David Kpelly

L’ONU, ses contradictions lui vont très bien

Ban Ki-moon, Secretary-General of the United Nations, spoken at the World Economic Forum Annual Meeting in Davos Municipality, Graubünden Canton on January 29, 2009, par World Economic Forum (via Flickr CC)
Ban Ki-moon, Secretary-General of the United Nations, spoken at the World Economic Forum Annual Meeting in Davos Municipality, Graubünden Canton on January 29, 2009, par World Economic Forum (via Flickr CC)

 

 Interview de David Kpelly sur le 5e Forum des Nations Unies sur l’Alliance des Civilisations (Vienne 2013), réalisée le 02 mars 2013 par Abdoul-Karim Thiam pour La Gazette Bamakoise.

Du 26 au 28 février 2013, s’est tenue à Vienne, en Autriche, le 5e forum des Nations Unies sur l’Alliance des Civilisations. Un forum destiné à favoriser le dialogue entre les peuples afin d’éviter les tensions et conflits nés des différences culturelles et religieuses. L’écrivain et blogueur togolais David Kpelly, invité à ce forum, nous livre ses impressions et recommandations.

David Kpelly, bonjour. Que retenez-vous du 5e forum de l’ONU sur l’Alliance des Civilisations auquel vous avez assisté du 26 au 28 février à Vienne ?

Merci de l’opportunité que vous m’accordez. Je pense l’initiative, dans son essence, est bonne. Nous vivons maintenant dans un monde où il y a trop de conflits nés des différences culturelles et religieuses. Donc un forum qui cherche à instaurer la compréhension entre les peuples est la bienvenue. Mais c’est le fond et l’issue de la chose qui ne me convainquent pas. Durant le forum, nous avons assisté aux messages de plusieurs leaders politiques dont les pays ne sont pas des exemples de paix et de tolérance. A les voir délivrer des messages appelant les peuples à s’accepter, on a l’impression que c’est juste du folklore qu’ils sont venus faire, avant de retourner à leurs préoccupations belliqueuses. L’ONU, en réalité, se résume aux grandes puissances, et ce sont ces puissances qui sont à la base de plusieurs conflits dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient, pour des intérêts surtout économiques. Et voir ces puissances appeler à la paix entre les peuples alors qu’elles ne sont pas disposées à donner la paix, c’est là la vraie contradiction de ce forum.

Justement, dans un article que vous avez écrit dans le cadre du forum, vous demandez à l’ONU de guérir l’Afrique et le Moyen-Orient, pour que le monde soit harmonisé. Pensez-vous que ce sont ces deux régions qui sont à la base des divisions dans le monde aujourd’hui ?

L’Afrique et le Moyen-Orient ne sont à la base d’aucune division dans le monde, puisqu’ils ne décident rien. Mais ce sont les deux régions où l’on assiste aux plus grandes divisions entre les peuples et les plus sanglants conflits. Dans son discours d’ouverture du forum, le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon avait évoqué la violence en Irak, en Palestine, en Somalie, au Kenya, et surtout au Mali et en Syrie. Tous ces pays sont soit de l’Afrique ou du Moyen-Orient. Mais il faut se demander d’où naissent les conflits dans ces pays. C’est là où les grandes puissances occidentales et asiatiques de l’ONU, qui ont joué durant tout le forum aux faiseurs de paix, sont hypocrites. La plupart de ces guerres en Afrique et au Moyen-Orient sont allumées et entretenues par ces puissances, et leurs représentants, en peaufinant ces messages mielleux au forum, savaient pertinemment qu’ils n’auraient aucun effet, puisque leurs pays continueront à se cacher derrière les différences culturelles et surtout religieuses pour enflammer les petits pays pour des raisons économiques.

Il a été aussi question durant le forum du leadership des jeunes. Ban Ki-Moon a beaucoup insisté sur le rôle que les jeunes doivent jouer dans l’harmonisation des relations entre les peuples. Pensez-vous vraiment que les jeunes pourront réussir cette mission ?

Bah, je doute fort. Je vois les choses sous l’angle de l’Afrique. Demander aujourd’hui aux jeunes Africains d’être des leaders et d’harmoniser les relations entre les peuples, je pense que c’est juste un discours. Il faut d’abord les aider à trouver à manger et à retrouver confiance en eux. La grande majorité des jeunes dans nos pays sont sacrifiés sur l’autel de la mauvaise gouvernance, ils sont avilis et sont prêts à toutes les bassesses pour survivre. Je ne sais donc pas d’où viendront les jeunes leaders dont parlait Ban Ki-Moon.

Et pourtant on voit aujourd’hui beaucoup de jeunes Africains qui commencent à créer de bonnes initiatives, à prendre la parole, et à peser sur le débat dans leurs pays. N’est-ce pas ces jeunes-là dont voulait parler Ban Ki-Moon ?

Bof, ce n’est pas parce que certains rares jeunes Africains ont réussi par eux-mêmes à devenir des leaders qu’on doit dire que tous les jeunes Africains peuvent le devenir s’ils le veulent. Il faut aider la jeunesse, et nos Etats ne le font pas. Si je prends l’exemple de mon pays d’origine le Togo – où le président Faure Gnassingbé se targue d’être jeune, il n’y a aucune politique pour aider les jeunes et favoriser leur insertion dans la vie active, et les autorités ont mis en place toute une machine qui décourage les jeunes dans leurs prises d’initiative. Ces jeunes n’ont aucune référence, et tout ce qu’ils voient comme réussite c’est des hommes politiques véreux et louches. Je ne vois donc pas comment pourra émerger de ce tas de jeunes leaders capables de réussir cette mission que leur confie Ban Ki-Moon.

Quelles sont donc vos recommandations pour que ce forum réussisse à favoriser le dialogue des civilisations et unir les peuples ?

Je vois plus ce forum international comme un rituel qui ne sert à grand-chose. Le vrai dialogue entre les civilisations doit commencer à l’intérieur des Etats. Nos pays sont divisés suivant des considérations ethniques, culturelles, religieuses… Et ce sont ces divisions internes qui aboutissent aux grandes guerres qui enflamment aujourd’hui le monde et empêchent le rapprochement entre les peuples. Je ne vois pas un jeune Togolais du Sud dont le père a été tué par un militaire togolais du Nord aller se jeter dans les bras de l’assassin de son père, juste parce qu’il a suivi un message de paix de Ban Ki-Moon durant ce forum, encore moins les Maliens noirs qui sont actuellement en train de développer une féroce haine contre les Touaregs et Arabes du Nord-Mali, faire la paix avec ces derniers, parce que ce forum de l’ONU leur demande de dépasser leurs différences culturelles et se rapprocher. Il faut que l’ONU contribue d’abord à garantir un climat de paix dans nos pays que les grandes puissances ne cessent de pousser à la division, pour des raisons économiques. Mais les grandes puissances c’est l’ONU. Et c’est là le nœud de la division du monde actuel.


