David Kpelly

Tiens, ma vendeuse d’enfants est une philanthrope

Enfants de rue à Bamako
Enfants de rue à Bamako

Je m’étais réveillé un matin de 2011 avec une décision, adopter une petite fille malienne. La fille, âgée de sept ou huit ans, je la croisais chaque matin dans une station d’essence où je m’arrêtais pour chercher du carburant. Elle était très belle, avec beaucoup de cheveux, et chantait en bambara aux passants qui lui glissaient des pièces de dix ou vingt-cinq francs Cfa. Elle était, m’avait-on dit, orpheline de mère, et comme sa mère, une domestique, n’avait jamais connu le père de sa grossesse avant sa mort, elle était donc aussi orpheline de père. Mon projet avait été de l’adopter légalement, si c’était possible, et la mettre dans un internat. Conscient de l’impact que cette décision pourrait avoir sur ma future vie familiale, j’en parlai au téléphone à ma famille au Togo. Elle s’y opposa catégoriquement. Je renonçai donc à la décision, limitant mes relations avec la jeune fille aux pièces de monnaie quotidiennes que je lui donnais.

Bref, l’adoption et moi, j’en avais ma petite idée, du moins en attendant. Ce fut pourquoi hier, quand Safiatou – cette ex-étudiante, devenue une ex-amie, puis une ex tout court, affaire d’ex, faut pas faire, mon frère, quand Safiatou, qui m’avait depuis une semaine harcelé au téléphone, me disant qu’elle avait un projet très important à me soumettre commença une histoire d’adoption et d’enfants de rue du Mali, je lui fis savoir que je ne pouvais pas adopter un enfant.

– Mais Bon Dieu, qui te dit d’adopter un enfant, hein, je te parle de commerce, d’achat et vente, le mot adoption n’est qu’une couverture, on achète ces enfants en gros, on les cache quelque part pour deux ou trois mois, et on les revend en détail aux…

– Safiatou, fis-je en élevant un peu la voix, c’est terrifiant ce que tu es en train de planifier là, tu parles des enfants comme si c’étaient des marchandises et…

– Bien sûr que c’est des marchandises, qu’est-ce-que tu crois, hein, en fait ton problème est que quand on te parle d’affaires juteuses, d’affaires sérieuses, d’affaires qui peuvent t’enrichir et te permettre de cesser enfin d’aller bavarder à longueur de journée comme un idiot devant des étudiants qui ne te suivent même pas, tu es toujours là à philosopher, alors que la philosophie n’a jamais aidé personne à s’enrichir, qu’est-ce-que tu crois, hein, qu’on s’enrichie en allant réciter et chanter Ave Maria à l’église tous les dimanches, hein, ouvre les yeux et…

Je pris une gorgée de mon verre et la fixai. Des plans louches, cette fille m’en avait déjà proposé des centaines, mais ce qu’elle m’exposait là était très terrifiant. Négocier avec des marabouts et des tuteurs qui avaient la garde de ces enfants de rue qui pullulent dans tous les coins et recoins du Mali, les parquer quelques temps dans une maison, et les revendre à des réseaux maffieux occidentaux de détournement d’enfants, sous la couverture de l’adoption.  

– Safiatou, écoute-moi très bien, tu n’as que vingt-quatre ans, et ce que tu es train de me dire là est trop horrible, parce que…

– Oui, parce quoi, hein, parce que ce que font ces pauvres-là qui fabriquent à longueur de journée ces enfants de rue n’est pas horrible, hein ! C’est un carnage, ce qui se passe maintenant ici, un véritable crime contre l’humanité, ce que les pauvres sont en train de faire. Ça accouche partout, parce que ça s’accouple partout. Les pauvres s’accouplent n’importe où et n’importe quand. Les pauvres, ça s’accouple dans des maisons en paille sur des nattes remplies de punaises, dans des maisons inachevées, dans des égouts, sur des dépotoirs… Partout ! Et sans honte. Et bizarrement ils très fertiles, et la plupart font même des jumeaux. Tu me parles de morale, qui t’a dit qu’il y a encore une morale dans ce pays, hein, il y a quelle morale dans ce pays où les pauvres peuvent s’accoupler de leur plein gré, faire des enfants avec pour seul projet de les envoyer mendier dans les rues, hein ! Et le pire dans tout ça est qu’on ne les punit pas, on les encourage plutôt, au nom de l’islam et des traditions africaines. « C’est Dieu qui donne les enfants », leur dit-on. Et qui nourrit donc ces enfants que donne Dieu hein ?

– Je te comprends, ma chérie, mais ce n’est pas en vendant ces enfants à des réseaux maffieux de Blancs que…

– Ces enfants ne peuvent rien devenir dans ce pays où de vrais enfants, c’est-à-dire des enfants de bonnes familles peinent à devenir quelque chose. Vendre ces enfants de rue à des Blancs, c’est les aider. C’est vrai qu’ils ne pourront pas tous atterrir entre les mains d’Angelina Jolie et de Brad Pitt, mais c’est déjà quelque chose pour eux d’arriver en Europe, même s’ils tombent sur des Roms. Et puis dis-moi, tu crois que c’est moi la première à vouloir faire ça, hein. T’es toujours perdu dans tes livres bizarres-là et ne suis rien autour de toi. Des musiciens, des cinéastes, des footballeurs, des personnalités politiques de ce pays sont impliqués dans ça, tu me comprends, hein. On les présente à la télé comme des leaders d’opinion, des philanthropes, avec leurs fondations de mon cul et des mes tétons, c’est des vendeurs d’enfants de rues et…

Elle fut interrompue par une dizaine de talibés qui firent irruption dans le restaurant, faisant chanter leurs mielleuses voix, des boîtes de tomate en main. Les talibés, ces enfants dits des écoles coraniques, sales, rachitiques et sentant mauvais que des marabouts véreux envoient mendier dans les rues selon des préceptes du Coran, qui vous envahissent, vous harcèlent à tous les coins de rue à Bamako – c’est à croire que c’est seuls les enfants des pauvres qui doivent adorer Dieu, hein !

– Tu vois, hein, fit Safiatou, en leur tendant son plat inachevé de riz, alors que moi je chassais de mon verre les mouches qui les avaient suivis, tu vois ce que fabriquent les pauvres de ce pays au nom de l’islam et des traditions africaines, hein ! Quand on leur parle de planning familial, de produits contraceptifs, ils disent que Dieu et les traditions sont contre, mais ils dépensent leurs pécules mendiés à acheter des aphrodisiaques chinois. On dirait qu’ils sont atteints d’un syndrome de l’accouplement. Donne une statuette en bois à un pauvre, il te l’engrosse en quelques secondes.

– Ils font pitié, Safiatou, mais les vendre est un crime, on ne sait jamais ce qu’ils ont font, ceux qui les achètent.

