David Kpelly

Les silences du Général ATT

« Le métier de soldat est l’art du lâche. C’est l’art d’attaquer sans merci quand on est fort et de se tenir loin du danger quand on est faible. » George Bernard Shaw, Le Héros et le Soldat

Le Mali, l’un des rares exemples de démocratie en Afrique francophone, vient d’essuyer un soufflet. Le sien. Peut-être, est-il vrai, comme le stipulent certains afro-sarcastiques, qu’aucun pays africain francophone n’est réellement démocratique, il y a juste des pays qui se reposent aux vestiaires, attendant que d’autres occupant le stade de l’anarchie et de la dictature finissent leur show. Le Mali, après vingt ans passés aux vestiaires de la démocratie à l’africaine, vient de basculer dans l’anarchie, avec en bandoulière l’un des éternels maestros qui savent entretenir la cacophonie sous nos cieux, la soldatesque. Le président malien, Amadou Toumani Touré, jusqu’ici symbole du militaire républicain pour son exploit d’avoir laissé, en 1992, le pouvoir à un civil après l’avoir arraché au militaire dictateur Moussa Traoré en 1991, vient d’être destitué, à un mois de la fin de son mandat, par un groupe de militaires qui se disent révoltés contre un gouvernement incompétent dans la lutte contre la rébellion touareg du Nord-Mali.

Le Mali vient de tomber, à quelques jours de sa cinquième élection démocratique depuis 1992, entre les mains d’une junte aux intentions très floues. Il est reproché au président Amadou Toumani Touré d’être au mieux une amphibie ménageant tour à tour l’Etat malien et son ennemi la rébellion touareg, au pire un traître soutenant en secret la rébellion, pour des intérêts particuliers. Et la rumeur, grandissant aussi vite qu’elle le fait durant les périodes de forte tension et frustration, avait éclaté à Bamako et dans toutes les villes maliennes depuis la mi-janvier, lors de l’attaque de la ville malienne de Ménaka par les rebelles touaregs, ATT avait simulé la rébellion pour créer une atmosphère de tension dans le pays et contourner les élections d’avril 2012. C’était sa manière de prolonger son règne, comme il n’avait pas pu réussir, comme Abdoulaye Wade et les autres alligators éhontés de notre mare aux diables, la méthode traditionnelle et presque réglementaire en Afrique de prolongation illégale de mandat, le tripatouillage de la constitution. Tous les faits et gestes d’ATT devinrent donc suspects. Sa réception en grande pompe des Touaregs revenus, lourdement armés, de la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi, son refus de donner l’ordre aux militaires maliens de mater les rebelles, son obstination à ne pas fournir des armes et du matériel de guerre aux combattants malgré les demandes insistantes, ses communications téléphoniques avec quelques membres de la rébellion, ses discours à la nation oiseux…

Les dirigeants africains, c’est notoire, sont capables de faire toutes sortes de gymnastiques pour s’accrocher au pouvoir, et les discours de démocrate d’ATT ne peuvent vraiment pas servir de preuve pour sa bonne foi. Le je-ne-briguerai-pas-un-mandat-supplémentaire-à-la-fin-réglementaire-de-mon-mandat, beaucoup de nos dirigeants l’ont dit, mais ne l’ont pas respecté. Mamadou Tandja du Niger l’avait à plusieurs reprises répété avant le début de sa folie à quelques jours de la fin de son mandat, le vieux et instruit Abdoulaye Wade l’avait crié sous tous les cieux avant de sombrer dans la démence qui le caractérise ces derniers temps. D’autres ne se sentent même pas obligés de dire à leur peuple quand ils doivent quitter le pouvoir. Blaise Compaoré est trop peu bavard pour disserter sur le nombre de mandats qu’il est autorisé à faire, et Paul Biya, sentant son peuple tellement petit, tellement inoffensif, n’a même pas besoin de lui dire quand il quittera ou ne le fera pas.

Les peuples africains, tellement habitués aux matoiseries et coups de force de leurs dirigeants, ne leur accordent désormais plus aucun crédit. Toute brindille de soupçon, toute erreur aussi infime soit-elle, tout non-dit est immédiatement considéré comme une tentative de confiscation du pouvoir. Le laxisme notoire d’ATT dans la gestion de la rébellion touareg vient de lui coûter son trône et sa belle couronne de militaire républicain et de président démocrate.  Ses silences devant les sollicitations des combattants, les plaintes de la société civile, les révoltes des femmes et enfants des militaires… ont été trop lourds pour ne pas être suspectés.

Les nouveaux maîtres du Mali, les militaires, sont, hélas, aussi suspects, peuvent être dix fois plus horribles dans le mal que nos chefs d’Etat. C’est d’ailleurs eux qui entretiennent les plus vieilles et hideuses dictatures d’Afrique, comme au Togo et au Burkina Faso. Ces militaires assoiffés de pouvoir, toujours à l’affût pour sauter sur le fauteuil présidentiel, ne sont pas plus crédibles que nos chefs d’Etat. Rares sont ces soldats devenus chefs d’Etat qui acceptent facilement de remettre le pouvoir, après les transitions, aux civils. S’ils ne le confisquent pas, noyant toute contestation dans le sang, ils organisent des pagailles d’élections qu’ils remportent automatiquement, fondant leur règne sur la terreur.

Ces mutins, regroupés sous le pompeux nom de Conseil national pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat, ayant arraché le pouvoir dans cette atmosphère lourde de tension, sous ce déluge de condamnations venant de tous les pays voisins ou lointains du Mali, ces soldats aux objectifs aussi flous que ne l’étaient les contours de leurs visages sur la chaîne de télévision nationale malienne où ils lisaient leur première déclaration au petit matin du 22 mars 2012, suspendant la constitution et dissolvant les institutions de la République, pourront-t-ils conduire le Mali à bon port ?

Le correspondant de la Radio France internationale à Bamako rapporte déjà des scènes d’individus habillés en policier vidant des boutiques, et des militaires confisquant des voitures aux civils. L’insécurité. Ce n’est plus le Nord du Mali qui est enflammé, c’est désormais tout le Mali.

L’apparent grand gagnant dans cette cacophonie est la rébellion touareg dont le bureau politique, à travers un de ses représentants, jubile déjà ouvertement sur les ondes de la Radio France internationale ce 22 mars 2012. Une division au sein de l’armée malienne, un semblant de tergiversation au sommet de l’Etat malien, une situation de désordre comme celle que va probablement traverser le Mali durant de longs jours, ne peut qu’arranger ces rebelles déterminés qui n’étaient déjà pas en situation défavorable.

Disons-le tout dru, cette énième intrusion de la soldatesque africaine dans la vie politique n’est pas la bonne. Elle n’est pas la bienvenue. Elle est intempestive. Nuisible.


Les petits-fils nègres de Molière

A Emmanuel Dongala, pour ton Jazz et vin de palme

Le monde francophone dont une grande partie des pays africains s’apprête à célébrer, le 20 mars prochain, la journée internationale de la Francophonie, une fête qui est, avant tout, celle de la langue française.  Au-delà d’un simple outil de communication, la langue française représente aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après l’arme idéale contre la colonisation qu’elle fut pour les intellectuels africains, un enjeu important dans la vie sociopolitique, économique et surtout littéraire des pays africains francophones.

La place de la langue française dans la création littéraire négro-africaine est aujourd’hui un débat aussi passionnant que ne le sont tous les débats qui opposent l’Afrique noire à son ancienne puissance colonisatrice, la France. Le Français est, pour certains, une menace, une grande menace pour la création littéraire des pays africains francophones car il tue les langues africaines jamais utilisées par les auteurs dans leurs ouvrages, alors qu’il est pour d’autres un moyen efficace, le plus efficace, pour les créateurs africains de partager leur art avec le reste du monde.

