David Kpelly

Le jour où j’ai épousé la femme rêvée

 

 Crédit image: mariage-blagues.skynetblogs.be

Enfin ! J’ai gardé le secret. Je l’ai pu. Demain, déjà à dix heures, si les islamistes n’arrivent pas à Bamako avant, je ne serai plus célibataire.

Je tiens à peine sur mes deux jambes en y pensant. Ruth, demain, à dix heures, je serai un homme marié. Ton mari. Le rendez-vous avec le maire est fixé sur neuf heures, à la grande mairie de Bamako. Nous n’aurons pas beaucoup d’invités. Deux compatriotes, dont mon témoin, deux de tes cousines dont ton témoin, tes parents, mon parrain, un professeur, intellectuel et écrivain malien, et ta marraine, une avocate malienne. Une dizaine d’invités pour mon mariage. Loin de ma mère, Mère Marthe, ma première femme, mon éternelle femme, loin de mes sœurs. Elles suivront le film de la cérémonie. J’ai évité tous les amis journalistes maliens qui m’ont proposé de couvrir l’évènement. J’ai toujours rêvé d’un mariage simple, sans fioritures. Je l’aurai demain à neuf heures. Je ne porterai pas de veste. Je n’aime pas trop les vestes, je ne m’y sens pas. Je garderai mon look habituel, une chemise biaisée aux manches retroussées, mon éternel crucifix au cou, un bracelet au poignet. Tu porteras, Ruth, une légère robe bleu-ciel – ma couleur préférée, et des escarpins pas trop hauts, pour ne pas me dépasser en taille, toi qui as presque la même taille que moi. Un peu de respect pour mon machisme héréditaire, madame.

Puis samedi. La grande fête. Je serai en veste, sans cravate, bien-sûr, question de style, une chemise à manches courtes à col italien ouvert, mon crucifix à découvert. Tu porteras ta longue robe blanche, celle-là dont tu as toujours rêvé, dis-tu, depuis six ans, quand tu avais assisté pour la première fois à un mariage dans ton église. La messe le matin et la bénédiction, les photos, la presse, une ou deux interviews, et la grande réception prévue pour l’après-midi. Plus de cinq cents invités, mes étudiants, des lecteurs, des compatriotes, et des membres de ta famille. La sono sera assurée par l’orchestre d’une amie à toi, célèbre chanteuse malienne. Deux amis poètes venus du Togo, pour nous déclamer des poèmes, réciteront leur production sur l’amour, le mariage et les enfants, durant le dîner. Nous aimons, tous deux, l’art, la musique, la littérature. Et notre mariage sera art.

L’apothéose de la soirée sera le gâteau de mariage, une de mes créations fantaisistes. Un gâteau que j’ai fait dessiner par un ami, avec toi et moi nous tenant la main, et préparé par une grande pâtisserie de Bamako. J’avais proposé aux pâtissiers de se débrouiller pour que le gâteau, à chaque fois qu’on le coupe, crie, Faure Gnassingbé, David Kpelly t’a battu, il s’est marié avant toi, t’es qu’un gros loser, connasse, la dernière provoc pour dire adieu à Faure Gnassingbé après plus de trois ans de provocation, comme j’ai décidé de ne plus bloguer après mon mariage, mais on m’a fait savoir que ça prendrait trop de temps et d’argent, il fallait commander un minirobot chinois pour le faire. Bah, on n’a qu’à placer un de ces petits vietnamiens qui pullulent à Bamako, vendant des sandwichs au goût aussi incertain que la fidélité de Grace la femme de Mugabe, ben on n’a qu’à placer un de ces petits asiatiques derrière le gâteau pour jouer le rôle du robot, de toute façon personne ne le verra crier derrière le gâteau, que j’ai proposé, mais on m’a fait savoir qu’ils ont tous disparu de la ville, ils ont, eux aussi, peur de l’arrivée de islamistes, comme ils préparent leur sandwich avec de la viande de porc. J’essayerai au moins de raconter une blague sur le célibat de Faure Gnassingbé quand on coupera le gâteau, même si cela t’irriteras un peu, Ruth, toi qui m’as déjà émis ton ultimatum, je n’aurai plus le droit de parler politique, encore moins m’attaquer à un homme politique après notre mariage.

Ruth, Tu es une histoire. Mon histoire. Dis, comment étais-tu habillée ce matin quand dans la salle de cours je rentrais, pour la première fois, hein. Chemise blanche, jupe courte couleur bleue, tapette cendre, boucles d’oreilles de la même couleur, un écouteur de baladeur dans l’oreille gauche. Tu écoutais Rihanna. T’es un sorcier ! t’écrias-tu le jour où je te fis cette précision, comment pouvais-tu me remarquer ainsi avec tant de détails dès le premier jour, hein ! Tu fus, Ruth, ébahie par ma jeunesse. Et mon sens de l’humour et mon intelligence, m’ajoutas-tu, une nuit. Pourquoi peuvent-ils embaucher de si jeunes profs dans une école supérieure, hein, encore un coureur de strings, pauvres étudiantes, avais-tu pensé. Ô, ma Ruth, et la première pauvre étudiante qui tomba sous le charme du jeune professeur, coureur de strings, c’était la fille assise juste devant, à gauche en faisant face à la salle, la plus intelligente et orgueilleuse de toutes les étudiantes. Toi, Ruth.

Tu es très intelligente, Ruth, calée en sciences exactes et mordue des lettres. Une exception dans ce système éducatif malien à l’agonie. Et c’était ce qui faisait ton orgueil. Tes camarades du lycée affirmaient que tu bernais tes profs, dans toutes les matières, te mesurant à eux. Je le remarquai, dès le premier cours, quand tu me demandas de vous parler de mon cursus scolaire parce que tu me trouvais trop jeune pour avoir les qualifications requises pour enseigner dans une école supérieure. Tes camarades avaient boudé, mécontents de ta question, mais tu insistas, la mine ferme. J’étais à ma première expérience, mon premier jour dans l’enseignement, et je regrettai ma décision, enseigner. Prenant tous mes grands airs, Ruth, je t’expliquai que tu avais tort en me jugeant sur mon âge parce que l’ère des Papa Bibliothèques était révolue et la qualification n’avait plus rien à voir avec l’âge. Tu me fis savoir que j’avais raison, mais que cette ère n’était pas révolue pour laisser venir des Jeunes Tonneaux vides. Je te fis un sourire amer, et à ma grande surprise, tu y répondis. Deux autres cours me suffirent pour te séduire. T’es un incroyable magicien, Dieu ne t’a pas donné une si grosse tête pour rien, tes mots quelques jours après… Demain, Ruth, tu seras ma femme, ensemble, nous…

– Hé David, c’est quoi encore cette farce, hein, tu fais semblant de dormir ou quoi, hein, voici plus de quinze minutes que je te secoue et t’es là à faire cette tête de je ne sais quoi… Lève-toi et on y va.

– Hein, Ruth, il est l’heure pour la mairie, hein, grognai-je la tête bourdonnante, les yeux lourds, la bouche pâteuse.

– Qui est Ruth, hein, et tu parles de quelle mairie, hein, t’es encore parti ramasser une pétasse de chrétienne, juste parce que tu étais à l’église dimanche passé, tu as encore déniché une chrétienne, hein, de toute façon, Ruth ou Marie, lève-toi, allons au guichet automatique et tu me donnes mon argent, tu m’as promis ce matin et…

–  Ecoute Safiatou, je t’ai toujours dit de ne pas me réveiller quand je dors, tu viens d’interrompre le plus beau rêve de ma vie après celui que j’ai fait en 2007, où Faure Gnassingbé était employé comme boy dans ma maison. J’étais en train de rêver de ma femme parfaite, une de mes étudiantes que j’épouserai demain et…

– Hein, hi hi hi, laissez-moi rire, hein, toi David épouser une femme, hein, voici plus de deux semaines que tu m’évites juste parce que je t’ai demandé vingt mille francs pour faire ma tête, et tu crois que toi tu peux payer la dot d’une femme, l’habiller et la nourrir, hein, et puis tu oublies que tu n’as jamais pu retenir une fille durant plus de deux semaines ou quoi, hein, eh Allah, les islamistes ne sont plus vraiment loin de Bamako, tout est devenu bizarre par ici…

– C’est parce que vous demandez trop d’argent que j’arrive pas à vous supporter, tu veux faire ta tête alors que t’as rien dans cette tête, rien à part les basins brodés et les bijoux, on te la coupe, cette tête vide, et le monde n’a rien perdu, je comprends pourquoi vos hommes maigrissent toujours après leur mariage et ressemblent à Paul Kagamé, des fois en marchant dans les rues de Bamako je me crois en Somalie quand je vois la maigreur des hommes, toi qui n’ouvres la bouche que pour demander de l’argent, parler de coiffeuse et de tailleur, que gagne un homme qui t’épouse à part des soucis  et …

– Hé hé hé, chéri Dévé, je suis pas de bonne humeur ce matin pour écouter tes conneries-là, t’as toujours des thèses à écrire quand on te parle d’argent, donne-moi mon argent et après tu peux retourner à ton rêve où tu épouses votre Vierge Marie ou quoi là.