– Même s’ils s’en vont se faire tuer en Occident c’est mieux pour ces enfants que de vivre cet enfer ici. Tout le monde y gagnera. Ces enfants, leurs parents qui seront débarrassés d’eux et auront du temps pour en faire d’autres, et nous qui nous enrichirons. Me dis pas que c’est pas super tout ça ! Allez, dis oui, j’ai déjà des réseaux, tu sais que tous les coins de ce pays m’appartiennent, et si tout va bien d’ici deux mois on aura notre premier stock de cent à deux cents enfants. Et trois mois après, on les livre et on se tape des dizaines de millions. Tu pourras enfin te payer une voiture et abandonner ton vieux scooter rouillé là, et me cocufier avec toutes les jolies filles instruites dont tu as toujours rêvé et que tu n’as jamais pu avoir à cause de la minceur de ton chéquier. Allez, zou, olleeeeezzzzzzzzzz, viens dans mes bras, mon prof chéri, viens faire des câlins à ta moooomyyyyyyyyyyyyyyyyyy.


Faure Gnassingbé, Shakespeare assassiné

Faure Gnassingbé
Faure Gnassingbé

 Je suis déprimé. Je viens de lire dans le site du magazine Jeune Afrique, un article publié le 24 mai 2013 – Bon Dieu, comment ça a pu m’échapper depuis six jours ! -, et qui parle des carnages que commet le compte officiel Twitter de Faure Gnassingbé. Il est reproché à ce compte des grossièretés, des attaques et injures contre les internautes… des fautes en expression française et anglaise…

On accuse, donc, notre président de ne pas savoir parler français et anglais, et de faire des fautes grossières sur Twitter ! Le journaliste a cherché a nuancer son analyse, stipulant que derrière le compte pourrait se cacher le community manager du président. Que non ! C’est Faure Gnassingbé lui-même qui tweete. Depuis que toutes ses demandes d’amitié envoyées à Barack Obama sur Facebook sont ignorées, et qu’il a appris que des présidents africains se font des amis et sympathisent avec les citoyens sur Twitter, il s’y est mis aussi. Il est ainsi, Faure Gnassingbé. Il tente des choses, mais c’est qu’elles ne lui réussissent pas. Le pauvre. Pareil à la tortue du conte qui danse pour plaire à sa dulcinée sans jamais y arriver, à cause de sa carapace.

Donc, dire que notre président ne sait ni parler français ni anglais ! Attentat ! Ces petits journalistes de Jeune Afrique n’ont sûrement pas pris le temps de connaître notre président, de lire sa biographie, d’apprécier son brillantissime cursus scolaire. Notre président est un jeune génie, Terre et Ciel ! Le site www.republicoftogo.com – hum, ce site ! – crédite notre président d’un baccalauréat obtenu avec la Mention Bien au lycée Militaire de Saint-Cyr en France – respirez profondément -, d’une Maîtrise en gestion obtenue en 1989 à l’Université Paris Dauphine en France  – gardez toujours votre souffle -, d’un Master of Business Administration (MBA) obtenu à l’Université George Washington aux Etats-Unis en 1997 « appuyé de plusieurs stages dans des institutions internationales ». La classe ! Combien de chefs d’Etat africains ont-ils un cursus si prestigieux, hein, bande de diffamateurs !

Faure Gnassingbé est un génie, et la plus grande offense qu’on puisse lui faire est d’oser affirmer qu’il ne maîtrise ni l’anglais ni le français ! D’ailleurs, il n’est pas le fils de n’importe qui, voyons ! Son père fut un écrivain ! L’écrivain Gnassingbé Eyadema ! Oui, bande de jaloux, Eyadema, celui que vous connaissez, fut un écrivain, il écrivait des livres. Un de ses livres a pour titre « Ce que je sais du Togo » (Editions Michel Lafon, Paris, 1993). Je ne l’ai pas lu – j’ai une santé très fragile. Mais pour ceux qui seraient tentés de le chercher et le lire, ce livre, la prudence doit être de mise, au cas où il aurait été écrit par l’écrivain Eyadema lui-même. Prenez soin de prendre des cachets de Doliprane avant chaque chapitre, et prévoyez des somnifères et une cure de palu juste après la lecture. Les tournures grammaticales et la rhétorique d’Eyadema peuvent donner de la migraine aux âmes sensibles, et des perturbations cérébrales aux épileptiques. Livre à tenir largement hors de la portée des enfants, certains imparfaits du subjonctif peuvent les traumatiser à vie.  

Bref, ces petits journalistes de Jeune Afrique avaient tort en accusant Faure Gnassingbé de ne pas savoir écrire les langues de Molière et de Shakespeare. Notre président est un fils d’écrivain, un diplômé de Dauphine et de Georges Washington. Il maîtrise, euh, maîtrisait ces deux langues aussi bien qu’une femme infidèle maîtrise les heures de sommeil de son mari cocu. Mais depuis qu’il est retourné au Togo après ses brillantes études en Occident « avec la ferme conviction d’œuvrer pour la démocratie » selon le site www.republicoftogo.com, notre érudit de président perd au jour le jour sa parfaite maîtrise de ces deux langues, pour trois grandes raisons : les filles togolaises, les militaires, les bistros.

Les togolaises. Oui, j’accuse les filles togolaises de faire perdre à notre président son français et son anglais. Les Togolaises sont des filles bizarres. Quand tu leur fais la cour en français, ou, pire, en anglais, alors qu’elles savent que tu es togolais, elles te prennent pour un bluffeur qui joue au petit blanc pour les impressionner, et n’acceptent jamais tes avances. Il faut leur parler le mina ou une autre langue togolaise, leur raconter des blagues populaires… Et comme Faure Gnassingbé, comme tout vieux célibataire qui se respecte, passe tout son temps à chercher sa future femme dans la ribambelle de filles qu’il croise à Lomé et dans les autres coins du Togo, eh bien, il est obligé de les séduire tout le temps dans nos langues nationales. Je parie qu’il a même dû apprendre dans la foulée le kotokoli, les filles kotokoli faisant partie des plus belles du Togo. Et les langues étrangères, une fois qu’on ne les pratique plus, on les oublie très facilement.

