Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (dix-septième partie)

Arafat DJ, le Yorobo 5050 55555 000 volts (Crédit image: www.youtube.com)
Arafat DJ, le Yorobo 5050 55555 000 volts (Crédit image: www.youtube.com)

Si tu danses pas Arafat DJ en boîte, tu danses quoi alors ?

« Ma chérie, pourquoi nécessairement y aller, en boîte de nuit, en jean plaqué et body ? Je m’y sentirai mieux en basin boubou ou en veste, c’est plus ample et aéré, tu sais toi-même que mes courbatures… » essaya de bredouiller l’inspecteur des Impôts de classe exceptionnelle à sa femme. « Parce que la mode, mon bébé, tu te vois comme un vieux, Kader, mais moi Alima ta femme je ne t’ai jamais vu ainsi, tu es jeune de chez jeune, jeune choco, pas même un jeune quatre poches naviguant entre la trentaine et la quarantaine, hein, moi je t’ai toujours vu comme un jeune cinq étoiles, tout frais tout dur, allez, mon jeunot, viens m’essayer les jeans et body pour que je vois ton flow.» Elle lui déposa un baiser humide sur les lèvres et Kader Konaté n’ajouta plus un seul mot.

La séance d’essayage fut pénible, très pénible pour K2. Chaque fois qu’il réussissait, après trois ou quatre chutes manquées, à introduire ses deux jambes dans un jean plaqué, il ressentait dans son entrecuisse une forte pression du rigide tissu sur sa hernie naissante. Les T-shirts body, eux, manquaient de lui couper le souffle, lui serrant le ventre et la poitrine.

Mais Allah étant grand, et Alima n’étant pas petite, surtout dans les baisers sur la bouche pour réconforter son mari, K2 arriva à trouver un ensemble jean-body convenable qui lui martyrisait l’entrecuisse, le ventre et la poitrine moins que les autres. Amina.

L’essayage des chaussures « All Star » fut un cauchemar. K2 avait toujours porté des chaussures nu-pieds et ses orteils s’étaient habitués à être aussi libres que les seins d’une mère de jumeaux. Ce matin de chemin de croix donc, une fois que ses pieds disparaissaient dans les All Stars, que le vendeur, pressé de plumer ces deux pigeons venus se poser dans sa cuisine de si bonne heure, serrait les lacets, une colonie de fourmis surgissaient et commençaient à lui piquer les pieds avec frénésie, l’obligeant à hurler, demandant qu’on les lui ôte, malgré les caresses d’Alima…

Mais Allah étant grand, et Alima n’étant pas petite, surtout dans les caresses sur le dos, on arriva à repérer une paire de All Stars où il n’y avait pas de fourmis qui surgissaient après la fermeture des lacets, du moins pas assez. Hamdoulilah !

Le look d’enfer fut couronné par un pendentif en argent que choisit Alima. MC Kader Konaté voulut protester, dire que ce n’était pas convenable qu’il porte ça, à son âge, lui qui n’était pas rappeur, que d’ailleurs la religion musulmane ne permettait pas le port de bijoux aux hommes, que le prophète Mahomet promettait l’enfer à… que le Coran interdisait… que les sourates recommandaient… Alima, après lui avoir posé un baiser humide sur les lèvres, lui expliqua qu’un ensemble jean-body avec All Stars sans pendentif au cou, c’était aussi incomplet qu’une Sénégalaise sans perles bine-bine à la hanche, aussi approximatif qu’une péripatéticienne ghanéenne en robe courte sans string fleuri en bas, aussi terne qu’une Malienne allant au mariage sans faux cheveux, faux cils, faux ongles, faux seins…

Les trois jours précédant la grande sortie furent consacrés à l’entraînement aux danses à la mode, sur les sons qui enflammaient, ces temps-là, les boîtes de nuit bamakoises. Kader Konaté fut tour à tour initié, la chaîne de télévision Trace Africa aidant, aux pas de danse des jeunes chanteurs nigérians : Davido, Wizkid, P-Square, Tiwa Savage, Iyanya, Kcee, Flavour…

Alima lui apprit également à se défouler sur les sons Coupé-Décalé des DJ ivoiriens, avec une fixation particulière sur les shows du Zeus d’Afrique, le Deux-Fois-Koraman, le Commandant Zabra, le Yorobo 58500 volts, le Yorobo 75 800 volts, le Yorobo 10 000 000 000 255 volts… l’inénarrable, l’inimitable, l’indéboulonnable, l’intuable, l’ininsultable… Arafat DJ : « Avancez, avancez, avancez, avancez, reculez, reculez, reculez, Gborgbolor gangsta gbogborlor, yé, yé… » Tout le monde connaissait la formule en vogue dans la colonie des rats de boîte de nuit : « Si tu danses pas Arafat DJ en boîte, tu danses quoi alors ? »

Pas facile pour Kader Konaté, broyer ses vieux os et transformer en pièces détachées ses articulations dans des acrobaties aussi dangereuses, mais Allah étant grand, et Alima n’étant pas petite, surtout dans les massages nocturnes, Kader Konaté apprit à danser le Coupé-Décalé ivoirien et Cie. Allah soit loué !
A suivre…

6 réflexions au sujet de « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (dix-septième partie) »

  1. haha, ah la mode quand tu tiens Kader Konaté. Mais au nom de l’amour notre sieur est PRÊT à TOUT pour satisfaire sa Halima…Que c’est drôle. Pourquoi faire semblant?

    Mais à travers ce texte ( très bien écrit et bien narré d’ailleurs), on voit où peut nous pousser la mode au nom de l’amour.

    Cordialement !

  2. vivement la suite.Avec Alima à ses cotés K2 n’a plus sa tête sur ses épaules.Quand on chasse le lièvre faut savoir courir.

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