Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Sixième Partie)

Jeune homme africain (Crédit image: www.123rf.com
Jeune homme africain (Crédit image: www.123rf.com

Résumé de la cinquième partie:  Le héros, Karim Diallo, la trentaine, gigolo devant Dieu et devant  les femmes âgées, se prépare à aller rencontrer Mame Thiam, une de ses conquêtes. Il se rappelle ses déboires durant sa carrière de gigolo…

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 Karim Diallo finit sa longue toilette et son flash-back de gigolo infortuné, s’apprêtait à sortir et aller rejoindre Mame Thiam qui l’attendait à l’hôtel quand il se rendit subitement compte qu’il était en manque d’outils de travail. Il avait épuisé, se rappela-t-il, son stock, il y avait deux jours, dans la chambre de la jeune Ouleymatou Traoré, une septuagénaire qu’il avait dénichée dans une boîte de nuit pour vieilles branchées, quand cette dernière noyait sa dépression dans un verre de Whisky, lâchée trois jours avant par son pointeur, un jeune danseur de vingt-cinq ans ayant préféré suivre une touriste allemande qui lui promettait visa, mariage et fortune à la seule condition qu’il accepte de la suivre pour le pays de pépé Goethe. Karim Diallo s’était approché de la cocue et avait réussi très facilement à la convaincre d’oublier le danseur, il pouvait le remplacer valablement. Ils s’étaient retrouvés quelques minutes après dans la chambre d’Ouleymatou, dans son lit. La nuit avait été très longue, Ouleymatou ayant besoin de rattraper les trois jours d’abstinence que lui avait imposés son amant déserteur. Tout le stock de préservatifs, de Viagra et de lubrifiants du gigolo peul y était passé.

Midi venait de sonner quand Karim Diallo sortit de sa maison et se dirigea vers la pharmacie du quartier pour s’approvisionner. Mame Thiam, pressée, avait déjà appelé deux fois, lui demandant de se presser pour la rejoindre. Elle prenait l’avion pour le Sénégal à quinze heures, et n’avait donc que deux heures pour s’amuser. Très exigeante, celle-là. Elle ne blaguait pas avec les humeurs de sa libido vieille et capricieuse. Elle payait très bien, mais exigeait en retour un travail bien fait. Karim connaissait son éternelle chanson par cœur : « Moi, Mame, fille d’Oumar Thiam et de Bintou Sy, tout le monde me connaît au Sénégal du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest pour mon honnêteté. Je paie toujours quand on me livre un travail bien fait, mais je sais aussi sévir quand on ne me satisfait pas. J’ai laissé mon nom dans les oreilles de tous les jeunes vigoureux de Dakar, de Thiès, de Gorée… Tu me satisfais je te paie, tu me déçois je te punis. Je suis comme le tchep djen, quand je veux être délicieuse je le suis, mais quand je veux être désagréable je le suis aussi. »

Le mois de ramadan battait son plein, et de toutes les ruelles, de toutes les maisons, de tous les coins du quartier, surgissaient des grappes de croyants mahométans, tous habillés en boubous blancs, nattes sous les bras et chapelets en main, se dirigeant vers la mosquée du quartier où le muezzin avait commencé à faire pleurer sa voix, appelant à la prière. Des mottes de crachats, blanches comme du coton pour certaines, teintées au rouge par la noix de cola pour d’autres, se croisaient dans le vide, lancées dans tous les sens par les bouches édentées ou presque des jeûneurs, et s’écrasaient sur le macadam, sitôt effacées par des pieds aussi maladroits que pressés. L’époque de l’année où il faut circuler dans les embouteillages de Bamako avec la même attention qu’un nouveau gendre lavant les couilles hernieuses de son beau-père, pour ne pas se retrouver la tête enveloppée sous un voile de crachat.

Comme tous les croyants, les vrais, El Hadj Hassan Ben Haidara pressait les pas pour vite arriver à la mosquée et y trouver une bonne place. Voici six mois qu’il était revenu du Nord-Mali où il avait combattu aux côtés des islamistes pour l’instauration de la charia sur toute l’étendue du territoire malien. Le quartier l’identifiait toujours sous la casquette de cet homme pieux, plébiscité par tous les croyants de sa mosquée pour être imam, avant d’être surpris, deux jours avant sa prise officielle de fonction comme imam, dans une des boîtes de strip-tease les plus obscènes de Bamako, le phallus dans la bouche d’une pute mineure, la tête entre les cuisses d’une autre. L’affaire avait fait grand bruit et beaucoup de jeunes musulmans du quartier avaient décidé de l’égorger, le contraignant à s’enfuir pour le Nord, à se radicaliser, puis à prêter main-forte aux fondamentalistes qui se battaient contre les armées françaises et africaines. A la victoire des cafres, il avait fui, comme ses compagnons d’armes, et était revenu dans son quartier bamakois, ruminant en silence ses hontes d’imam raté, ses envies de djihadiste battu, attendant impatiemment le jour où la moindre occasion se présenterait à lui pour sélectionner les vrais croyants et exterminer les impurs.

Ce fut au moment où cette montagne de déceptions, de frustrations, de honte et d’échecs, Aladji Hassan Ben Haidara, passait devant la pharmacie du quartier que le pharmacien tendait à Karim Diallo debout devant le comptoir un gros paquet de préservatifs. Le sang de l’ancien djihadiste ne fit qu’un seizième de tour, quand il vit l’horreur. Donc, en plein mois de carême, de ramadan, un vendredi, à quelques minutes de la prière, ce jeune cafre, dix fois cafre, cent fois cafre, mille fois cafre, se permettait d’acheter des… des… des quoi déjà, hein… il se permettait, ce jeune impur criminel, il se permettait d’acheter l’innommable, l’impensable, l’imprononçable pour un bon musulman en ce mois béni, ce jour, cet instant ! Il achetait le haram, ce garçon ! En un bond, l’imam raté sauta, se saisit du long couteau d’un boucher vendant du mouton au bord de la route, et bondit dans la pharmacie en hurlant : « Haram, Haram, HaramAstafourlai, je vais t’égorger ce midi, chaytan, chaytan, wallahi, je vais t’égorger, comment tu peux acheter ça en ce moment où on doit prier Allah, hein, comment tu peux acheter ça pendant le mois de ramadan, hein, wallahi, je vais t’égorger, je dois t’égorger, vieux cafre, meurs, impur, meurs, chaytan, je vais t’égorger, je dois t’égorger, chaytan… »

A suivre…

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

 

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12 réflexions au sujet de « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Sixième Partie) »

    1. Tout un plaisir, belle Kadi (bon, je te connais pas mais toutes les Kadi que je connais sont très belles, surtout quand,d elles disent du bien de moi (rires)).
      Amitiés!

  1. Notre faux Imam a vraiment une courte mémoire. Et lui, quand il avait été surpris, il n’était pas « cafre » ? Seuls les autres n’ont pas le droit de se servir ? Mais, Monsieur Kpelly, j’espère que les Boku Haram et les MUJAO ne lisent pas tes écrits. S’ils te lisent, ils ne vont pas se limiter au couteau mal aiguisé du boucher du coin!!! Moi, barbu de mes états, je vous lis avec émerveillement. Un talent et une maîtrise exceptionnels. Chapeau !

    1. Ha ha ha, cher Debellahi, les Boko Haram et Cie c’est mes potes, je les gère, t’inquiète. Les apparences sont trompeuses, en public je leur tire dessus mais ce sont mes gourous (rires)
      Amitiés!

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