Les militaires. Les cas. Il a fallu, à nous certains Togolais, de grandir, de faire la connaissance des militaires d’autres pays, pour savoir qu’on peut être militaire et bien parler le français. Je me rappelle mon prof de français du collège qui appelait les élèves les plus nuls en français « les futurs militaires d’Eyadema ». « Avec votre médiocre niveau en français-là, vous ne pourrez rien foutre à part entrer dans l’armée d’Eyadema » leur disait-il. Et Faure Gnassingbé, qui passe la plus grande partie de son temps à discuter avec ces militaires sur les méthodes à adopter pour tuer plus de Togolais, a fini par apprendre leur français de Témédja, oubliant son français de Paris Dauphine. « Hé vous-là, vous croyez que cette pays-là vous appartient, hein, vous allez avoir des problèmes sérieuses si vous continuez comme ça, vous ne pouvez pas nous corromprer avec votre vilaine comportement-là, le discipline ou rien. »

Les bistros. Selon le site www.republicoftogo.com, décrivant les loisirs de notre président : « Lors des visites à l’étranger, il préfère les bons bistros à la cuisine aseptisée des grands hôtels. » Sans commentaire, les bistros ont contribué à gâcher le français et l’anglais académiques de notre président. Faure Gnassingbé visite des fois le Nigeria, et l’anglais d’égout qu’il utilise sur Twitter, il l’a appris des péripatéticiennes des bistrots nigérians. J’ai un cousin titulaire d’une maîtrise en anglais, l’un des meilleurs de sa promotion. Depuis une déception amoureuse où il a commencé à fréquenter les bistros de Lomé, son anglais s’est dégradé au fil du temps. Aujourd’hui, quand tu lui parles anglais, la réponse qu’il te donne n’est pas différente d’un refrain du chanteur nigérian Flavour ou du ghanéen Fuse ODG alias Azonto.

Ah, tiens, un internaute vient d’envoyer un message à notre président sur Twitter : « Mr President, your Prime Minister Arthème Ahoomey-Zunu has promised to lead investigations on Anselme’s death since april, when can we have the results ? » Faure Gnassingbé répond à l’internaute : « My olga, what kind of nonsense na this, hein, I no sabi why you people involve yourselves in my problems, I don’t like wahala oooooo, where your problem they in all this, hein, Anselme na your papa ? Mind your problem ooooooo, my friend mind your problem ooooooooo, if not i go kill you ooooooooooo… »


Sa mère pleure toujours, Monsieur Arthème

Anselme Sinandare, élève de 12 ans tué par les gendarmes togolais
Anselme Sinandare, élève de 12 ans tué par les gendarmes togolais

2e lettre ouverte au Premier ministre togolais Arthème Ahoomey-Zunu

 

Bamako, le 18 mai 2013

Monsieur le Premier ministre,

Euh… Comment commencer ? Recommencer ? Disons que, comme une midinette devant le damoiseau de ses rêves, je mélange toujours les pédales chaque fois que je dois m’adresser à vous. Parce que j’ai trop de choses à vous dire sur le Togo et les Togolais. Mais je me sens obligé de faire court, pour ne pas vous ennuyer, comme je sais que vous êtes très occupé. Etre le Premier ministre d’un président qui depuis le premier jour de son investiture il y a huit ans maintenant est toujours face à la colère et la révolte de son peuple n’est pas chose aisée. Je vais donc faire court, comme la première fois. D’ailleurs cette deuxième lettre est juste un rappel.

Monsieur le Premier ministre, rappelez-vous la première lettre ouverte que je vous ai envoyée, le 18 Avril 2013, il y a un mois, suite à votre déclaration sur la Radio France internationale sur la mort de Anselme Sinandare, un jeune élève togolais tué dans une manifestation des élèves à Dapaong, au Nord du Togo, par vos gendarmes, euh, les gendarmes de votre patron Faure Gnassingbé, vos gendarmes donc. Ce 18 avril, vous aviez déclaré, en jouant à l’indigné, avec la maladresse d’une taupe, que votre gouvernement allait faire des enquêtes sur la mort de cet enfant, que vous ne toléreriez aucun meurtre. Je ne vous avais pas cru, tout comme la majorité des Togolais qui vous avaient suivi, sachant que notre pays n’est pas un pays où on fait des enquêtes sur la mort des citoyens qui ne sont pas du côté du pouvoir, votre pouvoir. Plusieurs dizaines de Togolais, des personnalités remarquables, ont été tués dans des conditions atroces depuis les années quatre-vingt-dix. On connaît des fois leurs criminels, mais personne ne les a jamais inculpés, ils sont toujours en liberté, narguant de leur insolence et barbarie les proches et amis de leurs victimes, multipliant les crimes et les assassinats au vu et au su de tous. Voilà pourquoi nous ne vous avions pas cru, quand vous aviez déclaré que vous feriez des enquêtes sur la mort du jeune Anselme.

Monsieur le Premier ministre, voici un mois maintenant que je vous avais mis au défi, vous jurant que je vous enverrai des lettres ouvertes pour vous rappeler votre promesse tant que vous n’aurez pas fait l’enquête promise sur la mort de cet enfant. Vous ne l’avez pas faite, et je vous écris juste pour vous le rappeler.

Monsieur le Premier ministre, je pense que vous vous dites peut-être que cet enfant n’est qu’un petit villageois parmi les centaines de milliers qui existent dans les villages togolais, qu’il ne représente pas grand-chose. Oui, il est vrai que devant tous ces martyrs togolais dont on n’a jamais cherché à connaître la cause de la mort, encore moins punir les assassins, ce jeune élève ne représente rien. Rien. Mais vous ne pouvez pas imaginer ce qu’était cet enfant aux yeux de sa mère. Il compte à sa mère plus que vous ne comptez à la vôtre. Ces femmes, ces ménagères livrées à leur dure réalité quotidienne ne placent leurs espoirs que dans leurs enfants. Elles voient en eux la réalisation de tous les rêves qu’elles n’ont pas pu réaliser elles-mêmes. Ce n’est donc pas un enfant que vous avez tué, c’est le rêve d’une femme, l’avenir d’une famille, que vous avez fracassé sur l’autel de votre barbarie. Ce petit Anselme était tout pour sa mère. Elle y voyait tout son avenir, comment devenu grand, cet enfant fera vivre le paradis à la vieille femme qu’elle sera devenue. Je revois, dans les années quatre-vingt-dix, ma propre mère me portant au dos certains matins pour aller à l’école. Ces matins où, capricieux, je décidais de ne pas aller à l’école si elle ne m’y amenait pas au dos. J’avais onze ou douze ans. Sans honte, sans gêne, sans paresse, ma mère portait le gaillard que j’étais au dos, traversait tout le village pour m’amener à l’école, sous les moqueries et les remontrances des passants. A tous ceux qui lui demandaient pourquoi elle s’adonnait à ce cirque, elle répondait que c’était moi qui, devenu grand, lui achèterais une voiture, la ferais voyager en avion… Jusqu’ici, je ne lui ai pas encore acheté sa voiture, mais chaque fois qu’elle me voit, devenu grand, elle a déjà la voiture que je lui ai achetée, le billet d’avion que je lui ai offert… je suis tout son rêve, tout son monde.

Monsieur le Premier ministre, voilà ce que sont les enfants aux citoyennes de ce pays que vous prétendez gouverner. C’est pourquoi, quand dans vos belles voitures aux vitres fumées vous passez chaque matin dans les rues de Lomé et des autres coins du Togo, vous les voyez soulever des fardeaux deux fois plus lourds qu’elles, sillonner les coins et recoins sous le chaud soleil vendant tout et n’importe quoi, aller aux champs user leurs frêles forces de femme contre une terre trop aride… cherchant la pitance à leurs enfants, leur seul espoir dans ce pays que vous avez transformé en un gouffre de désespoir.

