Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Première partie)

 

Jeune homme africain (Crédit image: www.verysite.ca)
Jeune homme africain (Crédit image: www.verysite.ca)

Si c’était à refaire, le crabe aurait demandé à Dieu de lui mettre du sang dans son coquillage, le crapaud aurait demandé une queue aussi longue que celle du singe, le caïman aurait plaidé pour une gueule moins longue, moins vilaine, et la tortue une tête plus grosse. Sagesse des anciens.

Karim Diallo aurait tout donné pour être né comme tous les garçons normaux, c’est-à-dire avec un pénis au repos, un pénis semblable à celui de tous les nouveau-nés masculins. Parce qu’il était maintenant persuadé que tout venait de là. Sa malédiction ne pouvait provenir que du jour de sa naissance, il y avait trente-deux ans, où, après plus de quatorze heures passées en couches, sa mère l’avait éjecté, épuisée, sous un grand cri d’horreur de l’accoucheuse qui avait hurlé : « Astafourlaï, ce garçon est venu au monde avec un sexe en érection, qu’Allah nous garde de tout malheur ! » Les autres accoucheuses, connaissant l’humeur taquine de leur collègue, avaient cru qu’elle plaisantait, mais durent se rapprocher d’elle sur ses insistances. Elles avaient aussi hurlé de stupeur pour certaines, de dégoût pour d’autres. Le nouveau-né bandait aussi solidement qu’un étalon en rut. Et la taille du phallus ! Une telle immensité entre les frêles cuisses d’un nouveau-né ! Les autres accoucheuses s’étaient rapidement éloignées de leur collègue et de cette étrangeté qu’elle venait de faire venir au monde.

Quand, ayant grandi, Karim Diallo avait demandé des détails à sa mère sur l’affaire, elle lui avait expliqué que ce jour, celui-là où il était venu au monde tout chaud, toutes les accoucheuses de l’hôpital qu’elle avait, inquiète, consultées pour leur demander si la situation était normale, lui avaient répondu, tristes, qu’elles avaient, durant toute leur carrière, vu tant d’étrangetés sur les nouveau-nés. Il y en avait qui naissaient avec des dents, avec des moustaches ou des poils au pubis comme des adultes, avec des membres en moins ou en trop, avec de très hideuses malformations… Côté parties génitales, il y avait des garçons qui naissaient avec un ou trois testicules, des filles sans clitoris – elles étaient baptisées « les excisées de Dieu »… mais un nouveau-né traînant un phallus si volumineux, prêt à tirer tel Rocco Siffredi s’apprêtant à tourner une séquence avec une actrice en chaleur, elles n’en avaient jamais vu, wallahi. Elles lui avaient donc conseillé d’en parler avec des marabouts et des féticheurs pour expliquer le mystère, mais elle ne l’avait jamais fait, elle s’était dit que cela n’avait dû être qu’une petite anomalie. Si des enfants viennent au monde avec un œil, une oreille, un testicule en moins, s’il y en a qui naissent déjà excisées, pourquoi n’y en aurait-il pas qui naissent juste avec un pénis debout, hein ? Une anomalie, juste une anomalie, inch Allah !

Karim Diallo n’en doutait plus. Sa mère s’était méprise. Cette histoire de pénis debout à la naissance n’était pas juste une anomalie. C’était une malédiction. Dieu avait décidé, sûrement, de le punir pour les péchés commis par l’un de ses ancêtres. Peut-être il remboursait, par la vie indigne qu’il était contraint de mener aujourd’hui, condamné à errer de femme en femme, à tourner les reins à longueur de journée et de nuit au-dessus de tout ce qui pouvait lui payer quelque chose pour survivre, à risquer sa vie dans le lit de femmes deux fois plus âgées que lui, de vieilles libidineuses perverses cherchant un orgasme dont elles sont moins proches que les probables crises cardiaques qui peuvent les étrangler à tout moment durant les ébats sexuels, il se disait, donc, Karim Diallo, qu’il était en train de payer pour les incessantes affaires de sexe qui avaient meublé la vie de ses ancêtres, probablement son arrière-grand-père paternel, Sotigui Diallo mort dans une mosquée, foudroyé, disait-on, par une violente colère divine, alors qu’il forniquait dans le noir avec la quatrième femme du muezzin de la moquée.

Comment pouvait-on, alors comment pouvait-on ne pas devenir ce qu’était devenu Karim Diallo quand on avait des ancêtres aussi indignes, aussi incultes, aussi barbares que les siens, des ancêtres aussi immoraux jusqu’au point d’aller dire à Dieu, sans crainte, sans honte, dans sa mosquée, dans sa maison : « Euh, excuse-moi, Dieu, mais, peux-tu me passer ta mosquée pour tirer un coup vite fait avec la femme du muezzin ? »

Non, Karim Diallo avait pris sa décision, il se savait maintenant maudit, et il allait chercher à mettre fin à cette malédiction. Ce coup qu’il s’apprêtait à aller tirer était le dernier de sa carrière de gigolo, inch Allah. Il allait s’appliquer avec cette hargne par laquelle on fait les choses pour la dernière fois, donner, enfin, à cette vieille carcasse d’os rouillés cet orgasme qu’elle cherchait depuis deux ans maintenant, l’arnaquer de deux cents ou trois cent mille francs, et aller voir un bon marabout pour l’exorciser définitivement de sa malédiction. Il ne pouvait plus attendre, parce que c’est à force d’attendre que le crapaud lui ramène de l’eau du fleuve que l’hyène ne s’est jamais lavé l’anus, dit le proverbe. Sa vie de gigolo risquait de ne plus rien signifier dans quelques années s’il continuait ainsi. Aujourd’hui il avait trente-deux ans et était encore vigoureux, mais sa virilité culminait à force d’avoir été trop usée. Dans quelques années, cinq ou huit au plus, il ne serait plus un jeune homme, et aucune vieille femme, même la plus décrépie, ne lui ferait plus appel pour venir tourner les hanches. Et comme il n’avait rien étudié pour avoir le moindre diplôme, il n’avait appris aucun métier, c’était la faim qui le tuerait dans la quarantaine.

« Ce coup, c’est le dernier, Allah. Aujourd’hui c’est vendredi, ton jour, Allah, et nous sommes au beau milieu du mois saint, ton mois. Fasse que ce coup soit mon dernier, Allah. A partir de ce soir, je ne serai plus jamais un gigolo, inch Allah », avait-il murmuré en se dirigeant vers sa garde-robe pour s’habiller.

A suivre…

 

 

 

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9 réflexions au sujet de « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Première partie) »

  1. On aime ta plume, David! Oh, que dis-je, comment le dire… On t’aime David. Oui, on t’aime. Ton humour, ton style d’écriture. On t’aime.

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