Comment boire des Flag avec une Tchadienne sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian (Cinquième Partie)

Boîte de nuit à Bangui (Crédit image: www.rfi.fr)
Boîte de nuit à Bangui (Crédit image: www.rfi.fr)

 

Résumé de la quatrième partie : Le héros, jeune Togolais vivant à Bamako, prend des Flag avec des amis tchadiens dans un bar bamakois très chaud.

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Jamila, notre seconde cavalière, moins enthousiaste qu’Halimatou, héla un serveur et lui demanda de nous amener un second casier de 24 bouteilles de Flag. C’était la première fois que je voyais des filles commander de la bière par casiers, moi qui suis aussi fréquent dans les bars qu’un entrepreneur chinois expatrié en Afrique dans les coins des prostituées. Je me penchai sur l’oreille de Mahamat et lui demandai en murmurant si ces filles étaient vraiment des musulmanes. Affirmative. Il se pencha à son tour sur moi pour me demander laquelle des deux je choisissais. Les filles tchadiennes, me fit-il, même bourrées jusqu’au nombril, sont très difficiles à conquérir, et le singe a été très sage, comme toujours, pour avoir conseillé à tous les animaux ayant un visage creux de toujours daigner commencer à pleurer avant les autres aux funérailles, pour que leurs larmes tombent sur leurs joues au même moment que celles des autres. Rien ne sert de faire boire une Tchadienne, il faut commencer à la draguer à temps. Je lui fis connaître mon choix. Halimatou ! Absolument !

Le serveur nous amena notre deuxième casier de Flag, accompagné d’un monsieur à la peau blanche, ou presque, plus court que Lionel Messi croisé avec Mimi Mathy, roulant devant lui une bedaine aussi volumineuse que celle d’une Béninoise couvant des jumeaux de huit mois. Un Libanais, sans aucun doute. Il trainait avec lui, le nabot libanais ventru, une jeune fille, apparemment de la vingtaine, habillée comme toutes les filles travaillant dans le bar : une robe rouge couvrant à peine ses fesses, des escarpins d’une trentaine de centimètres, une perruque multicolore tombant presque sur ses hanches, des bijoux de pacotille autour du cou, aux poignets, aux chevilles, des les oreilles, dans le nez, dans l’arcade sourcilière… Elle s’était dépigmentée et les taches rebelles sur ses cuisses, jambes et bras faisaient miroiter son corps dans la pénombre comme celui d’un serpent python sous la flamme d’un lampion.

Le couple s’arrêta à notre table et le serpent python en robe rouge, en souriant, prit la parole : « Bonsoir Messieurs et dames, mon chef est très heureux de vous accueillir dans son bar ce soir. On l’a informé que vous venez, à vous seuls, de prendre votre deuxième casier de Flag et il tient à vous féliciter et vous récompenser. Il vous offre donc quatre cartes pour venir assister vendredi à une petite séance privée de strip-tease qui se déroulera dans le salon VIP du bar en compagnie de plusieurs personnalités politiques du pays. Merci de votre confiance. » Le chef libanais, satisfait de l’éloquence de son porte-parole, sortit d’une enveloppe qu’il tenait quatre cartes qu’il déposa sur notre table en nous souhaitant bonne soirée et en tirant, par les hanches, le serpent python en robe rouge qui manqua de dégringoler des hauteurs de ses escarpins, faisant tinter les perles en métal – sûrement – qu’elle avait aux hanches.