Monsieur le Premier ministre, voilà pourquoi vous devez faire cette enquête, une vraie enquête, et punir l’assassin de cet enfant. Mais tant que vous ne l’aurez pas faite, cette enquête, tant que l’assassin de cet enfant si gratuitement, si atrocement tué ne sera pas jeté en prison, je vous enverrai des lettres ouvertes pour vous le rappeler. Au nom de sa mère qui le pleure toujours. Au nom de ma mère. Au nom de toutes ces Togolaises désespérées dont vous avez tué les enfants.

Monsieur le Premier ministre, je m’arrête là, je ne me suis toujours pas présenté. Je crois que je le ferai la prochaine fois que je vous enverrai une nouvelle lettre de rappel. Je suis fatigué. Il est trois heures du matin. Je suis aussi dérangé par une chatte qui miaule derrière ma chambre depuis trois jours maintenant. J’avais d’abord cru que c’était un sorcier de mon village Mission-Tové qui était venu me déranger ayant peut-être senti que je vais gagner une forte somme d’argent dans quelques jours – je ne sais pas si les sorciers de votre village vous dérangent aussi depuis que vous avez été nommé Premier ministre. Mais on m’a expliqué ce matin que la chatte s’est fait voler ses chatons d’une semaine par un groupe de petits voleurs du quartier. La pauvre chatte pleure donc ses enfants. J’ai pensé aux larmes de la mère du petit Anselme. Ah, les femmes et leurs enfants, Monsieur le Premier ministre ! 

Bien cordialement

Yao David Kpelly

PS : Euh, Monsieur le Premier ministre, je sais que vous avez appris la mort de l’opposant Etienne Yakanou injustement incarcéré dans votre fausse histoire d’incendies de marchés. Il a laissé une veuve et deux orphelins. Vos collègues nous disent qu’il est mort d’une crise de palu et d’une crise cardiaque, mais nous on n’y croit pas. Vous qui avez pour tâche de promettre des enquêtes, vous nous en promettez une ?

 


Les bons bailleurs qui nous la baillent bonne

Les présidents français et malien à la conférence des donateurs, Bruxelles, mai 2013 (Crédit image: www.rfi.fr)
Les présidents français et malien à la conférence des donateurs, Bruxelles, mai 2013 (Crédit image: www.rfi.fr)

« Nous avons besoin d’argent, l’argent c’est le nerf de la guerre, c’est pour cela que nous sommes là… » J’avais tout d’abord cru que Rfi passait un reportage sur des brigands ayant attaqué une boutique, avant de me rendre compte qu’il s’agissait d’un ministre africain, le ministre malien des Affaires Etrangères, Tieman Coulibaly, qui s’exprimait à la conférence des donateurs organisée à l’intention du Mali à Bruxelles ce 15 mai 2013. Il s’agissait de convaincre la communauté internationale – les pays occidentaux et les institutions financières en majorité, à faire des dons et des prêts pour aider le Mali à se reconstruire après la crise qui le secoue depuis 2012.

Ce n’est pas le fond d’une telle déclaration qui dérange, chacun sachant que ce jour doit arriver impérativement, où le Mali – comme tout pays africain qui se respecte –  suite à sa crise, ira tendre, comme d’habitude, la main aux pays occidentaux pour mendier des fonds pour se reconstruire. Le scénario est connu. Mais c’est la forme de la déclaration qui choque. Il est quand un peu aberrant de voir un ministre d’un grand, vaste et vieux pays comme le Mali qui depuis plus de cinquante ans maintenant crie sa souveraineté, aller s’arrêter devant les représentants d’autres pays, devant des caméras et des micros – au grand mépris de la mémoire de tous ces pères-fondateurs nationalistes de nos Etats qui avaient tant cru en ce continent – et lancer : «  Nous avons besoin d’argent, c’est pour cela que nous sommes là. » Même les talibés, ces petits enfants laissés-pour-compte que des marabouts véreux transforment – au nom de l’islam – en mendiants, savent cacher leur quête sous des bénédictions qu’ils récitent d’une voix mielleuse aux passants.

Il est vrai que dans certaines situations, on peut se passer de la rhétorique et ses emberlificotages, mais le ministre malien aurait quand même pu masquer ses doléances sous une littérature plus convenable, comme ces croque-morts ghanéens qui embellissent les cadavres en les habillant et les maquillant avant leur enterrement. Tous les invités à Bruxelles ce 15 mai savaient que les représentants maliens étaient là pour quémander des fonds, c’était pour eux que la conférence avait été organisée. L’adage éwé du Togo le stipule si bien « la musaraigne n’a pas besoin de rappeler qu’elle n’est pas une souris, son odeur le crie déjà fort ». Même les ânes savent que chaque fois que les délégations de nos Etats partent en Occident, c’est pour mendier des fonds.

Le Mali a besoin de fonds pour se reconstruire après la crise et la guerre. Et comme il n’en a pas, il est parti en demander à ses tuteurs, ses parents, les pays occidentaux. Soit. C’est ainsi que tourne notre monde depuis nos indépendances. Nous y sommes habitués. Presque résignés. Et ce n’est plus le geste de nos pays qui doivent tout le temps tendre la main pour vivre qui étonne, mais l’apparente négligence, la négligence complice, dont font preuve ces bailleurs de fonds occidentaux, ces gens dont, selon l’humour de Thomas Sankara, le bâillement doit permettre aux autres d’être rassasiés. Ces pays occidentaux qui donnent, ou prêtent, ou baillent – on ne voit même plus de différence entre ces termes, comme ils reviennent tous à la même chose, des dettes que l’Afrique doit toujours payer – leurs milliards à nos pays se demandent-ils vraiment ce qu’en font ceux qui les ont pris ?

Combien de fois le Mali et les autres pays africains n’ont-ils pas demandé des dons, des prêts, des aides, des subventions, des baux, des… des… aux pays occidentaux depuis les années soixante ? Qu’en ont-ils fait, qu’en font-ils si chaque fois qu’il y a une poule qui attrape une grippe dans un village isolé, ou un mouton qui se fait casser une patte par une ménagère, nos autorités doivent s’en servir comme prétexte pour aller demander de nouveaux prêts, ou dons, ou subventions, ou baux, ou aides… pendant que les intérêts des précédents s’accumulent sur des générations et des générations ?

