Comment boire des Flag avec une Tchadienne sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian (Sixième Partie)

Maquis à Bamako (Crédit image: www.mali-web.org)
Maquis à Bamako (Crédit image: www.mali-web.org)

Résumé de la cinquième partie : Le héros, jeune Togolais vivant à Bamako, prend des Flag avec des amis tchadiens dans un bar bamakois très chaud. Il se retrouve nez-à-nez dans une toilette avec une péripatéticienne.

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Je refermai rapidement la porte, complètement dégoûté, en me pinçant le nez, alors que la catin au teint clair envoyait un second pet bruyant – ou autre chose encore plus merdeuse, dans la cuvette. Elle avait pouffé de rire, en remarquant mon dégoût. Je me rappelai une blague d’un oncle farfelu que j’avais durant mon enfance, et dont la cocasserie des vannes n’avait d’égale que celle de son visage quand il éclatait de rire après les avoir balancées, découvrant sa bouche à moitié édentée parsemée de dents aussi cariées que celles d’un rat : « Les trois choses les plus vilaines qu’on doit éviter de regarder le matin de bonne heure, pour ne pas passer la journée à jeun, dégouté de la nourriture : 1- Les couilles d’un vieux hernieux. 2- Les ébats amoureux d’un couple de vieillards. 3- Une jolie fille qui fait ses besoins. »

J’ouvris la deuxième des quatre portes de la rangée des toilettes pour hommes. Deux préservatifs usagés trainaient juste à l’entrée du cabinet. L’un s’était percé sous les pas des usagers de la toilette et déversait sur le sol une partie du gluant liquide qu’il contenait. Un futur enfant de rue ayant eu la chance de ne pas avoir été conçu, que j’avais pensé. Je crois en la Providence, comme tous les pauvres, mais j’avais du mal à imaginer ce que pourrait devenir un fruit conçu par un soulard et une pute mineure dans la toilette d’un bar mal famé, à part un enfant de rue tendant des boîtes de tomate aux feux tricolores, qui aura pour option, ayant grandi, de se reconvertir soit en petit voleur à la tire dans des marchés de seconde zone, soit en voleur à main armée de motos et braqueur de commerçants, soit, avec un peu plus de chance, en djihadiste preneur d’otages occidentaux.

Je me soulageai en évitant de regarder dans la cuvette, parce que les cuvettes des toilettes des bars, c’est comme la messagerie téléphonique d’une jolie copine, il faut éviter de regarder dedans, ça contient toujours des miasmes, des surprises très désagréables. Dans le cabinet voisin, un homme, dans pidgin nigérian ou ghanéen, proférait des menaces contre une certaine Mariam: «… Gosh, Mariam, you can’t go like this oh, you can’t chop my money wouya wouya wouya and go like this oh, I go kill you, you no sabi my name oh, I’m a Nigerian, and I go kill you, for me never stay with any girl oh, you take from me I have to go inside you, Mariam, come back oh, let me go inside you oh, or I go finish you oh… »

Je sortais de mon cabinet en riant, quand le Nigérian, debout dans le couloir, sa braguette à moitié ouverte, découvrant une partie de son broussailleux pubis, m’aborda, en français, un français de Nigérian, ayant peut-être remarqué par ma tête trop francophone que je n’étais ni du Nigeria comme lui, ni du Ghana. Il voulut d’abord savoir si j’étais malien. Non, Togolais. « Ah, Togolais, tu es mon frère, Togo et Nigeria c’est même chose. Mon frère, fais attention à fille de ce pays, le fille de ce pays ils sont mauvais, ils peuvent te tuer comme ça. Si tu les vois, ils sont comme des villageoises, mais ils sont méchants comme ça. Ils vont finir ton l’argent, ils n’ont pas de l’amour pour quelqu’un. Si on te donne un fille de ce pays et un petit chèvre, il faut choisir petit chèvre parce que petit chèvre tu vas tuer et manger, mais le fille de ce pays il va te tuer et te manger. Si tu lis journal demain, tu vas me voir dans ça, on va m’amener en prison, parce que je vais aller tuer un fille de ce pays comme ça. Mariam et sa famille ils ont bouffé tout mon l’argent et elle a marié un autre homme dimanche passé. J’ai cherché sa maison et j’ai trouvé, je vais le tuer cette nuit avec son mari, après je vais tuer ses parents comme ça. Moi je suis Nigérian, personne ne peut pas me voler comme ça… » En titubant, il sortit du couloir et se dirigea vers la piste de danse subitement envahie par des danseurs soulés et hilares, le DJ ayant lancé un célèbre morceau du chanteur nigérian Flavour : « waka waka baby woyè, wourou wourou baby woyè, i go tell my papy wo yè… »

