Le féticheur et ses gonzesses au cyber

 

Un féticheur africain

Souley est catégorique, il ira au Togo et même au Bénin, le saint des saints, dès la semaine prochaine consulter un féticheur, il doit impérativement envoûter Alimatou, cette jeune étudiante malienne de vingt-et-un ans qui depuis 2008 l’a sucé jusqu’à la moelle, sans jamais lui avoir ouvert les portes de son pays de Cocagne, avant de le plaquer, fini, la semaine passée. J’ai souri. Dire que je l’avais averti ! Ces petites étudiantes de Bamako sont des monstres, aussi redoutables qu’un dragon dans un film asiatique des années Bruce Li, que je lui avais conseillé en 2008, quand excité comme un ministre de l’Education togolais suivant une élection Miss Togo, il m’avait parlé de sa relation avec sa dulcinée. La boucle, le jaloux ! Je l’ai bouclée, moi le jaloux. Et, pendant quatre ans, il s’est fait escroquer par cette petite fille, avant de se faire jeter dans la rue la semaine passée comme un chien galeux, la dulcinée lui ayant signifié qu’elle n’était pas prête à mener la vie avec lui, elle avait un amant en Espagne qu’elle devait partir rejoindre. J’ai rigolé !

Je rigole toujours, non seulement de sa mésaventure, mais de sa fatale décision d’aller finir ses économies, d’aller se finir, pour consulter au Togo ou au Bénin un féticheur pour charmer la tapineuse. Disons que je crois à nos féticheurs et à leurs forces, parce que j’ai eu toute mon enfance et mon adolescence pour les expérimenter. Né en ville, j’ai pourtant passé mon enfance et mon adolescence dans mon village natal, Mission Tové, situé à une trentaine de kilomètres de Lomé la capitale togolaise, parce que j’eus le malheur de naître à une époque où mon père, comme tout polygame qui se respecte, avait décidé d’expédier ma mère, sa première femme, loin de sa nouvelle et fraîche conquête qui ne supportait pas la vieille importune qu’était ma maternelle.

Enfant gâté suscitant la jalousie des villageois parce qu’ayant un père fonctionnaire aisé, élève jeune, intelligent et turbulent se moquant à merveille des vieux cancres des classes, j’ai été à plusieurs reprises envoûté et j’ai des fois frôlé la mort, comme par exemple en 1990 où à six ans je fus rendu infirme durant trois mois par un paquet indésirable d’épingles et d’hameçons qui me furent envoyés dans le corps, ou en 1999 où je perdis la vue à quelques jours de mon examen du Brevet d’Etudes du Premier Cycle, punition du major de ma classe que j’avais traité de gros porc bouché parce qu’il n’était pas arrivé à résoudre une simple équation à une inconnue. Mon village, Mission Tové, malgré son beau nom à la blanche, est l’un des coins les plus réputés du Togo en sorcellerie, fétichisme et autres pratiques des forces occultes.

Mais je rigole toujours devant la menace de mon infortuné Souley d’envoûter sa malienne, parce que j’ai depuis longtemps compris que nos fétiches, même les plus redoutables, tout comme la plupart de nos références historiques, ont beaucoup perdu avec l’invasion de la technologie, la mondialisation, la globalisation et tous ces autres concepts à connotation occidentale qui ont façonné notre génération, les conditions n’étant plus réunies pour qu’ils soient efficaces. Ma lointaine mémoire d’ancien charmeur de filles me ramène quelques pratiques fétichistes pour envoûter des filles, des pratiques que j’ai essayées dans le temps et qui ont donné des résultats satisfaisants, mais dont les limites sont aujourd’hui aussi visibles que la lubricité dans les yeux de Faure Gnassingbé.

1990. J’avais six ou sept ans. Très jeune, mais déjà grand fan de Miriam, la jeune fille de huit ans de notre voisin, un ingénieur agronome. Après quelques jours de drague infructueuse, Miriam remarquant plutôt mon rival Rodrigue aussi nul à l’école que Balotelli à une finale d’Euro contre l’Espagne, mais suffisamment doué en foot pour plaire à une fille, je décidai de l’envoûter. Simple, le remède. Une tête de margouillat séchée et écrasée, la poudre dissoute dans une boîte de parfum, le mélange à verser dans l’urine de la fille convoitée. C’était la belle époque où les filles, pagnes ou robes retroussés, les fesses au vent, les cuisses écartées, urinaient partout par terre. Je traquai la Miriam durant une journée dans la cour de l’école et arrivai à mettre mon mélange puant dans son urine derrière une salle de classe. Deux jours après, je frottais mon petit papa tendu et raidi contre Miriam dans un coin de notre classe vidée des élèves, après l’heure de la sortie. Fétiche super nickel, oui ! Mais le drame aujourd’hui est que les filles n’urinent plus par terre, des toilettes étant installées partout, et ce fétiche si efficace naguère risque d’être aujourd’hui pour le charmeur de filles une éternelle boîte puante aussi encombrante que le vieux loup français Charles Debbasch au Togo.

