L’islamophobie aux enfants de 7 à 77 ans

 

Crédit image: www.ocw.nd.edu

Mars 2008. J’étais stagiaire dans une grande institution bancaire malienne. Je venais à peine d’arriver au Mali. Un midi, à la cantine, durant une discussion avec des collègues stagiaires, jeunes comme moi, sur la fréquentation des boîtes de nuit, je déclarai, en riant, que les boîtes sont tellement entrées dans nos habitudes que si Mahomet avait vécu à notre époque, il en fréquenterait aussi. Un de ces anachronismes que j’ai l’habitude de raconter sur Jésus pour faire rire les amis, comme par exemple, Si Jésus tarde à revenir comme il l’avait promis, c’est qu’il y a maintenant trop de belles filles sur terre et qu’il a peur de ne plus pouvoir retourner au ciel, pris en otage sur la terre par les beautés. Ma blague sur Mahomet, que je croyais drôle, eut, à mon grand étonnement, un effet contraire sur mes collègues. Aucun d’eux ne sourit, mais ils me regardèrent tous d’un air gêné. Le lendemain, je fus convoqué à la Direction des Ressources humaines de la banque et, à mon grand étonnement, on me fit savoir que je devais savoir parler en groupe, pour maintenir la convivialité qui régnait entre le personnel de la banque. Ma blague sur Mahomet. Tellement dégoûté, je jurai intérieurement de ne plus jamais parler ni de Mahomet, ni même de l’islam jusqu’à la fin de mon stage. Ce que je fis.

Le 30 juin 2012. Je rédigeai un article intitulé Je suis si impur, et j’aime la tomate où je parlais d’une expérience bizarre que j’ai eue avec un voisin d’avion la veille, entre Casablanca et Bamako, un voisin qui m’avait mis sur sa liste noire, parce que je lui avais déclaré que je mangeais de la viande de porc. Dans le même article, j’affirmais, pour répondre à un groupe de fanatiques de Bamako qui jubilaient autour des racines d’un arbre découvert dans un village malien, des racines qui écriraient le nom de Mahomet et d’autres qui dessineraient une carte de l’Afrique, ce qui voudrait signifier que Mahomet allait bientôt délivrer l’Afrique de ses malheurs, je répondais donc à ces fanatiques qu’au lieu de sauver l’Afrique, Mahomet devait tout d’abord chercher à sauver sa religion, l’islam, qui devient au jour le jour une bouillabaisse où s’en vont se vautrer tous les terroristes, narcotrafiquants et criminels de la Terre. Le jour suivant, je fus invité sur une chaîne de radio de Bamako pour discuter de l’actualité malienne. On aborda le sujet de mon article, et je soutins que l’islam, tel qu’il est aujourd’hui infecté par tous les pervers et criminels de cette terre, a beaucoup de travail à faire pour laver cette image de religion guerrière qui lui colle à la peau. Et ce travail doit surtout être fait par les musulmans eux-mêmes. Je reçus deux menaces dans ma messagerie Facebook le lendemain. J’étais dans un pays musulman, et je devais faire attention à ce que je racontais, m’avertit-on.

Le 25 juillet 2012. Je publiai dans mon blog et dans des journaux en ligne qui publient mes textes une nouvelle intitulée J’irai chez Dieu crier Allahou Akbar où je peignais une jeune femme qui venait de se suicider à Bamako, ayant fui Tombouctou aux mains des islamistes, après avoir vu son propre fils de onze ans tuer son mari et violer ses coépouses. J’essayais, à travers cette nouvelle, d’attirer l’attention sur le dangereux fléau des enfants-soldats qui avait commencé à gangrener le Nord Mali, les journaux relatant que les islamistes avaient commencé à armer des enfants de la région. Je reçus le même jour de la publication de nouvelles menaces dans ma messagerie Facebook, des messages venant de profils qui disparaissaient du réseau social quelques heures après. On m’accusait de décrire l’islam comme une religion violente et barbare.

Je n’ai pas aimé le film l’Innocence des Musulmans, parce que c’est une catastrophe, une grosse bêtise sans nom. On ne peut pas ainsi, comme l’a fait le réalisateur de ce film, injurier l’homme qui constitue l’idole, l’objet de vénération de toute une communauté religieuse. Aucun homme, fondamentaliste ou pas, n’aimerait voir ainsi tourné en dérision l’objet ou l’homme sur qui il fonde sa foi. Dans nos sociétés animistes, les dieux, qui sont généralement des animaux, ou des objets, ou des végétaux, sont des totems que les adeptes ne peuvent trimbaler ou toucher n’importe comment, et ces adeptes n’aiment pas que les profanes les trimbalent ou les touchent n’importe comment. Le serpent python est un dieu pour mon peuple éwé, et il est interdit, dans cette communauté, de tuer ou maltraiter ce serpent. C’est pourquoi, même quand un fils de cette communauté qui croit en ce serpent le surprend rampant dans son lit, il n’a pas le droit de le frapper, il le déplace doucement, avec respect, avec un bâton. Une idole, un dieu, un prophète… tourné en dérision, injurié, constitue pour son adepte un coup reçu par sa foi. Et les musulmans ont le droit de s’indigner et de s’opposer à ce film.

