Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Cinquième partie)

Pas très normales révélations

Karamoko Coulibaly, Allah Le Miséricordieux et son Prophète lui sont témoins, n’est pas un marabout, euh, un prophète à faire les choses à moitié. Aussi, quand Kader Konaté, les larmes aux yeux, finit, ce soir, de lui exposer l’humiliation dont l’avait couvert sa femme « Espace Schengen », et proposa la sanction qu’il avait retenue contre elle, le « cadenassage », le prophète Coulibaly se leva en rage, se saisit de sa queue de cheval, mythique objet qu’il secouait quand il invoquait ses partenaires les esprits, se fondit en incantations, faisant succéder les noms d’Allah, de Mahomet et de petits dieux du désert malien dans un mélange aussi hétéroclite que risible.
Après quinze minutes de transe, il sautilla trois fois puis atterrit violemment sur ses genoux, libérant, sous le choc, un bruyant pet. La démonstration aurait fait pouffer de rire tout profane, parce que Karamoko Coulibaly, à ce moment précis, ressemblait plus à un clown mal inspiré qu’à un prophète. Mais Kader Konaté, habitué à ces mises en scène loufoques du marabout, garda son calme, fixant, concentré, la bouche du clown mal inspiré qui avait commencé à parler.

« Wallahi, Kader, commença à psalmodier le clown-marabout-prophète, en sueur, Allah et son dernier Prophète me sont témoins, ce que je viens de voir sur ta femme est horrible. Matou te trompe depuis presque deux ans, ça tu le sais déjà. Mais ce que tu ne sais pas, et que le scorpion sacré qui est mon totem me tue sur-le-champ avec son venin si je mens, ce que tu ne sais pas, Kader, c’est que Matou t’a trompé au total avec 104 hommes, dont tes voisins, tes collègues de travail, tes amis, et même tes neveux ! Je peux te citer un à un le nom de tous ses amants, le nom de tous les hôtels, les motels, les chambres de passe… dans lesquels ses amants l’ont souillée, je peux te décrire les maisons dans lesquelles elle a joui dans les bras de jeunes hommes pouvant être ton petit-fils, t’indiquer les dépotoirs sur lesquels des drogués de Bamako l’ont montée à tour de rôle, t’amener au bord des égouts dans lesquels des gueux de cette ville l’ont consommée, te… »

L’inspecteur des Impôts de classe exceptionnelle cocu, enragé devant tant de précisions importunes, voulut arrêter les révélations du zélé prophète Coulibaly, lui dire que ce qui était fait était fait, qu’il n’était pas là pour connaître les noms de toutes les Alice ayant visité le Pays des Merveilles de sa femme, il était juste là pour définitivement boucler les frontières de son territoire à tous ces sans-papiers crasseux qui l’avaient déjà trop visité… Mais le Karamoko, nous le savons bien, n’est pas un prophète à manger un chat sans sa tête. Il continua ses révélations.

« Oh Kader, Kader fils de Konaté, Kader Konaté, digne malinké, cette petite fille t’a trop humilié. Je peux te donner la couleur des slips qu’elle a portés tous les jours où elle t’a trompé, je peux te donner avec précision le nombre de préservatifs qui ont été utilisés sur elle par tes rivaux, oui, je suis un prophète, et je peux te décrire les différentes positions dans lesquelles ses multiples amants l’ont visitée. J’entends, oui pauvre Konaté, j’entends les gémissements de plaisir qu’elle poussait sous ses amants et je peux te les imiter, j’entends les cris lubriques qu’elle poussait à chaque jouissance, tes rivaux coincés entre ses sensuelles cuisses juvéniles, et je peux te les pousser si tu le veux… Pauvre Kader, pauvre fils de Konaté, pauvre malinké réduit en objet de dérision, digne prince transformé en chiffon par sa femme, je peux te compter un à un le nombre de poils du pubis que ta jeune femme a… »

Même si le bouc ne mord pas, il finit par donner un coup de dent à l’insolent qui s’obstine à lui pincer les couilles, dit l’adage. K2 avait supporté que Karamako Coulibaly parle des slips, des gémissements, des râles de jouissance, des cuisses, des positions de sa femme dans le lit de ses amants… mais que ce vieil édenté à la bouche aussi déserte que les funérailles d’une sorcière octogénaire stérile ose parler des poils du pubis de sa Matou qui demeurait, malgré ses infidélités, sa bien-aimée !

Konaté Le Cocu se leva brusquement pour s’en aller, mais le prophète Coulibaly, ayant lui-même senti qu’il avait exagéré, le retint par les épaules : « Non, Konaté, ne t’énerve pas, excuse-moi si je suis allée trop loin, c’est juste que je suis abasourdi par la légèreté de cette fille à qui tu tiens tant. Tu sais, tu me proposes de la cadenasser pour que ses amants n’aient plus accès à elle. C’est une bonne technique, puisque chaque fois qu’elle se retrouvera avec un homme autre que toi, il n’y aura pas d’ouverture sur elle. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut que nous punissions ses amants. Non, nous n’allons pas cadenasser ta femme, nous allons la miner au serpent. Oui, Kader, je vais pratiquer à ta femme la technique du minage au serpent. »

A suivre…

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5 réflexions au sujet de « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Cinquième partie) »

  1. Des prophéties? Même un néophyte saura trouver tout ce qu’il raconte et avec un peu d’imagination dira au vieux comment les amants de sa femme lui tirent la langue chaque fois qu’ils l’aperçoivent dans la rue quartier. L' »inspecteur » est mal barré et affaire de serpent là que ça ne retourne surtout pas sur lui-même.
    La suite….

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