PS : Spéciale dédicace à Stella, la rêvée, tu sais, notre tentative n’était sûrement pas une bonne.

 


Deux collés, le cocu de la République

 

Crédit image: proverbe-dessine.webcomics.fr

(…) J’espère, cousin, que tu  connais ce pasteur qui depuis 2000 a commencé par emballer tout le pays  avec l’interprétation des films nigérians en langue  nationale sur sa chaîne  de télé confessionnelle, Télévision Canaan. Eh bien, cousin, le gars est devenu une véritable star dans tout le pays, apprécié  par tous, surtout les femmes, toi-même tu les connais, cousin (…) Tout le monde avait mémorisé la phrase fétiche par laquelle il commençait les commentaires, Chers frères et sœurs en Christ, nous vous souhaitons une bonne soirée au nom puissant de notre Seigneur et Sauveur Jésus, c’est maintenant l’heure de la foi, la foi qui change la vie de tout homme.  Et c’était le signal, tous les gestes amorcés étaient sur-le-champ interrompus, et on focalisait toute son attention sur l’écran de la télévision. Et, cousin, il paraît même que les femmes au lit avec leurs maris commençaient par hurler, Qu’attends-tu pour te vider, hein, idiot, tu attends quoi pour me laisser partir suivre le film, hein, allez, que ça saute, vide-toi rapidement, ou je me lève.

Cousin, faut pas faire, il sait trop faire rire, ce pasteur. Il arrive à arracher des sourires et même des éclats de rire aux cocus. En ce temps-là, disait-il pour qualifier une jeune fille en pantalon et décolleté, Sœur Angèle aussi est en train de se tortiller comme un ver de terre dans la capitale, croyant séduire les garçons avec ses fesses plates comme les paumes des mains, alors que même un cadavre ne la regarde (…) Si vous donnez naissance à un enfant qui veut devenir enseignant, mes chers, vendez-le pour  acheter des sandales à porter pour aller à l’Église et Dieu vous bénira, parce qu’un enseignant ça ne vaut rien, il est le symbole de la pauvreté(…) Dieu bénisse les putes car entre leurs cuisses elles acceptent tout le monde et n’ont pas de choix à faire, elles ne sont pas aussi méchantes que ces filles qui chassent les hommes qui leur font la cour. Mais sachez-le bien, bien-aimées putes, vous irez, sans escale, en enfer…

Comparant les personnages et les villes des films à des hommes et femmes de Soutacountry, et des villes de Soutacountry, il insultait, en faisant toujours rire, tout le monde, des plus démunis à qui il reprochait leur pauvreté qu’il prenait pour un péché, aux plus  puissants (…) Plusieurs langues affirmaient dans le pays qu’il était un reptile amorphe, militant du parti toujours au pouvoir, et avançaient que c’était pour cette raison qu’il ne se faisait pas avoir par la justice, jusqu’au jour où il attaqua, sans mâcher les mots, le président Le Fort lui-même dans un film qui retraçait l’histoire d’un prince calme et respectueux. Eh bien, avait-il commenté, voilà comment doivent se comporter les princes, ils doivent être humbles et respectueux envers tout le peuple et ne pas prendre appui sur la force de  leur père pour tuer les citoyens. Nous avons vu des princes qui ont versé le sang de centaines de milliers de citoyens avant d’arriver au pouvoir. Que ces princes le sachent très bien, c’est la géhenne qui les attend parce que Dieu ne les connaît pas. Nous avons vu des princes qui à trente ans ont déjà des dizaines de femmes et des centaines d’enfants. Qu’ils le sachent, ces princes sans lois, ils périront dans la souffrance, ils mourront aveugles, sourds et muets. Ils souffriront,  à la fin de leur vie, de la prostatite, du sida, du cancer, de la grippe aviaire, du diabète… A la Présidence, la nouvelle piqua comme un dard Ingrid A. la femme, euh l’une des incomptables femmes du président Le Fort qui suivait le film. Elle se leva en larmes et rapporta tout à son mari (…) Le Fort voulut faire jeter le pasteur dans la fosse aux lions de son père, mais sa femme l’en empêcha. Défends-lui simplement de commenter les films, ne commets pas ce crime, après tout c’est un homme de Dieu.

Le jour suivant, un décret présidentiel interdisait au pasteur de l’Église Canaan le commentaire des films nigérians. Les fidèles téléspectateurs de la Télé Canaan protestèrent à travers une marche mais le ministre de l’Intérieur donna l’ordre aux chiens méchants de tirer sur la foule. Il y eut une centaine de morts. Quand on interviewa le pasteur sanctionné sur les ondes de la Radio France internationale, il répondit en riant, Je ne vais jamais arrêter de faire rire les citoyens de Soutacountry parce que tout le monde est fatigué dans ce pays. On nous a arraché tous les droits mais on ne pourra pas nous empêcher de rire. Ils m’ont défendu de commenter les films, mais je trouverai un autre moyen pour faire rire mes chers frères et sœurs. Je suis très intelligent, je sais faire rire les gens. Le sang de Jésus nous protège et ces salopards de dictateurs ne pourront rien nous faire.

Le fameux pasteur trouva effectivement un autre moyen pour faire rire. Il  interprétait les rêves. Et, cousin, faut pas faire, c’était plus grave que les films. En direct depuis le studio de sa télé, il recevait en ligne ceux qui avaient rêvé et qui cherchaient des  interprétations à leurs rêves. Beaucoup, pour lui faire dire des bêtises, plaisantaient. Un jour par exemple, un jeune garçon l’appela et lui fit savoir qu’en rêve, il  avait vu un rat portant un tee-shirt bleu avec un 10 inscrit sur le dos, assis sur une télévision en train de fumer une cigarette Marlboro. Le pasteur sut qu’il plaisantait. Très bien, fit-il en traçant un léger sourire sur ses lèvres, mon frère, laisse-moi t’expliquer ton rêve. Le rat que tu as vu signifie le tombeau, parce que tu sais que les rats vivent dans des trous, la cigarette signifie l’enfer parce que c’est le feu, la télévision signifie la modernité, ce qui  est récent, et le 10 que porte le tee-shirt bleu, le bleu étant la couleur de la France donc du mensonge et de la mesquinerie, signifie 10 jours. Eh bien, mon très cher frère, sache que dans 10 jours très exactement, tu vas mourir d’une maladie récente, le sida ou la grippe aviaire, parce que tu es un grand menteur comme les Français, et ton âme ira, pour toujours, en enfer. Que cela se réalise dans ta vie au nom puissant du Christ, Amen. Voyage bien en enfer et salue l’ancien président de la République, dis-lui qu’il a fait un très bon choix et que son héritier lui ressemble trait pour trait. Un autre jour, une jeune fille lui dit ceci, Pasteur, en rêve, cette nuit, je vous ai vu en train de me faire l’amour, sans préservatif, au paradis, sous le regard de Dieu. Le pasteur sourit légèrement, comme il avait l’habitude de le faire quand il allait raconter des niaiseries, Très bien, ma fille, ton rêve est très intéressant, ceci signifie tout simplement que Dieu est  au courant des parties de jambe en l’air que tu livres avec ton père, parce que tu sais que le pasteur, en rêve, signifie le père dans la réalité. Et comme en couchant avec lui vous n’utilisez pas de préservatif, ce qui explique l’absence de préservatif dans ton rêve, alors que ton père a le sida, tu es actuellement séropositive et tu mourras aussi maigre qu’un clou rouillé, avant d’amorcer ton voyage triomphal vers l’enfer, en compagnie de ton père…

Ce fut la semaine passée que le pasteur, plus taquin qu’un singe de conte, rentra de nouveau dans le jardin sacré de la Présidence. En effet, un jeune homme lui fit savoir qu’en rêve, il était en train de faire l’amour avec la femme du président de Soutacountry, Le Fort. Le pasteur sourit pendant quelques secondes, se racla la gorge et commença, Mon fils, laisse-moi te faire savoir que ton rêve n’est pas un rêve mais une révélation. Toutes les femmes du président sont des péripatéticiennes. Ceci n’est  pas de leur faute, mais c’est une punition divine qui veut enseigner au jeune président qu’il doit cesser de prendre des femmes comme on prend le déjeuner et le dîner. Il est trop jeune et ne voit que son pouvoir et sa puissance, qui lui permettent d’avoir n’importe quelle femme de ce  pays. Il oublie qu’une femme, il faut l’entretenir, pas seulement matériellement, mais aussi moralement et sexuellement. Ses multiples femmes, malgré les centaines de boîtes de Viagra dont il se dope pour les satisfaire, se font sauter  tous les jours par n’importe quel va-nu-pied, et pour preuve, sa dernière femme, la plus jeune, à l’heure où  je suis en train de te parler, est entre les bras d’un chauffeur de taxi.