En Décembre 2009, lors d’une conférence dans un lycée de Bamako où je lisais le prologue de mon livre Le Fratricide de la réforme, prologue intitulé La Marseillaise où je rends hommage aux classiques français qui constituent mes plus grandes références littéraires et à la langue française, une jeune malienne de la terminale littéraire avait réagi en me demandant pourquoi je rendais hommage à la langue française et non ma langue maternelle, celle qui est réellement la mienne. J’avais commencé, pour lui répondre, à parler l’éwé, ma langue maternelle parlée au sud du Togo, du Bénin et du Ghana. Elle n’y comprenait, bien sûr, rien. Intelligente, elle avait souri. Elle avait eu la réponse à sa question. Je n’écris pas pour mes frères éwés, j’écris pour l’humanité, et je suis obligé d’utiliser un code linguistique que peut décoder la plus grande partie possible de cette humanité. J’écris donc en français, et je ne suis pas sûr que demain, après-demain, un jour, j’écrirai en éwé, ma langue maternelle, la langue mienne, que j’aime tellement, et que je parle chaque fois que je suis devant un récepteur capable de la comprendre.

J’aurais tant voulu écrire en éwé, et me faire traduire dans d’autres langues. C’est le rêve, je pense, de tous les écrivains africains francophones. C’aurait été plus simple, plus naturel, plus harmonieux. Mais un écrivain, ça se forme à partir de la lecture d’autres écrivains. Et ce sont ces lectures qui donnent envie d’écrire, qui forment peu à peu le style de celui qui deviendra plus tard un écrivain confirmé. Hélas, les premiers textes sur lesquels bute le futur écrivain africain francophone sont des textes en français. Pas parce que, comme l’affirment certaines thèses, des textes en français nous sont imposés dans nos écoles, mais parce que nous n’avons pas une bibliographie consistante dans nos langues maternelles.

Selon l’affirmation d’Eno Belinga dans son ouvrage La littérature orale africaine (Paris, Les classiques africains, 1985), la littérature écrite est apparue en Afrique noire vers 1900. Il y avait déjà une littérature écrite française très riche et presque complète dans tous les genres littéraires, poésie, théâtre, conte, nouvelle, roman… Il y avait déjà Ronsard, Voltaire, Corneille, Hugo, Zola, Baudelaire, Rimbaud… Et quand notre littérature écrite est apparue si tardivement, la plus grande partie n’était pas faite dans nos langues maternelles, mais en… français.

Vers la fin des années 90, au collège, j’avais un jour en fouillant la bibliothèque de mon père trouvé un roman en éwé de l’écrivain ghanéen Sam Obianim, Ne De Menye De, qui signifie Si je savais. Un roman en éwé ! Ce fut pour moi une très grande surprise. Je le lus avidement. Fasciné par la beauté du style et l’intrigue, je demandai à mon père de me chercher d’autres romans en éwé. Il me ramena, après un voyage au Ghana, deux autres romans du même auteur, Agbezuge ƒe ŋutinya, traduit en français sous le titre Les Aventures d’Agbezuge, et Amedzro etolia, Le troisième étranger. Mon Odyssée avec la littérature éwé s’arrêta à ces trois romans, comme mon père n’en avait plus trouvé d’autres. Trois romans de ma langue maternelle, contre la centaine en français que j’avais déjà lus. Et je ne m’étonne pas aujourd’hui de ne pas être en mesure de rédiger une nouvelle d’une seule page dans ma langue maternelle.

Mais cette incapacité des auteurs africains francophones à écrire dans leurs langues maternelles n’exclut pas de leurs œuvres ces langues. Un lecteur avisé de la plupart de ces auteurs remarquera très facilement l’influence plus ou moins grande de ces langues et peut même se demander si ces auteurs écrivent vraiment en français ou traduisent leurs langues avec des mots français. Le Prix Renaudot ivoirien Ahmadou Kourouma est généralement reconnu comme l’initiateur de cette démarche qui consiste à « écrire le français dans les langues africaines » à travers son succès Les Soleils des Indépendances, mais aussi ses autres ouvrages dont Monnè, Outages et Défis, En attendant le vote des bêtes sauvages, Allah n’est pas obligé. Mais la démarche lui est bien antérieure car elle remonte au Sénégalais Birago Diop notamment dans ses Contes et Nouveaux Contes d’Amadou Coumba. On remarque dans ces contes des expressions et surtout des proverbes qui sont de pures traductions du wolof qu’un lecteur français ne comprendrait pas, contrairement à un lecteur sénégalais. Le proverbe « Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît », ou l’expression « Les vieilles femmes s’étaient retournées une deuxième fois dans leur lit » ne sont que de pures images africaines que ne peuvent exprimer que les langues africaines. « Birago Diop les – les contes- rénove en les traduisant en français avec un art qui, respectueux du génie de la langue française, conserve en même temps toutes les vertus des langues négro-africaines », écrivait Léopold Sédar Senghor dans la préface des Nouveaux Contes d’Ahmadou Coumba. L’expression « parler avec le sérieux de celui qui creuse la tombe de sa belle-mère » d’Ahmadou Kourouma dans En attendant le vote des bêtes sauvages, a-t-elle vraiment un sens en français ? Quel éwé du Togo, du Bénin ou du Ghana ne se retrouverait-il pas facilement dans la chanson « Le malheur ne provoque pas l’homme, c’est l’homme qui provoque le malheur », cette célèbre chanson de la tortue du conte éwé repris par le doyen des dramaturges togolais Sénouvo Agbota Zinsou dans sa pièce La Tortue qui chante, ou dans les procédés onomastiques du dramaturge éwé à travers les noms éwés des personnages Nyomadu, Podogan…? Et le titre du dernier livre de l’écrivain béninois Florent Couao-Zotti, Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire, une succulente cuisine de deux cents pages du français et des langues nationales béninoises, n’est-t-il pas un adage éwé et mina pour traduire la formule biblique de la poutre à enlever de son œil avant de se soucier de la paille dans celui du prochain ? Quel écrivain réussirait mieux à traduire le lingala et les expressions en vogue au Congo en français si ce ne sont les pittoresques Alain Mabanckou, Emmanuel Dongala et Henri Lopes dont le dernier roman Une Enfant de Poto-Poto est un véritable glossaire de termes lingalo-français ?

Certains auteurs noirs francophones poussent des fois l’audace, dans des romans écrits en français, de faire exprimer leurs personnages dans leur langue maternelle. C’est le cas, par exemple, de Tante Rose du dernier roman du jeune écrivain togolais Edem Awumey, Rose Déluge (Le Seuil, 2011), qui chante le refrain poétique d’un tube à succès des années 80 au Togo « Dodzi anyo na wo, Heyiyiwo li, Novi dodzi anyo na wo, Heyiyiwo li… »

La langue française n’est pas une menace pour nos langues maternelles. Elle est, au contraire, un outil nous permettant de les écrire, les révéler, et partager leur indéniable beauté avec tout le vaste monde francophone. Elle nous permet de nous dire au monde, affirmer notre présence dans la grande marche. Nous sommes des créateurs éwés, minas, fons, bambaras, peuhls, wolofs, swahilis, haoussas, mossis… mais francophones. Et fiers de l’être.

 

Titre inspiré du titre, Les petits-fils nègres de Vercingétorix, de l’écrivain français d’origine congolaise, Alain Mabanckou.



Blaise Compaoré lave plus blanc

C’est fou, comme les Africains peuvent être des provocateurs ingrats ! Dire que parmi tous ces hommages rendus aux Africaines lors de la célébration du 08 mars, personne, mais alors pas même une seule plume indiscrète, n’a rendu hommage à nos mères de la nation, ces grandes femmes qui se cachent derrière nos pères de la nation !

Nos premières dames ne sont pas des femmes ordinaires, ce sont des femmes-mythes, des merveilles. C’est bien elles qui ont réussi à plaire aux aspirations les plus profondes, à répondre aux goûts combien raffinés de nos séquoias des forêts tropicales. Et nous devons les louer, ces femmes-dieux, qui inspirent les grands projets de développement, les grandes réalisations, les grandes réformes… aux gardiens de nos destins.

Un classement des trois plus belles femmes de président d’Afrique, pour manifester notre amour incommensurable et éternel à celles qui ont dit oui, ah le grand oui, à nos guides suprêmes.