Qui veut éviter la guerre colorie son béret

Amadou_Haya_Sanogo_603140492Le Capitaine Sanogo et son béret vert

Bamako s’est réveillée, encore réveillée, ce matin du 08 février 2013 sur la panique. Pas devant un attentat-suicide perpétré par les islamistes chassés des villes du Nord-Mali, l’une des plus probables menaces qui pèsent actuellement sur la capitale malienne et qui a poussé les autorités maliennes à prendre de grandes mesures de sécurité et décréter l’état d’urgence. Pas devant de mauvaises nouvelles venues du front au Nord. Pas même devant un affreux accident quelconque. Mais devant des affrontements entre des militaires, des militaires de l’armée malienne. Un camp des bérets rouges situé en plein cœur de Bamako, le camp Para du quartier Djicoroni, venait d’être attaqué par des bérets verts. L’objectif était d’y déloger des bérets rouges qui refuseraient, sur les ordres d’un supérieur hiérarchique, d’aller combattre les islamistes-terroristes au Nord, aux côtés des troupes françaises et africaines.

On joue la comédie, disait l’autre. On joue la tragédie, est-on tenté de dire dans le cas malien. La tragédie ! Des militaires français et africains qui se battent farouchement au Nord-Mali contre les islamistes, et des militaires maliens qui se battent entre eux à Bamako pour une histoire de couleur de béret. Voilà le tableau, celui de la tragédie du Mali.

Des militaires de l’armée malienne qui se tirent dessus, faisant des blessés et même un mort, pendant que leurs concitoyens et frères d’armes sont en train de se sacrifier pour sécuriser des villes minées par les islamistes, pendant que des soldats français sont en train de suspendre minute après minute leur vie à Tombouctou, Gao et Kidal, à des milliers de kilomètres de leurs amis et amours, pendant que des militaires tchadiens, nigériens, togolais, nigérians… défient au prix de leur vie toutes les horreurs et atrocités dont sont capables des terroristes sentant leur défaite… des militaires maliens qui se battent entre eux, laissant aux militaires d’autres pays la charge de défendre le pays qu’ils sont censés défendre, protéger les populations qu’ils sont censés protéger, combattre l’ennemi qu’ils sont censés combattre. Presque incroyable, ce tableau.

Voilà des hommes éhontés, indignes, lâches, louches, hideux, cyniques, des tartuffes qui, pour leurs petits intérêts d’usuriers de mauvaise foi, sont prêts à complètement précipiter le Mali dans ce gouffre dont il est si proche aujourd’hui. Ces hommes avaient passé tout leur temps, dépensé toutes leurs énergies, utilisé toutes leurs stratégies pour s’entretuer depuis mars 2012, planifiant des coups d’Etat et des contre coups d’Etat, fragilisant l’autorité, faussant la hiérarchie, laissant la voie libre aux rebelles touaregs et aux islamistes pour prendre sans défense en quelques jours toutes les grandes villes du Nord-Mali. Pendant un an, ils se sont vidés pour s’envoyer en prison, se poser des pièges, quand les islamistes-terroristes, dopés de cocaïne, violaient des jeunes filles au Nord, tuaient à coups de pierres et de fouets des jeunes garçons, amputaient de vaillants hommes, droguaient, armaient et endoctrinaient de petits enfants, détruisaient des monuments…

Ces charlatans sont restés à Bamako et à Kati, suivant, insensibles, le carnage perpétré sur leurs vaillants frères au front devant les islamistes, ils auraient assisté sans broncher à la prise de tout le Mali par les assaillants, n’eût été la salvatrice intervention française. Et ils n’ont pas compris, ces ratés, qu’ils ne doivent même plus oser se faire voir, qu’ils doivent se cloîtrer chez eux pour digérer la honte qu’ils ont, la honte qu’ils sont, d’avoir laissé le pays qu’ils sont censés défendre entre les mains de militaires venus d’ailleurs, qu’ils doivent enlever leurs bérets dont les couleurs leur coûtent si cher, enlever leurs treillis qu’ils ne méritent plus, qu’ils n’ont d’ailleurs jamais mérités, et rejoindre les petits comités des lâches, leur élément, leur régiment. Ils n’ont pas compris, ces apostats, que chaque signe de division qu’affichera désormais l’armée malienne sera une source de motivation, une lueur d’espoir aux terroristes qui sauront que le Mali leur sera très facile à déstabiliser, à prendre.

La guerre au Nord ne sonne désormais dans leurs oreilles, à ces bérets multicolores de Bamako et de Kati, que comme un lointain écho cauchemardesque.

« Je suis préoccupé par le Nord », a répété pendant presque un an le capitaine Sanogo, le béret vert qui avait, en mars 2012, détrôné le président malien démocratiquement élu, qui avait promis aux Maliens, pour justifier son putsch, d’aller libérer le Nord-Mali dans les plus brefs délais, mais qui s’était rapidement reconverti dans l’art d’emprisonner, de traquer et de déshabiller les bérets rouges selon ses humeurs, qui avait d’ailleurs menacé de dissoudre ce corps, les accusant de contre-putsch, de terrorisme, de corruption, de détournement de fonds, de haute trahison… Quel chemin parcouru quand on sait que le grand putschiste préoccupé par le Nord, qui n’a curieusement depuis son putsch jamais tiré une seule balle sur le plus étourdi des envahisseurs du Nord, cherche désormais un poste dans l’administration à Bamako, des postes de diplomates à l’étranger et des retraites dorées à Bamako pour ses acolytes, loin du Nord – on se demande ce qu’ils ont fait comme travail pour demander une retraite !

A quoi bon aller encore se battre au Nord quand les frères étourdis de l’armée malienne qui ne savent même pas faire des coup d’Etat s’y battent déjà, quand les soldats français qui adorent tant la mort s’y font déjà tuer, quand les soldats africains du Tchad, du Niger, du Togo… ces hères qui n’ont jamais connu le privilège d’être un putschiste, encore moins l’honneur de porter un béret rouge, affrontent déjà les islamistes ? Moralité de l’histoire : « La couleur d’un béret, qu’elle soit verte ou rouge, ça se savoure dans un bureau, ça se trinque au frais, loin des fronts, loin de la guerre. » Parole de nos bérets rouges et verts. Ceux de Bamako et de Kati.


Lettre d’un colonisé aux patriotes maliens

Manifestations à Bamako

J’ai reçu, ce matin, à 10h57, dans ma messagerie Facebook, ce message d’un internaute malien, dont j’ai accepté hier l’invitation sur Facebook. « Monsieur David Kpelly, j’aimerais être plus courtois avec à vous dans ce message, parce que je respecte votre niveau, en lisant votre biographie, mais je ne peux pas le faire, compte tenu de la colère que vous me donnez au cœur en ce moment. Force est de constater que suite à vos articles, Le Mali et sa déhontée façon d’être libéré et  Main basse sur le Mali, autopsie d’un putsch que j’ai lus dans le journal en ligne africain www.koaci.com, j’ai décidé de vous dire que vous n’aimez pas le Mali comme vous le dites, mais que vous êtes un ennemi de ce pays. Si vous ne pouvez pas vous joindre aux Maliens pour sauver notre pays de l’occupation française et de la Cedeao, laissez-nous les Maliens on va le faire nous-mêmes. Nous ne voulons pas de la France et de la Cedeao et de vos ONU et autres chez nous. Si vous voulez vendre un pays aux Français parce que vous êtes payé pour écrire, allez vendre votre pays le Togo. Nous sommes des dignes fils de Modibo Keita, et notre patriotisme ne nous permet pas de voir ces troupes occuper notre pays pour nous piller après. Nous connaissons nos vrais intellectuels maliens et nous les respectons. Allez au diable avec vos idées de lâche et de nègre néocolisé. A bon entendeur salut. Pour le Mali nous sommes prêts à mourir. Merci. »

