Que renaisse le Togo… que guérisse le Mali

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[L’interview qui est reprise ici a été réalisée par Abdoul-Karim Thiam, pour La Gazette bamakoise]

2012 a été marquée par plusieurs évènements sur le continent africain. En ce début de la nouvelle année 2013, notre journal a tendu le micro à quelques personnalités vivant à Bamako. L’écrivain-blogueur togolais David Kpelly, vivant à Bamako depuis cinq ans, connu pour sa vive implication dans la vie sociopolitique de son pays d’origine le Togo et son pays d’accueil le Mali a accepté de répondre à nos questions sur ses moments forts de l’année écoulée, et ses vœux pour la nouvelle année.

La Gazette bamakoise : David Kpelly, bonjour. Vous êtes reconnu pour vos écrits au vitriol sur des sujets sociaux, politiques et religieux sur le Togo et le Mali, et avez d’ailleurs acquis dans la presse le statut d’écrivain-blogueur engagé. Quels sont vos moments forts dans la vie sociopolitique du Mali en 2012 ?

David Kpelly : Merci de m’avoir accordé cette opportunité. Disons que pour le Mali, c’est le coup d’Etat du 22 mars qui a renversé le président ATT qui m’a le plus marqué. On pouvait mieux faire pour gérer la rébellion touarègue. Le pays était en crise, et on n’avait plus besoin de cette intempestive ingérence de l’armée dans la vie politique. Je n’ai pas aimé ce coup d’Etat, et je n’ai pas hésité à le dire depuis le 22 mars. Cela n’a pas été facile, puisque ATT était en disgrâce aux yeux du peuple malien, et beaucoup de Maliens voyaient en sa chute une délivrance. Mais je pense que la suite des évènements commence à nous donner raison, nous qui avions dénoncé le coup d’Etat. Voici presque un an que les militaires sont là, mais nous ne faisons que tourner, rien n’a été fait pour la reconquête du Nord aux mains des rebelles et des islamistes. Pour gérer ce problème, il faut une harmonie à la tête de l’Etat malien, et cette harmonie les militaires ne peuvent pas l’apporter. Jamais. Tant que le capitaine Sanogo continuera de jouer au grand potentat, nommant et détrônant qui il veut, arrêtant ceux qui ne lui plaisent pas, s’arrogeant tous les pouvoirs dans le pays, alors que ni les assaillants du Nord, ni les pays qui veulent aider le Mali à régler le conflit, ni la communauté internationale ne veulent de lui, je ne sais pas trop comment nous nous en sortirons. La hiérarchie doit être respectée, pour le bon fonctionnement de toute organisation. Je pense bien à cette formule de William Shakespeare : « Supprimez la hiérarchie, faussez seulement cette corde, et écoutez quelle dissonance ! ».

Quels sont les évènements qui vous ont marqué dans votre pays le Togo en 2012 ?

Au Togo, j’ai été marqué par la dynamique qu’a suscitée le Collectif Sauvons le Togo, une grande occasion à travers laquelle les Togolais ont encore montré leur profonde aversion vis-à-vis de la dictature. Il est vrai qu’au jour le jour la force de ce collectif s’estompe et il peine de plus en plus à mobiliser les groupes. Mais il faut de temps en temps des regroupements de ce genre, pour montrer au pouvoir que le peuple ne veut pas de lui. J’ai été aussi marqué par l’affaire Pascal Bodjona. Je pense que son malheur doit normalement mettre en garde tous ceux qui s’associent aujourd’hui à ce pouvoir pour spolier le Togo, ils ne sont à l’abri de rien, et peuvent chuter n’importe quand. Il y a ce proverbe de mon peuple éwé qui stipule que quand tu vois la tête de ton prochain dans la marmite du lion, pense à la tienne. Faure Gnassingbé, comme tout dictateur qui tient à son pouvoir, a déjà suffisamment montré comment il peut bien remercier ceux qui l’ont aidé à arriver au pouvoir. Il les neutralise, en commençant par son propre demi-frère Kpatcha Gnassingbé qu’il a mis en prison. C’est d’ailleurs génial, je pense à la citation biblique selon laquelle tout royaume dont les hommes s’affrontent entre eux s’approche de sa fin.

