Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (troisième partie)

Homme âgé d'Afrique (Crédit image: www.livegalerie.com)
Homme âgé d’Afrique (Crédit image: www.livegalerie.com)

Le vieux cocu vous emmerde
L’infidélité de la femme, dit l’adage, est comme la puanteur de la bouche : on ne la sent pas soi-même, on se le fait toujours dire par les autres.

Kader Konaté, avait, certes, remarqué, quelques mois après son mariage avec Ouleymatou, que celle-ci avait brusquement changé. Elle avait commencé à passer beaucoup plus de temps à se rendre belle, trop de temps à se rendre belle pour une femme mariée, à porter des pantalons, des jupes et des robes de plus en plus moulantes, à avoir trop le nez collé à son téléphone, pianotant sur l’écran affichant le logo bleu-blanc de Facebook, à chanter des slows français où elle citait des prénoms maliens pour remplacer les prénoms des chansons originales comme : « Nos corps enlacés sur le sable, l’eau qui vient mourir à nos pieds… Ousmane, je t’aiimmmeeee… » ou « Je voudrais dormir près de toi, être là quand tu t’éveilles, au premier rayon du soleil, hohoho, Ibrahim, je voudrais rester près de toi…»

Il avait aussi remarqué, l’Inspecteur Konaté, que la jeune mariée, en partant à l’école certains matins, refusait de porter son voile de femme mariée, laissant ses cheveux soigneusement défrisés à découvert, que les nuits, quand, après s’être dopé de lanceurs et autres fortifiants hétéroclites chinois pour chauffer son moteur Diesel, il mettait à rude épreuve son corps gringalet, ses articulations bringuebalantes, ses muscles desséchés, quand il se tuait pour lancer Matou vers le septième ciel, cette dernière, muette, ennuyée, se rongeait les ongles, n’émettant aucun gémissement, fût-il poussif, pour l’encourager, pressée qu’il finisse sa ridicule prestation pour la libérer aller tchatcher sur Facebook.
Oui, K2 avait senti, sur sa troisième femme, toutes ces anomalies propres à inquiéter tout marié attentionné. Mais il s’était toujours consolé avec le dicton selon lequel quand on loue une chambre, on la loue avec ses souris et ses cancrelats… Pour un septuagénaire, épouser une fille de la vingtaine c’est, certes, avoir un peu de miel pour diluer son calice des vieux jours, mais c’est aussi avoir à gérer des caprices interminables, à supporter des sautes d’humeur incompréhensibles, à avaler des embêtements indigestes…
Mais jamais, alors jamais, croyez la parole d’un inspecteur des Impôts de classe exceptionnelle, Kader Konaté n’avait imaginé que sa Ouleymatou, cette fille dont la dot lui avait coûté plus d’un million de CFA (deux mois de salaire et d’« affaires »), cette fille dont l’organisation du mariage l’avait contraint à mettre en gage sa quatrième maison en construction pour un prêt de 5 millions à la banque, il n’avait jamais imaginé, K2, que cette fille-investissement aurait pu avoir le courage de le doubler une fois, deux fois, trois fois, un nombre incalculable de fois avec un nombre incalculable d’amants, jusqu’à se faire honorer dans le quartier de l’injurieux surnom « Espace Schengen ».
Il n’aurait jamais pu imaginer que cette fille qu’il entourait de tant de soins était devenue sur la langue de ses voisins ce qu’on appelle au Togo « Agban gan djé blia dji », surnom collé aux filles qui bradent leur corps, en référence à ce cri d’appel que lancent les revendeuses de maïs durant les saisons d’abondance pour vendre leurs marchandises à vil prix.
Le jour où il apprit, pour la première fois, par un boutiquier maure plus bavard qu’un tambour de funérailles, qu’il était le cocu le plus célèbre du quartier, Kader Konaté ne voulut d’abord pas y croire, mais le Maure, appuyant ses déclarations par de fervents wallahi, arriva à le convaincre. Il finit, amer, par ouvrir les yeux et accepter la réalité, fit un petit flash-back pour enfin comprendre ces petits sourires narquois qui l’accueillaient ces derniers temps dans les boutiques du quartier, ces petits rires étouffés qui montaient dans son dos quand il passait, ces mains furtives qui l’indexaient depuis quelques semaines à son passage…
Il tenta d’imaginer ce que toutes ces langues railleuses avaient pu dire de lui depuis tout ce temps : « Kr kr kr, le pauvre vieux, il porte une botte de paille sur la tête et se la fait brouter par tous les moutons de la ville…», « Eh Allah, qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de ce vieux d’aller chercher une si petite fille, hein, même avec tous les Viagra du monde il peut jamais la satisfaire… » « Hein, que croyait-il, ce vieux-là, hein, qu’il peut gérer cette petite bombe ? Vous avez vu la forme de la petite, hein, non, mais vous avez vu ses rondeurs, hein, tu lui mets un plateau d’œufs sur la croupe la petite peut marcher avec sur des kilomètres sans le faire tomber » « Ha ha ha, regardez qui passe là, le vieux généreux qui nourrit sa femme pour tous les petits garçons de la ville… »
Cocu, humilié, raillé, K2 ne demanda pas l’avis de ses oracles avant de prendre une décision drastique pour punir l’infidèle. La répudier ? Oh non ! Elle s’en sortirait gagnante, puisque libre, elle aurait désormais du temps pour sa pléthore d’amants, et il perdrait, lui, les cinq millions qu’il avait investis dans son mariage. Non, il n’allait pas la répudier, il allait simplement la fermer, la cadenasser. Et le premier nom qui lui vint à l’esprit quand il pensa au « cadenassage » de sa femme fut celui du marabout Karamoko Coulibaly.
A suivre…

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8 réflexions au sujet de « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (troisième partie) »

  1. Hahaha…Espace Schengen, livraison à domicile.

    Qu’est-ce qu’il semble malin ce septuagénaire, inspecteur de classe exceptionnelle. Mais marabouter une jeune fille de vingt ans ? Quand même ! Il l’a déja privé de son avenir, pas de son plaisir aussi.

    Sinon Agban gan djé blia dji vô looooo. Miava plé….

    La suite, vite, vite, vite!

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