss et aurait même pu remporter le trophée si elle n’avait pas mal parlé le français. On lui avait demandé, paraît-il, Dites, mademoiselle, ce que vous pensez de la prostitution et du chômage. Marie avait répondu en souriant au public, Bon, quant à ce qui me concerne selon mon avis, le prostitution est une mauvaise travail parce que une fille qui va prostituer ne va pas trouver la mariage. La chômage est une bonne métier parce qu’il permet à toutes les étudiants de se reposer après les études. Le public explosa de rire et Molière frémit dans sa tombe devant ce français d’une élégance pas même digne d’un hérisson. Elle loupa le trophée mais se contenta d’être la maîtresse d’un député de la région qui lui ouvrit un grand salon de coiffure dans le village. Contrairement à son homonyme de la Bible, Marie n’était pas du tout un bon exemple et était très mal vue dans tout le village. Elle portait des pantalons qui la serraient et faisaient ressortir tous ses traits, et on la surnomma dans le village dessinatrice parce qu’elle se dessinait parfaitement dans tout ce qu’elle portait. Elle ne remontait jamais ses pantalons et jupes et faisait voir, au grand bonheur des hommes et des jeunes garçons, bien sûr, la fente de ses fesses que ne cachaient pas les strings qu’elle portait, et qu’elle était la seule à posséder dans le village, et les perles qui lui entouraient les hanches. Elle s’était tatoué tout le corps avec des dessins bizarres comme le coeur, les seins d’une femme, les sexes masculin et féminin… Elle s’était percé le nez et la langue et y portait des boucles et avait deux boucles d’oreilles dans chaque oreille. Quelle prostituée ! Elle n’avait pas honte d’embrasser les garçons en public et appelait tout le monde mon amour. Elle sortait avec un garçon au plus pendant un mois et lui criait avant de le plaquer, Je suis fatiguée de ta petite et ridicule queue, je veux en sentir une autre plus consistante en moi. Beaucoup affirmaient qu’elle agissait ainsi parce qu’elle était possédée d’une mamiwata, ces méchantes sirènes qui poussent les belles filles à avoir des comportements indécents. Elle était très mince et comme tu peux déjà le deviner, cousin, plus d’un disait qu’elle avait le sida et les plus pointus juraient l’avoir vue en ville au centre de prise en charge des personnes séropositives.

Le prêtre couche donc avec Marie, hein, elle est la seule à porter ces choses dans ce village, hurlaient les villageois humiliés par le comportement de leur prêtre, se dirigeant en rage vers l’atelier de coiffure de Marie. Ils ne l’y trouvèrent pas, et se dirigèrent, sans poser des questions, vers la maison du prêtre. Ils défoncèrent la porte de la chambre à coucher… Eh, cousin, conte ou légende, mythe ou réalité, mensonge ou vérité, seul le Ciel peut témoigner. On trouva Marie, cachée sous le lit du prêtre, nue. On la lyncha pendant toute une semaine, en criant sur elle, Ton histoire de garçon-là va te tuer un jour. Tu as quoi dans ta chose, hein. Tu as quel ver dans ta chose-là et qui te gratte tout le temps, et qui ne te permet pas de rester une seule seconde sans homme, hein, on t’a pas mis de l’eau chaude dedans quand tu étais bébé, hein, tu n’as même pas honte de conduire les hommes de Dieu dans la tentation, petite dévergondée, ashao kantovi. Eh bien, tu es une grande honte pour ce village, et à cause de toi, nous n’avons plus célébré la fête de l’apparition de la Vierge Marie qui ne sera sûrement pas contente de nous. Qu’allons-nous faire maintenant, hein. On renvoya du village son amant, le prêtre.

Eh bien, cousin, faut pas faire, l’histoire fit le tour de tout le pays, et atteignit même le Ghana, le Bénin et le Togo. Mère Marthe se mit dans une terrible rage contre les prêtres, et même l’Église catholique, la pauvre. Elle partit sur-le-champ au séminaire retirer ma soeur, Martine, en hurlant, On me l’a dit mais je n’ai pas écouté, c’est rien que des boucs qu’on nous forme aujourd’hui comme prêtres, des gens dont les ça ne peuvent pas rester sans bouger, des gens prêts à tirer sur n’importe qui et n’importe quoi. Et c’est maintenant que je comprends ce qu’on me disait quand j’envoyais ma fille au séminaire, Marthe, vaut mieux que tu l’amènes servir le charlatan du village au lieu de l’envoyer au séminaire passer dans la couche de tous les prêtres.

 Apocalypse des bouchers, Paris, Edilivre, 2011, 206 pages, 18 euros.

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16 réflexions au sujet de « Le string fleuri de Marie »

  1. Quelle impertinence! C’est grave, heum, non! c’est trop grave! Il me faut une ordonance du Vatican retablissant l’inquisition pour ces ecrivains, ces 2.0. et specialement contre ce David, plutot un Goliath, philistin de sang! Je vais donc de ce pas enervé porter l’affaire, ton cas, devant le Saint Siege!

    Et sache que je reviendrai plus sur ma decision, meme si tu m’offre une autre Marie!

    Amities, tres cher ennemi!

    1. Pouah, au lieu d’aller pratiquer ton vodou dans le temple du vodou où on t’a chassé, t’es là à en vouloir à de paisibles gens comme moi. Euh écoute, tu prends la Marie stringée ou pas, hein? T’es mon ennemi mais je pourrai te l’offrir. Etre le rival d’un prêtre, ça peut avoir quel goût hein?

  2. Je pense qu’avec internet, l’histoire a dépassé les frontières de ces trois pays pour ne pas dire le monde entier est au courant de l’histoire Soutancontry

    1. Le monde entier au courant de cette histoire à rendre maboul? Eh, et pourtant c’était un secret, personne ne devait être au courant de ça à part les témoins de Soutacountry! Mon histoire de palabre là va me tuer un jour! Comment je vais faire maintenant hein?
      Salut, mon homme intègre, envoie-moi ton mail inbox et je te file le bouquin promis.
      Amitiés

  3. David, eh David! Dis-moi, à moi ta petite chérie de merde, quel stupéfiant prends-tu avant de rédiger de tels textes, hein? On te connaît provocateur, mais là, hum. Tu es déchaîné, Faure Gnassingbé ne te suffit plus, ni son père, encore moins les pasteurs, c’est maintenant les tout-puissants prêtres! Eh….. Ta grosse tête là nous manque hein!!!!

    1. Oh, ma Sylvianette, le stupéfiant que je prends avant de rédiger mes textes, c’est bien la déception que j’ai eue depuis que tu m’as plaqué, hi hi hi. Je cherche à me venger de toi en provoquant à travers mes textes. Tu ne vois pas le lien? Eh bien,écris-moi en off. Et puis oublie cette histoire de Faure et son paternel. C’est mes potes et je les gère. Toujours.
      Amitiés; petite chérie à moi, c’est-à-dire à moi-même.

    1. Eh grand frère! De quoi puis-je parler d’autre si c’est une guerre des strings qui se passe toujours autour de moi hein? Les gens-là vont finir par me gâter, je te jure, grand-frère! Mes nièces, comment elles vont? Bob on va s’écrire inbox, c’est Noel qui commence déjà à me monter sur la tête.
      Respects!

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