Bien sûr que par premières dames, il ne faut pas voir ces petites nymphos provocatrices rabat-joies qui conduisent de temps en temps nos pauvres papas présidents dans la tentation, qui se font planquer des moutards qu’elles exhibent sous tous les cieux comme étant des gosses présidentiels. Non, celles-là sont juste des crachoirs qui aident nos bien-aimés chefs suprêmes des armées à éliminer ces crachats impolis qui passent des fois au travers de la gorge, et qu’on dépose n’importe où, juste pour se soulager. Et ils sont partout, ces petits crachoirs, partout où passent nos guides.

Les premières dames sont ces femmes légalement reconnues par nos pères de la nation, celles-là qu’ils ont épousées devant Dieu et devant leurs peuples, qu’ils traînassent et affichent volontiers devant les médias pendant leurs voyages, celles-là dont peuvent librement, mais positivement, parler les journalistes sans craindre des descentes de la police, de la gendarmerie, de l’armée, des agents de renseignements… chez eux à deux heures du matin. Nos chefs d’Etat ont donc de nombreux, de très nombreux crachoirs, mais une seule première dame. Certains, trop jeunes pour avoir une femme, une première dame, sont encore célibataires avec plusieurs crachoirs, Faure Gnassingbé du Togo par exemple.

Soulignons, pour déjà éviter des contestions intempestives dans ce continent aussi riche en contestataires d’élections qu’en enfants de rues, que les dossiers de certaines premières dames n’ont pas été étudiés. Ils n’en valaient pas la peine.

Simone Gbagbo, l’épouse de l’ex-Laurent Gbagbo, n’a pas été retenue parmi les finalistes. Retenir Simone Gbagbo parmi la liste des premières dames les plus belles d’Afrique serait comme retrouver un paralytique sur une feuille de match de football, c’est incongru.

Viviane Vert Wade, la femme d’Abdoulaye Wade, a été aussi écartée de la course. Trop vieille. La jeunesse est l’une des rares richesses qu’il nous reste désormais ici, et si l’on doit classer une femme de quatre-vingts ans – bon Dieu, ce couple est trop vieux ! parmi les femmes les plus belles de nos prégos, grrrrr ! On la classera, prochainement, dans le Top 5 des bibelots africains à ranger au musée. Une Française amoureuse d’un Africain et de l’Afrique pendant six décennies, un trésor de musée.

Grace Mugabe, la femme du président zimbabwéen Robert Mugabe, surnommée par les très mauvaises langues Lady Dis-Grace, a été aussi disqualifiée pour faute lourde. Pas pour son goût immodéré pour l’argent et le luxe, ses prouesses en shoppings en Occident, son faible pour les gros palais, ses compétences et son habileté en détournements de l’argent du diamant zimbabwéen, mais pour ces innombrables et incessantes histoires de cocufiage de son mari qui fleurissent sur elle tous les jours. Ne nous méprenons point, on peut bel et bien cocufier son mari, d’ailleurs plusieurs premières dames le font à nos bien-aimés pères de la nation, même si on emprisonne les journalistes qui osent le dire. Mais cocufier Mugabe, c’est comme donner des coups de matraque à un cadavre, tirer sur une ambulance en Syrie, c’est cruel. Mugabe est très vieux, trop vieux pour encore avoir à supporter les humiliations et meurtrissures d’un cocu. Etre cocu à plus de quatre-vingts ans, c’est la plus grande disgrâce d’un homme. « Est-ce un crime de faire du shopping, hein », s’exclamait-elle à des journalistes ébahis par ses innombrables aller et retour chez les plus grandes marques de la couture française. Non, Belle Grace, ce n’est pas un crime que de faire du shopping, même avec de l’argent du diamant zimbabwéen volé, mais c’est un crime que de tromper le pauvre vieux Mugabe.

Ces pestiférées extirpées de la liste des candidates, le jury, réuni autour d’une théière le 08 mars 2012 à Bamako, a décidé de statuer sur la candidature de trois finalistes, pour le choix de la plus belle première dame d’Afrique : Chantal Biya du Cameroun, Chantal Compaoré du Burkina Faso, Lobo Touré du Mali. Après plus de deux heures de délibérations, le jury a établi le procès-verbal ci-après.

Deuxième dauphine : Chantal Biya, Cameroun, Mention Bien, avec blâme à la perruque

Louée par le journal américain Le Daily Mail comme la première dame africaine la plus glamour, celle qui est surnommée La Lionne du Cameroun pour sa crinière, euh ses cheveux extravagants qu’on remarque toujours avant de la remarquer, est incontestablement l’une des premières dames les plus vues d’Afrique. Tant par son style, que par son engagement dans l’humanitaire. Avec sa Fondation Chantal Biya, reconnue d’utilité publique au Cameroun en 1999, elle est ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO depuis 2008. Dommage, il y a eu ce bouquin provocateur de Bertrand Teyou, La Belle de la république bananière : Chantal Biya, de la rue au palais, qui avait rappelé de très mauvais souvenirs à Chantou Star. L’auteur a été emprisonné pendant un bon bout de temps. On ne rappelle pas à une star de Kamerwood qu’elle vient de la rue, même si des fois, avec sa crinière, elle ressemble effectivement à ces putes d’origine nigériane puant l’eau de Cologne de basse qualité qui animent les boîtes à strip-tease de Yaoundé.

Première dauphine : Lobo Touré, Mali, Mention Très Bien avec blâme au français


Loin des extravagances de Chantal Biya, Lobo Touré est celle-là qu’on peut appeler une femme africaine qui se respecte à travers son habillement. Grands boubous bien brodés avec de très brillants bijoux, calme et posée, de quoi pousser son mari Amadou Toumani Touré à vouloir s’éterniser au pouvoir pour toujours la voir première dame. C’est vrai que des fois son expression française est aussi défectueuse que celle d’une apprentie coiffeuse ayant arrêté les études au cours élémentaire. Mais elle est sage-femme de formation, et une sage-femme, ça n’a normalement pas besoin de savoir parler français comme Rama Yade. Il suffit de dire aux femmes en travail : « Madame, faut pousser, pousser vite vite vite, enfant va sortir et tu vas très content content… »

La Miss, Chantal Compaoré, Burkina Faso, Mention Excellent, avec blâme au mari


Chantal Terrasson de Fougères mariée au président burkinabè Blaise Compaoré depuis 1987 est l’illustration, la vraie, de la beauté de la femme africaine. Balaise, traits arrondis, souriante… Une de ces femmes que le mari africain s’enorgueillit parmi ses amis de bien nourrir, et pour laquelle il est prêt à faire tous les sacrifices, comme assassiner son meilleur ami d’enfance pour devenir président par exemple. Elle évolue aussi, la Chantou, dans l’humanitaire, notamment avec sa fondation Suka créée depuis 1999 spécialisée dans la prise en charge des enfants défavorisés. Elle lutte aussi contre le Sida à travers Synergies africaines. Mais les Burkinabè, casse-couilles, n’ont jamais été convaincus par cette débauche de générosité venant d’une femme dont le mari est très loin d’être une référence. Peut-être qu’elle pourrait bien gagner en estime en créant une commission d’enquête sur la mort de Thomas Sankara et de Norbert Zongo, ou une fondation de prise en charge des victimes du règne sanguinaire de son dictateur de mari.

 

Titre inspiré du titre “Hollywood lave plus blanc” du publicitaire français Jacques Séguéla


Le maillot de bain de Beyoncé


– Chers invités, avant de donner le coup d’envoi de la partie de natation, nous allons prier notre anniversaireuse et son oncle professeur de sport de nous faire une petite démonstration de natation, ensuite la piscine sera libre pour tous ceux qui veulent nager. Encore une fois, joyeux anniversaaaaaaiiirrrrrrrrrre à notre amie Habibatouuuuuuuuuuuuu !

Habibatou, surgie des vestiaires dans un maillot de bain rouge – gloire à la Chine des maillots de bain rouges, la Chine rouge, la Chine conquérante, la poitrine bombée pour faire valoir son potentiel de séduction, s’approcha de moi, un complet de maillot de bain pour hommes de la même couleur en main sous les applaudissements de la centaine d’invités.