Mon cher Abdoulaye – je garde votre nom secret, merci de votre message. J’ai lu sur votre profil Facebook que vous êtes étudiant en sciences juridiques à l’université de Bamako. C’est bien, et j’aime des jeunes ayant du caractère comme vous. L’Afrique en a besoin… Cher Abdoulaye, la grande source de votre colère suite à la lecture de mes deux articles que vous incriminez est mon soutien à l’intervention de la France et de la Cedeao pour soutenir l’armée malienne contre les islamistes qui s’avançaient à grands pas vers le sud du Mali. Je vais vous répondre, et vous dire les raisons de mon soutien à cette intervention.

Sachez, mon cher Abdoulaye, pour commencer, que s’il y a un groupe dont je n’aimerais jamais faire partie, c’est celui-là que vous avez créé, vous certains Africains goinfrés des discours oiseux de certains intellectuels africains, vous qui vous baptisez « patriotes, panafricanistes, anti-impérialistes… » et dont la grande devise est la haine de l’Occident et la victimisation vis-à-vis d’un passé qui ne vous a pas été glorieux. Parce que contrairement à vous, moi je ne conçois pas le patriotisme comme un fardeau qu’on est obligé de nourrir avec une perpétuelle haine envers les autres, mais comme un sentiment d’amour de la patrie, un amour qui pousse le patriote à faire appel à ses frères des autres patries pour sauver sa patrie quand elle est en danger. Voilà ma conception du patriotisme, et c’est pourquoi je n’hésite pas à crier au secours aux Africains, aux Occidentaux, aux Asiatiques… chaque fois que je sens que mes patries le Togo, le Mali et tous les autres pays africains sont en danger. Si c’est cette conception qui fait de moi un néo-impérialiste, je l’accepte, avec plaisir.

Mon cher Abdoulaye, vous avez sans doute fait partie de ces Maliens qui ont applaudi, le 22 mars 2012, le renversement du président malien démocratiquement élu Amadou Toumani Touré par un groupe de sous-officiers, le Capitaine Sanogo en tête. Vous avez, je crois bien, fait partie de ces jeunes qui ont, quelques jours après, crié « A bas la Cedeao, l’Union africaine, l’Onu, la France, la Communauté internationale… »  quand ces derniers ont ordonné aux putschistes de laisser le pouvoir pour permettre aux vraies autorités maliennes de régler le problème de la rébellion touarègue qui venait d’éclater au Nord. Vous aviez, je crois, mon cher Abdoulaye, été de ces jeunes qui ont envahi le tarmac de l’aéroport de Bamako en mars 2012 pour empêcher une délégation de la Cedeao d’atterrir au Mali pour régler la crise institutionnelle qui venait de s’ajouter à la guerre au Nord… Et vous êtes aujourd’hui de ces Maliens qui critiquent l’appui apporté par les forces françaises et africaines aux troupes maliennes pour contenir l’assaut des islamistes qui s’avançaient sans défense vers la capitale malienne Bamako. Inutile de vous préciser que la France a intervenu sur la demande du président malien par intérim Dioncounda Traoré, puisque que vous dites ne pas reconnaître ce président à vous imposé par la Communauté internationale. Vous aviez d’ailleurs manqué de l’assassiner dans son bureau en mai 2012, pour le contraindre à la démission.

Cher Abdoulaye, il est beau, votre patriotisme. Mais je voudrais savoir si vous vous êtes déjà demandé ce qu’il peut vous apporter, ce patriotisme, s’il ne se manifeste qu’à travers les beaux discours sur les valeurs et richesses de l’Afrique, ces discours que vous peaufinez avec des personnalités aussi hétéroclites que Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Martin Luther King, Kwame N’krumah, Sylvanus Olympio, Sékou Touré, Chaka Zulu… et même Kadhafi ! Vous chantiez votre patriotisme quand les islamistes occupaient une à une toutes les villes du Nord, devant une armée totalement déstabilisée et divisée par votre grand capitaine patriote Sanogo. Vous dansiez votre patriotisme quand ces criminels endoctrinaient des enfants du Nord en leur donnant des armes pour tuer leurs propres frères, violaient nos sœurs, humiliaient nos mères, coupaient mains et pieds à nos frères, détruisaient des monuments et tombes vieux de centaines d’années… Vous proclamiez votre patriotisme à travers des marches dans les rues de Bamako, le mercredi passé, quand les islamistes marchaient paisiblement sur la ville de Konna, ayant neutralisé l’armée malienne en un clin d’œil. Vous serez là à professer votre patriotisme quand ces criminels drogués massacreront toutes les villes maliennes dont Bamako et instaureront leur terreur.

Cher Abdoulaye, vous perdrez ainsi le Mali, en chantant votre amour pour lui. Parce que vous ne savez que chanter, danser et marcher pour montrer votre soi-disant amour pour votre pays et l’Afrique. Voilà pourquoi, mon cher, je ne ferai jamais partie de votre groupe de patriotes-là. Un groupe de patriotes qui ne peut rien faire pour aider l’Afrique à part de beaux et longs discours. Un groupe de patriotes qui ne peut défendre le Mali, l’Afrique contre aucun, mais alors aucun danger. Je crois en l’amitié entre les peuples, je crois en un monde où tous les Etats peuvent s’aider, où tous les pays, sans distinction de race, de position géographique, de richesse, de religion… peuvent s’aider entre eux. Je crois surtout en une Afrique qui doit, enfin, faire partie du monde, et compter sur le soutien de tous ses amis – tout comme tous ses amis européens, asiatiques, américains… comptent sur son soutien – quand elle est en danger. C’est pourquoi je dis « Bienvenue » à l’armée française au Mali.

Très Cordialement

Votre néo-impérialiste si fier de l’être…


Que renaisse le Togo… que guérisse le Mali

2013-new-year-

[L’interview qui est reprise ici a été réalisée par Abdoul-Karim Thiam, pour La Gazette bamakoise]

2012 a été marquée par plusieurs évènements sur le continent africain. En ce début de la nouvelle année 2013, notre journal a tendu le micro à quelques personnalités vivant à Bamako. L’écrivain-blogueur togolais David Kpelly, vivant à Bamako depuis cinq ans, connu pour sa vive implication dans la vie sociopolitique de son pays d’origine le Togo et son pays d’accueil le Mali a accepté de répondre à nos questions sur ses moments forts de l’année écoulée, et ses vœux pour la nouvelle année.

La Gazette bamakoise : David Kpelly, bonjour. Vous êtes reconnu pour vos écrits au vitriol sur des sujets sociaux, politiques et religieux sur le Togo et le Mali, et avez d’ailleurs acquis dans la presse le statut d’écrivain-blogueur engagé. Quels sont vos moments forts dans la vie sociopolitique du Mali en 2012 ?