Eh, cousin, mythe ou réalité, mensonge ou vérité, le Tout-Puissant seul peut confirmer, le Président, qui suivait l’émission, demanda à son chauffeur de l’amener dans l’appartement de sa plus jeune femme. Ils y arrivèrent après un quart d’heure et le chauffeur brisa la porte de la chambre devant les hésitations de la domestique qui ne voulait pas ouvrir. Horreur ! Mythe ou réalité, conte ou légende, mensonge ou vérité, le Père seul peut témoigner, Julie B., la plus jeune femme du jeune président Le Fort de Soutacountry était en train de gémir sous les coups de boutoir d’un jeune homme d’une trentaine d’années, sale comme les sandales  d’un commerçant ambulant nigérien.

Apocalypse des bouchers , Paris, Edilivre, 2011, 206 pages, 18 euros

 


Photo de famille au lit avec… Faure

 

Vanessa, ma nouvelle copine congolaise, Vanessa qui m’a séduit à la messe dimanche par sa voix de cygne qui s’apprête mourir, que j’ai draguée juste après la messe, Vanessa comme la célèbre actrice hollywoodienne Vanessa Hessler de la superproduction Astérix au Jeux olympiques, je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas encore avoué, peut-être à cause de ma timidité et ma modestie légendaires qui me poussent à la boucler sur mes plus grands exploits, mais il faut que je lâche le morceau, toutes mes récentes copines portent le même prénom qu’une célèbre actrice de Hollywood, la classe, il y a une semaine je sortais avec une Camerounaise qui s’appelle Angelina Nany – salut la Nanyette, Angelina comme Angelina Jolie, le jour suivant je sortais avec une Sénégalaise Marion Ndiaye, Marion comme Marion Cotillard, le jour suivant avec une Rwandaise qui s’appelait Kate Owourou, Kate comme Kate Winselt, le jour suivant avec une Gabonaise Jessica Mponda, Jessica comme Jessica Alba, le jour suivant avec une Béninoise qui s’appelait Chantal Adouahim, Chantal comme Chantal Biya… euh, elle n’est pas une actrice, elle, Chantal Biya, elle n’est qu’une première dame, rien que la femme de Paul Biya, même si à chaque sortie la Chantou nous la met plein la vue comme si elle était en train de signer des autographes à l’avant-première d’un film intitulé, par exemple, Paul Biya Must Die…

Bref, Vanessa, ma nouvelle copine congolaise, m’avait surpris ce matin, quand elle me déclara, avec le sérieux d’un ouvrier chinois le feu au cul négociant une pute nigériane à mille francs Cfa, Eh bien, Dave, tu sais, comme je suis avec toi, je suis en quelque sorte une Togolaise, c’est pourquoi j’ai décidé de me joindre aux femmes togolaises pour observer la grève du sexe déclarée depuis hier au Togo par les femmes, ce qui veut dire que jusqu’à vendredi t’as pas accès sur mon corps, y aura rien entre toi et moi, c’est juste une semaine et ça va passer très vite. Des vertiges. Une grève de quoi, hein, que je m’étais écrié, croyant avoir mal entendu ce qu’elle venait de dire. Eh bien, une grève du sexe, ce sont les femmes de ton pays qui l’ont instaurée pour pousser leurs maris à s’investir beaucoup plus dans la lutte du peuple togolais pour faire pression sur le pouvoir de Faure Gnassingbé, donc pendant toute une semaine, toutes les femmes togolaises qui veulent le départ de Faure Gnassingbé doivent priver leurs maris de sexe, rien au lit, pas même des caresses, rien, et je vais te le faire suivre aussi, comme je me joins à cette lutte si noble de ces pauvres femmes, une semaine sans sexe, ni plus ni moins.

Je sais ce que la plupart des hommes togolais, africains, feraient si une femme, la bouche en accent circonflexe, se pointe devant eux pour leur raconter de telles paillardises, Ecoute, le lourdaud, tu me la fais pas cette semaine parce que nous les femmes nous avons décrété une grève du sexe. Une gifle, deux, trois, des coups de pieds en pièce jointe, les affaires dehors, Retourne chez tes parents, pute, je viendrai la semaine prochaine chercher ma dot pour épouser une nouvelle femme plus respectueuse. Le mariage s’arrêtera là. Bien sûr que c’est ce qu’ils feront, si une femme les empêche de remplir le premier devoir d’époux qu’ils reconnaissent. Certains hommes musulmans, d’ailleurs, avec cette étrange adresse dont ils font preuve quand il faut défendre des thèses phallocrates, stipulent même que c’est une recommandation religieuse pour une femme de ne jamais se refuser à son mari. Demandez à une Malienne pourquoi elle a fait six, sept, huit, dix enfants, des enfants qu’elle et son mari sont dans l’incapacité de nourrir et qu’ils transforment en petits mendiants dans les coins de rue, des boîtes de tomate vides servant de sébile en main, elle vous répondra qu’elle n’y peut rien, comme elle ne peut parler de précautions à prendre à son mari, le tout-puissant qui a une autorisation divine de niquer quand il veut et comme il veut, sans daigner oser commettre le crime de demander l’avis de sa femme. Et Dieu seul sait ce qu’ils sont capables de faire, ces hommes, coran en main, si une femme ose un jour leur parler de grève de sexe.

Mes chéries, vous avez lancé cette grève parce que vous vous estimez les plus touchées par la catastrophique situation sociopolitique du Togo, et espérez ainsi faire pression sur vos maris à plus œuvrer dans la contestation de la dictature. Ceux qui connaissent le Togo peuvent vraiment le témoigner, vous êtes de véritables martyres, vous les Togolaises, et plusieurs fois, des observateurs de la vie socioéconomique de notre pays nous ont même traités, nous les hommes togolais, de paresseux pour les plus cléments, de méchants pour les plus durs, parce qu’ils considèrent que nous vous faisons trop travailler. Il y a même eu cette expression d’un journaliste ayant fait un reportage sur le Togo qu’il a qualifié de pays où les plus dynamiques sont les femmes. C’est dire comment vous souffrez de la mauvaise gestion de notre pays, vous sur qui reposent, dans la plupart des foyers du pays, toutes les charges de la famille. Au marché, fait insolite, c’est vous qui portez les bagages les plus lourds, contre deux cents ou trois cents francs, juste la pitance pour nourrir des enfants qu’ignorent même des fois le mari, c’est vous qui sillonnez tous les coins et recoins des villes et villages, vendant, sous le soleil, sous la pluie, de menues choses, c’est vous qui êtes plus présentes aux champs, dans les églises, pleurant vos malheurs à Dieu, dans les rues…

Mais cette grève, loin de régler vos problèmes, nos problèmes à nous tous, Togolais, risque d’en créer d’autres. Vous devez comprendre, vous qui avez décidé durant une semaine de priver vos maris de sexe, certaines préconisant même une marche, nues, dans les rues de Lomé, vous devez comprendre que la société togolaise, à l’instar de la plupart des sociétés africaines, est encore trop phallocrate, que les hommes se sentent encore trop supérieurs à vous, et que peu, très peu de Togolais pourront vous pardonner cette effronterie. Cette grève peut coûter des foyers à beaucoup d’entre vous, et dans un pays où la plus grande partie des mariages est fondée sur des clauses tacites, où la plupart des mariés ne sont pas passés devant le maire, où beaucoup d’entre vous ignorent encore ce qu’est un acte de mariage, ce qu’est un divorce prononcé aux torts exclusifs de l’époux, ce qu’est une indemnité… des hommes, beaucoup d’hommes pourront facilement vous renvoyer sous le seul prétexte que vous vous êtes refusées à eux, sans que personne ne lève le petit doigt pour vous défendre. Quant à celles d’entre vous qui oseront marcher nues, l’écrasante majorité n’auront même plus le droit de remettre pied chez leurs maris, et c’est peut-être même durant la marche, dans la rue, qu’on viendra vous remettre vos affaires, vous expliquant que vos maris ne veulent plus vous voir. Pensez à d’autres types de grève, mes chères.

Bof, j’ai même l’impression que pour déjouer l’efficacité de votre grève, mes chéries, Faure Gnassingbé, jamais en manque d’idées quand il faut exceller dans le faux, pourra trouver des moyens pour aider vos maris à se satisfaire dehors. Il suffit qu’il subventionne quelques boîtes à putes, quelques maisons closes, quelques boîtes à strip-tease du pays. Toi cette femme d’instituteur qui a décidé de te refuser à ton mari durant toute une semaine, imagine ton vieux mari qui rentre chez lui le soir et bute sur toi menaçante et à la mine aussi serrée que celle d’un policer malien à midi durant le mois de ramadan, stipulant que tu fais grève de sexe, il lui suffit, à ton instituteur de mari, de faire un tour dans la boîte à putes du quartier où Faure Gnassingbé a payé toutes les meilleures putes ghanéennes et nigérianes pour officier gratuitement pendant toute la semaine de la grève – peut-être même qu’il y placera certaines de ses copines dont des anciennes Miss, dont il ne veut plus. Ton vieil enseignant de mari tire son coup gratos avec une pute expérimentée nigériane, ou même avec une ancienne Miss, rentre chez lui gavé et se rend compte subitement que toi, la sacrée gréviste, tu es trop vieille, trop ratatinée, pas même sexy. Il priera donc que ta grève du sexe ne s’arrête jamais, parce qu’il ne voudra plus de toi. Et tu auras perdu ton mari, ton foyer, chère maman gréviste du sexe.