– Voilà la surprise dont je te parlais, tonton, tu vas nager avec moi, une véritable démonstration de nage, je dois être la meilleure nageuse ce soir, comme c’est moi la princesse de la fête, et tu dois m’y aider, allez, va aux vestiaires te changer, va vite te débarrasser de ces machins des messieurs des bureaux, et on plonge.

Je donnai intérieurement raison à Goudena, ce forgeron cinquantenaire de mon village dans les années quatre-vingt-dix qui s’était trouvé pour dada et exutoire de séquestrer et violer les fillettes de la dizaine, depuis que l’une d’entre elles s’était moqué de son pantalon troué qui montrait une partie de ses couilles alors qu’il buvait du vin de palme dans le plus grand cabaret du village. Les jeunes filles de la dizaine et vingtaine sont des déesses de la provocation. Je peux encore gober qu’elle me fasse passer pour son oncle, mais qu’elle me présente comme un prof… de sport, Terre et Ciel ! Se faire traiter de professeur ça ne fait déjà pas glamour, c’est une provocation, ça fait mal, mais de professeur de sport, mon Dieu, quelle injure ! C’est vrai qu’il y a des exceptions, comme au Togo où on a un prof de sport devenu président de l’Assemblée nationale puis président de la République entre Gnassingbé Père et Fils, et président de l’Assemblée de nouveau. Mais là c’est le Togo, un modèle à part. Sincèrement, être un prof de sport ici aujourd’hui, c’est presque aussi chiant qu’être un militaire ou un policier, ça ne fait rêver aucun jeune. Vaut mieux être un gérant de cybercafé pour au moins servir à ouvrir des comptes Facebook.

– Euh, hum, euh, Habibatou, tu sais quoi, je crois que tu es en train de te méprendre sur moi, tu comprends, hein, tu ne peux pas te permettre tes insolences de petite fille imbécile avec moi, tu me suis, hein. Tu ne peux pas me faire venir ici pour nager, devant tout ce grand public, sans m’avoir averti, je suis un responsable, je me respecte, et…

– Tu ne vas pas commencer à me faire des leçons de morale devant mes copains et copines, le jour de mon anniversaire, j’espère. Si tu veux nager, viens nager, si tu ne le veux pas, tu peux aller te faire foutre, parce que…

– Et puis c’est quoi cette histoire de tonton et de prof de sport, hein ! Depuis quand je suis ton oncle, et surtout un prof de sport, hein.

– Hein, tu n’es pas prof de sport hein, mais tu enseignes, c’est ce que tu me dis toujours, et un prof c’est un prof, y a pas de différence entre les profs, ils sont moches, aigris, arrogants et pauvres. Bon, je t’ai présenté comme mon oncle parce que c’est pas très cool que je montre à mes copains et copines que je sors avec toi, tu vois, hein, elles vont se moquer de moi, vont me dégrader, moi la star de toute notre école. D’abord t’es trop vieux pour moi, tu as presque trente ans, alors que regarde les petit’cops de mes copines, ils n’ont même pas vingt ans, ensuite tu n’es pas branché, aucun tatouage, aucun piercing, et t’es habillé comme un retraité parti retirer sa pension, enfin tu n’es pas très beau, tu vois, hein, si tu étais chauve et un peu plus grand on te prendrait pour Abdoulaye Wade le président sénégalais, tu ne fais pas design. Mais oublie tout ça, c’est juste pour quelques minutes, je serai bientôt à toi, va porter ton maillot de bain et viens nager avec moi, tu n’as pas financé l’anniversaire de ta nièce pour venir t’énerver juste parce qu’on t’a présenté comme un professeur de sport, tonton.

Sous les regards insistants des invités, tous de la vingtaine, en jeans plaqués, pantalons bouffants, tee-shirts-robes, baskets, assis tout autour de la piscine, le prof de sport que tout le monde voulait voir faire sa démonstration de natation avec sa nièce traîna jusqu’aux vestiaires, son maillot de bain rouge-chinois en main. Le désespoir de l’humiliation fit défiler dans le miroir dans lequel il se mirait maintenant dans les vestiaires les scènes de sa rencontre avec la jeune fille.

Il l’avait rencontrée un soir, la petite allumeuse, il y avait trois mois, devant son école. Jeune, belle et très sexy. Allumé, il avait demandé son numéro. Hésitations. Il avait insisté. Elle lui avait fait savoir qu’elle n’était pas intéressée, qu’elle avait déjà un jeune copain. Il avait insisté. Elle s’était ravisée, ayant compris qu’il pouvait lui servir. Ces tontons qui travaillent servent toujours à quelque chose, moches mais riches. Il l’avait invitée deux ou trois fois chez lui, lui avait assuré qu’il lui donnerait tout ce dont elle avait besoin si elle acceptait de sortir avec lui. Elle avait accepté, mais posé une condition, elle ne se donnerait à lui que la nuit de son dix-huitième anniversaire, dans deux semaines. Il lui avait remis une enveloppe de cent mille francs pour l’organisation de la fête. Elle lui avait promis, en contrepartie, une grosse surprise d’amour le jour de son anniversaire devant ses amis, avant la nuit du lit. La surprise, la surprise d’amour, il venait de l’avoir. Il fut présenté comme un oncle, et professeur de sport, lui qui enseignait le marketing et la communication. Elle n’était pas intéressée par ce qu’il enseignait. Etait trop vieux, trop débranché, trop laid, ressemblant trop à Abdoulaye Wade pour qu’elle le présente à ses amis comme son copain…

– Mais Dave, me dis pas que tu vas passer toute la soirée là devant ce miroir quand les invités nous attendent pour nager, hein, eh bien, excuse-moi de t’avoir fait présenter comme un prof de sport, viens on nage ensuite je rectifie, je vais te présenter comme un prof de… de quoi, hein, tu enseignes quoi au juste, hein, bon, je te présenterai même comme le fils de Kadhafi, non, de Barack Obama si tu veux. Allez, on y va, ou je fais appel à un autre, y a trop de petits beaux gosses là qui veulent nager avec moi la star de la soirée. Tu vois que je ressemble à Beyoncé avec ce maillot, hein, c’est ce qu’elle a porté durant ses dernières vacances en Floride.

J’osai un courageux coup d’œil sur mon reflet dans la glace. Mon look de prof de sport endimanché. Mon ensemble qui aux yeux de tous ces jeunes gens présents devait paraître celui d’un collecteur d’impôts ou d’un vendeur de timbres dans une mairie de région… Je ne ressemblais pas à Jay Z. Je ne ressemblais à rien qui puisse intéresser la Beyoncé ! Je ne suis plus dans le mouvement, mon Dieu, je me débranche, je ne suis plus connecté, le système me rejette, je, je, aïe je vieillis ! Un petit homme vieillissant avec un maillot de bain rouge-chinois en main dont il ne peut se servir, comme il ne sait pas nager, un vieux polichinelle escroqué et humilié par une petite fille qu’il n’est pas assez costaud pour frapper. Si j’étais au moins un prof de natation… ou de kung-fu !


Voyage au bout de la Négritude

La Négritude, si l’on se réfère aux définitions de ses deux plus grands chantres, Aimé Césaire qui la concevait avant tout comme le rejet de l’assimilation culturelle, le rejet d’une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation, et Léopold Sédar Senghor qui la définissait comme l’ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d’Afrique et des minorités noires d’Amérique, d’Asie et d’Océanie… est un concept, une philosophie dans laquelle chaque homme noir doit retrouver l’expression de sa fierté, tout en reconnaissant, assumant sa condition de Noir.