David Kpelly : Merci de m’avoir accordé cette opportunité. Disons que pour le Mali, c’est le coup d’Etat du 22 mars qui a renversé le président ATT qui m’a le plus marqué. On pouvait mieux faire pour gérer la rébellion touarègue. Le pays était en crise, et on n’avait plus besoin de cette intempestive ingérence de l’armée dans la vie politique. Je n’ai pas aimé ce coup d’Etat, et je n’ai pas hésité à le dire depuis le 22 mars. Cela n’a pas été facile, puisque ATT était en disgrâce aux yeux du peuple malien, et beaucoup de Maliens voyaient en sa chute une délivrance. Mais je pense que la suite des évènements commence à nous donner raison, nous qui avions dénoncé le coup d’Etat. Voici presque un an que les militaires sont là, mais nous ne faisons que tourner, rien n’a été fait pour la reconquête du Nord aux mains des rebelles et des islamistes. Pour gérer ce problème, il faut une harmonie à la tête de l’Etat malien, et cette harmonie les militaires ne peuvent pas l’apporter. Jamais. Tant que le capitaine Sanogo continuera de jouer au grand potentat, nommant et détrônant qui il veut, arrêtant ceux qui ne lui plaisent pas, s’arrogeant tous les pouvoirs dans le pays, alors que ni les assaillants du Nord, ni les pays qui veulent aider le Mali à régler le conflit, ni la communauté internationale ne veulent de lui, je ne sais pas trop comment nous nous en sortirons. La hiérarchie doit être respectée, pour le bon fonctionnement de toute organisation. Je pense bien à cette formule de William Shakespeare : « Supprimez la hiérarchie, faussez seulement cette corde, et écoutez quelle dissonance ! ».

Quels sont les évènements qui vous ont marqué dans votre pays le Togo en 2012 ?

Au Togo, j’ai été marqué par la dynamique qu’a suscitée le Collectif Sauvons le Togo, une grande occasion à travers laquelle les Togolais ont encore montré leur profonde aversion vis-à-vis de la dictature. Il est vrai qu’au jour le jour la force de ce collectif s’estompe et il peine de plus en plus à mobiliser les groupes. Mais il faut de temps en temps des regroupements de ce genre, pour montrer au pouvoir que le peuple ne veut pas de lui. J’ai été aussi marqué par l’affaire Pascal Bodjona. Je pense que son malheur doit normalement mettre en garde tous ceux qui s’associent aujourd’hui à ce pouvoir pour spolier le Togo, ils ne sont à l’abri de rien, et peuvent chuter n’importe quand. Il y a ce proverbe de mon peuple éwé qui stipule que quand tu vois la tête de ton prochain dans la marmite du lion, pense à la tienne. Faure Gnassingbé, comme tout dictateur qui tient à son pouvoir, a déjà suffisamment montré comment il peut bien remercier ceux qui l’ont aidé à arriver au pouvoir. Il les neutralise, en commençant par son propre demi-frère Kpatcha Gnassingbé qu’il a mis en prison. C’est d’ailleurs génial, je pense à la citation biblique selon laquelle tout royaume dont les hommes s’affrontent entre eux s’approche de sa fin.

Et il y a eu, juste en fin d’année, cette histoire sur la mort du président togolais Faure Gnassingbé. Qu’en avez-vous pensé ?

Bah, c’était du vent. La mort de Faure Gnassingbé ne m’intéresse pas, puisqu’elle ne changera rien au Togo. C’est plutôt l’extermination définitive du clan qui l’entoure et de cette hideuse armée que nous avons qui libérera le Togo. Il y a d’ailleurs eu des thèses qui ont stipulé que Faure a monté cette histoire lui-même pour se faire un coup de pub, d’autres ont avancé que c’était une pratique spirituelle pour allonger sa durée de vie. De toute façon, si c’est lui-même qui est derrière ce ramdam autour de sa mort, il mourra bientôt. On n’a point besoin d’être un initié pour savoir qu’à force d’appeler la mort sur soi, elle finit par arriver. « C’est le jour où on s’en va chercher un gris-gris contre les fantômes qu’on rencontre un fantôme » comme le dit un proverbe éwé.

Quel est votre vœu le plus ardent pour le Mali durant la nouvelle année ?

Que les militaires disparaissent des commandes de l’Etat, en commençant par le capitaine Sanogo. Et qu’un vrai processus de reconquête du Nord Mali démarre, enfin, parce que plus le temps passe, plus ces assassins s’enracinent dans les lieux conquis et endoctrinent les habitants. Je ne stipule pas qu’il doit nécessairement y avoir une intervention armée de la communauté internationale, mais même pour la voie du dialogue, on a besoin de vraies autorités à la tête du Mali, et les putschistes n’en sont pas.

Vos vœux pour votre pays d’origine, le Togo, pour la nouvelle année ?

Je pense que nous irons aux urnes pour les élections législatives en 2013. Je souhaite que ces élections se passent dans la plus grande transparence, dans un calme absolu, et que le choix du peuple togolais soit écouté. 2013 marque le cinquantième anniversaire de l’assassinat du père de l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio, le seul président démocratiquement élu au Togo jusqu’ici. C’est pourquoi j’aimerais voir tous mes frères togolais unis derrière nos opposants, les vrais, pour, enfin, mettre fin à ce cauchemar entretenu depuis cinquante ans par la dictature et son armée…

Vous n’avez publié aucun livre en 2012, un nouveau livre en préparation pour 2013 ?

Hum, hum… Une nouvelle à paraître dans un recueil collectif durant le premier trimestre 2013, la suite, on verra bien…

Merci David Kpelly, d’avoir accueilli notre équipe, et bonne et heureuse année 2013.

Merci, bonne et heureuse année 2013 à votre équipe, à tous mes frères du Togo, du Mali et du monde entier.

Propos recueillis par Abdoul-Karim Thiam, pour La Gazette bamakoise.


Les trois messes basses de mon cocu du 31

réveillon

J’adore la Saint-Sylvestre, le 31 décembre, à Bamako, Bon Dieu des 31 décembre. Bah, pas pour ce spectacle des vestes ringardes que nous offrent les Bamakois recroquevillés sur leurs motos chinoises – les tendances ayant exigé que le 31 décembre tous les hommes soient en veste, des vestes aussi amples que l’immense Gérard Depardieu dedans semblerait Jessica Alba dans un maillot de Fat Joe, aussi longs qu’Abdou Diouf les porterait pour une soutane, ces vestes aux manches pendantes comme les bras d’un épouvantail placé dans un champ de riz, aussi décolorées que le treillis du capitaine Sanogo le 22 mars 2012, et qu’on appelle chez moi les vestes-à-cafard parce que neuf fois sur dix les propriétaires y retrouvent toujours un cafard étourdi perdu quelque part dans un pli…