Dernière Minute : Vanessa, je t’informe par la présente que je ne veux plus de toi, c’est terminé, je ne suis pas dans ton histoire de grève du sexe, ma nouvelle dulcinée s’appelle Rita – salut Rita, une adorable métisse qui lit mes deux blogs avec une fidélité rare, Rita que je te présenterai bientôt, connasse de gréviste.

 


Notre Vierge Marie Mère des… Miss

 

Miss Vireges

J’ai été hyper surpris ce soir, aussi surpris qu’Angelina Jolie qui entre dans sa chambre à coucher épuisée, s’effondre dans son lit, espérant tomber entre les bras velus de son adonis de Brad Pitt de mari, et qui se retrouve face-à-face avec le capitaine Sanogo en treillis, surpris donc, quand Nadia, ma nouvelle copine somalienne depuis trois semaines, Nadia dont je suis follement amoureux depuis que j’ai décidé de changer la peinture intérieure de mon appartement, et comme son père est le propriétaire d’une très grande quincaillerie au grand marché de Bamako, je peux avoir avec elle de la peinture gratos, la quincaillerie du père de ma copine est ma quincaillerie, très vieux proverbe africain, bref, j’ai été très surpris quand Nadia, me fixant pendant quelques minutes, alors que nous étions au salon en train de suivre un film hindou à l’intrigue aussi nulle que la dissertation française d’une étudiante malienne des années Amadou Toumani Touré, me murmura en souriant, Ecoute Dévé, c’est ridicule mais je dois avouer que des fois quand je te regarde tu ressembles à un gros puceau, malgré tes airs de macho, on te prendrait pour un jeune séminariste, eh bien, pourquoi tu ne participes pas à l’élection Miss Virginité de ton pays, hein, tu ressembles trop à un puceau.

Hein, une élection Miss Virginité, bon Dieu des virginités, disons que j’ai déjà entendu parler d’une Election Miss Poitrines-Bombes pour les filles aux grosses poitrines, d’une Election Miss Fesses-Montagnes pour les filles aux fesses bien fournies, d’une Election Miss Défonce-Moi-Vite-Connasse pour les filles qui se laissent plus facilement sauter, d’une Election Miss-Lime pour les filles qui savent plus escroquer les hommes – le record de cette catégorie est jusqu’ici détenu par les Sénégalaises et les Maliennes … j’ai déjà entendu parler de tous ces types d’élection Miss et tant d’autres plus cocasses qu’un imam sur un poteau de strip-tease, mais une élection Miss Virginité ! J’ai rapidement passé des coups de fil à deux ou trois compatriotes, cherché sur quelques sites togolais. Hum, voici quatre ans que cette élection est instaurée au Togo, destinée aux jeunes filles et jeunes garçons ayant gardé leur virginité.

Bah, ne soyons pas  rabat-joie, moi je trouve l’idée super, quand je me réfère aux arguments avancés par les organisateurs qui prétendent œuvrer pour la sensibilisation des jeunes filles et jeunes garçons togolais à garder leur virginité, et aussi montrer que la virginité n’est pas une honte mais une fierté. Super. Disons que je connais la honte d’être puceau à un âge avancé. Je me revois toujours puceau à deux ans et cinq mois, bien sûr que j’étais toujours puceau à cet âge si avancé, raillé par toutes les petites filles de mon jardin d’enfant, même celles qui étaient toujours au biberon, ces bébés qui faisaient tout pour me séduire, me dépuceler, alors que moi, timide, gauche, je continuais de mouiller ma couche d’urine et mon bavoir de morve et de bave… mes pleurs quand ma mère venait me chercher le soir, Non Maman Marthe, j’en peux plus, j’en peux plus de rester puceau alors que dans quelques mois j’aurai trois ans, non, maman, comprends-moi, c’est pas facile de rester puceau à cet âge, ça fait honte… jusqu’au jour où, n’en pouvant plus, à deux ans et huit mois, je décidai, pour ne pas crever sous ma honte de vieux puceau, de me taper l’une d’entre elles, la fille d’un ministre de l’époque, âgée d’un an et quatre mois. Vous voyez que s’il y avait eu cette élection qui m’encourageait à rester puceau, je n’aurais pas craqué sous les moqueries de mon entourage et aurais gardé ma virginité jusqu’aujourd’hui, et sauver celle des six-cent trente-quatre vierges que j’ai déjà déflorées depuis mon dépucelage.

Cette élection est géniale, et je ne comprends pas pourquoi les Togolais, casse-couilles, la ridiculisent sur les sites internet et les forums, parce qu’il faut aussi savoir que nous avons un président célibataire, un président qui cherche sûrement ces temps-ci une femme avec la même ardeur que celle du gouvernement des Etats-Unis cherchant Amelia Earhart et son avion dans les eaux du pacifique en 1937, un président décidé, enfin, de se marier, à presque cinquante ans, et qui ne voudrait pas manger les restes d’un vulgaire Togolais, car il n’y a rien de plus désagréable pour un chef d’Etat que de savoir que sa femme a déjà été labourée et relabourée par la plupart de ses administrés, imaginons l’angoisse de Faure Gnassingbé, Dieu, c’est quoi cette merde-là, hein, faut que je me trouve enfin une femme, parce que trop c’est trop, tout le monde me traite de gros bordel, on m’accuse de sortir avec les copines de feu mon père et celles de mes frères, on m’accuse d’arracher à des footballeurs leurs nanas, on m’accuse de me taper toutes les Miss Togo, on me diffame tous les jours juste parce que je n’ai pas de femme, je n’ai même pas de fiancée, alors que même ce feignasse de David Kpelly qui ne cesse de me provoquer en a une, même si c’est une Malienne, non, mon Dieu, je dois me marier, mais quelle femme choisir, hein, j’ai peur, mon Dieu j’ai peur, parce qu’avec ces petites Togolaises aussi nymphos qu’une actrice à succès au Festival de Cannes, ces petites Zahia de Togolaises qui se font dépuceler dès le berceau avant même de commencer à faire leurs premiers pas, on sait jamais, je ne vais quand même pas choisir une fille qui a déjà été visitée par mes opposants, ou un de ces journalistes impolis qui m’insultent à longueur de journée, ou, pire, un sale morveux conducteur de taxi-moto, non, Dieu, il me faut une fille vierge, aussi vierge que la Vierge Marie avant la visite de l’Ange Gabriel, cherche-moi une fille vierge, Seigneur, Amen. Il faut cette élection pour aider Faure Gnassingbé à avoir une fille vierge à épouser.

J’espère que les organisateurs ont mis tous les moyens en œuvre pour éviter la triche, parce que je les informe que même Safiatou, cette étudiante malienne de vingt-et-un ans de mon quartier qui s’est tapée tous les hommes du quartier sauf son père, eh bien, ce gouffre de Safiatou aussi a réussi à se faire passer pour vierge à son mariage il y a trois mois, juste en utilisant un produit qui redonne la virginité, et que connaissent toutes les petites Maliennes prématurément en chaleur. Bon, il paraît que ce sont des gynécologues – castrés de préférence, faut pas qu’ils bandent devant la virginité de nos candidates, il paraît donc que ce sont des gynécologues qui valident la virginité des candidates, mais je sens quelques difficultés pour la délibération du jury. Normalement soit on est vierge, soit on ne l’est pas, et j’ignore comment le jury choisit la Miss Vierge parmi une dizaine de filles toutes vierges. Mais je peux leur proposer, au jury, une astuce pour choisir. Une fille vierge qui n’a jamais été pénétrée par un homme, qui n’a jamais taillé une pipe à un homme, qui n’a jamais été caressée par un homme, est plus vierge qu’une autre vierge qui n’a jamais été pénétrée par un homme, n’a jamais été caressée, mais qui a une fois taillé une pipe, cette dernière aussi est encore plus vierge qu’une troisième vierge qui n’a jamais été pénétrée, mais qui a taillé une pipe et a été caressée sur les seins, elle aussi plus vierge qu’une quatrième vierge qui a taillé une pipe, a été caressée sur les fesses, et a même failli être pénétrée avant qu’un visiteur importun n’ouvre la porte et mette fin aux ébats. Donc, la première fille est la Miss Virginité, la deuxième sa première dauphine, la troisième sa deuxième dauphine, et la quatrième la Miss Fair-play. Nickel.

