Aicha Koné, le panafricanisme lui dit Merde

 

Aicha Koné (Crédit image: www.abidjan360.wordpress.com

Il y a deux jours, lors d’une discussion sur Facebook, un internaute togolais m’a demandé ce que je pense de la chanson intitulée « Faure Gnassingbé » chantée par la star ivoirienne Aicha Koné en l’honneur du fils d’Eyadema, une chanson qui circule ces derniers jours sur Internet, et qui déclenche une vive révolte auprès des Togolais. Je lui ai répondu que je n’ai pas écouté la chanson, que cette affaire ne m’intéressait pas trop, parce que je ne la considérais pas plus qu’une broutille vis-à-vis de la crise que traverse actuellement le Togo. Je n’ai jamais compris pourquoi Faure Gnassingbé, qui se targue devant qui veut l’entendre d’être un jeune, se laisse tant séduire par le dithyrambe, cette très vieille méthode des dictateurs africains analphabètes – dont son père Eyadema, qui payaient grassement des artistes pour faire l’éloge de leur règne pourri.

Mais devant la consistance de la polémique sur Internet, et l’indignation de plus en plus grande des internautes togolais, j’ai décidé de regarder le clip partagé sur un site togolais. Horreur ! Pas devant les paroles de la chanson qui vantent la paix, la prospérité, la joie, l’éducation primaire gratuite, la césarienne, l’assurance maladie… au Togo. Pas devant les multiples « Merci » scandés par l’Ivoirienne à Faure Gnassingbé – comme si les Togolais eux-mêmes sont si ingrats jusqu’au point de ne pas savoir remercier ceux qui leur font du bien. Pas même devant l’injure suprême au peuple togolais à travers laquelle elle demande à Faure Gnassingbé d’être fort parce qu’il est plus difficile de faire la paix que la guerre… Mais l’horreur de la déchéance d’une chanteuse de talent, reconnue par sa belle voix, sa beauté et son originalité, et qui se transforme, dans ce clip pourri, en une hideuse vieille femme irresponsable.

J’apprécie beaucoup le courage des artistes ivoiriens. C’est le premier pays de notre sous-région où l’on sent le plus l’engagement des artistes dans la vie sociopolitique de leur pays. De Tiken Jah Fakoly et Alpha Blondy à Magic System, en passant par Petit Yodé, Soum Bill… les artistes ivoiriens ont toujours défendu, malgré leurs différentes convictions, la Côte d’Ivoire contre la guerre allumée par les hommes politiques depuis les années 2000. Je partage cette conception de l’artiste qui doit être un porte-voix de son peuple, pour dénoncer et affronter les dérives des politiques. Je partage aussi l’idéal de ces artistes africains qui suppriment les frontières de leurs pays, et parlent, au nom de l’unité africaine, pour d’autres pays. Il est d’ailleurs anormal, aberrant qu’un artiste africain enferme sa voix et sa lutte dans son pays, insensible aux misères des peuples voisins. Mais que ces artistes prennent bien le soin de se renseigner sur les réalités, les vraies, des pays pour lesquels ils veulent jouer les porte-voix.

On se rappelle cette chanson de Petit Yodé, un chanteur ivoirien très écouté au Togo, qui s’égosillait « Togolais, laissez-le gouverner, c’est lui l’avenir du pays… », parlant de Faure Gnassingbé, quand ce dernier se faisait introniser en 2005 par les barbares de l’armée togolaise dans le sang des Togolais, à la mort de son boiteux dictateur de père Eyadema. « On ne donne pas un nom gratuit… si son père l’a nommé Faure, c’est parce qu’il est vraiment fort… » chantait-il avec un cynique humour, au moment où Faure Gnassingbé et ses frères envoyaient les militaires et les milices drogués de leur défunt père décapiter les Togolais révoltés dans les rues.

Aujourd’hui, c’est une mémé-has-been, courant derrière un come-back difficile, qui vient chanter aux Togolais les louanges d’un président dont elle ignore tout jusqu’au nom, comme elle l’appelle dans la chanson « Faure Eyadema ». Qu’Aicha Koné dise combien d’écoles primaires gratuites elle a visitées au Togo et les conditions dans lesquelles travaillent les élèves et les enseignants – au moment où de petits enfants sont en train de se faire assassiner par les militaires et gendarmes togolais pour avoir manifesté contre les mauvais traitements dont sont victimes leurs enseignants, combien de femmes elle a vues accoucher par césarienne et les conditions dans lesquelles elles ont été traitées, combien de Togolais lui ont affirmé qu’ils vivent en paix au Togo, combien lui ont déclaré qu’ils prospèrent au Togo… Peut-être que Faure Gnassingbé a fait loger la diva au palais de la Présidence pendant un bout de temps, et son début de vieillesse lui a fait confondre la Présidence et le Togo.