On ne peut compter les subventions, les prêts, les aides, les dons, les baux…attribués à des pays comme le Togo ces dernières années, pour renforcer ce que nos bailleurs et donateurs se font le plaisir d’appeler le processus démocratique. Depuis 2007, on a seriné les Togolais avec une histoire de reprise de la coopération en leur présentant pour seule preuve un ministère portant le pompeux nom de la coopération, ministère aussi maigre en réussite que le ministre qui l’a occupé pendant des années. Qu’est-ce que les autorités togolaises ont fait avec ces milliards, les Togolais l’ignorent. Faure Gnassingbé pourra en rendre compte, lui qui, il y a juste quelques jours, avec force tours et détours, quémandait d’autres fonds à la tribune de l’Onu, parlant de démocratisation, de lutte contre le chômage… des notions qui lui sont aussi inconnues que l’Algèbre de Boole à Soundiata Keita. Sûrement qu’il veut s’acheter de nouvelles armes, de nouveaux stocks de gaz lacrymogène… pour développer le Togo, et, pendant qu’on y est, de nouvelles bouteilles de kérosène – il y a de nouveaux marchés à brûler, donc des opposants supplémentaires à arrêter et à tuer en prison.

Les autorités maliennes parlent, elles, de l’Etat malien à restaurer, des élections à organiser, et le ministre malien des Affaires Etrangères y ajoute les jeunes maliens à aider, ces jeunes pleins d’avenir, selon ses mots – on ignore si les jeunes maliens savent eux-mêmes qu’ils sont pleins d’avenir, comme ils n’y croient plus.

Fasse le Ciel que les trois milliards d’euros d’aide promis aux autorités maliennes puissent servir – cette fois-ci – à quelque chose pour aider ces jeunes Maliens si désespérés. Il y a dans mon quartier bamakois un jeune titulaire d’une maîtrise en droit, reconverti en coiffeur après neuf ans de chômage. Depuis trois mois maintenant, son atelier de coiffure, qui lui permettait de manger au jour le jour, ne marche plus, le courant électrique n’étant maintenant fourni dans le quartier que cinq ou six heures par jour. Incapable de donner les frais quotidiens de condiments à sa femme Mariam, le jeune juriste devenu coiffeur a vu cette dernière claquer la porte. Déprimé, le nouveau divorcé-malgré-lui s’est acheté un fusil artisanal, jurant qu’il abattra un à un tous les politiciens qui viendront battre campagne dans le quartier pour les élections présidentielles à venir.

Je ne sais pas si cette nouvelle promesse d’aide destinée à sauver la jeunesse malienne lui redonnera un peu d’espoir, ou au contraire le poussera à s’éclater la tête avec son fusil artisanal, ne voulant plus d’une énième duperie, comme les aides, subventions, baux, prêts, dons… il n’y croit plus. Ils sait que nos bons bailleurs et nos dirigeants, ils ne font que nous la bailler bonne. De la duperie. La vraie.


Faure, pour qui sont ces morts sur votre tête!

RIP1

Etienne Yakanou, militant de l’opposition togolaise, est mort, prisonnier, ce 10 mai 2013, arrêté par les gendarmes ou militaires ou policiers – ils font tous le même boulot au Togo, la barbarie – de Faure Gnassingbé, accusé d’avoir participé aux incendies qui ont ravagé les marchés du Togo en Janvier 2013. L’opposition togolaise dont était membre le défunt se révolte et accuse les autorités togolaises d’avoir tué l’infortuné collègue suite à des mauvais traitements en prison, et surtout un refus de lui administrer des soins suite à sa maladie. Le pouvoir togolais, par sa machine à propagande sur Internet www.republicoftogo.com se défend d’avoir traité le détenu en lui « prescrivant notamment de la quinine et du sérum », accusant l’opposition de récupérer le décès de l’opposant.

Un homme est mort, qu’il y ait récupération ou pas. Mort en prison, après seulement quatre mois de détention. Incarcéré dans une affaire floue, louche et loufoque, dont chaque Togolais connaît, connaissait les résultats. Qui peut-on accuser, injurier, maudire, si ce ne sont ceux qui l’ont incarcéré ? Que s’est-il passé dans le lieu de détention durant cette courte période pour que le détenu tombe si gravement malade ? Pourquoi est-il mort si subitement s’il a été bien soigné ?

Les autorités soutiennent à travers leur laboratoire à mensonges www.republicoftogo.com que « le personnel soignant ayant diagnostiqué une crise de paludisme lui a administré le traitement approprié lui prescrivant notamment de la quinine et du sérum », avant de conclure que « le certificat de décès établi par le médecin traitant fait état d’une mort survenue par arrêt cardiaque. » Vraiment bizarre, cette manière de mourir des opposants togolais incarcérés ! Ils souffrent d’une crise de paludisme, on se précipite pour leur prescrire de la quinine, et ils meurent subitement d’une crise cardiaque, juste pour chercher des problèmes à nos autorités. Peut-être que le docteur de la gendarmerie  – s’il était vraiment un docteur et non un garde-forestier, comme tout le monde peut devenir tout avec ce régime – aurait dû faire fondre un peu de Victago dans un mélange de Kpatima et de sodabi et le faire boire au détenu malade. Le Kpatima allait soigner le palu, le Victago le cœur, et le sodabi allait lui donner des forces pour affronter de nouvelles tortures dans sa cellule. Nous sommes toujours dans la cynique logique de nos tueurs !

La duperie sur Faure Gnassingbé, dupe comme toute sa bande qui l’aide à fabriquer ces mensonges indigestes qu’ils ont toujours cherché à nous faire ingurgiter. Nous avons vu, au Togo, des masses immondes, des amas de chair et d’os, des assassins gavés de crimes et de meurtres depuis leur enfance, des pyromanes avérés, des cleptomanes nationaux devenus des escrocs internationaux, des corps boursoufflés, malades et ouverts à toutes les maladies aller en prison mais en sortir en bonne santé après des mois de détention. Nous en voyons toujours des pas moins gros, pas moins boursoufflés, pas moins louches, pas moins criminels détenus depuis des années et toujours en bonne santé. Comment expliquer que c’est le militant d’opposition incarcéré il y a juste quelques mois qui y meurt, s’il n’a pas été torturé et laissé sans soins ?  

Etienne Yakanou est mort. Injustement incarcéré. Injustement torturé. Gratuitement assassiné. Encore un mort sur la tête de Faure Gnassingbé, en attendant la cruelle mort qui le fauchera. On entend la femme éplorée, la veuve, crier en larmes : « Ils ont tué mon mari, mon mari n’a brûlé aucun marché. » On imagine ses deux enfants de 12 et 10 ans pleurer. Des orphelins. Les énièmes orphelins fabriqués au Togo par Faure Gnassingbé et sa maffia criminelle. Ils pleureront, ces pauvres enfants, jusqu’à la fin de leur vie, parce qu’on a injustement tué leur père en prison. Un père qu’on perd, ça se pleure toute une vie – tous les orphelins le savent. Surtout quand on le perd si atrocement, si gratuitement. Quel poème, quelle consolation va-t-il falloir réciter à ces deux enfants pour qu’ils oublient, pardonnent, et ne détestent pas le Togo ?


