Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (dixième partie)

Homme âgé d'Afrique (Crédit image: www.tv5monde.org)
Homme âgé d’Afrique (Crédit image: www.tv5mondeplusafrique.com)

La dot, ça peut se récupérer par une machette de boucher

K2 fut enfermé au commissariat, et passa une nuit blanche parmi une bande hétéroclite de détenus : un voleur de moto jakarta, un Ibo accusé d’avoir assassiné un bossu pour lui ôter du mercure de sa bosse, un Ivoirien trentenaire et un Congolais du même âge arrêtés, la veille, dans une boîte de nuit alors qu’ils se battaient à mort, pour une pute togolaise, par bouteilles de Coca cassées interposées, un Maure soupçonné d’être un espion de la rébellion touarègue à Bamako, un étudiant malien de la vingtaine ayant brûlé à l’acide le visage d’une étudiante qui refusait de lui livrer « sa marchandise » alors que cela faisait plus de six mois qu’elle le dépouillait de sa bourse d’étudiant, lui promettant une chaude et douillette partie de jambe en l’air, un pasteur d’origine ghanéenne, fondateur d’une église charismatique à Bamako accusé d’avoir rendu enceinte la fille mineure d’un magistrat, un gardien de nuit Dogon dénoncé par sa femme pour utilisation excessive de Viagra…

Quand il fut libéré le matin, à six heures, Kader Konaté, avant de quitter le commissariat, laissa un message de menace à l’inspecteur Diarra. Il lui fit dire que wallahi, lui, Kader Konaté, digne malinké parmi les malinké, jurait sur la tête de tous ses ancêtres, jurait même sur la barbe d’Allah que wallahi bilahi, il n’allait jamais digérer ce plat de couleuvre si mal pimenté d’un Diarra, un vulgaire bambara. Il allait le traquer, l’avoir, et lui faire subir une humiliation dix fois plus grande que celle qu’il lui avait faite. Oui, lui, Kader Konaté, tant qu’Allah et les ancêtres lui prêtaient vie, allait en découdre avec l’Inspol Diarra, le déchiqueter avant de l’envoyer, minable, dans sa tombe, inch Allah !

Il ne retourna pas, K2, chez lui, mais passa chez son ami Bouraima Coulibaly, le boucher, et lui demanda de lui prêter un de ses coupe-coupe avec lesquels il dépeçait les bœufs qu’il abattait. Le boucher Coulibaly, dont on aurait dit au Togo qu’il porte très bien son nom, puisque son nom, « Coulibaly », est utilisé au Togo pour désigner quelqu’un qui n’a rien dans la tête, qui ne comprend rien de rien, le boucher Coulibaly, donc, ce coulibaly, sans même avoir demandé ce que Kader Konaté, qui jamais de sa vie n’avait abattu ni dépecé même une mouche, ferait avec un coupe-coupe de boucher, tira sous sa table l’un des plus longs, des plus effilés, des plus tranchants coupe-coupe qu’il possédait, le tendit à K2 après avoir murmuré trois fois « Bissimilahi », une prière dont seule sa tête de Coulibaly ou sa coulibaly de tête pouvait saisir le sens dans une pareille circonstance.

Ce matin, El Hadj Boubacar Sylla était dans sa cour, drapé dans un long boubou blanc digne du respectable Aladji qu’il était, allongé dans sa chaise longue d’Aladji, un long cure-dent coincé entre ses dents d’Aladji malheureusement rougies par une mastication trop fréquente de noix de cola, savourant, pour la énième fois, les louanges matinales qu’était venu lui chanter son griot personnel, Djeli Ousmane Kouyaté. Depuis son pèlerinage à la Mecque, il y avait deux ans, grâce au pactole gagné de la dot de sa seizième fille Ouleymatou, Aladji Boubacar Sylla, qui n’avait jamais fait aucun travail dans sa vie à part enceinter ses trois femmes et percevoir la dot de ses filles, s’était trouvé pour dada de se faire louanger par le griot Ousmane Kouyaté qui n’avait de griot que le patronyme Kouyaté, puisque ses vraies professions étaient la paresse, la mendicité et le squattage des cuisines de ses voisins et connaissances chaque matin, chaque midi et chaque soir qu’Allah Le Miséricordieux faisait.

Le narcissique Aladji Sylla était, donc, en train de jouir sous les fausses louanges que lui distillait la mielleuse langue du griot-made-in-China quand Kader Konaté, titubant sous la rage, la haine, et surtout l’effet des deux calebasses de tchoukoutou qu’il avait prises en cours de route chez une revendeuse burkinabè, fit irruption dans la cour, le coupe-coupe du boucher Coulibaly brandi de la main droite au-dessus de la tête en criant : « Voleurs, je veux ma dot ou je vous décapite tous ce matin dans cette maison, escrocs, venez reprendre ce microbe que vous m’avez vendu comme femme et remboursez-moi ma dot. Je ne veux plus de votre fille, je ne veux plus de cette fille pourrie, je ne veux plus de cette viande faisandée comme femme, Boubacar Sylla, tu n’es plus mon beau-père, je ne suis plus le mari de ta fille, rembourse-moi le montant d’un million cinq cent mille que je t’ai payé pour la dot de cette prostituée que tu appelles ta fille ou je te décapite ce matin, wallahi bilahi… »

A suivre…

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