J’adore le 31 décembre à Bamako. Pas pour ce concert des pétards qui plongent entre vingt-trois heures et une heure du matin la ville sous des explosions d’enfer, avec des explosifs aussi violents qu’épatants, certains explosifs – chinois sans aucun doute, inscrivant même en explosant dans les airs la nouvelle année dans un jeu d’étincelles, modèle sur lequel je me suis basé cette année pour en commander un à des amis chinois résidant à Bamako, fabricants de téléphones portables le lundi, ingénieurs en bâtiments et travaux publics le mardi, restaurateurs le mercredi, gérants de bar à putes le jeudi, ingénieurs agronomes le vendredi, experts en placements boursiers le samedi, pasteurs le dimanche – Bien sûr qu’ils commencent aussi à créer des églises « Jesus Xuan Chi Yun Church of Bamako »… Mon spécial explosif chinois, donc, que je lancerai à minuit juste devant la camp militaire où réside le capitaine Sanogo, inscrira en explosant dans les airs « Capitaine Sanogo, que 2013 t’apporte pleins de succès et de réussite en prison, conasse… »

J’adore le 31 décembre à Bamako. Pas parce que c’est la seule fois de l’année où je pars à l’église, ayant passé tous les dimanches de l’année  à gicler des bouteilles de bière avec des amis aussi païens que le roi Béhanzin. Je me demande, d’ailleurs, si ce n’est pas mieux de rester à la maison et boire des bières les dimanches, aider au moins un barman à nourrir sa famille, au lieu d’aller pécher à l’église en fantasmant durant toute la messe sur ces Congolaises, Sénégalaises et Camerounaises qui y viennent dessinées dans leurs minis et pantalons comme des candidates à une élection Miss. Bon Dieu, je ne Te le dirai jamais assez, tant que les chrétiennes camerounaises, surtout les bamilékés, ne cesseront pas d’avoir des derrières trop gros, les chrétiennes congolaises des chutes de hanches trop brutes, et les chrétiennes sénégalaises des poitrines trop fournies, eh bien, nos églises seront toujours des bordels. Heureusement que les Guinéennes ont au moins la courtoisie de ne pas être des chrétiennes, sinon avec leur beauté je ne sais pas ce que nous serions dans les églises, nous pauvres petits enfants prodigues perdus sur les obscurs chemins de la fornication. C’est pourquoi je préfère les Togolaises et les Béninoises dans les églises, parce que elles, même quand elles y viennent en bikini, on préfère se concentrer sur le pasteur que regarder leur visage.

Bref, j’adore le 31 décembre à Bamako, juste parce que c’est le seul jour de l’année où j’ai la chance et le plaisir de contempler le plus grand nombre de visages de cocus. Quel plaisir de les voir souffrir, réciter des menaces et des malédictions… ces petits dégonflés – et des fois ces vieux hommes mariés, ayant passé toute l’année à se vanter auprès de leurs amis sur le nombre incalculable de copines qu’ils ont, ces filles qui, disent-ils, passent tout leur temps à leur envoyer des mon-amour-tu-me-fais-trop-souffrir-réponds-à-mon-appel-stp, des Omar-je-vais-me-tuer-si-tu-ne-me-réponds-pas-tu-sais-que-c’est-toi-qui-m’a-déflorée-et-c’est-toi-seul-que-je-veux-épouser… tous ces messages de supplication des filles auxquels ils n’ont même pas la gentillesse de répondre, ils sont fatigués des harcèlements de ces petites pétasses de merde… Il faut les voir se bourrer la gueule, se foutant des recommandations de Mahomet et de son Coran, juste pour oublier cette fille qu’ils disent avoir gérée durant toute l’année, et qui les a plaqués pour un autre le 31.

Le 31 décembre. Le sacré jour de la revanche des Maliennes. Pendant toute l’année, elles ont digéré, comme des plats de couleuvres, ces ridicules relents machistes de leurs petits-amis, fiancés et maris, ces grands chefs féodaux pour qui montrer le moindre signe d’amour à sa copine ou sa femme est pour un homme une marque de faiblesse. Ici, la valeur d’un homme se mesure au nombre de femmes qu’il a ou le grand nombre de copines qu’il gère, et qu’il prend plaisir à faire souffrir. Pas question de se rabaisser jusqu’à n’aimer qu’une seule fille, épouser une seule femme. Il faut les multiplier, et montrer à chacune d’elles qu’elle n’est pas seule, qu’elle ne compte donc pas beaucoup, que le grand coq peut partir vers des poules plus gracieuses, plus dodues, plus ouvertes… Dis-moi, Omar, t’es toujours avec celle avec qui tu sors depuis trois semaines, hein – « Ben, non, Mohamed, tu es fou ou quoi, hein, rester avec une seule fille pendant trois semaines, quelle merde, hein, je la trompe depuis avec Mariam, et Salimata, et Fatim… » Et les Mariam et Cie, revanchardes comme le savent si bien être les femmes, attendent patiemment le 31 décembre, pour montrer à ces gros puceaux qu’ils ne sont pas les seuls à savoir faire cocu.

– Hein, David, tu sais quoi, hein, je ne te conseille pas une Malienne, n’épouse jamais une Malienne, quand tu sens que t’as besoin d’une femme, retourne chez toi au Togo, c’est mieux pour toi, vos filles ne sont pas belles, mais elles sont sérieuses, sinon les Maliennes c’est la mort, c’est mes propres sœurs mais c’est la mort, je te dis, ces filles sont nées avec l’infidélité dans le sang, même si tu as une Malienne dans tes bras en train de te faire des caresses avec une main, vérifie bien si derrière elle n’a pas caché un autre qu’elle caresse avec sa deuxième main, et je te jure que si tu vois que le taux d’homosexualité commence à augmenter dans ce pays, c’est juste parce que nos filles commencent à trop nous dégoûter et nous préférons nous tourner vers des hommes, sinon comment tu peux comprendre que quatre filles, je te dis quatre copines ont pris l’argent avec moi pour préparer le 31 et je me retrouve seul cette nuit, hein, je parie qu’à l’heure où je te parle elles sont dans des chambres de passe en train de faire des cochonneries avec leurs amants, et c’est moi qui ai gaspillé mon salaire de ce mois pour leur acheter leurs habits et bijoux, Eh Allah, si Tu n’envoies pas la femme malienne en enfer, Tu n’y enverras plus personne, hum, hum… héééé, barman, ajoute-nous six petites bouteilles de Castel.

Je le regardais souffrir, suant à grosses gouttes malgré la fraîcheur de ce matin de nouvelle année. La veille, il me disait qu’il avait investi dans quatre filles pour son réveillon, qu’il allait passer trois heures avec chacune d’elles, avant d’aller à la recherche d’une nouvelle, une cinquième, pour entrer dans la nouvelle année. Le voilà qui avait passé, seul et malheureux, ses dernières heures de 2011 et ses premières heures de 2012 avec rien que moi. « Bonne année, tétracocu », ai-je pensé en le regardant s’attaquer à une nouvelle bouteille de Castel. La quatorzième.

PS : Titre inspiré du titre de la nouvelle « Les trois messes basses » du recueil Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet.


