Alpha Condé, Samuel Eto’o et Cie… au resto

Alpha Condé
Alpha Condé (crédit image: www.guineeweb.org)

Étonné, je le regardai pendant un bout temps, jaugeant la métamorphose entre mon ancien camarade de classe de l’école primaire et le jeune homme cultivé que j’avais devant moi. Mon ami Rodrigue me l’a toujours dit, un analphabète qui passe cinq ans en Europe devient plus cultivé qu’un détenteur d’un doctorat resté en Afrique. André, le plus taré de tous mes camarades de l’école primaire, André qui jamais n’avait réussi à avoir deux sur dix en calcul mental, un sur dix en conjugaison, qui réussissait même l’exploit d’obtenir zéro sur dix en leçons, André qui avait déserté l’école en deuxième année au primaire, suite à un festival de fessées que lui avait offert notre directeur d’école le lendemain de la proclamation d’un concours inter-école où il était le dernier de tous les candidats… André, devenu footballeur professionnel en France, qui raisonnait devant moi, jetant dans la boue les intellectuels africains !

– Ecoute André, fis-je en jetant un furtif coup d’œil à la jolie fille qui lui tenait compagnie, ce n’est pas parce qu’avec le foot tu as pu obtenir ce que tu n’aurais jamais pu obtenir avec les études que tu peux te permettre de faire l’apologie du football au détriment des salles de classe. Pour moi, je te le redis, le foot reste avant tout un sport et un divertissement, et je suis énervé que nos jeunes en Afrique le considèrent aujourd’hui comme une profession. Comment est-ce que tu peux comprendre des jeunes de la trentaine qui du matin au soir, chaque jour, végètent sur des terrains de foot de coins de rues, abandonnant les études, rêvant de trouver un jour un club en Europe, diviser leur âge par deux ou par trois, et jouer les stars, hein ! Je te…

– Ils jouent les stars mais ils valorisent plus leurs pays que les gros palabreurs inutiles que vous êtes, vous qui vous dites instruits. Moi je ne joue qu’en deuxième division en France, mais je fais plus honneur au Togo que toi et tous tes mentors intellectuels togolais réunis, parce qu’on sait très bien que malgré les beaux discours que vous tenez durant vos années de jeunesse, vous finissez toujours pourris comme ceux que vous avez combattus.

Je pouffai de rire, lorgnant une énième fois sa compagne. Qu’elle est jolie ! Qu’elle sentait bon, Bon Dieu des filles qui sentent bon ! Le genre de filles qui, à côté de votre compagne, produisent le même contraste que Michel Gohou à côté de Michael Jordan en taille, Quasimodo à côté de Brad Pitt en beauté, Faure Gnassingbé à côté de Nelson Mandela en bonne gouvernance,  Hailé Gebrselassie à côté de Gérard Depardieu en poids…  

– André, écoute, ne compare pas deux choses incomparables. Les footballeurs sont là pour jouer et divertir, et les intellectuels sont là pour réfléchir, émettre des idées pour que nos pays soient…

– Oui, mais avec le chapelet d’intellectuels que nous avons en Afrique et la panoplie d’idées qu’ils émettent, pourquoi sommes-nous toujours là où nous sommes, hein ? Combien de livres n’avez-vous pas écrits pour étaler vos grandes idées d’intellectuels ? Mais nous sommes toujours là où nous avons toujours été. Au moins nous les footballeurs nous faisons rêver les jeunes, beaucoup de jeunes Africains. Chaque fois que nous marquons un but, ils jubilent et se voient en nous. Nous donnons de la joie à nos supporters. Dis-moi, toi et tes gourous intellectuels-opposants vous donnez quelle joie aux jeunes, hein ?

Il fit signe au serveur qui nous amena une quatrième bouteille de vin blanc. Je faillis paniquer, pensant à l’addition, avant de me ressaisir, je buvais avec un footballeur jouant en France, il pouvait payer. Ils peuvent tout payer, eux. Je lui jetai encore un coup d’œil. A elle, bien sûr. Qu’elle sentait bon !

– Tu imagines ce que deviendra l’Afrique si tous nos jeunes finissent par avoir pour référence des footballeurs et désertent les écoles, hein, nous…

– Oh, là l’Afrique deviendra, enfin, un continent où tout le monde fera bien son travail. Au moins le foot, on le joue bien, nous les footballeurs africains. Ce sont tes patrons intellectuels-opposants et dirigeants qui n’ont jamais bien fait ce qu’ils disent savoir faire, tu le sais mieux que moi.