Même s’il existe une légère différence, à première vue, entre la perception que se fait chacun de ces deux auteurs du concept, le premier donnant la primauté au culturel et le second y ayant ajouté un volet politique, on peut remarquer que, à voir de près, les deux se complètent, ou plutôt la deuxième définition éclaire la première, dans la mesure où le rejet de l’assimilation culturelle, la reconnaissance et l’acceptation de notre condition de Noirs, nous la tirons justement de tous ces moyens d’affirmation qui nous sont propres, tels nos valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales…

La Négritude avait eu un retentissement spectaculaire, acceptée et reprise en chœur par la majorité des intellectuels noirs de l’époque, dans la mesure où l’homme noir entre les années trente et cinquante où évolua le mouvement, traversait une période de diabolisation avec l’Occident qui, dans ses visées impérialistes, cherchait par tous les moyens à décrédibiliser et ridiculiser les cultures et valeurs noires, et donc le Noir aux yeux des Noirs eux-mêmes, et des autres races de la Terre. Le contexte sociopolitique ne pouvait donc être plus favorable pour l’éclosion rapide de ce concept, cette philosophie. Il fallait vaille que vaille réhabiliter l’homme noir. La Négritude a porté ses fruits avec le travail des intellectuels, la plupart des écrivains de l’époque. L’image du Noir a été plus ou moins réhabilitée devant les Noirs eux-mêmes, et devant toute la Terre. Nous avons une culture et une organisation sociale qui se valent, tout comme les autres peuples de la Terre. L’hideux système colonial, caractérisé par l’humiliation du Noir et la dégradation de ses valeurs, s’est plus ou moins effondré avec les indépendances des colonies dans les années soixante.

Cependant, la Négritude, dans son ahan à redonner au Noir sa fierté bafouée par les propos injurieux de l’Occident impérialiste, avait été obligée de créer un homme noir qui n’a jamais existé, qui n’existe pas, et qui n’existera jamais. La Négritude a procédé à la représentation d’un homme, qu’il a appelé le Noir, magnanime, bon, sans défauts, en harmonie avec lui-même et la nature, un homme créé pour ne pas faire du mal, ne pas souffrir, jusqu’à l’avènement du méchant serpent, le jaloux destructeur, le Blanc. On crie à hue et à dia sur l’homme Blanc méchant, avide, insatiable, corrompu, qui ne vit que pour piller l’homme noir bien, impartial, clément… Le mouvement fut ainsi détourné de son objectif original, transformé du cri du cœur, du cri humain qu’il était censé être en une mélopée idéaliste, verbeuse et creuse. N’était-ce sûrement pas le danger que portait en lui ce mouvement chargé de trop d’émotions que le Prix Nobel nigérian Wolé Soyinka, l’un de ses premiers détracteurs, percevait en écrivant « Le Tigre ne crie pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore » ?

La Négritude n’a pas pu rester fidèle à son ancêtre le mouvement culturel La Renaissance de Harlem des années vingt dont l’un des chantres, Langston Hughes, écrivait en 1926 dans l’hebdomadaire américain The Nation, le texte intitulé The Negro Artist and the Racial Mountain où l’on retrouve l’une de ses plus célèbres formules « Les jeunes artistes nègres créent aujourd’hui dans le but d’exprimer notre propre peau noire, à notre manière, sans peur, ni honte. Si les Blancs sont satisfaits, nous sommes ravis. S’ils ne le sont pas ça n’a pas d’importance. Nous savons que nous sommes beaux. Et laids à la fois. » Et justement, la Négritude n’a pas cherché à explorer la laideur de l’homme noir, dépossédant ainsi ce dernier de son humanité.

Les œuvres de la Négritude, du moins la plupart, ont créé des personnages noirs tellement bons et complets qu’ils ne ressemblent pas à des humains. Et ces personnages n’existent, ne peuvent exister nulle part ailleurs que dans ces livres. La nature humaine est caractérisée par sa complexité et ses contradictions. Le pauvre petit boy noir respectueux maltraité par un commandant de cercle blanc méchant peut aussi être un petit chapardeur piquant des pièces de monnaie dans les poches de son patron, le magnanime vieux camerounais ayant offert ses terres et enfants aux Blancs ingrats qui l’humilient à une cérémonie de remise de médaille peut aussi être un père de famille méchant irresponsable, alcoolique, battant ses multiples femmes… Ces ouvrages ont trop voulu réhabiliter le Noir qu’ils en ont fait un être différent des tous les autres hommes de la Terre.  Le « J’ai cherché à comprendre et à décrire la vie des Noirs aux Etats-Unis, et d’une manière éloignée, celle de tout humain » de Langston Hughes ne se retrouvait pas dans ces ouvrages qui peignaient des Noirs idéalisés et non des êtres humains.

Le succès que ce mouvement avait eu depuis sa création jusque dans les années soixante-dix, a fait qu’il n’avait pas du tout été facile pour les nouveaux intellectuels de traduire dans leurs ouvrages une autre vision de l’homme noir. La norme qui était inscrite par la sacro-sainte Négritude était la glorification du Noir. Et quand le contexte dans lequel le mouvement était né fut dépassé, le Noir s’étant retrouvé face à lui-même après les indépendances, il avait fallu que des penseurs téméraires comme le jeune brillant Malien Yambo Ouologuem, l’Ivoirien Ahmadou Kourouma, les Congolais Sony Labou Tansi et Henri Lopes… acceptent de passer à la guillotine de la critique et de l’opinion africaines pour rappeler qu’il était temps de cesser d’écrire l’Afrique et le Noir comme on les avait écrits jusqu’alors, de les écrire comme ils sont, et non comme on voudrait qu’ils fussent. Le premier de ces auteurs cités, Yambo Ouologuem, avait été le plus rudoyé pour son audace d’avoir voulu montrer dans son roman Devoir de Violence, que le noir était mauvais, méchant, cupide, traître, esclavagiste… longtemps avant sa rencontre avec l’homme blanc. Jeune à l’époque, il n’avait pas tenu devant les intimidations et menaces des Goliath du milieu intellectuel africain de ces temps, fut contraint à garder un long puis définitif silence, avortant ainsi une carrière qui eût été l’une des plus belles de la littérature africaine.  Si le Noir est un être humain comme tous les autres hommes, pourquoi ne peut-il pas être méchant, corrompu, sanguinaire, vil, infidèle, menteur ?

La Négritude, après plus d’un demi-siècle de son succès, a installé une dichotomie dans le milieu intellectuel noir d’aujourd’hui. D’un côté ses fidèles, du moins ceux qui affirment lui être restés fidèles, se réclamant d’Aimé Césaire, et pour qui le rôle de l’intellectuel africain est de magnifier le Noir, innocenter l’Afrique dans son échec, accuser l’Occident sur tous les coups, le charger de tous les malheurs du continent noir, penser et écrire dans les langues africaines et non le français qui est une langue coloniale. De l’autre, les iconoclastes, donc ennemis d’Aimé Césaire, ayant compris que l’homme noir, tel que l’a inventé la Négritude, n’a jamais existé, comme ce n’est pas un homme, et qui, à travers leurs ouvrages essaient de montrer qu’à l’instar de tous les hommes de la Terre, les Noirs ont aussi des mauvais côtés, peuvent faillir, que l’Afrique, le Noir, a des responsabilités, aussi minimes qu’elles soient, dans l’esclavage, la colonisation, le néocolonialisme…

Les néo-adeptes de la Négritude, si l’on désigne ainsi la première catégorie d’intellectuels, continuent aujourd’hui de créer des personnages s’apparentant aux personnages des ouvrages des années trente à soixante. Ainsi, devant le méchant ogre de l’Occident, représenté par Nicolas Sarkozy, le président français, héritier du commandant de cercle blanc d’Une Vie de boy, on retrouve un pauvre petit boy noir clément et inoffensif maltraité, Laurent Gbagbo. Devant les ingrats blancs Sarkozy, David Cameron, Barack Obama, successeurs des ingrats colonialistes du Vieux Nègre et la Médaille, on retrouve un bon et généreux vieillard africain ayant donné tout son pétrole en signe d’amitié et d’amour à l’Occident, et qui n’est récompensé que par son assassinat par l’Occident ingrat, Mouammar Kadhafi. Des personnages mythologiques, non crédibles, qui ne résisteront jamais dans le temps.