Oui, nous sommes africains et homosexuels

Crédit image: rnw.nl
Crédit image: www.rnw.nl

En rentrant dans ma classe ce matin, j’ai saisi des bribes d’une discussion entre un collègue enseignant et ses étudiants, portant sur l’homosexualité en Afrique. « Vous savez, cette histoire est une affaire des Blancs, c’est eux qui acceptent ces choses chez eux. Il n’y a pas de débat sur l’homosexualité en Afrique. Ceux qui le sont savent très bien eux-mêmes qu’ils ont choisi d’être des marginalisés. Si vous voyez cette bêtise se propager maintenant dans nos pays, c’est juste parce que nous sommes toujours dans cette logique bête d’imiter aveuglément ce que font les Blancs. Je sais que dans quelques années, les bailleurs de fonds européens commenceront à imposer à nos Etats d’accepter de dépénaliser et même de légitimer l’homosexualité, invoquant comme toujours les notions d’égalité, de justice, de droits de l’homme… Ils conditionneront même les aides qu’ils nous font à l’acceptation de ce fléau.  Mais ce qui est sûr, c’est peut-être dans les pays chrétiens africains que cela pourra passer, pas chez nous… »

Je voulus ouvrir la porte de la classe, identifier le professeur, et avoir une petite discussion avec lui après les cours. Mais, avisé, je me retins, sachant les raccourcis que peuvent entraîner des débats de ce genre, avec certaines personnes. Déjà, son « Chez nous » avec lequel il avait terminé son discours me mettait en garde. Les « Chez vous » et « Chez nous », j’y suis habitué à Bamako, et on me les a souvent sortis chaque fois que j’ai cherché à défendre mes points de vue sur le concubinage, le mariage forcé, la place de la femme dans la famille, et tout récemment l’homosexualité. « Chez nous – les musulmans – la religion ne permet pas le concubinage, mais chez vous – les chrétiens – vous le faites parce que vous imitez les Occidentaux… »

Je me suis rappelé ce litige qui m’avait opposé, en 2008, à mon professeur de Management stratégique. J’étais en année de maîtrise. Le professeur, de la cinquantaine – qui dès le premier cours nous avait fait part de son incommensurable amour pour l’Afrique et ses valeurs, amour qui l’a empêché de rester en France après son doctorat, malgré les multiples opportunités qui s’y offraient à lui – entra ce soir dans la classe, et avant de commencer le cours nous fit savoir qu’il sortait d’une réunion portant sur une grande campagne de sensibilisation sur le port des préservatifs organisée par une Organisation non gouvernementale américaine à l’intention des étudiants des universités publiques et privées du Mali. Il s’y était opposé, nous avait-il dit, fier de lui, parce qu’il ne voyait pas le bien-fondé d’une campagne destinée à enseigner aux étudiants d’utiliser des préservatifs. C’était, selon lui, l’apologie de la fornication. « Nous n’avons pas tout le temps besoin d’exécuter les ordres que nous donnent les pays occidentaux », avait-il conclu.

Après son show, je levai la main et lui demandai ce qu’il préconisait comme solution aux ravages du Sida en Afrique, s’il n’était pas d’accord avec le préservatif. Ce fut alors qu’il prononça cette épouvantable phrase : « Le Sida est une invention des Blancs, parce que leurs entreprises pharmaceutiques ont besoin de vendre des préservatifs et d’autres produits. Quand ils ont des choses qu’ils ne sont pas en mesure de vendre, ils créent des besoins chez nous pour les écouler. Et puis, jeune homme, sachez que nous notre religion n’accepte pas le préservatif, c’est un péché. Vous dans vos pays-là vous cherchez à imiter les Occidentaux et les suivez sans réfléchir. C’est différent chez nous, tu dois le savoir. » Je fis tous les efforts pour ne pas exploser de rage, et me contentai simplement de lui dire, avant de sortir de la classe : « Monsieur, je vous respecte beaucoup, mais vous pouvez tuer des centaines de jeunes Africains avec votre logique-là. Vous faites peur… »

Mon collègue de ce matin m’a donc fait penser à ce professeur, parce que le premier tient aujourd’hui, sur l’homosexualité, le même discours que tenait en 2008 le second sur le Sida et le préservatif. L’homosexualité est un truc des Occidentaux. Et pour ceux qui savent bien affiner les raccourcis, comme mon collègue, si c’est un truc des Occidentaux, c’est donc un truc des chrétiens d’Afrique, comme les chrétiens, dans beaucoup de pays africains à dominance musulmane, sont considérés comme les Occidentaux d’Afrique.

Attentat ! Dans les communautés chrétiennes d’Afrique aussi, pour renvoyer la balle de l’homosexualité – comme il faut la renvoyer à quelqu’un d’autre, on brandit la Bible en affirmant que l’homosexualité est un péché créé par les Occidentaux non-chrétiens. Certains pasteurs et évangélistes lançant leurs fidèles à la traque des homosexuels, au nom de la Bible, pour prouver leur foi et ferveur aux imams ennemis publics certifiés des homosexuels.

Car ce sont les leaders religieux, leur fanatisme en bandoulière, qui gèrent le grand débat sur l’homosexualité en Afrique, lançant fatwas et malédictions à hue et à dia contre les homosexuels, avec la bénédiction de nos autorités incapables devant les lobbies religieux. La vérité, personne n’a encore le courage et l’honnêteté de l’avouer, l’affronter, surtout qu’il y a le facile raccourci de l’Occident-fautif à prendre. Les langues sont encore trop lourdes pour affirmer que les homosexuels abondent dans tous nos pays, à dominance chrétienne ou musulmane, malgré les messages haineux et les hypocrisies que nous inventons pour les étouffer.

L’homosexualité est une réalité en Afrique. Il y a longtemps qu’elle l’est. Poser le débat et en parler aujourd’hui est une nécessité. Une question de santé publique. Plusieurs enquêtes ont déjà montré que les homosexuels sont partout en Afrique, dans nos maisons, nos écoles, nos marchés, nos couvents, nos églises, nos mosquées, nos ministères, nos parlements… au Mali, au Cameroun, au Togo, au Sénégal, au Gabon, en Guinée, en Gambie – oui, chez vous, Monsieur Yayah Djameh, au Kenya, au Burkina… Et pendant que nous refusons de les voir, de parler d’eux, cherchant à quel pays, à quelle civilisation, à quelle religion, à quelle culture les offrir, ils se multiplient dans le silence que nous avons créé autour d’eux, dans le noir dans lequel nous les avons jetés, contractent, transmettent et meurent du Sida et des chagrins tous les jours à côté de nous, chez nous, avec nous.