Et il y a eu, juste en fin d’année, cette histoire sur la mort du président togolais Faure Gnassingbé. Qu’en avez-vous pensé ?

Bah, c’était du vent. La mort de Faure Gnassingbé ne m’intéresse pas, puisqu’elle ne changera rien au Togo. C’est plutôt l’extermination définitive du clan qui l’entoure et de cette hideuse armée que nous avons qui libérera le Togo. Il y a d’ailleurs eu des thèses qui ont stipulé que Faure a monté cette histoire lui-même pour se faire un coup de pub, d’autres ont avancé que c’était une pratique spirituelle pour allonger sa durée de vie. De toute façon, si c’est lui-même qui est derrière ce ramdam autour de sa mort, il mourra bientôt. On n’a point besoin d’être un initié pour savoir qu’à force d’appeler la mort sur soi, elle finit par arriver. « C’est le jour où on s’en va chercher un gris-gris contre les fantômes qu’on rencontre un fantôme » comme le dit un proverbe éwé.

Quel est votre vœu le plus ardent pour le Mali durant la nouvelle année ?

Que les militaires disparaissent des commandes de l’Etat, en commençant par le capitaine Sanogo. Et qu’un vrai processus de reconquête du Nord Mali démarre, enfin, parce que plus le temps passe, plus ces assassins s’enracinent dans les lieux conquis et endoctrinent les habitants. Je ne stipule pas qu’il doit nécessairement y avoir une intervention armée de la communauté internationale, mais même pour la voie du dialogue, on a besoin de vraies autorités à la tête du Mali, et les putschistes n’en sont pas.

Vos vœux pour votre pays d’origine, le Togo, pour la nouvelle année ?

Je pense que nous irons aux urnes pour les élections législatives en 2013. Je souhaite que ces élections se passent dans la plus grande transparence, dans un calme absolu, et que le choix du peuple togolais soit écouté. 2013 marque le cinquantième anniversaire de l’assassinat du père de l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio, le seul président démocratiquement élu au Togo jusqu’ici. C’est pourquoi j’aimerais voir tous mes frères togolais unis derrière nos opposants, les vrais, pour, enfin, mettre fin à ce cauchemar entretenu depuis cinquante ans par la dictature et son armée…

Vous n’avez publié aucun livre en 2012, un nouveau livre en préparation pour 2013 ?

Hum, hum… Une nouvelle à paraître dans un recueil collectif durant le premier trimestre 2013, la suite, on verra bien…

Merci David Kpelly, d’avoir accueilli notre équipe, et bonne et heureuse année 2013.

Merci, bonne et heureuse année 2013 à votre équipe, à tous mes frères du Togo, du Mali et du monde entier.

Propos recueillis par Abdoul-Karim Thiam, pour La Gazette bamakoise.

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12 réflexions au sujet de « Que renaisse le Togo… que guérisse le Mali »

  1. Les jours passent, les hommes passent, les régimes passent aussi mais les peuples restent aussi il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

    Bonne et heureuse année à toi David

  2. Que le Seigneur t’entende cher David,pour tes voeux formulés pour ton pays d’Origine,le TOGO et pour ton pays d’adoption le MALI.Chers interviewers bamakois,posez aussi des questions sur les maux qui minent la société malienne à notre cher David Kpelly. Entre toi et Faure,qui va se caser avant…oh.Une belle et riche année 2013 d’inspiration pour toi David et que Dieu te protège.Pleins d’Amour aussi…

  3. Ah, il y a beaucoup de choses à changer dans nos pays, mais nous jeunes comprenons que le changement doit commencer par nous même, au niveau ou chacun de nous se trouve. N’attendons pas d’être au sommet pour les faire.

    Fils d’Afrique levons nous!

    Soyons acteurs de notre histoire!

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