Au nom de la Négritude, aucune possibilité, aucun droit n’est aujourd’hui laissé à l’autocritique, au questionnement, à l’exploration de l’être humain que le Noir porte en lui, à l’ouverture du Noir sur le vaste monde qui l’entoure. Tous les Noirs cherchant à se fondre dans l’humanité, surtout le monde occidental, sont traités de traîtres, de vendus aux colonialistes, d’adeptes de l’oppresseur, de néo-esclavagistes…

Il est temps, vraiment temps que cette Négritude des larmes et de la victimisation meurt ! Il est temps que l’homme noir se voit d’abord comme un humain avant de remarquer sa noirceur. Que nous, Noirs, acceptions notre condition de Noirs, l’assumions, et confrontions l’humanité que nous avons en nous à celle que portent en eux les autres hommes. Que l’homme noir se réconcilie avec lui, et surtout avec les autres hommes de la Terre. Que nos joies, nos peines, nos angoisses, nos déceptions, nos espérances soient celles d’êtres humains et non de Noirs. La Négritude, la vraie, est une négation de la négation de l’homme noir, comme le définissait l’écrivain français Jean-Paul Sartre. Et la négation de notre négation aujourd’hui c’est l’affirmation de l’humanité que nous avons en nous. Cette humanité que nous étouffons en nous jour après jour par notre… négritude.


Ma strip-teaseuse moins une pizza

Safiatou H, ce qui me sert de temps en temps de copine, n’avait depuis une semaine cessé de me poser des questions sur Ludovic, mon ami parisien qui descendait chez moi pour quelques jours de congés. « J’espère qu’il fait quelque chose d’intéressant là-bas à Paris, hein, ces parisiens paumés et fauchés qui descendent ici juste pour nous montrer leur teint de petit immigré sont chiants, et je crois que ton ami n’en est pas un. Il est beau, hein, il est de quelle nationalité, hein, Camerounais, là c’est la catastrophe, les Camerounais et vous les Togolais c’est bonnet blanc et blanc bonnet, vous êtes pareils, courts, trapus, moches, machos, et surtout pingres, c’est des crimes contre l’humanité que vous commettez tous les jours, vous les Togolais, Camerounais, Gabonais, Congolais quand vous vous mariez, parce que vous faites des enfants aussi laids et radins que vous et c’est dommage, mais bon, comme ton Ludovic-là revient de Paris, je crois qu’il va faire un peu Toubab, profites-en et fais profiter à ta bien-aimée poufiasse que je suis, tu sais ça n’arrive pas tous les jours, il est homo, hein, je peux lui brancher un pote gay, faut qu’on le mette à l’aise avec ses euros, hi hi hi… »

Ludovic arrivait avec ses euros. Ludovic arriva avec ses euros. La Casa. L’un des night-clubs les plus huppés de Bamako, appartenant, comme toute affaire qui marche bien dans nos pays, à un Libanais. Sur la piste de danse, de petits bouts de chair nymphos, depuis longtemps reines au panthéon du dévergondage, décalquées dans des robes chinoises – inclinons-nous devant la légèreté des robes chinoises, se trémoussaient ad libitum, pour rapidement allumer tout ce qui pouvait s’allumer dans le club, il se faisait tard, fallait rapidement concrétiser.

Safiatou, à qui j’avais fait signe de se joindre à nous pour décourager la dizaine de petites chiennes qui tournoyaient autour de notre table, débarqua dans une robe qu’on dirait piochée dans les affaires d’un bébé de six mois, souffrant au sommet d’escarpins sur lesquels feu Omar Bongo perché battrait Abdou Diouf en taille. Les yeux cachés derrière des lunettes fumées.

– Bonsoir Ludovic, vous avez fait un bon voyage, hein, Dave m’a parlé de vous, en fait j’étais au lit, je suis super souffrante, j’ai des violents maux d’yeux, mais j’ai tenu à être là pour vous dire bienvenue, bienvenue donc chez nous.

Elle fit signe au serveur, commanda deux verres de jus de fruits et une pizza américaine, la plus chère du menu. Sans honte. Ça puait l’arnaque.

– Ah, j’étais morte de faim au lit, j’ai rien mangé depuis le matin, hein Ludovic, ces yeux vont me tuer, ils m’ont fait dépenser plus de cinquante mille depuis le début de la semaine, et dire que je paie tout cela de ma propre poche et…

– J’espère que tu vas toi-même payer ta pizza, parce que c’est moi qui paie et je ne peux pas payer une pizza aussi chère.

– Voilà ce que tu es, David, le garçon le plus chiant et pingre de la Terre, tu me fais lever de mon lit de malade pour venir ici m’humilier, hein, je n’ai pas mis le nez dehors depuis le matin à cause de mes yeux mais j’ai tenu à venir ici malgré la souffrance, écoute, je ne suis pas venue pour toi, je suis venue pour ton ami, et je ne mange pas dans ton compte, tu es…

Ludovic, gêné, me demanda de la laisser commander ce qu’elle voulait, il paierait, elle était malade, était venue là par amour pour moi et par respect pour lui, j’avais tort de la traiter ainsi. Ah, mon pauvre petit Ludovic détropicalisé ! Je bondis vers le guichet et annulai la commande de la pizza.

– Tu viens de dépasser les bornes, David, je ne suis pas à une pizza près, paie-moi mon taxi, je retourne à la maison, je ne veux plus jamais te croiser sur mon chemin, merci Ludovic de l’accueil, et bon séjour à Bamako.

Je lui tendis mille francs pour son taxi. Elle l’arracha de ma main avec un long juron. Disparut. Ludovic me noya sous un déluge de reproches, cette fille était très cool, très gentille, elle était souffrante, avait mal aux yeux, comment pouvais-je être aussi cruel avec elle, hein… Je lui souris pour toute réponse. Ah, Ludovic le parisien, la forêt tropicale est dangereuse, elle peut te faire du mal, beaucoup de mal.

Le chauffeur qui nous amenait au prochain club où nous avions décidé de terminer la soirée nous rédigea un petit précis sur la polygamie. Prendre une seule femme, c’est s’exposer au besoin chaud, quand elle voyage ou est envahie par ce qui envahit les femmes et les rend impraticables, eh bien, on se retrouve au pain sec alors que, wallahi, lui il peut pas rester trois jours sans tirer son coup, c’est pourquoi il faut en prendre deux, trois, quatre, en cas d’absence ou d’indisposition de certaines, vous avez des pièces de rechange en secours, le coup à tirer c’est important, toute l’utilité de la femme réside là… «  Vous savez, j’ai plus de soixante ans mais je suis encore très viril, le secret est que je me rode tout le temps, le bangala c’est un moteur, faut le roder pour le garder en forme, vous êtes encore jeunes, profitez-en, je peux vous amener dans un coin où de petites filles de douze à quinze ans dansent nues, je vous jure, nues nues nues, vous me payez double tarif et je vous y amène. Du nu, rien que du nu, du nu jeune de surcroît, c’est bon pour la santé, ce pays est pourri, pourri pourri, quand vous leur demandez la journée ils vous disent que leur religion est contre ces choses-là, mais la nuit, eh bien, c’est la catastrophe… Allez on y va, vous me payez double tarif et je vous y amène. »

Il nous descendit dans un labyrinthe, devant un immeuble presque plongé dans une obscurité d’avant la création du monde, un coin qui ne ressemblait en rien à un club. « Allez-y, montez, y a du nu en haut, c’est éclairé au-dedans, c’est codé, tous les ministres, députés, commerçants, imams et marabouts de ce pays connaissent ce coin, du nu jeune, je vous jure, amusez-vous bien, le nu c’est la vie.»

La soirée avait commencé depuis. Quelques strip-teaseuses avaient déjà fait leur show. Mais la suite promettait, annonçait l’animateur quand on rentrait dans la petite boîte peuplée d’une centaine de personnes. De vraies stars allaient bientôt monter sur scène, avec comme apothéose la prestation de La Musicienne Du Paradis qui allait nous jouer de la flûte pas avec sa bouche mais avec son… euh son… ça. Mais en attendant la flûte du cul, mesdames et messieurs, veuillez apprécier la prestation de La Déesse Du Bandage, capable de faire bander les impuissants, les vieillards éteints, et même les cadavres avec juste quelques tournures de hanches !