Cet article est écrit en prélude à la journée mondiale contre l’homophobie, le 17 mai

 


Alpha Condé, Samuel Eto’o et Cie… au resto

Alpha Condé
Alpha Condé (crédit image: www.guineeweb.org)

Étonné, je le regardai pendant un bout temps, jaugeant la métamorphose entre mon ancien camarade de classe de l’école primaire et le jeune homme cultivé que j’avais devant moi. Mon ami Rodrigue me l’a toujours dit, un analphabète qui passe cinq ans en Europe devient plus cultivé qu’un détenteur d’un doctorat resté en Afrique. André, le plus taré de tous mes camarades de l’école primaire, André qui jamais n’avait réussi à avoir deux sur dix en calcul mental, un sur dix en conjugaison, qui réussissait même l’exploit d’obtenir zéro sur dix en leçons, André qui avait déserté l’école en deuxième année au primaire, suite à un festival de fessées que lui avait offert notre directeur d’école le lendemain de la proclamation d’un concours inter-école où il était le dernier de tous les candidats… André, devenu footballeur professionnel en France, qui raisonnait devant moi, jetant dans la boue les intellectuels africains !

– Ecoute André, fis-je en jetant un furtif coup d’œil à la jolie fille qui lui tenait compagnie, ce n’est pas parce qu’avec le foot tu as pu obtenir ce que tu n’aurais jamais pu obtenir avec les études que tu peux te permettre de faire l’apologie du football au détriment des salles de classe. Pour moi, je te le redis, le foot reste avant tout un sport et un divertissement, et je suis énervé que nos jeunes en Afrique le considèrent aujourd’hui comme une profession. Comment est-ce que tu peux comprendre des jeunes de la trentaine qui du matin au soir, chaque jour, végètent sur des terrains de foot de coins de rues, abandonnant les études, rêvant de trouver un jour un club en Europe, diviser leur âge par deux ou par trois, et jouer les stars, hein ! Je te…

– Ils jouent les stars mais ils valorisent plus leurs pays que les gros palabreurs inutiles que vous êtes, vous qui vous dites instruits. Moi je ne joue qu’en deuxième division en France, mais je fais plus honneur au Togo que toi et tous tes mentors intellectuels togolais réunis, parce qu’on sait très bien que malgré les beaux discours que vous tenez durant vos années de jeunesse, vous finissez toujours pourris comme ceux que vous avez combattus.

Je pouffai de rire, lorgnant une énième fois sa compagne. Qu’elle est jolie ! Qu’elle sentait bon, Bon Dieu des filles qui sentent bon ! Le genre de filles qui, à côté de votre compagne, produisent le même contraste que Michel Gohou à côté de Michael Jordan en taille, Quasimodo à côté de Brad Pitt en beauté, Faure Gnassingbé à côté de Nelson Mandela en bonne gouvernance,  Hailé Gebrselassie à côté de Gérard Depardieu en poids…  

– André, écoute, ne compare pas deux choses incomparables. Les footballeurs sont là pour jouer et divertir, et les intellectuels sont là pour réfléchir, émettre des idées pour que nos pays soient…

– Oui, mais avec le chapelet d’intellectuels que nous avons en Afrique et la panoplie d’idées qu’ils émettent, pourquoi sommes-nous toujours là où nous sommes, hein ? Combien de livres n’avez-vous pas écrits pour étaler vos grandes idées d’intellectuels ? Mais nous sommes toujours là où nous avons toujours été. Au moins nous les footballeurs nous faisons rêver les jeunes, beaucoup de jeunes Africains. Chaque fois que nous marquons un but, ils jubilent et se voient en nous. Nous donnons de la joie à nos supporters. Dis-moi, toi et tes gourous intellectuels-opposants vous donnez quelle joie aux jeunes, hein ?

Il fit signe au serveur qui nous amena une quatrième bouteille de vin blanc. Je faillis paniquer, pensant à l’addition, avant de me ressaisir, je buvais avec un footballeur jouant en France, il pouvait payer. Ils peuvent tout payer, eux. Je lui jetai encore un coup d’œil. A elle, bien sûr. Qu’elle sentait bon !

– Tu imagines ce que deviendra l’Afrique si tous nos jeunes finissent par avoir pour référence des footballeurs et désertent les écoles, hein, nous…

– Oh, là l’Afrique deviendra, enfin, un continent où tout le monde fera bien son travail. Au moins le foot, on le joue bien, nous les footballeurs africains. Ce sont tes patrons intellectuels-opposants et dirigeants qui n’ont jamais bien fait ce qu’ils disent savoir faire, tu le sais mieux que moi.

Il se servit, vida le reste de la bouteille dans mon verre, et déposa un baiser sur les lèvres – sentant bon, j’imagine -, de sa compagne qui avait commencé à somnoler, ennuyée par notre conversation. J’avalai une grande quantité de salive. Aie, les lèvres – sentant bon – d’une jolie fille ! De cette fille !

– Ecoute, mon bon vieux David, je suis sur place pour une semaine, on aura l’occasion de rediscuter, faut que je ramène mon bébé à la maison, elle a sommeil.

Il fit signe au serveur qui amena l’addition. Cent douze mille francs. Presque mon salaire mensuel d’enseignant avec quatre ans d’expérience – si le capitaine Sanogo ne fait pas de coup d’Etat, bloquant les activités dans le pays. Je fis semblant de fouiller dans ma poche où il n’y avait qu’un billet de cinq mille francs et deux pièces de cent francs dont une était si lisse que je doutais de sa validité.

– Oh, mon intellectuel, t’inquiète, je paie tout, c’est moi qui t’ai invité. Au moins le foot paie bien. Nous on s’enrichit sans voler, contrairement à vous.

Nous nous dirigeâmes vers le parking. Lui et sa compagne vers sa belle Peugeot louée, moi vers mon scooter. Je tentai sans succès deux coups de démarreur avant de me rappeler que ma bougie marchait mal depuis trois jours. Je fis signe à des badauds de m’aider à le pousser pour le démarrer. Mon ami footballeur, qui venait de démarrer sa voiture, baissa la vitre et me lança en riant :

– Quoi, hein, bébé-intellectuel-opposant, même ta moto ne démarre pas ? T’inquiète, tu te rattraperas quand tu arriveras au pouvoir au Togo. C’est le rêve de tous les intellectuels-opposants africains, tes patrons. Ils se disent « Hum, aujourd’hui je bouffe de l’air étant opposant, mais je sais que demain une fois au pouvoir, je vais me rattraper ». Tu pourras enfin t’acheter une voiture avec de l’argent détourné, et sortir avec de belles filles comme ma compagne que tu n’as pas cessé de dévorer des yeux durant toute la soirée. Bah, tu crois que je ne te voyais pas l’admirer, hein. Pour le moment, débrouille-toi avec ces bonnes et revendeuses d’arachide grillée que tu peux impressionner avec ton salaire d’intellectuel-opposant junior, en espérant que Faure Gnassingbé t’appelle bientôt à la mangeoire… Le modèle Gilchrist Olympio. Ou tu pourras créer ton parti d’opposition financé par Faure Gnassingbé, pour amuser la galerie. Le modèle des opposants camerounais. Ou encore tu pourras jouer à l’opposant jusqu’à soixante-dix ans, et devenir dictateur quand tu arriveras au pouvoir. Le modèle Alpha Condé. Tu vois comment le mec dirige la Guinée comme un charcutier après avoir été opposant toute sa vie, hein ? Avoue que tous ces opposants-intellectuels auraient mieux servi l’Afrique s’ils avaient été juste des footballeurs. Ciaoooooooo….