Il se servit, vida le reste de la bouteille dans mon verre, et déposa un baiser sur les lèvres – sentant bon, j’imagine -, de sa compagne qui avait commencé à somnoler, ennuyée par notre conversation. J’avalai une grande quantité de salive. Aie, les lèvres – sentant bon – d’une jolie fille ! De cette fille !

– Ecoute, mon bon vieux David, je suis sur place pour une semaine, on aura l’occasion de rediscuter, faut que je ramène mon bébé à la maison, elle a sommeil.

Il fit signe au serveur qui amena l’addition. Cent douze mille francs. Presque mon salaire mensuel d’enseignant avec quatre ans d’expérience – si le capitaine Sanogo ne fait pas de coup d’Etat, bloquant les activités dans le pays. Je fis semblant de fouiller dans ma poche où il n’y avait qu’un billet de cinq mille francs et deux pièces de cent francs dont une était si lisse que je doutais de sa validité.

– Oh, mon intellectuel, t’inquiète, je paie tout, c’est moi qui t’ai invité. Au moins le foot paie bien. Nous on s’enrichit sans voler, contrairement à vous.

Nous nous dirigeâmes vers le parking. Lui et sa compagne vers sa belle Peugeot louée, moi vers mon scooter. Je tentai sans succès deux coups de démarreur avant de me rappeler que ma bougie marchait mal depuis trois jours. Je fis signe à des badauds de m’aider à le pousser pour le démarrer. Mon ami footballeur, qui venait de démarrer sa voiture, baissa la vitre et me lança en riant :

– Quoi, hein, bébé-intellectuel-opposant, même ta moto ne démarre pas ? T’inquiète, tu te rattraperas quand tu arriveras au pouvoir au Togo. C’est le rêve de tous les intellectuels-opposants africains, tes patrons. Ils se disent « Hum, aujourd’hui je bouffe de l’air étant opposant, mais je sais que demain une fois au pouvoir, je vais me rattraper ». Tu pourras enfin t’acheter une voiture avec de l’argent détourné, et sortir avec de belles filles comme ma compagne que tu n’as pas cessé de dévorer des yeux durant toute la soirée. Bah, tu crois que je ne te voyais pas l’admirer, hein. Pour le moment, débrouille-toi avec ces bonnes et revendeuses d’arachide grillée que tu peux impressionner avec ton salaire d’intellectuel-opposant junior, en espérant que Faure Gnassingbé t’appelle bientôt à la mangeoire… Le modèle Gilchrist Olympio. Ou tu pourras créer ton parti d’opposition financé par Faure Gnassingbé, pour amuser la galerie. Le modèle des opposants camerounais. Ou encore tu pourras jouer à l’opposant jusqu’à soixante-dix ans, et devenir dictateur quand tu arriveras au pouvoir. Le modèle Alpha Condé. Tu vois comment le mec dirige la Guinée comme un charcutier après avoir été opposant toute sa vie, hein ? Avoue que tous ces opposants-intellectuels auraient mieux servi l’Afrique s’ils avaient été juste des footballeurs. Ciaoooooooo….

14 réflexions au sujet de « Alpha Condé, Samuel Eto’o et Cie… au resto »

  1. Dave, soit tu te mets au foot et je t’épouse ou tu continues dans cette logique d’intello-opposant et je te largue! Compris? hA HA HA!

  2. C’est triste de voir des footballeurs aussi vouloir dénigrer des intellectuels! Le monde à l’envers. Quel que soit le poids d’un footballeur, il n’égale pas un intellectuel. Jamais.

    1. Zut, mon cher Amenyo, les footeux croient qu’ils peuvent tout être parce qu’ils ont de gros comptes en banque! Du gros n’importe quoi, comme le dirait l’autre!

  3. David,débrouille-toi pour avoir le meme compte-en banque que les footballeurs et tu auras les plus belles filles de la planète souvent blanches d’ailleurs.Tu es un intellectuel marrant,les jeunes t’écoutent.Que nos intello créent plutôt des clubs d’actions que de réflexion.Enfin,je te retrouve!

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