La musique. La Déesse Du Bandage apparut sur la piste. String et soutien-gorge rouges. La forme, mes fétiches ! Elle fit face au public. Des vertiges, mon Dieu ! La main de Ludovic me serra, puis son regard étonné, perdu, croisa le mien éberlué. J’avalai une salive chaude. Etouffai un soupir. Ludovic était perdu. Moi humilié. Nous nous fixâmes dans la pénombre pendant quelques minutes, pétrifiés d’étonnement et de honte, quand, sur la piste, Safiatou La Déesse Du Bandage, qui n’avait plus mal aux yeux, commençait à enlever son soutien-gorge. Pour, peut-être, se payer la pizza que je ne lui avais pas offerte.


Ma grossesse plus un Coca

Safiatou H et moi. Rien de sérieux. Ah, Safiatou H, un petit bout de chair à mordiller dans un lit douillet pour oublier le sous-développement de l’Afrique et l’enfer pour quelques secondes. A peine deux mois de sorties les week-ends avec en post-scriptum des parties de bagatelle mal cuites mais assez chaudes pour satisfaire le chercheur d’aventures que je suis, et la généreuse avaleuse bling bling qu’elle est. Deux mois. Elle et moi, son prof de marketing. Le temps pour elle de se rendre compte que le jeune garçon coupé-décalé toujours en cols italiens, chaîne au cou, bracelets aux poignets, roulant le français comme une patate chaude dans la bouche d’un nourrisson de village, qui se la joue Casanova devant ses étudiants, n’est pas du tout le fêtard qu’il paraît être, mais un intello avorté idéaliste frustré, plus bloqué dans ses idées que les hanches d’un octogénaire célibataire. Opposés, nos mondes. Elle, fille des boîtes, des bars et des chauds. Moi, rat des bibliothèques, idéaliste héréditaire, aussi chiant que peut l’être un fils de poète qui se respecte. Elle me quitta un soir où j’essayais de la raisonner, la prier de passer plus de temps avec ses cours, d’être plus assidue à l’école, de penser un peu plus sereinement à sa vie, à son avenir. « Je ne peux pas vivre dans cet enfer où tu brûles, juste pour te faire plaisir parce que je couche avec toi. Allez, je pense que j’en ai assez de tes conseils de grand moraliste. Moi ma vie est dans les boîtes et les fêtes. Fais donc plus sonner mon numéro. Reste avec tes livres. Adieu, je ne t’ai jamais aimé, vieux campagnard.»

Merci, ma petite citadine, ma très petite profondeur. Deux mois de bénévolat dans le lit d’un célibataire allumé, il faut vraiment être aussi généreuse que toi pour l’offrir au vieux campagnard que je suis. Je ne te demandais pas plus. Les vieux campagnards n’ont jamais trop demandé aux petites citadines.

Elle décrocha son Diplôme universitaire de Technologie au bout de deux ans et quitta l’école. Noir. Le temps. Presque deux ans.

Et je me retrouvai hier, dans le hall d’un des restaurants les plus huppés de Bamako, à la même table avec elle. En face d’elle. Elle m’avait invité. Elle portait une grossesse. Une grossesse dans le ventre de cette fille. Le comble de l’incongruité !

– Hein, ma petite chauve-souris, ça fait vieux là, t’as changé, t’es maintenant une femme, et tu es enceinte, dis-moi quand t’es-tu mariée, hein, tu as finalement trouvé l’amour de ta vie, hein, tu as laissé les bars et les boîtes aux ados ?

– Tu es toujours aussi chiant qu’avant, comme les campagnards ne changent pas, tous tes livres que tu lis et écris n’arriveront pas à t’enlever ce voile que t’as sur le visage, tu es toujours aussi naïf, et c’est bizarre, tu prends du poids, regarde comme t’es moche, vous êtes terribles, vous les Togolais, quels sacrifices font-elles, vos femmes, pour vous épouser, hein, non seulement vous êtes laids mais vous êtes très pingres, hi hi hi, même votre président il ressemble à un bigorneau …

– J’espère que tu ne m’as pas invité ici pour me goinfrer d’injures, fis-je contrarié, je suis après tout, ou j’ai été ton prof et tu…

– Euh, écoute, laisse-moi avec cette histoire de prof ou de je ne sais quoi là, votre monde-là me donne la nausée. Je t’ai fait venir ici pour un deal.

Elle s’arrêta. But deux gorgées de son Coca tout en m’observant. Passa la main sur son ventre rond que cachait presque la robe ample qu’elle portait. Je fronçai la mine. Me fis menaçant.

– Euh, écoute Safi, tu me connais très bien, tu sais que je ne ferai rien pour t’aider si tu me proposes quelque chose d’anormal et…

– La chose la plus anormale qui existe sur cette terre est de voir un jeune garçon qui n’a pas trente ans bavarder devant une foule qui ne le suit même pas, prétendant dispenser des cours. Tu vois, hein, un jeune homme professeur, c’est la chose la plus anormale qu’il existe sur terre, et comme tu l’es, eh bien, tu peux tout faire, même baiser le cul d’un cadavre en décomposition.

Enragé, je fis signe à une serveuse pour payer l’addition, la mienne, et partir, mais elle me saisit la main d’une main, et pointa l’autre sur son ventre.

– Il s’agit de ce ventre, tu suis, hein, tu vas en être l’auteur. Tu vas être l’auteur de ma grossesse. Cette grossesse va t’appartenir à toi, tu vois, hein.

La nausée ! Mon cœur, Terre et Ciel !

– Ecoute, Safi, je ne sais pas ce que tu as derrière la tête mais laisse-moi te dire que je…

– Je ne te laisserai rien me dire, vieux con, tu sais que je ne fais rien pour rien moi, y a des millions à gagner derrière ce ventre, tu bouffes et je bouffe, y a toute la fortune d’un vieux cancre de Blanc à gagner derrière ce ventre que tu vois ici, et tu es le profil parfait de celui à qui cette grossesse doit appartenir, un jeune homme instruit, plus ou moins raffiné et parlant bien français, qui peut bien parler en public, à un tribunal, devant des juges, un jeune homme convaincant et au casier judiciaire nickel, quelqu’un qu’on peut croire. Tu sais qu’à part toi je n’en ai pas dans la liste de mes pointeurs. Je ne baise qu’avec des DJ, de petits footballeurs oisifs et oiseux, des drogués… sales, mal éduqués, tatoués et percés partout. Personne ne vendra, dans un tribunal, ces gens-là plus cher qu’une musaraigne morte et…

– Je t’écoute.

– Eh bien voilà le deal. Tu vas venir chez mon mari raconter que je suis ton amante, que je l’ai toujours trompé avec toi depuis mon mariage, que la grossesse que je porte est tienne, que tu vas porter plainte… Il va, bien évidemment, s’énerver contre moi et vouloir me faire du mal. Les Blancs sont de gros idiots, ils aiment leurs femmes, même les noires, tu vois, hein, il va donc vouloir me violenter, et je vais jouer ma partition, le reste du théâtre. Mon pauvre blanc de mari sera mort. Tué par inadvertance durant une bagarre par sa frêle femme enceinte. Puis le tribunal, toi et moi. Quelques jours d’enquêtes, et des pattes graissées, et des barbes mouillées, et des langues attachées ici et là, tu connais ce pays non ? Et trois mois au plus, t’es chez toi couché sur ton lit et je viens te couvrir de billets flambant neufs de dix mille balles et de baisers, et te faire une fois de plus découvrir mon pays des merveilles, si tu veux bien sûr grignoter les restes d’un vieux Blanc poilu et ventru.

Elle me fixait, attendant ma réponse. J’étais sur le point de lui avouer que je n’avais rien compris de cette bouillabaisse de plan quand elle coupa :

– Je vois que t’es embrouillé. Tu es trop moche et villageois pour comprendre. Ça va marcher. T’as pas besoin de comprendre, joue, c’est l’essentiel.