Le comble de la loufoquerie, c’est quand, pour se justifier sur sa page Facebook, mémé Aicha se définit comme une panafricaniste, une africaine de cœur… qui chante pour unir les Togolais. Ah oui, le panafricanisme ! Encore ce mot. Il nous en fera voir de toutes les couleurs ici, ce mot. Quelle grande bouillabaisse que ce panafricanisme-là ! Tout le monde y met son ingrédient et s’y retrouve. Au nom du panafricanisme, Aicha Koné, gâteuse, chante des louanges à ce Faure Gnassingbé-là qui est aujourd’hui l’un des présidents les plus mal élus, les plus détestés du continent noir. C’est sûrement son cadeau de grande panafricaniste aux Togolais pour la commémoration, ce 27 avril, du cinquante-troisième anniversaire de l’indépendance de leur pays. Pauvre du panafricanisme. Pauvre de nous Togolais !

 

20 réflexions au sujet de « Aicha Koné, le panafricanisme lui dit Merde »

  1. Tous les artistes ivoiriens que tu as cités plus haut ne sont que des opportunistes qui mangent à toutes les sauces.Ils ne servent que leurs intérêts.Ils se fichent du sort réservé aux prisonniers politiques en Cote d’Ivoire.Boycottez ces chanteurs une bonne fois pour toute!Serges Kassy,Pablo U-Wa,sauvent l’honneur!!le panafricanisme c’est défendre l’Afrique et ses intérêts corps et ame de manière gratuite et désintéressée.A partir du moment ou chacun recoit de l’argent d’un président,personne n’est libre de chanter ce qu’il veut.

    1. Hum! De toute façon, chère Rita, de loin, nous on les voit comme des artistes engagés sincères! Mais dire qu’ils sonttous pourris! Hum! J’aime beaucoup Serge Kassy! John Bri…

  2. Hé hé hé! On dirait que cette femme veut blaguer avec le feu! Elle a croisé le chemin de l’acerbe plume de David Kpelly! La malheureuse opportuniste est foutue…

  3. incroyable David, comme le Togo et la RDC sont pris dans le meme tourbillon maléfique. chez nous aussi le président se dit jeune mais il emploie les méthodes de Mobutu obligeant les Koffi, Fally et Werrason chanter « ses miracles ». ces derniers se disputent jusqu’à aujourd’hui à cause de la repartition des 2 millions qui leur avait été donné.

    N’oublie pas l’engagement des musiciens sénégalais aussi

    1. Cher Serge, j’ai l’impression que tu ignores l’amitié qui avait lié notre dictateur Eyadema au vôtre Mobutu. Essaie de te renseigner, mon cher. Beaucoup de styles d’Eyadema, il les a copiés chez Mobutu, et je pense que le Togo est l’un des rares pays au monde où vous les gens de la RDC vous pouvez vous rendre sans visa. Solidarité dans la dictature. Les animations, l’authenticité… Nous avions aussi connu ça, tout comme vous! Donc, Togo et RDC c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Et aussi le de-père-en-fils!
      Amitiés, mon frère dans la dictature!

  4. Aaahhh mon cher David, bienvenue dans ce qu’on appelle le « SHOW-BIZ ». Toi même dans le post l’a qualifié de « mémé has been ». Tu conviendrais avec moi que ce n’est pas facile pour une mémé d’enchaîner les prestations sur scène non? En plus qu’aujourd’hui, l’artiste africain ne gagne pas grand chose coté vente de disques, et bien il faut sauter sur toute occasion qui puisse permettre de s’amasser un sacré pactole. C’est bien triste mais comme ça se passe!!!

  5. Slt Kpelly. Je viens de lire ton article et suis rester sur ma soif pour deux raisons:
    La première,c’est l’attaque sans ménagement aucun à la personne de l’artiste, Aicha KONE. les expressions telles: »ce clip pourri,une hideuse vieille femme irresponsable,une mémé-has-been… » Tu peux ne pas partager le choix de l’artiste, mais de là à employer de telles expressions à son encontre me paraît sincèrement inadéquat. Tu tombes là dans une subjectivité qui laisse voir ta colère, en un mot des émotions, sans plus. Loin de moi de défendre l’artiste ni partager son choix, mais je suis pour le respect de la personne, sa dignité.
    La deuxième, c’est ton approche d’analyse. Tu veux faire comprendre à tes lecteurs que nous sommes que l’artiste Aïcha KONE a eu tort de louer le président Faure, alors je m’attendais à ce tu nous apportes des arguments solides du contraire. Mais hélas! que des interrogations: »Qu’ Aicha Koné dise combien d’écoles primaires gratuites elle a visitées au Togo et les conditions dans lesquelles travaillent les élèves et les enseignants – au moment où de petits enfants sont en train de se faire assassiner par les militaires et gendarmes togolais pour avoir manifesté contre les mauvais traitements dont sont victimes leurs enseignants, combien de femmes elle a vues accoucher par césarienne et les conditions dans lesquelles elles ont été traitées, combien de Togolais lui ont affirmé qu’ils vivent en paix au Togo, combien lui ont déclaré qu’ils prospèrent au Togo… » Kpelly, c’est à toi de nous éclairer sur ces questions ou questionnements, pas l’artiste. J’aurai vraiment souhaité que par des statistiques claires tu nous dises ce qu’il en est. Sinon ton analyse tombe dans le même coup d’allégations et du sensationnel que le clip de Aïcha KONE. Merci.