J’ignore le maffieux cartel qui a instauré cette arnaque, mais cette histoire sent du faux, rien que du faux. Tout comme certaines entreprises togolaises parapubliques et privées sponsors officiels déclarés de la louche élection Miss Togo se donnent le loisir d’exposer chaque année nos filles, les pauvres, nues sur des podiums, devant de vieux ministres, députés et directeurs d’entreprise au niveau de prostatite aussi avancé que leur libido, prétendant valoriser la beauté de la jeune fille togolaise, oubliant que la vraie beauté de la femme est avant tout son niveau d’instruction et sa capacité à s’exprimer et se battre seule, libérée de toute emprise de l’homme, de vils capitalistes vont encore jouer sur l’ignorance de petites filles naïves pour se faire un nom et de l’argent. S’il faut une élection Miss Virginité pour sensibiliser nos filles à garder leur virginité, eh bien, il leur faudra aussi, quand elles auront perdu leur virginité en se mariant, une élection Miss Nique pour les sensibiliser à bien satisfaire leurs maris et les garder. Le panthéon de la phallocratie. Du magistral n’importe quoi !

PS: Spéciale dédicace à Nadia, une vraie vierge, virginité confirmée par papa

 

 


Ben Laden et ma gonzesse à l’église

 

Crédit image: https://attias.net

J’ai honte, hyper honte de n’être sorti qu’avec une seule Tchadienne en plus de vingt-six ans de carrière depuis mon dépucelage à deux ans et demi dans une chambre d’hôtel à Lomé avec la fille d’un ministre togolais de l’époque, la classe, une fille devenue entre-temps Miss Togo, parce qu’il faut dire que j’ai cette particularité d’être sorti avec un chapelet de filles devenues quelques temps après que je les ai virées, des Miss et des maîtresses de chefs d’Etat, et c’est là mon seul point commun avec Eyadema notre pas si cher que ça et pas si regretté que ça ancien chef d’Etat, père de notre actuel pas si important que ça président Faure Gnassingbé, Eyadema qui me ressemblait sur le fait qu’il avait la particularité d’être sorti avec des filles qui sont actuellement devenues des maîtresses de son fils, et moi je suis sorti avec beaucoup de filles devenues après des Miss donc des maitresses de chefs d’Etat, avis donc à toutes les nymphos désirant devenir Miss et maîtresses de chefs d’Etat, mes frais de consultation vous sont offerts, service après-vente garanti, les filles, écrivez-moi vite, places limitées.

Euh… hein… ouais, je ne suis, donc, sorti qu’avec une seule Tchadienne, Jessica, Jessica une de ces filles-là qu’on surnomme ton pied mon pied, aussi collante qu’un riz thaïlandais préparé par une Togolaise, et parlant riz je profite pour faire la pub d’un riz made in Togo et qui porte le nom du nouveau parti politique de Faure Gnassingbé, Riz Unir, c’est à mourir de rire, disons que Faure surnommera bientôt le Togo par le prénom d’une de ses copines, République Ingrid, euh… donc, Jessica ma Tchadienne qui passait plus de temps à me parler de mariage que de l’argent que lui envoyait son père, et comme le premier critère par lequel je tombe amoureux d’une fille est sa capacité à fondre son compte bancaire dans le mien, et ne surtout pas me demander des relevés bancaires, eh bien, je l’ai virée une nuit en lui expliquant, Ecoute, Jessi, je t’aime beaucoup, tu sais toi-même que je suis fou de toi, je t’aime jusqu’au point de ne pas te tromper avec toutes tes huit meilleures amies mais avec cinq d’entre elles seulement, et je suis prêt à faire tous les sacrifices pour toi, des sacrifices comme passer une journée entière sans provoquer Faure Gnassingbé, des sacrifices comme accompagner une étudiante malienne dans une soirée littéraire où elle passera tout son temps à m’humilier par son inculture et ses fautes de conjugaison, des sacrifices comme épouser une Nigérienne qui me pondra trente-six gosses en dix ans de mariage, moi qui ne rêve d’avoir que deux enfants, tu vois que je t’adore, Jessi, mais tant que tu refuseras de me laisser gérer l’argent que ton père vole dans les mafieux tuyaux d’Idriss Débi et t’envoie, eh bien, je ne pense pas que je pourrai me marier avec toi.

Bref, une seule Tchadienne a eu l’honneur, ô le grand honneur, Dieu des honneurs, d’avoir partagé ma vie pendant trois semaines et deux jours, et c’est pourquoi, poussé par mon humanisme et mon empathie ineffables, j’ai décidé de corriger cette injustice vis-à-vis de ces petites filles de Tombalbaye, appliquer mes théories panafricanistes, d’unité africaine, de libre circulation des personnes et des biens que je défends toujours dans mes blogs, dans mes bouquins, durant mes interviews et conférences, corriger cette discrimination envers les Tchadiennes en répondant à l’invitation de Mouna, cette jeune étudiante tchadienne que j’ai rencontrée durant une soirée littéraire à l’institut français, Mouna regard Marion Cotillard, sourire Jessica Alba, hanches Jennifer Lopez,  Mouna que je drague depuis trop longtemps, c’est-à-dire trois semaines, un délai trop long quand je le compare au délai moyen de mes petites maliennes qui est de deux jours, surtout quand il y a un mariage ou un baptême où elles doivent se rendre toutes belles, Allo, j’ai un mariage dimanche et j’ai toujours mon basin chez le tailleur, est-ce-que tu peux me trouver quinze mille, hein, je viens récupérer ça ce soir, T’inquiète, la niaque, mais ne viens pas à la maison parce que ma copine sera là, trouve-moi à vingt-et-une heures devant le Motel Grandes Délices de Bamako, on prend une chambre de passe ensuite je te file tes quinze mille pour ton basin.

J’ai, donc, répondu à l’invitation de Mouna, Mouna qui m’invitait à la messe ce dimanche – bien sûr qu’elle est chrétienne, moi qui suis aussi fréquent à l’église que le Pape Benoit XVI à la grande mosquée de Paris, aussi inconnu des pasteurs et des prêtres qu’un livre de Sassou Nguesso à l’Académie française, moi prototype parfait de ces Togolais plus animistes que Soundiata Keita, mais brandissant toujours leur titre de chrétiens comme un trophée. La dernière fois où j’étais parti à l’église, c’était pour rencontrer une jeune Ivoirienne que j’ai connue en boîte de nuit la veille, aussi sexy que Beyonce à une cérémonie des MTV awards, mais qui, une fois débarrassée de ses minis de la nuit, et drapée dans une longue robe ovale, ressemblait plus à une femme de féticheur béninois qu’à la starlette qu’elle m’avait parue la nuit en boîte. Je l’avais quittée, déçu, jurant de ne plus jamais draguer une Ivoirienne rencontrée en boîte, et de ne plus partir à l’église. Mais Mouna, mon fantasme depuis trois semaines, m’a invité, et j’étais là, à côté d’elle, comme vous le voyez bien, ma bedaine naissante de nouveau bourgeois moulée dans une veste sur mesure achetée à un trafiquant nigérian spécialisé dans le braquage des prêt-à-porter bamakois.

La première explosion se fit entendre quand le pasteur récitait le premier des trois textes bibliques pour la méditation. Elle venait, l’explosion, du côté Est de la paroisse, déconcentrant pour quelques secondes toute l’assemblée qui se ressaisit rapidement, pensant à ces multiples pneus chinois dont le plus grand loisir est d’exploser en pleine circulation, bafouant la tranquillité des alentours, comme pour respecter leur pays d’origine dont le plus grand loisir est de bafouer les droits de l’homme. La deuxième explosion, plus insistante, plus forte, sembla plus proche de nous, et le pasteur dut interrompre son commentaire pour quelques minutes, avant de continuer. A la troisième explosion, juste à l’entrée de la paroisse, ce fut la débandade. Des bombes ! J’aurais dû y penser, les islamistes du Nord allaient profiter du ramadan pour signaler leur présence à Bamako, et la meilleure façon de le faire est d’envoyer quelques kamikazes exploser sur la plus grande paroisse protestante de la ville.

En un bond, je me jetai dans le tumulte, me dégageant violemment des bras de Mouna affolée qui s’était fortement agrippée à moi, me criant, David, tiens-moi, ne me laisse pas. Oh, belle Mouna, je ne sais vraiment pas s’il m’est une fois arrivé d’être galant, mais sache que même si je dois prendre des cours de galanterie, ce n’est pas dans une église sur laquelle explosent des terroristes cocaïnés barbus les poches remplis d’explosifs. Meurs bien. J’irai pleurer à tes funérailles, nous savons si bien le faire, nous les Togolais, pleurer aux funérailles. Piétinant des enfants, bousculant des hommes, giflant et mordant des femmes, le mélange de Jesse Owens, d’Usain Bolt et de Mohamed Ali que j’étais subitement devenu réussit à s’échapper de l’enceinte de l’église en effervescence sous les cris, héla un taxi, sans demander les restes de son scooter dans le parking, encore moins la dépouille de sa Mouna.