Joseph, Marie et le féticheur au réveillon…

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Décembre à Bamako me rend triste, malheureux. Cinq ans que je suis là, mais je ne m’y fais pas. Je m’y sens toujours aussi enragé qu’un islamiste catapulté dans un temple parmi des chrétiennes en pleines louanges, aussi sevré que Faure Gnassingbé largué dans un séminaire loin des femmes, aussi confus qu’Abdoulaye Wade à un concert de DJ Arafat, aussi indigné qu’un petit puceau peuhl dans une boîte à strip-tease assistant au spectacle de ces pétasses allumées fumant des cigarettes avec leur… euh… leur… avec leur…hum… Salut l’ami, je vois toujours ton visage indigné quand tu me racontais l’horreur : « Tu imagines ça, hein, elles sont devenues folles, ces filles, il y a même eu une qui est montée sur le poteau, a commencé à danser, a allumé une cigarette et l’a mise dans son truc-là, j’ai failli vomir, c’était dégoûtant… » Ah mon pauvre, j’ai même entendu parler de certaines qui exécutent des chansons avec des flûtes dans lesquelles elles soufflent avec… ça, tu vois, hein, c’est la révolution du strip-tease en Afrique… Qui a dit qu’on n’évolue pas ici, hein.

Décembre, donc, me rend très malheureux à Bamako. Ici, on fête Noël avec la froideur d’un déjeuner entre Simone Gbagbo et Alassane Ouattara. Décembre, et aucune boutique, aucun magasin, aucun lieu public, aucun carrefour bien décoré, aucun « Petit-papa- Noël -quand-tu-descendras-du-ciel »… fredonné par la suave voix de Claudette à se mettre sous la dent, aucune ambiance dans les bars – tous cachés, aucun haut-parleur crachant « Azonto, azonto, azonto »… vous mettant déjà l’eau à la bouche. Rien. Les Bamakois, en majorité des musulmans, se foutent de la naissance de Jésus comme une adolescente pubère de sa grand-mère qui lui conseille de se méfier du petit drogué qui lui tourne autour, et les très rares Chrétiens préfèrent rester dans leurs carapaces et organiser de furtives réjouissances…

Ce matin, tendu comme Blaise Compaoré devant un film sur Thomas Sankara, ennuyé comme un militaire malien, ne sachant à quel saint – et à quelle paire de seins – me vouer, j’ai décidé de feuilleter de vieux albums de Noël datant du début des années quatre-vingt-dix, où je jouais Joseph dans le club théâtral de la chorale des enfants de mon église.

Ah, le début des années quatre-vingt-dix, mes années bonheur… J’avais neuf ou dix ans. Beau comme Adonis. Beau à rendre jaloux Brad Pitt et Leonardo Diccaprio confondus à qui j »étais ce qu’une Guinéenne, une peuhle guinéenne est à une Togolaise et une Béninoise en beauté, ce qu’Abdoulaye Wade est à Youssou N’dour en instruction, ce que Michael Jordan est à Michel Gohou en taille, ce que Zahia est à Djénéba la petite bonne sénégalaise de ma voisine en lubricité, ce que Hitler est au capitaine Sanogo en imbécilité, ce que Chantal Biya est à un fou en cheveux désordonnés, ce qu’une Nigérienne est à une Allemande en fabrication d’enfants…

Bref, aux débuts des années quatre-vingt-dix, j’étais si beau. Et je jouais Joseph dans la chorale des enfants à l’occasion de Noël. Ma femme Marie, celle qui devait mettre au monde Jésus dans la scène, était Miriam, la fille du pharmacien du village, Miriam qui, déjà du haut de ses huit ans, éblouissait tout le village par sa beauté, Miriam qui reste jusqu’à aujourd’hui mon plus grand amour d’enfance, et qui coule actuellement des jours très paisibles au foyer d’un jeune toquard de médecin à Lomé, mère de deux beaux enfants déjà, alors que moi je suis toujours aussi célibataire qu’un python, sentimentalement plus pauvre qu’un talibé des rues maliennes. Bon Dieu, que je déteste ce jeune médecin qui m’a piqué ma dulcinée d’enfance… Gide, ce n’est pas les familles que je hais, moi, c’est les médecins… « Médecins, je vous hais ! »

Nous apprenions, donc, la scène de la naissance de Jésus durant tout le mois de décembre, et la présentions le 24 décembre, à la messe du réveillon, devant les fidèles de notre église. La partie que j’adorais le plus était celle où je devais amener ma femme en travail à Bethléem  Il fallait la serrer, ma Marie de femme, dans mes bras, passer mes mains dans ses  cheveux, lui murmurer de doux mots, sous les applaudissements du public et les flashs des appareils photo. Certes, il y avait des couacs, la partie qui ne me plaisait pas était cette histoire de grossesse divine de Marie, j’aurais préféré que la grossesse fût de Joseph, et quand on sait ce qu’on fout à sa femme pour qu’elle porte une grossesse, vous m’imaginez déjà, Rocco Siffredi en miniature, jouer cette séquence du film… Mais quel Joseph cocu par Dieu, mais comblé, je fus !

Malheur. Ce 24 décembre 1994, à quelques heures de la représentation de notre scène, la quatrième fois consécutive où je devais jouer Joseph avec mon amour Miriam, je piquai une subite crise. Ma mère, paniquée, me transporta à l’hôpital entre des dizaines de psaumes et de prières, la piste des sorciers qui voulaient ma peau dans ce village de sorciers n’étant pas écartée. Soins et injections. Je sombrai dans un profond sommeil. Quand j’ouvris les yeux, je remarquai ma mère qui s’était assoupie sur une natte, la tête posée sur sa Bible ouverte. Je la secouai furieusement, lui annonçai que j’étais rétabli, on pouvait rapidement retourner à la maison pour que je me prépare pour la scène qui devait commencer dans quelques instants. Avec ces yeux tristes qui annoncent les mauvaises nouvelles, elle me fit savoir que les autorités de la paroisse venaient de l’informer qu’on allait me remplacer par un autre acteur. Quoi ! En un bond, je sautai de mon lit de malade, malgré les cris affolés de ma mère.

Je sortais à peine en courant de l’enceinte de l’hôpital quand je vis passer, sur son vélo, le féticheur du village, Gonti Gonti Sakplatoké, le plus grand ennemi de la communauté chrétienne du village. Cet homme était la personne du village la plus détestée de ma mère, chrétienne zélée frôlant l’extrémisme. Le féticheur le savait et l’évitait. En larmes, je l’arrêtai et le priai de m’amener à la paroisse sur son vélo, lui expliquant pourquoi je devais rapidement m’y présenter. Après quelques instants d’hésitation, il poussa un profond soupir et me demanda de monter… J’arrivai à la paroisse quand les acteurs finissaient de porter leurs costumes pour faire leur entrée sur scène. Le méchant coup d’œil que je posai sur mon remplaçant, qui s’apprêtait à interpréter mon rôle de Joseph, me piquer ma Miriam, lui fit comprendre le danger qui le minait. Il se débarrassa rapidement de mon costume qu’il me tendit. J’étais redevenu Joseph, le mari de Marie, de Miriam.