Je poussai un soupir de rage, ou de doute. Une serveuse s’était de notre table approchée avec l’addition. Je mis la main à la poche pour régler. Elle s’empressa de tendre à la serveuse un billet de dix mille francs.

– Je t’offre la bouteille de Coca en plus de la grossesse. Me dis pas que c’est pas kiffant, hein, tu vas me régler quand t’auras les millions du Blanc défunt. Ah oui, j’oubliais, rassure-toi, le bébé il viendra pas au monde, il mourra quelques jours après la mort de son père. Ni vu ni connu. Après tout, l’argent d’un Blanc c’est l’argent de tous les Africains. Ils viennent nous voler ici et s’enrichissent sur notre dos. C’est notre revanche sur eux. Vive la revanche des Africaines. Allez, on se phone le soir, je cours à la maison, je dois faire à manger à mon bien-aimé Blanc de mari qui va bientôt mourir en me frappant, et ton bébé dans mon ventre veut faire dodo, mon cher Dave.

 


CAN 2012, tout se joue au lit !

Je suis horripilé. Cette Coupe d’Afrique des Nations est d’une insolence inouïe. Je rejoins le célèbre chroniqueur humoriste Mamane de la Radio France internationale qui fait dans sa chronique du lundi 23 Janvier 2012 un rapprochement entre cette CAN et les révolutions arabes de 2011, notamment celles de la Tunisie, de l’Egypte et de la Libye. Cette CAN est vraiment une CAN sans les présidents fondateurs. Tout comme l’on ne pouvait imaginer un sommet de l’Union africaine en 2012 sans Moubarak, sans Ben Ali et surtout sans Mouammar Kadhafi et ses coups de théâtre de mégalo, il était impossible d’imaginer une Coupe d’Afrique des Nations sans le Nigéria, l’Egypte, l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, et surtout le Cameroun avec ses maillots fantaisistes ! Une CAN sans Samuel Eto’o, mes fétiches !

Le comble de la cocasserie, c’est que les petits révolutionnaires d’équipes présentes s’obstinent à hurler « Dégagez » aux présidents fondateurs entêtés qui n’ont pas voulu dégager durant les éliminatoires, les Paul Biya, les Blaise Compaoré,  les Wade et autres Mugabé du football. La Zambie qui a mis à genoux le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le plus grand favori du tournoi, qui a peiné devant le tout petit et inconnu Soudan, la Tunisie qui fatigue, hypnotise et abat le grand Maroc !

Du coup, ce sont les grandes stars annoncées qui ne sont pas au rendez-vous. Mamadou Niang invisible durant son match contre la Zambie, Didier Drogba, Salomon Kalu, Gervinho, Kader Keita éclipsés par de jeunes Soudanais aux noms inconnus, Marouane Chamakh et Youssef Hadji passés inaperçus devant de teigneux jeunes Tunisiens ! Non, cette CAN est d’une trop grande impolitesse.

Et nos super stars, médiatisés jusqu’au seuil de la provocation, se sentent frustrés, malheureux, surtout devant les incessantes questions de ces journalistes aussi taquins que des singes de conte. Ne les laissons pas seuls face à leur pétrin, nos stars loosers, faisons-leur grâce, et rendons leur hommage. Pas facile, ce qu’ils doivent subir comme honte et mépris devant les caméras, sous les sunlights, mais, euh, oui, aussi, au lit.

Le lit ! L’un des plus grands enjeux du foot ! Fort des expériences, des solides expériences acquises durant ma carrière passée d’attaquant dans l’équipe de mon quartier, je peux causer du potentiel féminin que le foot peut vous larguer dans votre lit à chaque match gagné. Disons que je peux me vanter d’avoir eu une carrière d’attaquant acceptable, appréciable, à peu près géniale. En une cinquantaine de sélections dans l’équipe de mon quartier, j’ai marqué trois buts, dont un sur pénalty et deux contre mon propre camp, tiré une centaine de fois au but adverse avec plus de quatre-vingt-dix tirs non cadrés et presque cinq à peu près cadrés, écopé de trente-trois cartons rouges pour avoir voulu marquer de la main – je suis l’héritier de Maradona et l’ancêtre de Thierry Henri. Donc, cette belle et riche expérience me permet d’affirmer, confirmer ma théorie, le foot et les nanas, c’est lié. Une belle prestation sur le stade vous permet de mettre en confiance votre gonzesse dans les tribunes installée, parmi ses copines. Et à chaque drible, à chaque prouesse, à chaque but, sous les hourras du public vous glorifiant, elle se la joue, exulte, confirme que vous êtes son bébé, c’est-à-dire son bébé à elle-même, que vous êtes fou d’elle, que vous la demandez toutes les nuits en mariage, qu’elle vous gère, vous guide comme une marionnette… Et les copines, rongées de jalousie, mortes d’envie, cherchent par tous les moyens à vous arracher pour la lui boucler. Après le match donc, quand tout le stade n’a que votre nom sur les lèvres, eh bien, à vous de faire rêver, à votre tour de jouer, à votre tour de plonger…

Vous en avez dans les draps à chaque victoire, Terre et Ciel ! Croyez l’ancien talentueux attaquant que je suis ! Des belles, des moins belles, des pas-si-belles-que-ca, des ca-peut-aller, des presque-vilaines, des vilaines, des un peu-trop-vilaines, des trop-vilaines, des mignonnes, des jeunes, des fiancées, des semi-fiancées, des mon-fiancé-est-en-France-mais-il-me-call-plus, des j’ai-un-enfant-mais-j’ai-pas-épousé-son-papa, des tu-me-vois-comme-ça-j’ai-trente-ans-mais-tu-peux-pas-savoir… Vous avez toutes les catégories de pétasses du meilleur des mondes possibles dans vos bras à chaque victoire ! Il m’a été une fois conté que notre président avait voulu faire carrière dans le foot, avant que son père ne le contraigne à le remplacer sur le fauteuil présidentiel après sa mort. Normal, le jeune prégo savait ce qu’il visait dans le foot.

Mais la peste, si vous osez perdre un match. Vous êtes peste ! Et c’est justement ce qu’ils sont actuellement avec cette CAN rebelle, nos super stars médiatisés du ballon rond. Des pestes pour leurs minettes. Et en ex attaquant talentueux auteur en cinquante sélections de trois buts dont un penalty et deux contre son propre camp, je sais ce que doivent subir mes compères au lit après les matches.

Mamadou Niang : Ah, Ramatou, je te dis que je suis mort là où je suis, tout mon corps me fait mal, viens, s’il te plaît, me masser, ma chérie, viens faire des câlins à ton gros doudou. Allez, viens dans mes bras.

Ramatou : Euh, écoute Mamadou, laisse-moi tranquille et concentre-toi sur ton second match, t’as pas pu marquer un but pour me faire honneur et t’es là à conter ces romans à l’eau de rose. Tu te rends compte de la honte que tu m’as foutue devant mes copines, hein. Elles étaient là, juste à côté de moi, en train de se moquer de moi. Chiant, très chiant, Mamadou, comme tu peux être nul.

Mamadou Niang : Mais Ramatou, sois sérieuse, ils étaient trop rapides, les Zambiens, ils arrêtaient pas de courir un peu partout sur le terrain, c’est terrible, ce qu’ils ont fait, j’avais la nausée et je pense que…

Ramatou : Ecoute, Mamadou, me dis pas que ces Zambiens-là qui jouent même pas en France ont pu t’empêcher de marquer au moins un seul but pour me faire honneur, tu sers à quoi si tu peux pas marquer devant cette petite équipe de Zambie, hein !

Mamadou Niang : Ecoute, ma petite puce de…

Ramatou : La ferme, paresseux, va au diable, et aux putes, pendant qu’on y est ! Paraît que ça coûte pas trop cher ici, les parties fines. Va t’en taper une et laisse-moi tranquille, maladroit pas même fichu de marquer un but à la Zambie.