Allo, David, j’espère que tu es arrivé sain et sauf chez toi, je suis arrivée à la maison moi aussi, en fait ce n’était rien, c’était juste un fou qui soufflait dans des bouteilles de jus en carton et les faisait éclater devant l’église, mais la scène m’a montré que tu ne tiens pas à moi, si tu peux si facilement m’abandonner sans même essayer de me sauver, donc, même si je t’ai invité à l’église aujourd’hui pour t’annoncer que je suis d’accord qu’on soit ensemble, je viens de changer d’avis, j’ai horreur des hommes poltrons, des hommes qui peuvent abandonner les femmes pour si peu, prends bien soin de toi, et ne cherche plus à m’appeler, je ne changerai pas ma décision.

Hein, donc c’était un fou, juste un fou qui m’avait fait une de ces peurs, moi qui me voyais déjà enfermé dans un cercueil, le corps déchiré, expédié vers mon Togo natal, pleuré par mes trois mille deux-cent vingt-quatre ex dont  vingt-quatre Miss, à la grande joie de Faure Gnassingbé libéré d’un rival de plus, un fou qui m’a fait quitter mon scooter, et perdre Mouna, Mouna trois semaines de drague sans relâche, de sms, de calculs, de stratégies, de rêves… aïe… Mouna ! Je ne sais pas si ce maudit fou est barbu ou pas, mais je jure qu’il est un islamiste, parce qu’il vient d’appliquer une charia pure et dure, il vient de me couper une main. Aïe… ma Mouna !

 

 


Jean-Paul est chrétien, mais islamiste

 

Ben Laden via https://anomalie.over-blog.com

L’image est horrible, difficile à supporter, et crée une terreur générale dans tout Bamako. Un coupe-coupe posé sur une main ensanglantée, une main posée sur une table. Une main coupée, coupée au niveau du poignet, avec des doigts touchant presque un livre maintenu ouvert par deux mains. Le livre, c’est le Coran. La main coupée, celle d’un voleur de moto de la ville d’Ansongo située au sud de Gao, au nord du Mali. Les islamistes du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique occidentale (Mujao) venaient de gratifier les populations de cette ville qu’ils contrôlent depuis maintenant quatre mois d’une amputation publique. Ils ont coupé la main d’un voleur de moto, en appliquant la charia, comme l’atteste le chef islamiste de la zone, Mohamed Ould Abdine qui dit n’appliquer que la loi dictée par Dieu. Une belle récidive après la lapidation d’un couple non-marié le 29 juillet 2012 dans une autre ville du Nord Mali par un autre groupe islamiste, Ansar Dine. Dieu est dans la cité. La charia est là, imposée et appliquée par les islamistes.

Oublions la définition hâtive du dictionnaire qui définit un islamiste comme un partisan de l’islam, et raisonnons avec la définition pratique que nous avons aujourd’hui de l’islamiste. C’est un terroriste, un tueur, un drogué, généralement barbu, qui commet des attentats et des crimes pour ses propres intérêts, mais en se cachant derrière le nom d’Allah, en invoquant Mahomet et en citant le Coran. C’est donc cette définition que nous nous sommes forgée, en nous référant aux faits, à l’islamiste. L’islamiste et le musulman normal, c’est-à-dire qui n’est pas un islamiste, ont donc pour point commun Allah, Mahomet et le Coran, comme ils s’en servent tous les deux. Mais la différence entre les deux est que l’un tue et commet des attentats, et l’autre est pacifique et tolérant. L’islamiste et le musulman sont donc deux personnes très différentes. C’est la logique que nous nous sommes définie.

Mais il convient de se demander ce qui explique cette radicale différence entre deux personnes qui utilisent un même livre, lisent les mêmes versets, se réfèrent au même prophète. Les islamistes ne commettent jamais un acte, aussi barbare qu’il soit, sans invoquer Dieu, et sans faire preuve d’une foi inébranlable en ce Dieu qu’ils invoquent, son prophète et ses recommandations. C’est ce qui explique d’ailleurs le Coran ouvert à Ansongo juste devant la main coupée, et la déclaration du chef islamiste qui affirme, tranquille, qu’ils ne font qu’appliquer la loi de Dieu relatée dans le Coran le livre saint dicté au prophète Mahomet par l’ange Gabriel. Je n’affirmerai pas comme ce commentateur du site www.koaci.com qui s’exclame « Ces islamistes ne sont que des musulmans, ils font exactement ce que Muhamed a fait. En l’occurrence, lapider jusqu’à la mort, couper les mains aux voleurs… Les Maliens sont musulmans. On leur apporte l’islam vrai. Qu’ils assument. »

Le problème n’est pas ces musulmans qui doivent assumer un islam dit vrai que leur apportent les islamistes, mais la source où et les islamistes et les musulmans tirent leurs préceptes. Le Coran. Oui, comme le disait bien un commentateur d’un de mes précédents billets, les dogmes du Coran, voilà le problème. Tout comme certains dogmes de la Bible sont devenus, dans nos pays à majorité chrétienne, des sources de corruption, de vol, de viol, de fornication… à des pseudo pasteurs et leurs poulaillers d’églises, certains dogmes du Coran sont aujourd’hui le seul problème qui justifie toute cette barbarie dont les islamistes empoisonnent nos sociétés. Ces islamistes que nous nous contentons aujourd’hui d’appeler des terroristes disent appliquer une loi, la charia, définie comme étant la loi islamiste régissant la vie religieuse, politique et sociale dans certains Etats musulmans. S’ils ont coupé la main à ce voleur du Nord du Mali, c’est justement parce qu’ils ont lu quelque part dans cette loi, quelque part dans le Coran, quelque part dans la vie du prophète en qui ils croient, Mahomet, qu’il faut couper la main à un voleur. On nous parle d’une mauvaise interprétation des dogmes de la Bible et du Coran par les extrémistes, sans nous donner des preuves que c’est nous qui nous disons non extrémistes qui en avons la bonne interprétation et non les extrémistes.

Je suivais la semaine passée le reportage sur une femme tunisienne se réjouissant avec des membres de sa famille parce qu’elle venait d’apprendre à la télévision que son fils venait d’être tué en Syrie par les forces du régime syrien. Elle était très contente, disait-elle, parce qu’elle savait, à travers le Coran, que son fils était mort durant une guerre sainte, et qu’il irait au paradis, qu’elle aurait même envoyé d’autres fils se faire tuer si elle en avait – je ne sais pas pourquoi elle n’y part pas elle-même. Reste à savoir en quoi une guerre allumée en Syrie par les Occidentaux, pour des raisons purement économiques et politiques, constitue une guerre sainte. La pauvre femme, aveuglée, croyait en ces dogmes de l’islam, encouragée par un imam qui s’occupait de l’envoi des jeunes Tunisiens vers la boucherie syrienne, porte d’embarquement pour le Vol Paradis Airlines. J’ai assisté, durant mes jeunes âges, dans mon village, à une scène de rupture de famille où un père membre des Témoins de Jéhovah, cette communauté chrétienne caractérisée par son radicalisme sans nom, une scène donc où ce père de famille, lisant des versets de la Bible pour se justifier, mit à la porte sa femme et sa fille, parce que la première avait autorisé, à l’hôpital, les médecins à faire une transfusion sanguine à la seconde. Selon cette communauté, un bon serviteur de Dieu ne doit accepter une transfusion sanguine. La femme avait failli à cette loi, et elle perdit son foyer.

Ne nous méprenons point, nous avons hérité de religions dites monothéistes dont l’application trop zélée des dogmes nous rendent tous ou criminels, ou coupeurs de main, ou bourreaux en lapidation… à des degrés divers. Un père musulman qui préfère sacrifier sa fille au foyer d’un homme qu’elle n’aime pas, juste pour l’empêcher d’épouser un chrétien, une mère musulmane qui fait avorter sa fille parce qu’elle est enceinte d’un chrétien, un père de famille qui met à la porte sa femme et sa fille, en caressant sa Bible, parce qu’elles se sont fait transfuser du sang, un père protestant qui s’oppose au mariage de sa fille avec un catholique, expliquant par des versets bibliques que les catholiques sont des idolâtres adorant des statues de la Vierge Marie… tout ce beau monde de religieux dogmatiques constitue une nébuleuse d’islamistes tempérés coupant des mains, lapidant et fouettant… à des degrés différents.

Je ne sais pas pourquoi nous devons nous indigner devant une main coupée par les islamistes au nom de Dieu, si tous les jours nous digérons des imams qui empêchent, au nom de Dieu, des amants à se marier, des pasteurs qui brisent des foyers par des versets bibliques, des polygames machos bourrés de viagra qui violent leurs femmes au nom du même Dieu qui recommanderait soumission aux femmes, des vieillards aux portes de la tombe qui épousent de petites filles de neuf ans et les entassent dans un même enclos avec de vieilles coépouses… au nom de Dieu. Certains loufoques dictateurs africains comme Eyadema ont même à plusieurs reprises cité Dieu et la Bible pour justifier leur règne sanguinaire. Je pense à cette phrase de la magnifique pièce de théâtre Le Marchand de Venise de William Shakespeare « Le diable peut citer l’Ecriture pour ses besoins. »

Quand, coinçant des fois des amis musulmans posant des actes en contradiction avec les recommandations du Coran, je les blâme, ils me répondent qu’ils sont des musulmans modérés, sans jamais se demander pourquoi est-ce que l’islam doit être modéré pour être applicable, vivable. On affirme que l’islamisme c’est le terrorisme qui se sert de l’islam pour justifier ses crimes, mais je me demande si ce n’est pas plutôt l’islam qui se sert du terrorisme pour assumer le fondamentalisme de ses dogmes. Les islamistes disent nous avoir apporté la bonne manière d’adorer Dieu. Et nous crions malaise. Car nous préférons être les islamistes modérés que nous sommes, couper les mains, lapider, fouetter, couper les oreilles… au nom des dogmes du Coran et de la Bible, mais en douce. Etre des musulmans et des chrétiens modérés, c’est-à-dire des pratiquants hypocrites de nos dogmes religieux.


