Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Troisième Partie)

Jeune homme africain (www.123rf.fr)
Jeune homme africain (www.123rf.fr)

Résumé de la deuxième partie : Le héros, Karim Diallo, la trentaine, gigolo devant Dieu et devant  les femmes âgées, se prépare à aller chez une de ses conquêtes. Il repense à son long chemin vers sa carrière de gigolo.

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Karim Diallo se rappelait très bien, il avait tiré son premier coup de gigolo à succès durant sa deuxième année au lycée, en plein cœur de ses frustrations. Il avait dix-huit ans. Ce fut avec sa prof d’allemand, Mariam Keita, une jeune vieille fille de vingt-neuf ans rescapée de cinq ans de chômage et d’une dizaine de déceptions amoureuses.

Naïve comme les seins d’une vierge, elle avait cru, la Mariam Keita, comme elle le lisait dans les guides de l’étudiant, qu’avec un diplôme en allemand elle pouvait trouver du boulot comme traductrice dans une institution internationale, interprète pour une grande société internationale, chargée de communication grassement payée dans une ONG allemande venue gaspiller, comme la plupart des ONG occidentales, ses ressources en Afrique soi-disant qu’elle lutte contre la pauvreté, l’analphabétisme et le sida… Elle avait fini par comprendre, après cinq ans de chômage, que non seulement son diplôme d’allemand ne l’aiderait à trouver aucun vrai boulot, mais aussi il la leurrait, lui faisant croire que les jeunes chauffeurs, mécaniciens, enseignants, infirmiers, agents commerciaux… qui lui faisaient la cour n’étaient pas assez dignes d’elle. Et les années ont passé pour elle et son diplôme. Elle s’était regardée dans la glace un matin pour voir qu’elle venait de fêter ses vingt-huit ans et sa onzième déception amoureuse, et que les hommes qui faisaient désormais sonner son téléphone étaient tous de la cinquantaine et soixantaine, des étalons « has-been » dégoûtés par les froideurs nocturnes de leurs vieilles épouses à la maison, et qui ne comptaient venir chez elle que pour ressusciter leur libido à l’agonie. Révoltée, déçue, humiliée, raillée par son entourage même ses parents, elle s’était résolue à faire le métier qu’elle détestait le plus, l’enseignement, qui, comme un conjoint indésirable, mais amoureux, lui ouvrait grandement les bras. Elle était devenue enseignante d’allemand au lycée à vingt-neuf ans, et avait mis tous les hommes, leurs mensonges et leur phallus sur une liste rouge.

Karim Diallo, élève médiocre en allemand, et sa prof s’étaient rapprochés un soir, après les cours, quand il trainait devant la classe, attendant un de ses camarades, et que la prof était assise dans la classe, corrigeant des copies. Karim Diallo l’avait entendu éclater subitement en sanglots, et avait cru que c’étaient leurs insolences sur les copies qui la mettaient dans ses états. Ayant grandi en vrai Peuhl, malgré ses frustrations, et disposé à mettre la femme au même niveau qu’une vache, c’est-à-dire un vrai trésor à entretenir avec minutie, il avait bondi dans la classe, et avait surpris la prof écroulée sur son bureau, tout le visage inondé de larmes. Une vache qui pleure, devant un Peuhl ! Il s’était plié en quatre, avait osé une main sur le dos de la prof, lui avait demandé ce qu’elle avait, s’il pouvait l’aider, s’il pouvait lui chercher un peu d’eau…

Elle n’avait pas, la prof, répondu et avait pleuré pendant plus d’une heure, sous les supplications et consolations de Karim qui lui demandait de juste lui dire ce qu’elle avait et il allait l’aider, il ne la voyait pas comme une femme, mais comme une vache, et il était prêt à même donner sa vie pour régler son problème… Non, elle devait arrêter de pleurer, de pleurer devant lui un Peuhl, la vache… Puis elle s’était calmée, et ensemble ils avaient arrangé ses affaires.