Liebster Award, super loufoque, mais génial

Liebster Award
Liebster Award

… Bref, – oui, ça m’arrive de commencer comme cela – si t’as rien pigé jusqu’ici, conasse, c’est une histoire de blog et d’Award. J’ai reçu, hier, sur Twitter, un message du blogueur , qui m’informe qu’il m’a nominé au awards. Hein, c’est encore quoi ce truc-là, que je me suis dit. Mais j’ai finalement compris, et je peux dire que c’est intéressant, même si je vois que c’est trop boulot pour moi qui suis aussi paresseux qu’une femme enceinte de trois mois…

Rebref – oui rebref que j’ai dit, c’est-à-dire bref une seconde fois – je vais vous expliquer ce que c’est que Le Liebster Award.

Le Liebster Award (de l’allemand Liebster qui signifie « aimé » ou « préféré ») c’est un prix que l’on décerne aux blogs que l’on aime et que l’on veut faire connaître. Il permet de faire découvrir les blogs ayant moins de 200 followers. Cependant, il existe des règles à suivre quand on se voit décerner un Liebster.

Les règles

– Chaque personne doit écrire 11 faits sur elle-même,
– Répondre aux questions que la personne l’a tagué a postées et créer 11 questions destinées aux personnes qu’il veut taguer,
– Choisir 11 personnes et mettre un lien vers leur blog,
– Les en informer sur leur page

– On ne tague plus la personne qui a tagué.

Alors, les gars, je commence, je vais d’abord parler de moi – moi qui à force d’utiliser la première personne du singulier dans mes articles et mes bouquins ai fini par avoir une étiquette de mégalo – ensuite je vais répondre aux questions de qui m’a tagué, je vais ensuite nominer onze blogs et leur poser onze questions. Bon Dieu, qu’Internet peut être cassant des fois !

Onze faits sur moi

– Je suis togolais mais j’habite au Mali depuis plus de cinq ans maintenant.

– Beaucoup me voient comme un réfugié politique, vu mes écrits, mais non, je suis plutôt un réfugié économique, j’ai fui le chômage au Togo.

– Ma mère a voulu et insisté que je fasse une école supérieure de Commerce pour devenir cadre de banque, mais aujourd’hui je ne suis qu’un enseignant (pardon maman).

– Je regrette beaucoup mon père, qui m’a orienté vers l’écriture, mais qui n’a pas eu la chance de lire un de mes livres édités (il n’avait lu que mes manuscrits enfantins).

– J’ai trois sœurs que mes parents ont dressées pour m’adorer, et vous comprenez maintenant, feignasses, cette tête à peu près macho que j’ai.

– Mon corps m’inquiète sérieusement ces deux dernières années parce que je prends démesurément du poids.

– Je suis très paresseux dans les exercices physiques – mais pas partout hein, svp !

– Contrairement à l’idée que mes lecteurs ont de moi, je suis très peu bavard et aime être seul.

– J’aime les bijoux, et j’en porte beaucoup, même si ici on considère les garçons qui en portent comme des coureurs de femmes.

– Je ne sais pas pour vous mais je n’aime pas du tout ces filles qui sont trop collées à leurs partenaires, genre « tu vas où, t’es où, tu parles à qui au téléphone… » Merde !

– Je voudrais mourir avant soixante ans. Ne me demandez pas pourquoi. Je sais pas.

Mes réponses aux questions de

– Où vivez-vous ? Au Mali

– Si vous avez le choix, où vivriez-vous ? Au Togo (j’adore les Togolaises)

– Quand je vous dis Afrique qu’est-ce-qui vous vient à l’esprit ? L’espoir

– Quel est votre musicien africain favori ? Brigadier Zimba (Ao Mibomog… Mibomooog)

– Si vous devriez vous définir en un seul mot ? Ambitieux (je rêve d’un Prix Nobel)

– Si vous aviez le pouvoir de changer une chose dans le monde ? Tous les Etats africains doivent être dirigés par des femmes, elles sont plus sensibles.

– Pour vous quel est le meilleur moment de la journée ? Le matin

– Que feriez-vous si vous gagnez aujourd’hui un million de dollars ? Adopter dix enfants de rue du Mali et les scolariser.

– Une personnalité que vous aimeriez rencontrer dans votre vie : Ahmadou Kourouma (Dommage qu’il soit mort)

– Depuis quand bloguez-vous ? Depuis 2009

– Quel est votre jour préféré de l’année ? La date de naissance de ma mère.

Les Blogs que j’ai nominés

Le blog de Nora Noviekou, pour qui je retournerai au Togo l’an prochain

Le blog d’Ayaah, une Ivoirienne pleine d’humour qui habite à Ouaga

Le blog de Nathyk, La chaleur de Nathyk !

Le blog de Yehni Djidji, qui publie ses nouvelles sur son blog comme moi

Le blog de Marthe Fare, par solidarité dans l’affaire-là… Elle comprendra…

Le blog d’Andrea Ngbanla, qui m’a mis en contact avec une belle Sénégalaise à Abidjan

Le blog d’Axelle Kaulanjan-Diamant ma belle binôme de Dakar, ah, Axelle ma binôme !

Le blog de Fabbi Kouassi, Madame BBC du Togo, grande journaliste

Le blog de Manon Heugel, ma 18e femme qui ne veut pas d’une 19eme.

– Le blog de Réndodjo Moundo, La première personne que je verrai quand je serai au Tchad

Le blog de Nana Benz, Elle a eu l’intelligence de conseiller mon livre pour Noël en 2012! Quel Génie, cette fille!

Mes onze questions pour mes nominés

– De quel pays êtes-vous originaire ?

– Où habitez-vous actuellement ?

– Quel est votre pays de Cocagne ?

– Quelle est votre profession ?

– De quelle profession rêviez-vous quand vous étiez enfant ?

– Comment concevez-vous le mariage ?

– Votre position par rapport au mariage homosexuel

– Qu’est-ce qui vous a amené au blog ?

– Quels sont les sujets que vous aimez aborder dans votre blog ?

– Quel est votre plus beau souvenir d’enfance ?

– Combien d’enfant aimeriez-vous avoir ?

A ceux qui se demandent pourquoi je n’ai nominé que des blogs de filles, je réponds « parce que je suis macho, connasse, vous imaginez mon plaisir, imposer ce long travail à onze femmes et les voir se démerder devant leurs claviers, hein  ! »