A mort Benjamin, vive le dieu Faure

 

Benjamin Boukpeti via https://atelier.rfi.fr

Je lisais, ce jeudi 09 août 2012, un article publié le 01 août 2012 sur le site togolais d’informations www.republicoftogo.com, sur la participation du kayakiste franco-togolais Benjamin Boukpéti – médaillé de Bronze à Pékin en 2008, aux jeux olympiques de Londres 2012. Avec la brièveté qui caractérise les articles de ce site se positionnant comme le site d’informations officiel du Togo, mais réputé pour être l’arme numérique à propagande de la dictature togolaise, l’article relatait ainsi le parcours du sportif togolais : « Le kayakiste togolais, Benjamin Boukpéti, malgré sa qualification aux épreuves finales de canoë slalom mercredi à Londres, n’est pas parvenu à rééditer l’exploit de Pékin où il avait obtenu une médaille de bronze. Plutôt pas mauvais lors des demi-finales, sa prestation n’a pas été à la hauteur de l’enjeu. Il arrive bon dernier des dix concurrents avec un score de 154.23. ( 93.43 pour le médaillé d’or, l’Italien Daniele Molmenti).» Ah, oui, l’article s’intitulait, avec toute modestie, avec toute simplicité… avec toute déception, l’article s’intitulait donc, Déception.

Les autorités togolaises sont donc déçues de la mauvaise prestation de leur athlète, mauvais élève, Toto du canoë Kayak, arrivé en dernière position à la finale de son épreuve. On l’attendait encore cette année, comme en 2008, pour qu’il nous ramène une médaille au pays, pas du bronze cette fois-ci, mais de l’or, ou à défaut de l’argent. L’actuelle situation sociopolitique tendue au Togo a besoin d’une médaille olympique pour se décanter un peu, les Togolais ont une fois de plus besoin d’avoir une lueur de joie pour un peu oublier leur révolte actuelle, Faure Gnassingbé surtout a besoin d’une bonne nouvelle à récupérer pour pouvoir sourire aux Togolais, et voilà que l’apostat revient avec une dernière place en finale. Horreur. De quoi lui retirer la nationalité togolaise, à ce feignasse qui ose salir, de ses piètres prestations, la très magistrale république togolaise du très magistral Faure Gnassingbé et ses très magistraux collaborateurs.  Déception ! L’article ne pouvait mieux s’intituler.

Pauvre Benjamin, le héros, la légende de 2008 devenu une déception pour les autorités togolaises ! Comme le dirait l’autre, Et Dieu seul sait comment il dort. Chanté, crié, loué, adoré en 2008, invité par tous les hommes politiques, Faure Gnassingbé en tête, aux plus prestigieux évènements au Togo, présenté comme l’un des Togolais les plus valeureux, le premier et le seul Togolais à avoir remporté une médaille olympique, couvert d’honneurs et d’éloges, notre dieu du Canoë Kayak est tombé en disgrâce cette année, quatre ans après son entrée au panthéon des autorités togolaises. On lui consacre un article de trois lignes intitulé Déception, pour lui exposer, le prendre à témoin de sa honteuse prestation, son crime de lèse-république. Peut-être qu’il sera même bientôt déclaré persona non grata au Togo, parce que sincèrement, sans médaille, on ne sait pas trop ce qu’on pourra faire de ce type dans ce prestigieux pays.

Notoire. C’est ainsi que les autorités togolaises récompensent, ont toujours récompensé les héros togolais. Ils ne servent que quand ils sont capables d’offrir à la dictature impopulaire des victoires à récupérer. Benjamin Boukpéti n’a donc jamais été vu comme un fils du Togo par les autorités togolaises, surtout qu’il est métissé, raison de plus pour voir en lui un étranger, un objet quelconque dont on peut juste se servir pour redorer le blason de l’un des régimes les plus impopulaires et détestés au monde. Et on a bien profité de lui en 2008, certains cyniques griots ayant même poussé la récupération et la loufoquerie jusqu’à affirmer que l’athlète médaillé était un signe que Faure Gnassingbé, imposé aux Togolais dans le sang en 2005, était un porte-bonheur pour le Togo, que c’était sous lui que le Togo avait, enfin, remporté une médaille olympique, qu’avec lui le Togo allait désormais briller à la face du monde, oubliant que ni Faure Gnassingbé, ni aucun de ces hommes louches qui s’étaient défiés dans des mises en scène ridicules en 2008 pour porter le jeune champion sur un piédestal, n’avait contribué à sa participation aux jeux olympiques, qu’il s’était battu avec ses propres moyens pour y participer, mais avait poussé le patriotisme jusqu’à dédier sa médaille au Togo.

« Vous ne méritez pas votre athlète», s’indigne un commentateur nigérian en réaction à l’article sur le site www.republicoftogo.com. Oui, bien sûr. Mais alors bien sûr que le Togo ne mérite pas ce garçon. Bien sûr que le Togo n’a jamais mérité un seul de ses héros, des courageux qui se battent seuls dans l’ombre, et qui ne sont récupérés par nos dealers politiques que quand ils sont sous les sunlights, honorant les couleurs nationales de ce pays terni par trop de barbarie de la dictature et de son armée, par trop de haine de ses fils et filles, par trop de larmes de ses victimes, par trop de soupirs de ses réfugiés, par trop de murmures étouffés de ses martyrs. Le Togo ne mérite pas cet athlète parce qu’il n’a pas été aidé, quand, après son sacre en 2008, il a de bonne foi et par amour pour son sport le canoë kayak et son pays monté un club pour former de jeunes Togolais dans ce sport encore très inconnu chez nous, il n’a pas été aidé pour se qualifier et se préparer pour la compétition de 2012, il a été oublié une fois que les politiques, Faure Gnassingbé en bandoulière, ont fini de lui sucer la moelle de prestige qu’il avait ramenée au pays en 2008.

Entrons dans notre panthéon togolais, cherchons cent héros en sport, en musique, en littérature, en cinéma, en peinture, en sciences et technologies… cherchons-en cinquante… cherchons-en vingt-cinq… dix… un… un seul que le Togo en tant qu’Etat a fait, et qu’il a accompagné dans ses victoires et échecs. Nous n’en trouverons, bien sûr, pas. Nous ne trouverons que d’anciens footballeurs miséreux délaissés parce que blessés durant un match où ils défendaient les couleurs du Togo, des musiciens aigris et malheureux parce qu’ignorés, des écrivains contraints à l’exil depuis des dizaines d’années parce qu’ayant eu l’audace de critiquer la dictature… et finalement un ancien médaillé des jeux olympiques récompensé suite à une défaite en finale par un article intitulé Déception ! Benjamin Boukpéti s’en va donc, à pas lents, retrouver les dieux assassinés par le Togo, se consolant peut-être avec cette formule de Rainer Maria Rilke, dans les Elégies de Duino « Souviens-toi que le héros reste, sa chute même n’était pour lui qu’un prétexte pour être : suprême naissance.»

Quelle horreur pour la jeunesse togolaise ! Le tombeau des héros est le cœur des vivants, disait André Malraux. Nous avons besoin de héros, nous jeunes Togolais, des aînés qui nous font rêver en sport, en musique, en science, en littérature, en peinture… car c’est ce qui fait vibrer l’âme d’un pays, ce qui ancre son histoire, et imprime son passage dans le temps. Mais dire que nos héros, ceux-là que nous, jeunes Togolais, sommes obligés de voir, ceux qui durent dans le temps, qui sont toujours criés sur les médias comme des hommes bien, valeureux, ne sont ni des sportifs, ni des écrivains, ni des musiciens, ni des architectes, ni des médecins, ni des avocats… mais des politiciens fourbes et criminels, des généraux assassins, de vils menteurs de mauvaise foi et sans loi ! Tout ce qui ne sert donc pas la dictature togolaise n’ira pas au panthéon. Rendez à la dictature ce qui est à la dictature, et à la dictature ce qui n’est pas à la dictature. Voilà le Togo, notre Togo que nous aimons tant, Togolaises et Togolais, ce Togo que nous n’hésitons pas à aller, seuls et sans soutien, au-delà de nos talents pour porter haut, pour la gloire de… notre dictature. Notre bien-aimée dictature.

