Ma Gabonaise n’ira jamais au paradis

 

Miss Gabon 2012, toi au moins t’iras au paradis, ma belle

Dieu seul sait que j’ai des rêves prémonitoires. Je savais, en me réveillant ce matin, qu’une très bonne nouvelle, une aubaine, m’attendait durant la journée. Mon rêve me l’avait dit. Je m’étais vu à une table dans un grand restaurant togolais, la tête posée sur les cuisses de la plus belle Miss déjà élue au Togo, et là ce n’est pas encore la merveille parce qu’une Miss au Togo, c’est comme une star dans l’équipe nigérienne de foot, du borgne au pays des aveugles donc, mais on fait avec, je m’étais, donc, vu, bien fringué, maquillé et travaillé comme le capitaine Sanogo avant une intervention télé, dans un restaurant togolais, la tête posée sur les cuisses de la plus belle Miss déjà élue au Togo, grondant et giflant par moments le serveur du restaurant qui n’était autre que Faure Gnassingbé. Moi, client autoritaire, je grondais et giflais Faure Gnassingbé, minable petit pauvre serveur, la tête posée sur les cuisses d’une Miss Togo. Ce rêve ne pouvait me présager qu’une très bonne nouvelle durant la journée…

… et le coup de fil de Urcia. Salut Dave, ben ça fait vieux là, tu cherches plus à savoir comment va la poubelle que t’as jetée, hein, c’est Urcia, bébé Bongo comme tu m’appelles, eh bien, je t’informe que je viens de décrocher ma maîtrise, mon séjour au Mali est terminé, je veux pas faire mon troisième cycle dans ce pays où tous les cancres passent si facilement aux examens, je dois donc retourner à Libreville, mais je veux passer les sept jours qu’il me reste à faire à Bamako à mener la vie avec toi. Je t’invite donc ce soir à la Terrasse des Délices, viens me chercher à vingt heures, tu connais où me trouver. Hein, Urcia ! La Urcia à moi, c’est-à-dire à moi-même, Urcia qui m’invitait, après trois ans de séparation et de silences, à mener la vie avec elle durant une semaine, mener la vie, une nouvelle expression sortie droit du petit précis du dévergondage des jeunes filles de Bamako pour englober la débauche, la fornication, l’adultère, les partouzes et autres saletés avec des partenaires incertains.

Urcia, ex parmi mes ex, rien à faire, en ton nom, et au nom de toutes les Gabonaises que j’ai connues avant et après toi, je consacrerai avant la fin de cette année un livre aux Gabonaises, un livre que j’intitulerai avec l’étonnante sobriété qui me caractérise, Casse-toi, pauvre Dieu, et laisse les Gabonaises gouverner le Paradis, un livre dans lequel je dirai ce que je pense de vous, parce que je vous aime de toute mon âme, nom d’un pervers incurable, vous êtes les filles les plus généreuses d’Afrique, sortir avec vous c’est automatiquement devenir un gigolo, comme vous êtes prêtes à entretenir, comme vos bébés, vos amants avec tous vos sous, toutes vos forces, toutes vos rondeurs, et toutes vos profondeurs, vous êtes justement le contraire de ces petites mendiantes maliennes qui la bouche en accent circonflexe vous susurrent tous leurs malheurs une fois que vous commettez le crime de leur faire la cour, leur colopathie à traiter, les ordonnances à acheter à leurs petites sœurs parce que, aïe pitié, leur père polygame les as abandonnées pour une femme plus jeune, leur basin à acheter pour aller au mariage d’une cousine, leurs frais de scolarité à payer pour pouvoir composer en fin d’année… la peste, ces petites talibés maliennes ! Mais vous, vous les Gabonaises… hum,  avec les billets de la maffia des Bongo… D’ailleurs, je casserai bientôt la représentation de Jésus que j’ai à mon chevet pour y mettre la photo d’une Gabonaise, vous êtes, vous les Gabonaises, ma nouvelle divinité.

La Terrasse des Délices. La musique a démarré, on est parti pour vous déloger, on vient pas vous menacer, mais la danse d’Afrique va vous emporter… Déhanchements d’enfer des dévergondées sur la piste de danse. Faut très rapidement convaincre les vieux blancs barbus et ventrus installés autour des tables à vite choisir le sandwich dans lequel ils disparaîtront durant la nuit.  Nous consommons, Urcia et moi. Ecoute, Dévé, avale comme tu veux, y a que ça à faire maintenant, il paraît que des barbus cocaïnés descendront bientôt au nom de Dieu détruire tous les bars à Bamako et fouetter à mort tous les garçons et filles qui s’aiment ou se niquent, eh bien, débauchons comme si c’était notre dernier jour sur terre, t’inquiète pas pour la facture, je gère tout, ce vieux chauve franc-maçon d’Ali Bongo croit avoir fermé les robinets, des sornettes, oui, tant que le cul puera la merde, nom d’une Gabao, Dévé, je te jure, y aura toujours des fuites au Gabon, ça tu peux me croire, bourre-toi donc la gueule comme tu veux, nous avons toute une semaine de vie à mener.

Je me ferais tuer pour les Gabonaises, Terre et Ciel ! Il faut couper, faut décaler, couper décaler, faut couper, faut décaler… Je prends Urcia par la taille, et elle en a, la taille, comme toute fille de l’Afrique centrale moins la Centrafrique qui se respecte, me trémousse pendant quelques minutes avec elle sur la piste de danse, manquant de vomir tous mes intestins sous le parfum cadavérique des aisselles des petites putes qui continuent, par leurs coups de reins endiablés, à allumer le feu des vieux blancs spectateurs. Je commence à être présent, c’est-à-dire à sentir que je suis là, moi-même je veux dire. Urcia me sent, c’est-à-dire qu’elle sent que moi-même je commence à être là. Elle me murmure à l’oreille, Payons et rentrons, je commence à te sentir.

