Servez-nous vos salades, Monsieur Arthème

Arthème Ahoomey-Zunu
Arthème Ahoomey-Zunu

3e lettre ouverte au Premier ministre togolais Arthème Ahoomey-Zunu

 

Bamako, le 16 juin 2013

Monsieur le Premier ministre,

Pour commencer, excusez-moi de revenir vers vous deux jours plus tôt que notre date prévue, parce que c’est convenu que je dois vous interpeller, pour le moment, tous les 18 du mois, la première lettre que je vous ai envoyée étant signée un 18 avril, et la deuxième un 18 mai. Mais j’ai décidé, cette fois-ci, de la signer, ma lettre à vous, ce 16 juin, un dimanche, parce que je me dis que ce serait plus reposant pour vous de lire la lettre d’un emmerdeur comme moi juste en début de semaine, après un week-end de repos – j’espère que ces pians de Togolais, qui passent tout leur temps à vous chercher des poux dans la tonsure, à vous et à votre gourou de président, vous laissent au moins vous reposer le week-end. Je ne vais pas faire long, comme d’habitude.

Monsieur le Premier ministre, je reviens vers vous, comme promis il y a deux mois, juste pour vous rappeler que nous attendons toujours la promesse que vous avez faite, le 18 avril 2013, sur les antennes de la Radio France internationale, RFI, de faire des enquêtes sur la mort du jeune Anselme Sinandare, tué à Dapaong quelques jours avant dans une manifestation des travailleurs. « Le gouvernement togolais n’approuvera aucun crime », aviez-vous martelé durant votre interview. Mais voilà deux mois que le crime de ce garçon n’est pas encore puni, deux mois que votre enquête- si vous êtes en train d’en faire une, traîne, que personne n’est encore inculpé, alors qu’on ne vous connaît pas lentes, vous les autorités togolaises, quand il faut inculper des suspects dans des affaires. Rappelez-vous l’histoire des incendies des marchés, quelques jours vous avaient suffi pour écrouer des dizaines d’opposants togolais que vous considériez comme des suspects. L’un d’eux est d’ailleurs mort en prison, alors qu’aucune preuve ne l’a encore lié à ces incendies. Pourquoi donc l’enquête sur l’assassinat de cet enfant de douze ans tué devant les yeux de ses frères doit-elle prendre une éternité ?

Ah, Monsieur le Premier ministre, parlant d’enfant tué et d’enquête, vous en avez fait une. Celle sur la mort de Douti Sinanlengue, un autre enfant de 22 ans assassiné, non, tué, euh… mort durant la même période qu’Anselme. Vous avez publié les résultats sur le site www.republicoftogo.com, votre site de propagande. Vous avez déclaré que contrairement à ce qu’ont affirmé des médias nationaux et internationaux, le jeune Douti n’était pas mort suite à un passage à tabac de vos forces de l’ordre, mais suite à une péritonite aiguë – Bon Dieu, qu’il était terrible, cet enfant, comment avait-il pu attraper ce truc de riche ! Selon les résultats de votre enquête, Douti avait participé aux manifestations dans la journée, et le soir il s’est plaint d’une fatigue générale, puis de douleurs abdominales, et finalement un arrêt cardiaque l’a fauché, alors qu’un chirurgien s’apprêtait à l’opérer. Hein ! Un gaillard de 22 ans qui se réveille en bonne santé, qui a même la force d’aller participer à des manifestations, et qui, subitement le soir se plaint de fatigue générale, de douleurs abdominales, et meurt, sur-le-champ, d’une crise cardiaque, alors qu’on s’apprêtait à l’opérer ! Vous avez dit enquête, Togolais ? Vous l’avez, supportez-la !

Monsieur le Premier ministre, voilà comment vous créez, par vos suffisances qui mises bout à bout deviennent de la pure idiotie, voilà donc comment vous créez, par votre idiotie, des frustrations, des regrets, des révoltes… un mal de vivre général auprès des Togolais. Vos forces de l’ordre, barbares, ont frappé à mort un jeune garçon qui a succombé aux coups. Au lieu de prendre vos responsabilités, vous mettre à la place des parents de cet enfant qui ont travaillé pour rien pendant vingt-deux ans, et présenter des excuses, vous osez publier, sur un site censé être celui officiel de notre pays, des mensonges aussi insultants. Qu’est-ce qu’une simple excuse, suivie de l’emprisonnement des assassins de ce garçon, vous aurait-elle coûté ?

