Faure Gnassingbé, Shakespeare assassiné

Faure Gnassingbé
Faure Gnassingbé

 Je suis déprimé. Je viens de lire dans le site du magazine Jeune Afrique, un article publié le 24 mai 2013 – Bon Dieu, comment ça a pu m’échapper depuis six jours ! -, et qui parle des carnages que commet le compte officiel Twitter de Faure Gnassingbé. Il est reproché à ce compte des grossièretés, des attaques et injures contre les internautes… des fautes en expression française et anglaise…

On accuse, donc, notre président de ne pas savoir parler français et anglais, et de faire des fautes grossières sur Twitter ! Le journaliste a cherché a nuancer son analyse, stipulant que derrière le compte pourrait se cacher le community manager du président. Que non ! C’est Faure Gnassingbé lui-même qui tweete. Depuis que toutes ses demandes d’amitié envoyées à Barack Obama sur Facebook sont ignorées, et qu’il a appris que des présidents africains se font des amis et sympathisent avec les citoyens sur Twitter, il s’y est mis aussi. Il est ainsi, Faure Gnassingbé. Il tente des choses, mais c’est qu’elles ne lui réussissent pas. Le pauvre. Pareil à la tortue du conte qui danse pour plaire à sa dulcinée sans jamais y arriver, à cause de sa carapace.

Donc, dire que notre président ne sait ni parler français ni anglais ! Attentat ! Ces petits journalistes de Jeune Afrique n’ont sûrement pas pris le temps de connaître notre président, de lire sa biographie, d’apprécier son brillantissime cursus scolaire. Notre président est un jeune génie, Terre et Ciel ! Le site www.republicoftogo.com – hum, ce site ! – crédite notre président d’un baccalauréat obtenu avec la Mention Bien au lycée Militaire de Saint-Cyr en France – respirez profondément -, d’une Maîtrise en gestion obtenue en 1989 à l’Université Paris Dauphine en France  – gardez toujours votre souffle -, d’un Master of Business Administration (MBA) obtenu à l’Université George Washington aux Etats-Unis en 1997 « appuyé de plusieurs stages dans des institutions internationales ». La classe ! Combien de chefs d’Etat africains ont-ils un cursus si prestigieux, hein, bande de diffamateurs !

Faure Gnassingbé est un génie, et la plus grande offense qu’on puisse lui faire est d’oser affirmer qu’il ne maîtrise ni l’anglais ni le français ! D’ailleurs, il n’est pas le fils de n’importe qui, voyons ! Son père fut un écrivain ! L’écrivain Gnassingbé Eyadema ! Oui, bande de jaloux, Eyadema, celui que vous connaissez, fut un écrivain, il écrivait des livres. Un de ses livres a pour titre « Ce que je sais du Togo » (Editions Michel Lafon, Paris, 1993). Je ne l’ai pas lu – j’ai une santé très fragile. Mais pour ceux qui seraient tentés de le chercher et le lire, ce livre, la prudence doit être de mise, au cas où il aurait été écrit par l’écrivain Eyadema lui-même. Prenez soin de prendre des cachets de Doliprane avant chaque chapitre, et prévoyez des somnifères et une cure de palu juste après la lecture. Les tournures grammaticales et la rhétorique d’Eyadema peuvent donner de la migraine aux âmes sensibles, et des perturbations cérébrales aux épileptiques. Livre à tenir largement hors de la portée des enfants, certains imparfaits du subjonctif peuvent les traumatiser à vie.  

Bref, ces petits journalistes de Jeune Afrique avaient tort en accusant Faure Gnassingbé de ne pas savoir écrire les langues de Molière et de Shakespeare. Notre président est un fils d’écrivain, un diplômé de Dauphine et de Georges Washington. Il maîtrise, euh, maîtrisait ces deux langues aussi bien qu’une femme infidèle maîtrise les heures de sommeil de son mari cocu. Mais depuis qu’il est retourné au Togo après ses brillantes études en Occident « avec la ferme conviction d’œuvrer pour la démocratie » selon le site www.republicoftogo.com, notre érudit de président perd au jour le jour sa parfaite maîtrise de ces deux langues, pour trois grandes raisons : les filles togolaises, les militaires, les bistros.

Les togolaises. Oui, j’accuse les filles togolaises de faire perdre à notre président son français et son anglais. Les Togolaises sont des filles bizarres. Quand tu leur fais la cour en français, ou, pire, en anglais, alors qu’elles savent que tu es togolais, elles te prennent pour un bluffeur qui joue au petit blanc pour les impressionner, et n’acceptent jamais tes avances. Il faut leur parler le mina ou une autre langue togolaise, leur raconter des blagues populaires… Et comme Faure Gnassingbé, comme tout vieux célibataire qui se respecte, passe tout son temps à chercher sa future femme dans la ribambelle de filles qu’il croise à Lomé et dans les autres coins du Togo, eh bien, il est obligé de les séduire tout le temps dans nos langues nationales. Je parie qu’il a même dû apprendre dans la foulée le kotokoli, les filles kotokoli faisant partie des plus belles du Togo. Et les langues étrangères, une fois qu’on ne les pratique plus, on les oublie très facilement.