1999. Je venais d’entrer au lycée. Eliane, une fille de ma classe me tournait et la tête et les entrailles. L’avoir. Obligatoirement. Première tentative, échec. Deuxième tentative, Je ne veux pas de toi, fiche-moi la paix. Troisième tentative, une gifle, et une convocation chez le surveillant général du lycée pour harcèlement sexuel. Rendez-vous chez le féticheur, ma belle ! Le féticheur me remit une amulette et me demanda de la tenir dans mes mains, à minuit juste, et prononcer quatre-vingt-dix-neuf fois le nom d’Eliane, les esprits profiteraient de l’obscurité totale de minuit pour aller lui voler son âme en plein sommeil et me l’amener. J’obéis. Une semaine après, j’étais le prince charmant d’Eliane, les esprits ayant volé son âme, en plein sommeil, à minuit. Mais aujourd’hui, avec ces postes téléviseurs et autres appareils électroniques à deux balles de la Chine, ces multiples chaînes câblées au prix d’une baguette de pain, la prolifération des boîtes de nuit et bars à putes des Chinois et des Libanais, et surtout cette putain de Facebook, on se demande quelle jeune fille dort encore à minuit. Les fétiches risquent d’aller tomber sur la belle pas assoupie au lit mais suivant au salon un feuilleton hindou aussi nul qu’un discours du capitaine Sanogo, ou dans un cybercafé trompant un zozo bébête sur Facebook, ou dans une boîte de nuit frottant sa nymphomanie contre la libido raidie d’un lascar cocaïné. Et avec toutes nos capitales, sauf Conakry, éclairées maintenant à toutes les heures, ces fétiches-là qui n’officient qu’avec la complicité de l’obscurité doivent vraiment se poser mille questions sur leurs stratégies.

2004. J’étais, jeune technicien supérieur fraîchement sorti de l’école, tout orgueil, toute fougue, stagiaire dans une agence de la Banque togolaise pour le Commerce et l’Industrie. Cherita, une jeune stagiaire d’une année moins âgée que moi m’hypnotisait par ses déhanchements à faire piquer une crise d’épilepsie à Silvio Berlusconi. Feu rouge, elle sortait avec un footballeur, rien qu’un footballeur mais un footballeur quand même, c’est-à-dire un mec au niveau d’éducation aussi douteux qu’un avion fabriqué en République démocratique du Congo, mais capable de venir chercher sa nana en voiture tous les soirs, l’amener dans un snack, lui offrir un téléphone portable, des cartes de recharge, tout ce que le demi-intello raté masturbateur que j’étais n’était pas capable d’offrir à une fille, eût-elle une hanche aussi fournie que celle d’une danseuse de Femi Kuti . Au secours, féticheur ! Le féticheur me demanda un brin de cheveu de la Chérita, ce que j’arrivai à avoir après trois jours de gymnastiques, profitant de son sommeil pour lui en couper un petit morceau, comme c’était la belle époque où certaines de nos filles savaient encore qu’elles pouvaient être belles avec leurs cheveux naturels. Le jour suivant, Chérita, subitement folle de moi comme une jeune veuve de son pasteur, rompait avec son nullard mais riche footballeur. Son cheveu l’avait livrée. Mais aujourd’hui, avec toutes ces mèches brésiliennes, argentines, colombiennes, indiennes, et il paraît même qu’il y en aura bientôt des bantoues, des mèches de femme bantoue, mon Dieu, eh bien, aucune de nos filles ne veut plus laisser ses cheveux naturels, oubliant ou ignorant que nous pouvons en avoir besoin pour les envoûter. Même les mendiantes aux feux tricolores de Bamako, tendant la sébile, ont des perruques ! Des ennemies du progrès de nos fétiches et féticheurs, de vraies !

 

14 réflexions au sujet de « Le féticheur et ses gonzesses au cyber »

    1. Hein! Cher Elomvi, Mabanckou! C’est du costaud costaud ça! Tu me donnes la grosse tête, alors que j’ai déjà une trop grosse tête! Je vais faire comment pour porter hein!
      Amités

    1. Eeeeeeh nyadoé to! Dékpé nto mou léo dé! Né tsougbèdjèvi wo djo nyia dé wo nouto wo ma dja va maaaaaaaaaa?
      Mi do gbé na lomé towo, Faurevi koudo yé bé azianviwo looooo!
      Amitiés

  1. david david je te reconnais la et laisse moi te dire que rien que pour toutes ces pratiques vive les meches et le modernisme car etre un homme ne passe pas par l’aide de quelqu’un ce sont ces echecs qui t’endurcissent et le raccourci du mfeticheur n’est qu’un leurre.
    bonne inspiration

    1. Hi hi hi, chère Amadore, tu crois donc que vous allez vous en sortir facilement, hein! On va moderniser les fétiches, même avec vos mèches brésiliennes on vous aura! Même en boîte de nuit on viendra vous chercher!
      Amitiés

  2. Je vois donc pourquoi j’ai toujours été amour… de toi, Dave! Avec ta grosse tête là, tu consultes des féticheurs pour nous charmer, hein! Vive la technologie, on verra bientôt comment tu trouveras des nanas. Ah, morte morte de rire! David tu es fouuuuuuuuuuuu!

    1. Bah, Elodie, comment veux-tu que je ne consulte pas des féticheurs pour t’avoir quand je passe tout mon temps à te demander de venir me chercher à Bamako mais tu viens jamais, hein! Ecoute, c’est pas parce qu’il y a maintenant la technologie que tu peux croire que je peux plus t’avoir. Dans trois jours, je veux te voir à Bamako ou… Mais informe-moi avant de venir, Sanogo est dans la placiaaaaa! Si si, il n’est pas encore mort!

    1. Oh, ma Nanyette, termine ta phrase, tu sais que t’es chez toi sur mon blog, termine donc tes phrases, t’inquiète. Sur mon blog t’es chez toi comme, euh, comme… hein, comme… euh, une femme chez son, euh chez son… aie, son ma… ma… mari… aïe, je m’en vais, le dragueur en ligne en moi c’est encore réveillé!
      Amitiés

    1. Hé éééhhhhhhh! Boukary, tu me provoques, ma langue n’a pas de caleçon, je vais tout dire…. Sur le bateau! Il va falloir que tu cherches à me corrompre, ou je vais tout dire! Amitiés.

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