Mais je ne suis pas d’accord avec ces manifestations sanglantes dans lesquelles beaucoup d’innocents ont été tués, notamment l’ambassadeur américain à Benghazi. Quitte à renforcer ce soupçon, ce délit d’islamophobie qui plane sur moi. Quant aux caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo, bah, je suis très mal placé pour les dénoncer, moi qui, malgré que je sois chrétien, né d’une mère chrétienne qui frise l’extrémisme religieux, et que j’appelle des fois par ironie une chrétienne salafiste, moi qui à longueur de nouvelles, à longueur de livres, caricature des hommes d’église, du petit pasteur de coin de rue qui escroque et trompe ses fidèles au tout-puissant prêtre qui brandit devant ses fidèles en criant Alléluia le string de sa copine qu’il a confondu à son mouchoir, en passant par cette femme orgueilleuse de pasteur qui se fait courtiser et épouser par un fou… Des textes que j’ai déjà publiés dans des livres, des journaux, et dans mes blogs, sans qu’un chrétien ne m’ait envoyé un seul message de menace. Je lisais, il y a quelques jours, un texte du jeune auteur et humoriste français Nicolas Bedos qui qualifiait la Bible de « best-seller pour pédophiles », sans faire sonner ni tambour ni trompette.

Cette époque a poussé des ailes, de très grandes ailes qu’aucun fondamentalisme, aucune barbarie, aucune violence ne peut couper. Et je ne vois pas le degré de violence qui arrêtera aujourd’hui les réalisateurs de films blasphématoires, les humoristes ou les caricaturistes. Plus la répression s’intensifie, plus l’envie de provoquer augmente. Et les musulmans doivent comprendre qu’ils ont le devoir de laver leur religion de cette tache de violence qui la souille aujourd’hui aux yeux du monde. Il ne suffit plus de simples déclarations timides pour dénoncer les crimes et barbaries de ceux-là que nous appelons par convention les islamistes, mais qui prétendent aussi agir au nom du même coran, pour le même prophète que les musulmans. C’est une guerre qu’il faut leur livrer, aux fondamentalistes, et les musulmans doivent en être les plus grands combattants. Car, aujourd’hui, ce qui salie plus l’islam ce ne sont pas les films blasphématoires, mais ceux qui assassinent des innocents, tuent des enfants, brûlent de pauvres Occidentaux pour protester contre ces films. Ce qui fait le plus détester l’islam ce ne sont pas ceux qui caricaturent Mahomet, mais ceux qui tuent prétendant dénoncer ces caricatures. L’islamophobie, la vraie, c’est les extrémistes. Les musulmans extrémistes.

 

22 réflexions au sujet de « L’islamophobie aux enfants de 7 à 77 ans »

    1. Oh, Anne, Anne, la super cool de Bonn, la française qyui m’a sauvé de la noyade du bain de l’anglais, comment ça bouge? Et à la Deutsche Welle, tout baigne? Tout un plaisir et à très bientôt.
      Amitiés

  1. Je me suis déjà poser la question et je te la repose peut-être que tu pourras en dire plus dans un tes billets: et si le monde musulman ignorait ces provocations? Seulement il montre au monde qu´ils n´ont d´autres arguments valables que la violence. Tcha…

    1. Et quand on fait preuve de tant de violence, chère Mouna, c’est qu’on est faible, très faible. Et c’est ce qui me fait pitié de ces gens-là, des gros faiblards, rien de plus.
      Amitiés, la Mounette.

  2. Hello There. I found your blog using msn. This is a very well written article. I’ll make sure to bookmark it and return to read more of your useful information. Thanks for the post. I’ll definitely return.

  3. Stp,David fait attention à toi:à ce que tu dis et à ce que tu fais.Toi-meme tu sais que dès qu’il s’agit de religion,les gens perdent la raison tout à coup.Tu reçois tout le monde sur ton blog:tous pays,toutes religions et opinions politiques confondues.Si ça ce n’est pas etre ouvert d’esprit,alors je ne sais pas ce que c’est alors.Continue à nous conconcter des textes,à donner des interview et à voyager partout…

    1. Oh, t’inquiète, ma belle, j’ai des convictions que je dois défendre, je suis ainsi, et malgré le très gros risque, je dirai aux musulmans, et d’ailleurs à tous les adeptes des autres religions, ce que je pense d’eux. En fait ce que je pense moi, ça représente pas grand-chose mais bah, je le dirai quand même. C’est cela ma vie.
      Tout un plaisir Rita.

  4. Bravo encore, David ! courageux et tellement vrai ce que tu dis ! prendrais-tu la relève de Molière en fustigeant ainsi les « Tartuffe », tous les imposteurs religieux ? Vaste programme…
    Oui, les vrais islamophobes sont ceux qui démolissent l’image de leur religion….c’est une idée forte.
    Amitiés
    Lisa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *