Lil’rapeur – ‘Reach Germany 2006, or die trying’

Article : Lil’rapeur – ‘Reach Germany 2006, or die trying’
18 novembre 2012

Lil’rapeur – ‘Reach Germany 2006, or die trying’

 

Ce texte est extrait de la nouvelle « Allemagne 2006, merde ! » tirée de mon recueil de nouvelles, Le Gigolo de la réforme (Paris, Edilivre, 2009), écrite en 2006, quand j’étais encore au Togo, inspiré par la mésaventure d’un groupe de trois jeunes rapeurs de mon quartier Dzidzolé. Ils avaient la vingtaine, bluffaient tous les jeunes paumés du quartier, dont moi, par leur style de vie : fringues, filles, boîte, alcool. On nous avait annoncé dans le quartier qu’ils devaient suivre l’équipe nationale de foot, Les Eperviers, à la Coupe du Monde de foot en Allemagne 2006, pour aller raper pour supporter l’équipe. Le quartier se réveilla sur une horreur le matin du départ de notre équipe pour l’Allemagne, nos rappeurs venaient d’être arrêtés par la police, impliqués dans une affaire de braquage d’un supermarché de Lomé. Le rap et nos jeunes, des fois, ça craint sérieusement.

(…) Mon cousin me récita alors les sept commandements du rap que je devais connaître afin de  trouver grâce aux yeux du dieu du rap et bien réussir dans le domaine. Vous savez que toute profession a toujours eu des règles que l’on appelle déontologie. Voici donc les sept commandements du rap comme me les récita mon cousin : 1) Un rapeur doit arrêter les études pour bien se consacrer au rap car le dieu du rap est un dieu très jaloux. 2) Il doit être très impoli et ne pas respecter ses parents car les premiers rapeurs ont été des vagabonds et enfants de rue. 3) Le  rapeur  doit  être très violent et ne pas avoir peur de se battre contre qui que ce soit. 4) Il est tenu de prendre de la drogue et fumer de la cigarette pour être inspiré. 5) Il doit avoir beaucoup de copines et les plaquer en désordre. 6) Il doit connaître voler et manipuler des armes. 7) Il ne doit jamais aller à l’église car elle corrompt et détourne de l’idéal.

Sincèrement, j’acceptai cette table de la loi contre mon gré parce que je ne savais pas trop comment j’arriverais à la respecter. Moi qui étais né et éduqué dans une famille chrétienne avec des parents qui n’avaient rien à envier à Abraham et à Job, comment  pourrais-je respecter une loi qui m’interdisait d’aller à l’église et m’incitait à être impoli, prendre de la  drogue et fumer ? Arrêter les études était carrément impossible pour moi parce que cela impliquerait mon  renvoi pur et simple de la maison. Mais que voulez- vous ? Je devais aller en  Europe et surtout épouser une Allemande. J’acceptai donc et notre nouvelle vie commença.

Pendant toute une semaine, je ne me présentai pas aux cours et mes professeurs inquiétés vinrent demander des explications à mes parents. Ces derniers s’étonnèrent et me firent appeler. J’appliquai donc le deuxième commandement de notre loi en les grondant et les insultant. La sanction fut immédiate, mes affaires furent catapultées dehors malgré les  supplications et les lamentations de ma mère.

– Tu reviendras dans cette maison quand tu auras appris à être poli, salopard, cria mon père en fureur.

– Je ne reviendrai plus jamais dans cette maison de merde, ai-je répondu en faisant de grands signes de la main, sortant de la maison mon sac au dos.

Mon cousin me trouva une place chez ses amis et je commençai une nouvelle vie, celle de vrai rapeur, celle du ghetto. Nous étions six dans une pièce insalubre et passions nos journées à fumer, à boire du vin et surtout à interpréter des chansons phares des  stars du rap américain.  Quelques nuits, on partait casser certains magasins ou voler les motos de  quelques pauvres conducteurs de taxi-moto qu’on partait vendre sur les frontières des pays limitrophes.

Une nuit, lors du braquage d’un supermarché, la police intervint et tua un membre de notre groupe. Je pris peur et voulus retourner à la maison mais mon cousin me rassura et promit que tout irait bien. Un mois dans le ghetto et je faillis mourir à la suite d’une violente tuberculose. Dieu  seul sut comment Il m’en guérit. Un après-midi, alors que nous étions partis faire des achats dans un supermarché, une forte bagarre éclata et j’y perdis une dent. En effet, nous étions dans le rayon des boissons en train de collectionner nos meilleurs vins quand deux jeunes hommes, sans doute des rapeurs, à voir leur habillement et leurs dents  pourries par la cigarette, foncèrent sur nous :

– Hé !  dites-nous,  qui  d’entre vous a essayé de violer ma copine le samedi passé en boîte ?

Are you stupid,  are you mad ? cria mon cousin en poussant le gars.

You’re stupid bitch, you’re mad motherfucker boy, vociféra l’un de nos adversaires en imitant les acteurs des films américains.

Your fucking hell mother is stupid men ! Your shameless coward fucking bastard father is stupid ! cria mon cousin en imitant 50 Cent.

Le garçon sauta sur mon cousin et lui mordit la joue gauche. Ce fut le tumulte dans le supermarché. Coups de poing, coups de tête, coups de pied, gifles… J’essayai de m’enfuir mais l’un de nos adversaires me donna un coup de poing violent sur la bouche et je perdis une incisive en m’écroulant sur les carreaux. Je fis un effort pour me relever et  m’enfuir mais il me retint par le bras et me donna un grand coup de tête dans  le ventre. Je perdis connaissance. Je me réveillai à la brigade pour mineurs où nous fûmes détenus pour deux semaines. On nous libéra après nous avoir donné chacun cinquante fessées sur les  fesses nues. Je décidai sincèrement de retourner à la maison et demander pardon à mes parents mais une fois encore mon cousin arriva à me convaincre.

– Toi tu dois cesser de te comporter comme une faible fille, me fit-il, tu veux aller en Europe et épouser une Blanche, tu crois que c’est si facile ? Cesse d’agir comme une poule mouillée.

Un mois après, nous sortîmes notre premier clip. Le morceau était intitulé : « Fucking u, fucking me ». Le succès fut immédiat. Tout le monde apprécia notre talent et notre créativité. Mes potes, si vous m’aviez vu dans ce clip habillé comme Jay Z ! Mon rôle était de  taper sur les fesses nues de deux petites lycéennes en string et leur caresser de temps en temps la poitrine. J’étais trop cool dans ce clip, je vous jure. Les copines que je gagnai étaient incomptables et je les plaquais après deux ou trois jours après avoir abusé d’elles. J’étais devenu un vrai rapeur, croyez-moi. Ma mère ayant regardé le clip me retrouva et me pria en pleurant de revenir à la maison mais Monsieur le Rapeur lui dit nenni. Nous fûmes donc facilement acceptés dans le groupe des supporters. J’avais donc l’Europe dans les poches. Aucun chemin de fleur ne conduit vraiment à la gloire ! La Fontaine,  tu as pleinement raison. Ah, j’avais été vraiment niais d’avoir voulu quitter le ghetto !

 (…) Nous étions seulement à quelques jours du départ pour l’Allemagne et nous déposâmes nos passeports à l’ambassade pour les visas. Ce fut alors que des problèmes internes éclatèrent au ministère des Sports et le ministre fut licencié. L’entraîneur de notre équipe quitta et les joueurs refusèrent de revenir. Personne ne comprenait rien de ce qui se passait(…) Dépassée, toute la population envahit la Présidence en signe de protestation lançant des injures au Président et au gouvernement. Les plus intrépides et impolis lancèrent des pierres à l’immeuble du palais. On  lâcha donc les chiens méchants. Coups de revolver, de mitraillette, de couteau, de baïonnette, de crosse, de gourdin, gaz lacrymogènes, viol… Chacun se sauva comme il pouvait, mais vous savez que j’étais un rapeur et mes baskets de trente kilogrammes, mon gros pantalon et mon tee-shirt-robe ne me permirent pas de vite courir… Je me retrouvai à l’hôpital avec un bras fracturé. C’était fini. J’avais perdu mon année, mes parents, ma quiétude, ma dent pour rien. Il fallait peut-être espérer 2010. Allemagne 2006 ! Quelle merde !

PS : Le titre est une parodie du titre de l’album à succès du rapeur américain 50 Cent, Get rich or die trying.

Le gigolo de la réforme: Amazon.fr: David Kpelly: Livres, Edilivre, Paris 2009, Nouvelles, 256 pages, 18,5 euros.

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Commentaires

Kpelly
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It's on!

Elias
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eyo baby motherfucker

RitaFlower
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Beh dit donc,pas très courageux notre rappeur 50 Kpelly.J'ai souvenir que tu n'es pas un grand fan de RAP.Tu as risqué ta vie pour aller épouser une blanche en Allemagne.David,toi aussi...tu déconnes oh.Ahahahah...je ris de tes mésaventures et t'imagines rappant.P.S.Par contre en matière de ta culture RAP,je m'incline puisque cet album de 50 cent est l'un de ses meilleurs albums à ce jour...une bombe!

Kpelly
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Tout un plaisir, doudoune (je crois que c'est le féminin de Doudou non? Bon, c'est notre message codé, à toi et à moi.)
Amitiés

RitaFlower
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J'oublie...en vrai rappeur.On attend que tu nous écrives un texte,ta composition... pour juger de ton talent comme le rappeur franco-togolais ROST.Il est plus connu pour ses talents d'orateur que rappeur...

Kpelly
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Ah, Rost, je l'aime beaucoup, il fait notre fierté, à nous petits togolais. Tu le connais?

Antoine Dougnon
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Salut l'écrivain. Excusez-moi de vous envoyer ce message par ici, mais je n'ai pas rouvé votre mail. Cela fait plus de six semaines que nous vous envoyons PAR fACEBOOK un protocole d'interview dans notre journal mais nous n'avons pas votre réponse. Cela nous ferait quand même du bien si vous ecceptez notre demande d'interview. Vous êtes sans doute la plus belle voix actuelle de notre jeune littérature. Notre journal vous attend.
Merci

Kpelly
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On s'écrit en off, mon cher. Ce sera tout un plaisir.
Amitiés

Enyonam
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Mon mari est donc un ex-rappeur, mon Dieu. Donc en plus des blagues que tu vas me raconter chaque nuit j'aurai aussi droit à des morceaux rap!

Kpelly
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T'es une femme gâtée! Un mari rappeur, ça ne se ramasse pas partout, voyons!
Amitiés

Elias
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T'es cinglé David! Tu as tout fait dans ta vie?

Kpelly
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Je vais faire comment, hein, mon cher Elias? Comme le diraient les Camerounais!