Les premiers applaudissements qui accueillirent mon entrée sur scène avec Miriam me firent oublier les dernières séquelles de ma crise qui avait continué à me donner des vertiges. Je faillis pousser un cri d’étonnement quand je vis, juste devant le podium, aux premières loges des spectateurs, le féticheur Gonti Gonti Sakplatoké qui applaudissait, le visage rayonnant d’allégresse. Il était resté pour suivre la scène qui me tenait tant à cœur. C’était la première fois de sa vie qu’il mettait pied dans la paroisse. Et quand après la scène nous devions souhaiter les vœux à ceux qui nous étaient chers, je le citai et le remerciai. Il se leva, sous les yeux ahuris de toute l’assistance qui ignorait jusque-là sa présence, et vint me donner un billet de cinq cents francs en me murmurant « Joyeux Noël »

Joyeux Noël, donc, chers lecteurs, chers frères au Togo et ailleurs. Joyeux Noël, Miriam. Tu sais que tu seras toujours Marie. La mienne.


Verre Cassé, ôte-nous de ce piège sans fin

alain

Alain Mabanckou, auteur de Verre Cassé (Le Seuil, 2005)

J’aborde le sujet sachant que ceux qui connaissent mon style et mes goûts diront que je joue au juge et à la partie, comme l’ouvrage que je vais défendre fait partie de mes plus grandes références littéraires – et de mes livres de chevet, et son auteur l’une de mes idoles en littérature.

L’inscription du roman Verre Cassé de l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou en classe de terminale dans les lycées béninois, à la place des Bouts de Bois de Dieu de l’écrivain sénégalais Sembène Ousmane, est en train de créer une polémique dans le monde littéraire et pédagogique béninois, mettant aux prises deux camps : d’un côté le camp de ceux qui trouvent le roman-monument du Prix Renaudot 2006 inadapté à l’enseignement au lycée à cause de ses audaces littéraires et sa transgression des règles de la grammaire – le roman ne respectant pas la ponctuation classique, et de l’autre le camp de ceux qui approuvent ce choix, expliquant qu’il est de bon aloi d’enseigner aux élèves de la terminale ce roman qui représente la création littéraire de la nouvelle vague des écrivains africains francophones, une création caractérisée par une appropriation de la langue par les écrivains, le rejet des formalismes stylistiques, la licence, la scatologie…

Verre Cassé reste, avec Place des Fêtes de l’écrivain togolais Sami Tchak, l’un des romans les plus osés, les plus subversifs, les plus réussis produits par les écrivains francophones africains des dernières décennies. Le premier sur la forme, le second sur le fond. Et comme tout grand livre, le livre a été atypique même avant sa parution, l’auteur rappelant, chaque fois qu’il en parle, les difficultés autour de sa publication, le manuscrit ayant été refusé par plusieurs maisons d’édition, avant d’être accepté par Le Seuil. Mais le succès que Verre Cassé a eu dès sa parution auprès de la critique, de la presse et du public, le livre ayant été l’un des évènements de la rentrée littéraire  de 2005, raflant de très prestigieux prix littéraires dont le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, ayant raté de très près le Renaudot, faisant de son auteur l’un des plus incontournables de sa génération, a confirmé que l’accouchement de toutes les grandes œuvres a toujours eu un côté cauchemardesque pour leurs auteurs.

Cette polémique autour de l’introduction de Verre Cassé dans le milieu scolaire béninois rappelle bien une autre rapportée en 2009 par l’écrivain togolais Kangni Alem dans son blog sur la réception de l’œuvre de Sami Tchak par certains universitaires togolais, un professeur reprochant même à un de ses étudiants de faire son mémoire de maîtrise sur un livre de cet auteur, certains l’ayant même traité d’ « écrivain amoral ». « Il y a des jours où je ne cache pas mon impuissance devant la bêtise universitaire ! », s’insurgeait Kangni Alem.

« Vulgaire, provocateur et injurieux », c’est ainsi que certains justifient également la pesante absence du Devoir de Violence du Malien Yambo Ouologueum dans les programmes des écoles francophones africaines, alors que ce livre, couronné par le prix Renaudot en 1968, est largement étudié dans les écoles aux Etats-Unis. On pense aussi aux controverses liées à l’inscription dans les milieux scolaires africains des Soleils des Indépendances d’Ahmadou Kourouma, énorme monument des lettres africaines francophones, à qui on reprochait à l’époque les mêmes « défauts » qu’on reproche aujourd’hui à l’œuvre d’Alain Mabanckou. Mais quand on considère aujourd’hui tous ces jeunes auteurs africains si doués, si créatifs, si originaux, de la quarantaine et la cinquantaine, qui se réclament tous d’Ahmadou Kourouma qu’ils ont tous sans doute lu au lycée, on se rend compte, pour reprendre les propos de l’académicien Erik Orsenna, que « dans l’histoire de la littérature africaine, Les Soleils des Indépendances brillera longtemps, avec une lumière sombre. »

Verre Cassé est un grand, un très grand livre. Son auteur a depuis longtemps acquis un statut de référence incontestable dans le monde littéraire francophone, reconnu par les plus grandes instances réglementant la langue française, dont l’Académie française qui vient de lui décerner le Prix Henri Gal pour l’ensemble de son œuvre. Il mérite d’être enseigné au lycée, dans tous les lycées francophones d’Afrique. La seule inquiétude, loin de la forme de ce chef-d’œuvre que lui reprochent à tort ses détracteurs, est la qualité des enseignants qui l’enseigneront aux élèves. L’œuvre des jeunes auteurs africains francophones, pour être bien enseignée, a besoin d’enseignants plus en phase avec les mutations stylistiques et syntaxiques intervenues dans notre création littéraire depuis Les Soleils des Indépendances, et la liberté thématique introduite par Yambo Ouologueum avec Le Devoir de violence. Se cacher derrière les règles classiques de la langue et continuer à enseigner des classiques qui, même s’ils restent très indispensables dans la formation des élèves, deviennent au fil du temps trop loin des réalités de la création littéraire contemporaine, c’est tendre un piège sans fin à cette génération d’où doivent sortir les Mabanckou, Sami Tchak, Wabeiri, Couao-Zotti, Kangni Alem, Kossi Efoui, Bessora… de demain. Un véritable piège sans fin.


Demain, j’aurai trente ans… et mon divorce

 

 

Crédit image: www.scoop.it

Ses yeux s’étaient emplis de larmes, pendant qu’il m’expliquait l’affaire, et m’annonçait sa décision. Le pauvre. Toujours la même loque angoissée, désespérée que j’ai connue, il y avait six mois, dans un bar ivoirien où j’étais parti m’inspirer devant les déhanchements et miaulements de petites putes ou serveuses, putes-serveuses, serveuses-putes – elles font des cumuls de fonctions des fois, un de ces paradis de dévergondage ivoiriens, togolais, béninois, congolais… qui pullulent dans tous les coins et recoins obscurs de Bamako, ces coins où de vieux mariés maliens partent tromper leurs femmes avec de petites pétasses nymphomanes dépigmentées à la moralité aussi tordue que la bite d’un canard, ces coins, donc, où de jeunes garçons maliens, ne pouvant pas butiner leurs copines dans leurs maisons, viennent les cravacher à la va-vite dans des chambres de passage – Ô pauvres enfants du diable, vous qui êtes avilis par les sentiers obscurs de la fornication, Allah vous interdit de culbuter vos pouffiasses dans vos maisons avant de les épouser, dézinguez-les dans des chambres de passe.