Payons, hein ! Cette forme du verbe payer me paraît subitement si angoissante, si agressive, si mortelle. Urcia fait signe au serveur qui amène une facture de plus de cent mille francs, mon salaire mensuel d’enseignant vacataire quand je ne chôme aucun cours dans le mois, ou que Sanogo ne se saoule pas pour faire un coup d’Etat dans le mois, décrétant un couvre-feu dans tout le Mali. Urcia tâte son portefeuille et s’exclame ! Elle a oublié de prendre des sous. Ecoute Dévé, tu paies, je te rembourse une fois que nous arrivons chez moi, fais vite et rentrons parce que je commence sérieusement à te sentir, ça m’excite grave. Je caresse ma poche, pas pour chercher mon portefeuille où je n’ai pas plus de dix mille francs, mais pour sortir mon revolver OT235-C35. Ça doit vraiment être si sensationnel, abattre une Gabonaise dans un bar à putes.

Je suis dehors, quelques minutes après, cherchant mon scooter dans le parking, toujours complet, c’est-à-dire avec Urcia, mais sans mon passeport, ma carte consulaire et les pièces de mon scooter confisqués par la sécurité du bar. Je viendrai les chercher demain. Hâtons-nous, ma bichette, de mener la vie avant l’aube, les barbus arrivent pour nous fouetter au nom d’Allah, nous sales bouffeurs de tomate. Je fonce à travers des raccourcis, suivant les indications d’Urcia, mon scooter roulant presque à la vitesse de croisière d’un avion d’une compagnie aérienne de la République démocratique du Congo s’apprêtant à se crasher.

Monsieur, la police, veuillez descendre de la moto et présentez-nous vos pièces et les pièces de votre moto. Panique. Je ressemble à un militaire malien devant la mitraillette d’un combattant rebelle touareg. Urcia descend de la moto et rejoint le groupe de six policiers en riant. Je ressemble, euh, je suis un zigoto dupé, et qui monte, violenté par deux robustes policiers, dans une fourgonnette de police pour aller dormir parmi des brigands et des malfaiteurs dans une puante et infectée cellule de commissariat, parce qu’il n’a ni ses pièces d’identité, ni les pièces de la moto qu’il conduit. Bonne nuit, Dévé, j’espère que tu mèneras bien la vie cette nuit dans ta cellule avec les brigands, beaucoup d’entre eux sont des pédés, je suis gentille, très gentille, et demain matin je t’amènerai une couche, ah oui, c’est pas possible, comme demain matin je pars définitivement pour Libreville, c’est ça ma monnaie que je t’ai gardée depuis trois ans maintenant, j’espère que t’as retenu la leçon, on ne plaque pas une Gabao comme tu me l’as fait il y a trois ans, allez, demain tu pars payer ce que nous avons consommé pour récupérer tes pièces, du moins si tu arrives toujours à marcher sans couche, bonne nuit et amuse-toi bien.

La fourgonnette démarre. Je suis coincé sur une banquette-arrière entre deux policiers aux visages aussi hideux qu’un masque dogon fabriqué par un borgne. Urcia fait des signes de la main au policier qui conduit et hèle un taxi en riant. Je pense que je dois changer le titre de mon best-seller consacré aux Gabonaises, avec un clin d’œil à ma doyenne Tanella Boni, Ma Gabonaise n’ira jamais au paradis.

 

17 réflexions au sujet de « Ma Gabonaise n’ira jamais au paradis »

  1. Hyper Drôle!!!
    Tu es juste imaginatif Dave. Merci de m’offrir le sourire avant mon sommeil de fin d’une journée aussi difficile que celle d’un Chef d’Etat de la CEDEAO à la recherche de solution pour bouter les touareg du Mali…
    Vivement d’autres encore.!

    1. Hein, mon cher Emile, là j’aimerais pas être à ta place, wallahi! Tu crois que toi, nouveau chef d’Etat et médiateur ouest africain – si si, je te nomme-, tu peux trouver une solution, avant ou après ton sommeil, à ce chaos malien hein! Là contacte-moi, je te donne le numéro des barbus fouetteurs et tu commences à négocier avec eux.
      Hi hi hi!
      Amitiés

  2. On appelle ce coup la vengeance d´une femme! Du moins la prochaine fois, tu te chercheras une autre africaine beaucoup plus oublieuse.
    Chapeau pour l´inspiration en attendant toujours le tourdes tchadiennes et francaises.

  3. Quelle grande chance nous les Maliennes avons de t’avoir à nous? Dire que nous te rencontrons, te touchons, te… tous les jours, même si tu nous traite de mendiantes! Eh, Dévé, nous t’avons fait quoi, pauvres petites maliennes, nous qui te kiffons tant!

    1. Hein! J’ai pitié! Quel méchant mari je peux être mon Dieu! Non, mon Astouette, tu sais que je ne regarde que vous, c’est-à-dire vous les Maliennes, même quand vous me faites des fuites dans mes poches! Bah, là je vois, je voulais plus parler de ça mais…Grrrrrr
      Amitiés

  4. Eh Dave, wouaiiiii, donc cette fois, pas moyen de narguer les policiers comme la dernière fois…
    Mais dit, tu t’es fais avoir comme un bleu….
    Merci pour le rire, rien de plus beau pour finir une journée triste…..
    Bonne suite!

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