Non, I.B.K ne rime pas avec Faure Gnassingbé

 

IBK tof

Ibrahim Boubacar Keita alias IBK

Interview de David Kpelly sur les élections au Mali et au Togo

 Cette interview a été réalisée par Abdoul-Karim Thiam, pour La Gazette bamakoise.

 On peut finalement surnommer le jeune écrivain et blogueur togolais David Kpelly « Le plus malien des Togolais du Mali » par son intérêt pour la vie sociopolitique de notre pays où il vit depuis cinq ans. Du déclenchement de la crise jusqu’aux élections présidentielles, on l’a senti, surtout sur Internet, dans le débat pour la restauration de notre Etat. Au lendemain du deuxième tour de cette élection qui a vu la victoire d’Ibrahim Boubacar Keita dit IBK, David Kpelly félicite le vainqueur. Il se dit très fier du Mali, sans passer sous silence les dernières élections législatives dans son pays le Togo.

David Kpelly, bonjour. Avant même la proclamation officielle des résultats du deuxième tour, on connaît déjà le nom du futur président du Mali, IBK, qui a été félicité, depuis lundi, par son rival Soumaila Cissé. Que pensez-vous du nouveau président du Mali ?

Merci de l’intérêt que vous m’accordez une fois de plus, pour parler du Mali, ce pays qui est devenu, comme vous l’avez si bien dit, mon deuxième pays après le Togo. Je ne sais pas si je peux m’exprimer sur le nouveau président, IBK, puisque je ne le connais pas assez. Je connais mieux le candidat malheureux, Soumaila Cissé, par son passage à la tête de la Commission de l’Uemoa. Mais à travers ce qu’on m’a toujours dit de lui, IBK est un homme très catégorique et pragmatique, « l’homme qui n’a qu’une seule parole » comme l’ont surnommé les Maliens, et je crois qu’il fera bien l’affaire. Si je me réfère à tout ce que j’ai entendu durant mes enquêtes auprès des Maliens, IBK a été plébiscité parce qu’il est vu comme le politique malien actuel suffisamment poignant pour définitivement régler le problème du Nord, mais aussi restaurer l’Etat malien, parce qu’il faut sincèrement reconnaître que l’autorité de ce pays a été trop fragilisée depuis les années ATT, et vandalisée depuis la crise et le coup d’Etat de mars 2012.

Vous venez de dire que vous connaissez mieux Soumaila Cissé qu’IBK, donc si vous aviez eu à voter, auriez-vous voté Soumaila ?

Non, j’aurais voté le capitaine Sanogo (rires). Ecoutez, ce que le Mali a traversé est très grave, ce pays a frôlé l’Apocalypse, les populations du Nord ont été martyrisées pendant un an par les islamistes, parce qu’il n’y avait pas une autorité solide et légitime. Le Mali avait besoin d’un président légitime, c’est chose faite, et il n’est plus question de mettre en avant nos petits choix personnels. IBK a été élu de la plus belle manière par les Maliens, félicitons-le. D’ailleurs son rival Soumaila a été le premier à le féliciter, ce qui a rendu la victoire encore plus belle.

L’une des raisons qui ont joué en faveur d’IBK est qu’il tournera, dit-on,  la sombre page d’ATT. Pensez-vous qu’IBK changera à fond le Mali ?

Il vient d’être élu, on le verra bientôt à l’œuvre. Vous savez, ATT avait aussi été élu par les Maliens, et il a fait ce qu’il a pu, même s’il a commis des erreurs qui lui ont été fatales. A IBK de savoir poser les pas. S’il doit changer le Mali à fond ou pas, c’est à lui de voir, mais qu’il pense toujours aux intérêts de ce peuple humilié qui attend tant de lui.

Nous le disons tous, la grande priorité reste la gestion du problème du Nord. Mais quelle est, selon vous, la deuxième priorité ?  

On parle de l’économie malienne à redresser, je parle, moi, de l’éducation malienne à guérir. Voici presque cinq ans que j’enseigne dans ce pays, et ce que je vois avec les étudiants est terrifiant. Si l’éducation malienne n’est pas sauvée d’urgence, le Mali risque de se retrouver dans quelques années avec des étudiants qui ne seront pas en mesure d’écrire leurs propres noms. Je n’exagère pas, vous le savez.

Le Mali s’en est sorti après votre pays le Togo qui a aussi connu récemment des élections législatives transparentes. On imagine que c’est la grande joie chez vous.

Ecoutez, les élections qui viennent de se passer au Mali n’ont rien à voir avec ce qui s’est passé, il y a quelques semaines, au Togo. C’est vrai que cette fois-ci l’armée togolaise et les milices du pouvoir ne se sont pas, comme les années précédentes, livrées à des fraudes loufoques sous les yeux de toute la Terre, comme rentrer dans les bureaux de vote, s’emparer des urnes et détaler comme des moutons poursuivis par des garnements, elles ne sont plus descendues dans les rues avec des armes, des gourdins et des machettes pour imposer au peuple togolais révolté des résultats fantaisistes contraires aux réalités des urnes… mais tout ceci ne suffit pas pour affirmer que ces élections ont été transparentes et les comparer à celles, très belles, très réussies, du Mali. IBK est légitime, parce qu’il est élu par le peuple malien, un peuple qui manifeste aujourd’hui sa fierté d’avoir été écouté. Allez dans les rues de Bamako, contemplez les visages, vous verrez des gens contents, soulagés… Ce que vous ne verrez pas au Togo, parce que le peuple togolais ne se retrouve pas dans le président que lui imposent depuis 2005 l’armée togolaise et certaines instituions internationales. La légitimité, ça ne s’achète pas à coups de mensonges et de fusils. Il y a ce proverbe de mon peuple éwé qui stipule que « même avec des ailes collées sur sa carapace, la tortue ne volera jamais, parce qu’elle n’est pas un oiseau ».

Et pourtant pour le Togo, tout comme pour le Mali, les observateurs internationaux ont affirmé que les irrégularités constatées sur le terrain ne sont pas de nature à jouer sur la crédibilité des résultats.

Savez-vous ce qui se serait passé ici au Mali si les autorités avaient proclamé Soumaila Cissé comme vainqueur ? Le peuple se serait révolté, même si à côté les observateurs internationaux déclarent l’élection transparente. Les observateurs internationaux ne sont pas les mieux placés pour valider les résultats d’une élection, ce sont ceux qui ont voté qui le sont, parce qu’ils savent, eux, à qui ils ont vraiment voté. Je vous le redis, ne tentez aucune comparaison entre votre élection et celle du Togo. I.B.K ne rimera jamais avec Faure Gnassingbé.

Merci, David Kpelly. Rappelons que vous tenez deux blogs, dont un sur la plateforme Mondoblog de la Radio France internationale, RFI, et votre dernier livre est intitulé « Apocalypse des bouchers » sorti en 2011 aux Editions Edilivre en France.

 

 

 

5 réflexions au sujet de « Non, I.B.K ne rime pas avec Faure Gnassingbé »

  1. Oh, cher Aphtal, c’est pas les mêmes contextes. Soumaila avait accepté sa défaite parce que tout montrait, tout a toujours montré depuis la préparation des élections que c’est IBK le préféré des Maliens. Soumaila savait très bien que s’il osait s’opposer à la vérité des urnes, le peuple malien le décapitera. Est-ce la même situation au Togo? C’est comme si par exemple un mouton castré demandait à un mouton non castré d’être aussi chaste que lui! Tu vois non, le contexte n’est pas le même!

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