Ils s’étaient à peine éloignés de notre table que Mahamat commença la lecture de son mini « Mein Kampf » sur les Libanais : « Mon chef, mon chef, chef de mon cul, ouais, c’est quoi cette malédiction-là d’appeler un Libanais son chef, hein ? Si j’en avais le pouvoir, je serais aux Libanais ce qu’Hitler fut aux Juifs. Ces gens n’ont aucune moralité. Non seulement ils maltraitent les Africains, surtout les Africaines chez eux, au Liban, mais ils se permettent de venir encourager l’immoralité et la débauche chez nous. Tout ce qu’ils savent ouvrir comme affaires dans nos pays c’est des restos à la bouffe grasse et empoisonnée, des bars, des boîtes de nuit, des chambres de passe… Nos filles sont devenues leurs objets sexuels, dans nos propres pays. Ils se les passent entre eux dans leurs soirées échangistes et les font coucher avec leurs animaux. Tu crois que la fille-là qui le suit marche comme ça à cause de ses hauts talons, hein ? Non, c’est qu’elle a l’anus bousillé. Ce chien de Libanais aux couilles poilues lui a forcé le derrière par toutes les bites de Libanais, des godemichés libanais, des bites de chiens, de chats, de chevaux, de taureaux libanais… Peuh, je déteste ces gens, je les déteste encore plus qu’Idriss Déby et toute sa famille réunie. »

Les deux filles pouffèrent de rire, alors que je regardais le génocidaire, ébahi. Ses yeux, luisant de rage, fixaient toujours le Libanais qui faisait le tour des tables, avec son porte-parole, saluant les buveurs. Quelques instants après, Halimatou me tendit son téléphone portable en souriant. Sur l’écran, une jeune Africaine, écartée sur un lit à trois place, hurlait entre trois Libanais et un gros chien, chacun entrant en elle par où il voulait : « Oh yes, I hate Africa, I hate Africa, gosh, I love Lebanon, my God, let me die in Lebanon, I hate Africa, Oh yes… » Tout autour du lit, quatre Libanaises, voilées, applaudissaient. Je tendis à mon tour le téléphone à Mahamat en riant.

Après ma huitième bouteille de Flag, et ma troisième tentative infructueuse de convaincre Halimatou à passer la nuit chez moi – les filles en apparence enthousiastes sont finalement les plus difficiles quand il faut concrétiser, je fis un tour aux toilettes pour me « débièriser », la débièrisation étant ce procédé bien connu par la majorité des buveurs, et qui consiste à pisser pour éliminer l’alcool au fur et à mesure que l’on boit. J’ouvris la première toilette pour buter sur une jolie fille au teint clair, le slip descendu jusqu’aux chevilles, assise sur la cuvette, qui lâchait un bruyant pet – ou autre chose plus merdeuse. Je faillis vomir. Quelle horreur, quelle vilenie, une fille de teint clair qui pète, le slip descendu, assise sur une cuvette de toilette ! Je voulus lui présenter des excuses mais, tranquille, souriante, elle me fit : « Si vous m’avez suivie pour un câlin express, approchez-vous, je vous le fais vite, c’est deux mille. Si vous avez envie de moi, attendez, je finis on monte prendre une chambre, c’est dix mille le coup, y compris la chambre. Si vous voulez que je vienne passer la nuit chez vous, partez payer mes frais de location, vingt mille pour toute la nuit, chez mon chef, le gros Libanais qui est au guichet. Si vous vous êtes juste trompé de porte, déguerpissez, salaud, les toilettes des hommes c’est en face, merci. »

A suivre…

Note : Ce texte, dont le titre est inspiré du célèbre titre « Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer » est écrit pour saluer l’élection de l’éminent écrivain d’origine haïtienne Dany Laferrière à l’Académie française. Tant qu’existeront des hommes comme ce monsieur, le rêve de forger des mots, de les rendre plus beaux, plus doux, plus vivants, hantera toujours des générations et des générations.

 

 

 

11 réflexions au sujet de «  Comment boire des Flag avec une Tchadienne sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian (Cinquième Partie) »

  1. « si vous vous êtes juste trompé de porte, déguerpissez, salaud, les toilettes des hommes c’est en face, merci. ». ahahahahaha. Dave tu es sacré drôle toi!
    Amitiés

  2. Là, tu fais très fort ! combien d’épisodes encore ? et où vont-ils nous mener ? vas-tu éviter le lit du nigérian ? En attendant, bel hommage à Dany Laferrière dont j’avais adoré le texte truculent !!

    1. Ha ha ha, chère Louise, la suite est déjà là! Pour le nombre d’épisodes, ça dépend de la nuit… et des bouteilles de bière que m’offrent les Tchadiennes! wait and see donc!
      Amitiés!

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