Les militaires. Les cas. Il a fallu, à nous certains Togolais, de grandir, de faire la connaissance des militaires d’autres pays, pour savoir qu’on peut être militaire et bien parler le français. Je me rappelle mon prof de français du collège qui appelait les élèves les plus nuls en français « les futurs militaires d’Eyadema ». « Avec votre médiocre niveau en français-là, vous ne pourrez rien foutre à part entrer dans l’armée d’Eyadema » leur disait-il. Et Faure Gnassingbé, qui passe la plus grande partie de son temps à discuter avec ces militaires sur les méthodes à adopter pour tuer plus de Togolais, a fini par apprendre leur français de Témédja, oubliant son français de Paris Dauphine. « Hé vous-là, vous croyez que cette pays-là vous appartient, hein, vous allez avoir des problèmes sérieuses si vous continuez comme ça, vous ne pouvez pas nous corromprer avec votre vilaine comportement-là, le discipline ou rien. »

Les bistros. Selon le site www.republicoftogo.com, décrivant les loisirs de notre président : « Lors des visites à l’étranger, il préfère les bons bistros à la cuisine aseptisée des grands hôtels. » Sans commentaire, les bistros ont contribué à gâcher le français et l’anglais académiques de notre président. Faure Gnassingbé visite des fois le Nigeria, et l’anglais d’égout qu’il utilise sur Twitter, il l’a appris des péripatéticiennes des bistrots nigérians. J’ai un cousin titulaire d’une maîtrise en anglais, l’un des meilleurs de sa promotion. Depuis une déception amoureuse où il a commencé à fréquenter les bistros de Lomé, son anglais s’est dégradé au fil du temps. Aujourd’hui, quand tu lui parles anglais, la réponse qu’il te donne n’est pas différente d’un refrain du chanteur nigérian Flavour ou du ghanéen Fuse ODG alias Azonto.

Ah, tiens, un internaute vient d’envoyer un message à notre président sur Twitter : « Mr President, your Prime Minister Arthème Ahoomey-Zunu has promised to lead investigations on Anselme’s death since april, when can we have the results ? » Faure Gnassingbé répond à l’internaute : « My olga, what kind of nonsense na this, hein, I no sabi why you people involve yourselves in my problems, I don’t like wahala oooooo, where your problem they in all this, hein, Anselme na your papa ? Mind your problem ooooooo, my friend mind your problem ooooooooo, if not i go kill you ooooooooooo… »

14 réflexions au sujet de « Faure Gnassingbé, Shakespeare assassiné »

  1. David Kpelly! On a connu des Togolais qui ont combattu la dictature togolaise à travers leurs écrits. Mais je pense que toi tu es en train de devenir un monument de tos les temps, entre les plumes engagés de notre pays. Ton style formibale, ton humour surtout, la classe de tes tournures… Oh, David! Une référence!

    1. Hou là là! Tout un plaisir, mon cher Antonio, pour les compliments! J’espère qu’il y aura des filles qui passeront par-ci pour lire ton commentaire (rires!)
      Amitiés!

  2. Hmm,, tu n’a jamais voulu essayé d’écrire des scénarios pour des séries comiques??? J’étais versé de rire comme ça.. Mais quand même hein! Faut aller doucement avec mon président. Il est au moins bien instruit. C’est juste qu’il fait pas suffisamment usage de tout ce bagage intellectuel dans le but d’aider du mieux qu’il peut son peuple, malheureusement.

    1. Oh, mon cher Marek, je vais toujours doucement avec lui, le Faure! C’est mon ami, et on se gère, lui et moi! Amitiés, toi!
      PS: Pour les scénarios pour séries comiques, hum, disons que je n’ai jamais essayé, mais wait and see, on sait jamais!

  3. Si seulement nos dirigeants pouvaient apprendre les mots « collaboration avec le peuple ». Mais non, ils aiment plutôt « répression du peuple » et du coup David, ils perdent l’usage du monde, écrivent à laisser le palu…Déplorable! Et pitoyable pour eux!

  4. Slt david.J’ai été tiqué à la vue du titre d l’article j’avoue que j’ai pas été déçu en lisant.J viens d découvrir votre style et l’art d tourner en dérision que j’apprécie. Quand 1 PR nul en communication s’invite sur les réseaux sociaux on voit les dégats que ça crée.

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