    1. Cher Atta, mes interrogations ne sont pas des doutes, mais des affirmations. Ces questions que je pose, c’est une manière détournée pour dire qu’Aicha Koné n’a fait aucune de ces démarches avant de faire son clip. Si elle avait visité des écoles, ces écoles qu’elle appelle des écoles gratuites au Togo, elle aurait compris la vraie réalité des Togolais.
      Tu sais, mon frère, le danger avec ces artistes qui se laissent aller à ces actes, c’est qu’ils sont très écoutés dans le monde, et ceux qui ignorent les vraies réalités des pays qu’ils chantent se laissent aller à leurs mensonges. Ce clip est pourri, pourri, pourri, parce qu’il insulte la lutte cinquantenaire des Togolais.
      Amitiés, cher frère

  6. Excusez du peu, la dame s’est autoproclamée griotte des chef d’Etat. Et essaye vaille que vaille, depuis la nuit des temps,à faire son beurre dans cette niche prometteuse en fermant pudiquement les yeux sur la misère des populations des peuples qui subissent ces pouvoirs autoritaires voire autocratiques.Les Sékou Touré, les Eyadéma et autres dictatures ont eu par le passé, leurs noms associés à des chansons fort élogieuses, souvent en décalage avec les réalités de ces pays. Que voulez-vous notre griotte doit vivre…

  7. Excusez du peu, la dame s’est autoproclamée griotte des chef d’Etat. Et s’essaye vaille que vaille, depuis la nuit des temps,à faire son beurre dans cette niche prometteuse en faisant l’éloge des régimes autoritaires voire autocratiques au détriment du vécu quotidien des laborieuses populations qui les subissent. Ainsi, par le passé, les noms de célèbres dictateurs à l’instar de Sékou Touré en Guinée, d’Eyadéma au Togo, ont été associés à des chansons faisant l’éloge de régimes démocratiques et pacifiques, qui n’existaient que dans l’univers de notre griotte…

    1. Ah, mon cher Ezaya, pas de mots forts! C’est trop fort ça! Non, notre président n’a pas fait ça! Il voulait juste un petit atalakou de la diva ivoirienne. Il aime les éloges, comme son père, notre Faure national!
      Amitiés

  8. Le style des dictateurs est ce dernier au Togo que dans tout autre pays du monde. La publicité politique s’intensifie, et généralement, vend toujours tout ce qui ne font pas, en se centrant ses diffusions tout cela de de ce que manque le peuple.
    Il s’appuie célèbres, surtout dans des artistes, parce que ce sont ceux qui influencent plus l’avis de la citoyenneté, en même temps que le dictateur, lui garantit le succès. En toute sécurité, Faure Ganssingbe, s’est chargé personnellement de la promotion soudaine de la chanteur Aicha Kone, que par certain elle est très belle, comme ne pouvait pas moins être, l’image de desquels ils font les publicités il joue beaucoup dans le succès, ou manque, de la publicité politique.
    Mais avoir aussi il est évident que les véritables artistes, les amants des libertés individuelles et collectives et les lutteurs par la justice sociale, ne se mettront jamais de côté du dictateur, les artistes médiocres il sont ceux qui soutiennent avec leurs publicités les impositions des oligarcas.
    La personne qui ne le défend pas par le sien, dans ce cas son pays Togo, comment peut être panafricaniste, mensonge.

  9. En générale en Afrique les chanteurs prennent position.Je comprend la colère de certains togolais contre aïcha. dans votre article vous citez des artistes ivoiriens que vous aimez, une partie des ivoiriens pourraient tout autant vous détester pour cet amour. moi j’ai décidé de ne juger personne.
    En ce qu concerne ton espoir pour l’Afrique. je te souhaite beaucoup de courage, moi je n’y croit pas. L’Afrique n’a pas d’objectif et de stratégie pour l’atteindre

    1. Merci, cher Felix, de votre contribution. En fait, je n »ai pas nécessairement dit que j’aime ces artistes, mais je partage leur engagement. Je suis partisan de la doctrine selon laquelle un artiste doit être un porte-voix des masses. Pour moi, l’engamement est un devoir pour un artiste. Et ces artistes ivoiriens que j’ai cités le font pas mal. Reste à se poser des questions sur leur sincérité et leur motivation. Là, hum, je ne peux pas m »exprimer.
      Pour l’Afrique, mon cher frère, gardons toujours l’espoir, ça va aller.
      Bienvenue dans mon monde, et amitiés

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