 


Un démon dans le soutif du pasteur

 

Crédit Photo: Gaëtan Noussouglo (Togo)

Je n’avais finalement cru mon ami Rodrigue qu’une fois entré, ce matin de mars 2007, dans le Grand Temple Le Fouet de Jésus Va Fouetter. Décidément, le fouet et nos religions ! Si ce ne sont pas des criminels barbus cocaïnés qui l’utilisent pour violenter, blesser et tuer de pauvres innocents au nom d’Allah, c’est Jésus lui-même qui s’en sert pour fouetter je ne sais trop qui, peut-être Faure Gnassingbé, comme il mérite vraiment des coups de fouet, lui, Vlan vlan vlan, tu crois que le Togo est une propriété de ton vilain boiteux dictateur de père-là hein, Vlan, qui t’a dit que la compétence d’un chef d’Etat se mesure par le nombre de ses copines, hein, Vlan, tu vas enfin arrêter de laisser ta bouche entrebâillée comme un handicapé mental et enfin foutre la paix aux Togolais en quittant ce pouvoir que tu as volé, hein !

Je n’avais, donc, finalement cru mon ami Rodrigue qu’une fois entré dans le Grand Temple Le Fouet de Jésus Va Fouetter. Il était vraiment sur l’autel, Samuel, le pasteur Samuel, lisant le nom des fidèles qui avaient donné leur dîme, et mettant en garde les mécréants qui s’obstinaient à ne pas la donner, Eh bien, qu’est-ce que vous croyez, hein, tas d’hommes de peu de foi, vous êtes plus mauvais que les catholiques, plus voleurs que les protestants, plus dangereux que les animistes, plus criminels que ces assassins de musulmans, si vous ne donnez pas la dîme, mais alors, bande de juifs, bande de pharisiens, que voulez-vous, hein, que la maison de Dieu manque de provisions, hein, Dieu viendra chercher Son argent dans vos maisons si vous refusez de le payer, vos enfants et petits-enfants mourront comme ceux des Egyptiens sous Pharaon si vous refusez d’amener vos moissons dans la maison de Dieu, au nom de Jésus mourez mécréants, mourez, mourez… Aaaameeeen.

Je m’assis dans la première rangée pour qu’il me remarque. Il me remarqua après une dizaine de minutes, et l’expression de son visage montra qu’il m’avait reconnu. Bonne mémoire. Il me revit, deux ans avant, le livrant aux injures et coups de toute une maisonnée sous les yeux honteux de Nathalie l’infidèle, cette jeune femme mariée de notre cour qu’il venait fréquenter en l’absence de son mari. Le traquenard avait été simple, très simple pour le taquin provocateur que j’ai toujours été. J’avais dressé, pour le dénicher, un dogue prêté chez un ami libanais dealer qui s’accrocha une nuit à son pantalon, juste au moment où il sortait de la chambre de son amante. Poltron, il avait commencé à hurler, alertant toute la maisonnée, confirmant les soupçons qui planaient sur lui dans le quartier qu’il sortait avec Nathalie, notre voisine, en l’absence du mari de cette dernière. Hué, humilié, injurié, frappé, il s’enfuit de la maison après m’avoir foudroyé d’un regard kadhafien, et quitta le quartier le jour suivant sous la honte et les menaces.

Deux ans que nous nous étions perdus de vue, et mon ami Rodrigue m’informa qu’il était devenu un grand pasteur dans un quartier reculé de la ville, passant même à la télévision pour prêcher comme tous les pasteurs à succès au Togo. J’étais venu vérifier. Samuel l’enculeur des femmes mariées devenu pasteur, il n’est donc pas trop tard, messieurs et dames, soyez prêts, personne ne connaît ni le jour ni l’heure, mais nous entendrons bientôt parler d’un révérend Faure Gnassingbé, d’un révérend Sylvio Berlusconi, d’un révérend Jacob Zuma, d’une révérende Zahia, d’un révérend DJ Arafat…

Zen comme le pagne d’une nouvelle veuve, le Révérend Samuel continua la messe, me jetant de temps en temps de furtifs coups d’œil. La prédication fut simplement une campagne de dénigrement de l’Eglise catholique. Révérend Samuel, tout en hurlant, arrosait son interprète de la salive nauséabonde coulant de sa bouche, le pauvre interprète, chômeur recyclé, se croyant au temps de Noé sous ce déluge de salive fétide, essayant tant bien que mal de traduire les mots de son maître qui avait décidé, ce jour, de prêcher en anglais pour montrer aux fidèles qu’il n’était pas n’importe qui dans ce pays de n’importe qui. Chers frères et sœurs en Christ, je veux d’abord vous dire ceci, c’est Dieu Lui-même qui vous a guidés vers ce temple parce qu’Il vous aime. Voyez vos centaines de frères et sœurs qui se perdent dans ces églises où on leur apprend à adorer des statues. Regardez ces brebis perdues qui passent tout leur temps à réciter un poème sans sens qu’ils baptisent Pater noster. Allez et faites de toutes les nations de la Terre mes disciples, cette recommandation, c’est le Christ qui l’a donnée à ses disciples avant de s’en aller au Ciel, s’asseoir à la droite de son Père d’où il vous voit ce matin. C’est donc votre travail, vrais disciples de Jésus, d’aller amener vos frères qui se perdent dans ces églises de démons. N’avez-vous pas entendu parler de ces prêtres qui s’en vont chez les féticheurs chaque nuit, hein, ces prêtes qu’on nous dit chastes mais qui font des cochonneries avec des femmes mariées, avec des femmes semi-mariées, avec des veuves, avec des mineurs, et Dieu seul sait s’ils ne bandent même pas devant les statues de celle qu’ils appellent la Vierge Marie Mère de Dieu, Allez, allez, que ça saute, allez me faire venir tous ces salopards qui se perdent dans l’église de Rome. Allez, allez… Amen. Une explosion d’applaudissements salua ce message plein d’enseignements. La femme à ma droite versait même des larmes, prise d’une profonde sympathie pour ces brebis perdues de l’église de Rome.

Pendant la quête, le pasteur Samuel fut encore plus zélé, ne tenant plus sur place, courant de rangée en rangée en hurlant, Donnez à Jésus, chers frères et sœurs, donnez au Fils de Dieu qui pour vous a sacrifié sa précieuse vie, donnez pour ce jeune homme qui a pris sur lui tous vos péchés, donnez, donnez… La quête terminée, on passa aux témoignages. Vous recevez plus de bénédiction en donnant qu’en recevant, avait-il averti. Plus de dix femmes passèrent sur le podium, racontèrent ce qu’elles prenaient pour des choses merveilleuses dans leur vie et déposaient dans une cuvette presque remplie à bord des billets dont la saleté prouvait les difficultés que leur gain a causées à leurs possesseurs. Celle-ci, depuis son adolescence, avait des règles douloureuses mais depuis qu’elle mit pied dans cette église elle ne sentait plus rien, celle-là que sa belle-mère ne saluait jamais mais qui s’était, grâce au pasteur béni de Dieu, réconciliée avec cette dernière, cette autre qui avait assisté à l’agonie puis à la mort de sa coépouse qui voulait la tuer, cette quatrième dont le mari venait d’avoir le visa pour les Etats-Unis… Le pasteur Samuel, ex-niqueur de femmes d’autrui, nostalgique, l’entrecuisse gonflé comme un ballon de foot devant les déhanchements shakiriens de ces femmes désemparées comme leur pays, explosait dans des Dieu soit loué, Gloire au Fils de Dieu, Jésus a gagné dans ta vie, lançant de fréquents coups d’œil à la cuvette.

Après les témoignages payants, ce fut la grande prière de délivrance. La guerre avec les forces du noir où il fallait maltraiter et chasser tous les envoyés des démons présents dans le temple. Yeux fermés, tous. Le combat avec les esprits du noir commença. Brouhaha et hurlements. Comme tout le monde, je fermai les yeux, attendant les nouvelles mises en scène de notre cher révérend, quand je sentis subitement une forte claque de deux mains sèches sur mon dos. J’ouvris les yeux en poussant un grand cri sous la douleur. Révérend Samuel était debout devant moi, les yeux rouges et graves, hurlant, Le feu du Saint-Esprit sur les démons, Le sang de Jésus t’a vaincu, sois maudit pour l’éternité, Retourne en enfer d’où tu viens, chers frères et sœurs en Christ, je l’ai déniché… Avant que je fasse un geste brusque pour me retourner et détaler, une jeune femme me frappa violemment le visage de son pagne, en criant, Vous ne nous aurez pas si facilement, vous avez tué mon fils unique, mais le Saint-Esprit va vous dénicher. Je m’écroulai sur le plancher, face contre terre, sous les coups… Noir.

Je me réveillai quelques heures après, allongé sous le soleil dans la cour de la chapelle, plusieurs blessures sur tout le corps, sous le regard sévère du Révérend Samuel et quelques fidèles qui me fixaient avec rage. Dis-moi le nom du sorcier qui t’a envoyé, me demanda le saint homme d’une voix enrouée par la rage et la revanche. C’est la sorcière Nathalie ton ex, pensai-je en refermant les yeux sous la vive douleur.