Quand je retournai à notre table, Mahamat était seul. Les deux filles étaient parties se trémousser sur le morceau de Flavour : « Baby sawalé yé, sawa sawa sawalé, sawa sawa sawalé ashao… » En jubilant, Mahamt me fit savoir que son cas était réglé avec Jamila, il allait rentrer accompagné. Je lui dis qu’Halimatou bouillait toujours au feu, qu’elle n’était pas encore cuite, que je n’étais pas sûr qu’elle allait cuire cette nuit, que je n’étais plus trop pressé, il y a ce proverbe de chez moi qui stipule que si hier n’a pas pu tuer l’orphelin, c’est pas aujourd’hui qui peut le tuer. « Mon lit peut encore rester froid cette nuit, demain, la Tchadienne viendra le réchauffer », lui ai-je murmuré.

Après avoir fini notre deuxième casier de vingt-quatre bouteilles, je réussis, après des efforts aussi gros que ceux d’un vieux retraité cocu priant sa femme qui ne l’aime plus à lui faire quelques petits câlins, je réussis, donc, difficilement, à convaincre la troupe à rentrer. J’étais au plafond, je me sentais saoul. Mais ce fut quand le serveur amena l’addition que l’incroyable se produisit. Jamila, celle qui nous invitait, et qui payait, s’emporta en regardant le montant de la facture « Incroyable, les gars, la bière est trop moins chère dans ce pays ! Quarante-huit bouteilles et on n’est même pas à trente mille francs CFA ? Ecoutez, moi j’ai réservé quatre-vingt mille pour la soirée, on n’a même pas encore bu trente mille, on fait au moins la moitié, quarante mille. Allez, les gars, on reprend un demi-casier et on se barre. Juste douze bouteilles à partager, trois pour chacun. OK ? » Je voulus protester mais Halimatou, en me donnant un léger baiser sur la joue, me murmura : « Ecoute bébé, si une dizaine de bouteilles ne t’ont pas tué, c’est pas trois qui vont te tuer. Allez. Et puis tu sais que les trois nouvelles bouteilles peuvent me faire changer d’avis, hein ? Je pourrai décider de t’offrir la nuit, hein, allez… » Un autre léger baiser sur ma joue. Votre décision, David, on part ou on reste. Dans les vapes. On reste !

A suivre…

Note : Ce texte, dont le titre est inspiré du célèbre titre « Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer » est écrit pour saluer l’élection de l’éminent écrivain d’origine haïtienne Dany Laferrière à l’Académie française. Tant qu’existeront des hommes comme ce monsieur, le rêve de forger des mots, de les rendre plus beaux, plus doux, plus vivants, hantera toujours des générations et des générations.

14 réflexions au sujet de « Comment boire des Flag avec une Tchadienne sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian (Sixième Partie) »

  1. Génial ce texte ! En parlant de bars, dernièrement je suis allé boire avec des potes et, mon Dieu, je n’arrive plus à dormir… tout ça parce que j’ai osé regardé dans la cuve des toilettes (mixtex)…

  2. David, mon frère Baoulé, fais gaffe à toi. Je t’ai toujours dis ta gourmandise de depuis quand nous étions petits te perdra un jour. Avec tout ça tu reste!?
    Euuuh, en fait plus tu es gourmand, mieux c’est pour moi puisque j’aurai encore droit à déguster de splendides billets de ce genre. J’en demande encore. Vivement que ça ne prenne pas fin.!
    Amitiés

    1. Ha ha ha, mon frère Baoulé! Depuis quand nous les baoulés nous quittons de jolies filles qui nous demandent de rester boire hein? Et puis tu oublies que c’est pas moi qui paie? Nous sommes futés, nous sommes baoulés!
      Amitiés!

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