Quand Karim lui avait proposé de la raccompagner chez elle, elle avait d’abord hurlé non d’une manière catégorique, se disant que ce n’était pas normal, logique, qu’un élève, un si jeune élève la raccompagne chez elle, fût-elle déprimée. Karim avait insisté, il ne pouvait pas, lui un Peuhl, laisser une vache qui pleure rentrer seule chez elle, non, il ne le pouvait jamais… Elle avait encore dit non, mais avec moins d’énergie, se rappelant que sa maison était vide, que si elle rentrait seule elle passerait toute la soirée à pleurer sans consolateur, et il n’y a rien de plus horrible pour une femme que de pleurer sans avoir de consolateur. Et quand Karim avait insisté pour une troisième fois, elle avait poussé un profond soupir, avait levé ses yeux embués de larmes pour le regarder, avait remarqué qu’il était très beau, le Peuhl, s’était souvenu que ça faisait au moins dix-huit mois qu’elle était au pain sec, oui sec sec sec, sans rien, sans personne, dix-huit mois au pain sec, oh, elle n’était pas la Vierge Marie version sahélienne quand même ! Et elle avait dit oui, Karim pouvait la raccompagner chez elle.

Dans le taxi qu’ils avaient pris, les deux, la prof avait remarqué durant tout le trajet que son élève sentait très bon, qu’il était très poilu, qu’il avait de très beaux pectoraux dessinés dans sa chemise, qu’il avait, malgré son jeune âge, une voix très grave à dompter une femme, à la dompter, une voix très mielleuse à consoler une femme, à la consoler, une main très douce à caresser une femme, à la… oui la caresser… Il était craquant, cet homme, cet élève. Craquant, l’élève, mais craquant quand même ! Arrivés chez elle, elle s’était éparpillée dans son canapé au salon et avait encore éclaté en sanglots. Eparpillée, comme ça, sous les yeux de Karim, son élève, assis dans un fauteuil en face d’elle ! Eparpillée comme ça, en sanglots, devant cet élève, cet homme si craquant !

Et Karim Diallo, Peuhl parmi les Peuhls, sensible devant les nouveaux sanglots de la vache éparpillée dans le canapé, s’était approché d’elle. Il ne la voyait déjà plus comme une femme, encore moins sa prof, mais comme une vache. Et le Peuhl qu’il était devait tout faire pour empêcher la vache de pleurer. Et la vache, qui n’était plus déjà une prof, mais une vache devant ce Peuhl si beau et si craquant, la vache qui portait très mal ses dix-huit mois d’abstinence forcée, s’était laissée consoler. Et le Peuhl avait consolé la vache. Ils s’étaient aimés, la prof et son élève, le Peuhl et sa vache qui pleurait. Ils avaient aimé.

A suivre…

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

 

13 réflexions au sujet de « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Troisième Partie) »

  1. Les Peuls ne sont pas les seuls à aimer les vaches; Les maures les aiment vachement bien. Ils n’excellent pas seulement dans le « commerce » des otages occidentaux. Karim Diallo doit apprendre allemand, ou enseigner le Pulaar à Mariam Keita. C’est agréable de te lire; on ne s’en lasse pas.

  2. Ils s’étaient aimés. Ils avaient aimés. Voilà qui est sexy comme expression.
    Merci l’auteur. Merci mon frère Yao. Tu fais honneur au sang Baoulé qui coule dans tes veines…
    Abientôt pour la suite.
    Amitiés

  3. Tu fais honneur à la francophonie, frangin! Quel maitrise de la langue de Molière. Et puis tu fais tellement rire avec classe. Merci beaucoup pour ce beau texte. A quand la suite de cette belle histoire d’amour?

  4. Pardon je lis dans la presse que tu es invité à un festival littéraire au Togo en mars. Tu viens? Réponds-moi s’il te plait. Je voudrais te rencontrer à Lomé avec plaisir.
    Merci mon frère.

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