Monsieur le Premier ministre, tout dans vos comportements montre finalement que vous considérez les Togolais comme vos ennemis, et vous plaisez à les torturer. Même de simples gestes, des gestes gratuits, qui auraient calmé des cœurs éplorés, réconcilié des Togolais meurtris avec leur pays, vous êtes incapables de les faire. On a vu des présidents, de vrais présidents, des ministres, de vrais ministres, présenter des excuses à leurs peuples. Pourquoi ne pouvez-vous pas le faire, vous, pour que les parents de cet enfant sentent au moins que leur enfant valait un être humain ? Un enfant, quelle que soit la crasse qui le recouvre, est toujours un trésor pour ses parents, et aucun parent ne peut facilement se remettre d’une mort si subite, si tragique, si gratuite de son enfant, je vous l’avais déjà dit dans ma lettre précédente, monsieur.

Monsieur le Premier ministre, votre enquête sur la mort du jeune Douti, nous l’avons, vous l’avez faite, quelle qu’elle soit. Il n’est pas mort des coups de vos forces de sécurité, mais d’une périquelquechose – le nom de la maladie est si compliquée que je n’arrive même pas à le mémoriser, cet enfant aurait dû faire simple, mourir de palu ! … Publiez-nous celle de la mort d’Anselme. Voici deux mois que vous l’avez promise devant toutes les oreilles de la Terre. Et vous devez, vous allez la faire, cette enquête. Impérativement !

PS : Oh, Monsieur le Premier ministre, ne vous souciez surtout pas de notre réaction quand nous aurons les résultats, nous sommes habitués à vos mensonges, le proverbe le dit si bien, à vivre avec des porcs, on finit par ne plus trouver dégoûtants les plats de merde. Sortez-nous quelque chose, n’importe quoi, nous digèrerons, nous sommes de gros zozos qu’on peut facilement duper avec n’importe quelle salade de mauvais goût. Une version officielle du genre : «  Contrairement à ce qu’ont déclaré des médias togolais et étrangers manipulés par les opposants togolais, Anselme Sinandare n’est pas mort suite à une balle des forces de sécurité togolaises, mais d’une overdose de Viagra. En effet, dans la nuit de sa mort, le jeune Anselme, 12 ans, s’était réveillé en sursaut, sentant une forte envie de s’accoupler. Sous l’effet du sommeil et de la libido, il avait cru, en voyant son oreiller à côté de lui, qu’il dormait avec une femme. Il avait donc couru, dans la nuit, acheter à la pharmacie une grande quantité de stimulants qu’il avala sur place. Arrivé chez lui en courant, et libéré des effets du sommeil, il comprit que ce n’était pas une femme qui était allongée à côté de lui, mais c’était plutôt son oreiller. Fâché, il courut à la cuisine, prit un couteau et se donna un grand coup dans l’abdomen. Il succomba sur-le-champ…  » Bah, oui, on l’acceptera, cette version, parce que nous sommes de bons dociles sots, mon Premier ministre !

 

 

7 réflexions au sujet de « Servez-nous vos salades, Monsieur Arthème »

  1. Je pense qu’il fera mieux de démissionner, ce pantin aux ordres de la dictature. Moi je doute fort s’il fera cette enquête comme promis, on connaît bien ces hommes!

    1. Oh, cher Salio, il ne démissionnera pas, crois-moi, ils ne savent pas démissionner, même si leur incompétence atteint l’inimaginable. C’est cette enquête qu’il a promise qu’il doit faire! Impérativement!
      Amitiés

    1. Oh, chère Josiane, nous l’attendons tous, cette enquête promise. Elle tardera peut-être, mais elle viendra, parce qu’ils n’auront pas le sommeil tant qu’ils ne l’auront pas faite.
      Amitiés

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