La loque, donc, ce soir où je l’ai connue dans un bar à chagrin ivoirien, était assise, ivre-mort, devant une table remplie de bouteilles de bière vides, parlant tout seul en faisant de grands gestes de la main. Ayant remarqué à un moment que je l’observais, il s’approcha de ma table, prit place sans être invité, et, en quelques minutes, me dévoila sa vie, ce qui l’avait mis dans cet état, ce qui avait fait de lui, jeune homme de vingt-huit ans, un vieil alcoolique désespéré. Il venait, il y avait deux ans, de commencer à travailler, avec sa maîtrise en gestion, dans une banque de Bamako, quand ses parents lui ont demandé de se marier. Il n’avait que vingt-six ans, et voulait continuer les études, mais son père lui fit savoir qu’il pouvait continuer les études après, les études étaient éternelles, les écoles ne finiraient pas, mais la fille qu’il lui avait trouvée était impatiente de rejoindre son mari, ainsi que ses parents qui ne supportaient plus de voir vieillir leur fille. Il avait voulu protester, cette fille était sa cousine, c’est vrai qu’on lui avait déjà dit une fois en passant qu’elle était sa fiancée, qu’elle l’attendait, mais il avait cru que c’était juste une blague, il ne pouvait pas épouser cette fille parce qu’il ne pensait pas qu’il l’aimait, il voulait… Son père disserta sur l’obéissance qu’un fils doit à son père, au nom d’Allah, le lien sacré du mariage entre cousin et cousine, au nom des coutumes, l’enfer qui attend les enfants qui ne veulent pas épouser les filles que leur proposent leurs parents, la malédiction, les malédictions de l’enfant qui rejette le choix de son père… Il se maria après quelques mois. Puis son calvaire.

– Ecoute, Omar, fis-je en le faisant asseoir, le divorce que tu viens de décider ne va pas régler ton problème, il va au contraire t’en créer d’autres, tu sais, aucune femme n’est parfaite, ta femme est encore très jeune, c’est à toi de l’éduquer, tu comprends pourquoi il est important de…

– Je ne comprends rien, David, tout ce que je comprends c’est que tu ne peux jamais me comprendre, ce truc-là que mes parents m’ont poussé à épouser n’est pas une femme, c’est un démon, tu comprends, hein, elle a passé tous nos dix mois de vie commune à me voler, je me suis tu, elle m’a escroqué, a transformé ma maison en foutoir pour ses parents, ses frères, ses cousins, ses oncles, ses tantes qui rentrent chez moi comme ils veulent, prennent ce qu’ils veulent, mangent ce qu’ils veulent… on m’a demandé de supporter parce que c’est la solidarité, notre solidarité, regarde-moi, je n’ai pas trente ans, mais on dirait que je suis né le même jour que Nelson Mandela, juste à cause de cette seule fille, regarde comme je m’habille, regarde mon look, moi un si jeune garçon, on dirait le look des chanteurs de la Compagnie Créole des années soixante-dix, eh bien, j’ai supporté toutes les humiliations avec ce mariage, mais une femme qui me trompe, David, j’ai encore ma dignité, elle ne vivra plus avec moi, je demanderai le divorce dès demain, quel que soit le prix que je dois payer et…

– Omar, ne prends pas cette décision de manière aussi hâtive, il faut que tu en parles d’abord à tes parents, explique-leur, comme tu viens de me l’expliquer, que cela fait deux mois que tu trouves des boîtes de Viagra et des CD de films porno dans le sac à main de ta femme, alors que tu n’en utilises pas toi, et puis écoute, ce n’est pas parce que ta femme a des boîtes de Viagra et des films X dans son sac qu’elle te trompe, hein, peut-être qu’elle en achète pour son père, ou son directeur, comme elle est sa secrétaire, toi-même tu connais nos vieux directeurs-là, ou carrément elle te fait prendre le Viagra à ton insu, elle te le met par exemple dans tes plats, et te fait regarder les films X pendant que tu dors, hi hi hi…

– Ah, je vois que ça te faire rire, ma femme me trompe, je suis obligé de divorcer et ça te fait rire, David, toi qui te dis mon ami, ok, merci, je m’en vais, mais sache que demain je demanderai le divorce, et je la chasserai de chez moi, je n’en parlerai même pas à mes parents, parce que je sais ce qu’ils me trouveront comme solution, ils me demanderont de prendre une seconde femme, parce qu’une seule femme au foyer n’a jamais été une bonne femme, selon eux, et…

– Ecoute Omar, je ne me moquais pas de toi, je sais ce que tu traverses, reprends place et on verra bien ce qu’on doit faire… euh, une minute, laisse-moi répondre au téléphone, c’est ma mère qui m’appelle du Togo, Allô Maman, comment tu vas…

– Héééééééééééé, mon fils, je vais très bien, devine quoi, David, devine celle qui est venue chez moi ce matin, Gloria, tu te souviens d’elle, hein, la fille de l’agronome qui était face à notre maison, Gloria ta femme d’enfance, elle est retournée du Maroc, elle a obtenu sa maîtrise, et devine quoi, elle m’a cherchée pendant deux semaines et m’a retrouvée ce matin, cette fille est si gentille, si bien éduquée, si intelligente, et puis, le bonheur, ton bonheur, c’est qu’elle n’est pas encore mariée, si tu vois comment ses yeux ont brillé de joie quand je lui ai dit que toi aussi tu es toujours célibataire, mon fils, quelle chance tu as, hein, tu imagines combien vos enfants seront si intelligents, hein, et puis je vois déjà la joie de ton père dans sa tombe, tu vas épouser une fille qu’il a connue avant de mourir, tu te rappelles quand il venait vous chercher, toi et elle, à l’école, hein, ah, Gloria, je savais que cette fille est la femme de ta vie, mon fils, écoute, j’ai pris son numéro, elle veut que tu l’appelles, appelle-la et invite-la pour venir passer les fêtes de fin d’année chez toi à Bamako, héééééééééééhééééééééééé…

– Euh, Maman, je suis très content du retour de Gloria et de vos retrouvailles, mais je suis en train de…

– Tu es en train de faire quoi, hein, David, mon fils, tu es mon fils unique, tu as vingt-neuf ans, tu travailles et gagnes bien ta vie et je te parle d’une fille qui t’a toujours aimé depuis l’enfance et tu me dis que tu es en train de faire quoi, hein, euh, écoute, mon fils, voici trois ans que je te parle de mariage et tu me désobéis, alors que la Bible a dit que…

– Oui, oui, oui, Maman, la Bible a dit aux enfants d’épouser Gloria sur les ordres de leur mère, je connais le passage, je le relirai cette nuit, je ne sais pas trop ce qu’elle a dit, la Bible, sur les filles mariées qui traînent des boîtes de Viagra et des films X dans leurs sacs à main, mais pour le moment, j’ai un ami désespéré qui divorce, allez, bonne nuit, ma chérie de mère.

PS : Titre inspiré du titre « Demain j’aurai vingt ans » de l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou