Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Sixième partie)

Homme âgé d'Afrique
Homme âgé d’Afrique

Les prophètes aussi aiment la cravache

Kader Konaté a beau vouloir empêcher « Espace Schengen » de s’éparpiller à tout lit et à tout égout dans Bamako, il a beau vouloir la garder, poitrine, derrière et accessoires à lui tout seul, mais aller jusqu’à collaborer avec un serpent ! « Ce n’est pas parce qu’elle est saoulée que la souris part dormir dans le salon du chat », que stipule le dicton. Son visage s’assombrit, donc, quand Karamoko Coulibaly lui proposa de miner Matou au serpent.

Mais le marabout-prophète, ayant senti son désarroi, lui expliqua, après avoir remué trois fois sa queue de cheval, fait trois petits sauts, et probablement libéré quelques petits pets étourdis, il lui expliqua que la technique du minage au serpent était très simple, aussi simple qu’efficace. Il suffisait juste de placer un serpent venimeux à l’intérieur de la femme adultère, un serpent venimeux chargé de mordre tout membre viril ou tout doigt étranger, autres que ceux du mari, qui tenteraient de s’introduire dans les dédales qui n’étaient pas leurs. La seule contrainte du mari était de réciter un mot de passe chaque fois qu’il s’apprêtait à explorer sa femme, sinon clac, le serpent-gardien le considérerait comme un tricheur et le mordrait.

Il affirma, le marabout, qu’il avait inventé cette technique il y avait juste deux ans, pour sauver un ministre très influent du pays dont la dernière femme, moins âgée que ce dernier de trente-deux ans, avait décidé, tout comme Matou, de venger son mariage précoce en cocufiant son mari de ministre dans tous les bas-fonds de Bamako. Après seulement trois mois de garde, le serpent avait mordu et tué de son implacable venin vingt-six amants de la femme du ministre, et cette dernière, ayant finalement compris, devant les morts successives de ses amants, qu’elle était minée, avait dû se caser.

Convaincu, quoiqu’un peu perplexe sur le point où il fallait mémoriser un « sésame ouvre-toi » à réciter chaque fois qu’il fallait accomplir son devoir de mari, K2 accepta le remède. Et le marabout, après quelques nouvelles clowneries, lui récita les articles à fournir pour la cérémonie : la tête d’un serpent tué un vendredi avec une pierre rouge, trois duvets d’une poule blanche n’ayant jamais été montée par un coq, le testicule gauche d’un bouc noir dont la barbiche n’est ni trop longue ni trop courte, sept poils du pubis de Matou, neuf de ses poils de l’aisselle gauche, trois de ses slips, neuf mèches de ses cheveux, trois de ses cils, des bouts de ses ongles de pieds coupés à minuit trente-sept minutes, trois paquets de préservatifs de marque Manix à la lavande fraise, deux CD pornos chinois avec des séquences tournées dans un champ de blé en Chine, une cravache ayant déjà servi à fouetter une pute nigériane, une enveloppe de 250 000 F Cfa en billets de cinq mille francs.

Kader Konaté, concentré au début de l’énumération, faillit pouffer de rire devant l’incongruité de certains articles exigés par le marabout et les détails qui les accompagnaient. Il osa demander à ce dernier ce à quoi servirait des CD pornos dans la cérémonie, pourquoi ces films devaient être chinois, pourquoi les scènes devaient être tournées dans un champ de blé en Chine, pourquoi la cravache qu’il devait chercher devait avoir servi à fouetter une pute, pourquoi la pute fouettée devait obligatoirement être une Nigériane…

Pour toute réponse, Karamoko Coulibaly, après quelques grimaces, lui fit savoir que le monde des prophètes est largement différent du monde des simples humains, que dans le langage des prophètes tout détail est important, que si Issa, le prophète des chrétiens, avait demandé en son temps à un aveugle de se passer de la boue sur les yeux pour recouvrer la vue, lui, Karamoko Coulibaly, le prophète des Maliens, ne comprenait pas pourquoi on devait lui demander de justifier pourquoi il exigeait des films pornos tournés dans un champ de blé en Chine et une cravache ayant servi à fouetter une fille de joie d’origine nigériane pour sauver une femme des griffes de l’adultère. Il ne fallait pas lui poser des questions.

Ce fut de retour chez lui que K2 comprit que même s’il lui était facile de se procurer certains articles malgré leurs détails à la limite du ridicule, d’autres lui seraient très difficiles, presque impossible à trouver. La liste comportait des mèches de cheveux, des cils et des bouts d’ongles de Matou arrachés à minuit, et il venait de se rappeler que sa femme fait partie de celles-là qu’on surnomme « Made in Dubaï », des filles qui ont troqué tous leurs organes naturels, des cheveux jusqu’au dernier duvet de leurs pieds contre des emberlificotages en plastique bas de gamme.

A suivre…

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7 réflexions au sujet de « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Sixième partie) »

  1. Ah, j’oubliais que c’est une histoire de vieux. Dans le langage des jeunes comme nous « PLZ » c’est « Pardon. Donc la suite pardon, grand David.

  2. Hou la la! Je viens à peine de découvrir ce blog mais je n’arrive plus à le quitter. Quelle plume! Quel style! Quel humour! Salut jeune homme.

  3. Même s’il arrivera à trouver ce qu’on lui demande il fera mieux de ne pas le faire. Un vieux comme lui, risque d’oublier et donc de tomber dans son propre piège: c’est la mort assurée lo.
    Autre scénario possible: le mot de passe deviendra un quolibet et donc… Hmmm Dav la suite lo

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