Les trois messes basses de mon cocu du 31

Article : Les trois messes basses de mon cocu du 31
27 décembre 2012

Les trois messes basses de mon cocu du 31

réveillon

J’adore la Saint-Sylvestre, le 31 décembre, à Bamako, Bon Dieu des 31 décembre. Bah, pas pour ce spectacle des vestes ringardes que nous offrent les Bamakois recroquevillés sur leurs motos chinoises – les tendances ayant exigé que le 31 décembre tous les hommes soient en veste, des vestes aussi amples que l’immense Gérard Depardieu dedans semblerait Jessica Alba dans un maillot de Fat Joe, aussi longs qu’Abdou Diouf les porterait pour une soutane, ces vestes aux manches pendantes comme les bras d’un épouvantail placé dans un champ de riz, aussi décolorées que le treillis du capitaine Sanogo le 22 mars 2012, et qu’on appelle chez moi les vestes-à-cafard parce que neuf fois sur dix les propriétaires y retrouvent toujours un cafard étourdi perdu quelque part dans un pli…

J’adore le 31 décembre à Bamako. Pas pour ce concert des pétards qui plongent entre vingt-trois heures et une heure du matin la ville sous des explosions d’enfer, avec des explosifs aussi violents qu’épatants, certains explosifs – chinois sans aucun doute, inscrivant même en explosant dans les airs la nouvelle année dans un jeu d’étincelles, modèle sur lequel je me suis basé cette année pour en commander un à des amis chinois résidant à Bamako, fabricants de téléphones portables le lundi, ingénieurs en bâtiments et travaux publics le mardi, restaurateurs le mercredi, gérants de bar à putes le jeudi, ingénieurs agronomes le vendredi, experts en placements boursiers le samedi, pasteurs le dimanche – Bien sûr qu’ils commencent aussi à créer des églises « Jesus Xuan Chi Yun Church of Bamako »… Mon spécial explosif chinois, donc, que je lancerai à minuit juste devant la camp militaire où réside le capitaine Sanogo, inscrira en explosant dans les airs « Capitaine Sanogo, que 2013 t’apporte pleins de succès et de réussite en prison, conasse… »

J’adore le 31 décembre à Bamako. Pas parce que c’est la seule fois de l’année où je pars à l’église, ayant passé tous les dimanches de l’année  à gicler des bouteilles de bière avec des amis aussi païens que le roi Béhanzin. Je me demande, d’ailleurs, si ce n’est pas mieux de rester à la maison et boire des bières les dimanches, aider au moins un barman à nourrir sa famille, au lieu d’aller pécher à l’église en fantasmant durant toute la messe sur ces Congolaises, Sénégalaises et Camerounaises qui y viennent dessinées dans leurs minis et pantalons comme des candidates à une élection Miss. Bon Dieu, je ne Te le dirai jamais assez, tant que les chrétiennes camerounaises, surtout les bamilékés, ne cesseront pas d’avoir des derrières trop gros, les chrétiennes congolaises des chutes de hanches trop brutes, et les chrétiennes sénégalaises des poitrines trop fournies, eh bien, nos églises seront toujours des bordels. Heureusement que les Guinéennes ont au moins la courtoisie de ne pas être des chrétiennes, sinon avec leur beauté je ne sais pas ce que nous serions dans les églises, nous pauvres petits enfants prodigues perdus sur les obscurs chemins de la fornication. C’est pourquoi je préfère les Togolaises et les Béninoises dans les églises, parce que elles, même quand elles y viennent en bikini, on préfère se concentrer sur le pasteur que regarder leur visage.

Bref, j’adore le 31 décembre à Bamako, juste parce que c’est le seul jour de l’année où j’ai la chance et le plaisir de contempler le plus grand nombre de visages de cocus. Quel plaisir de les voir souffrir, réciter des menaces et des malédictions… ces petits dégonflés – et des fois ces vieux hommes mariés, ayant passé toute l’année à se vanter auprès de leurs amis sur le nombre incalculable de copines qu’ils ont, ces filles qui, disent-ils, passent tout leur temps à leur envoyer des mon-amour-tu-me-fais-trop-souffrir-réponds-à-mon-appel-stp, des Omar-je-vais-me-tuer-si-tu-ne-me-réponds-pas-tu-sais-que-c’est-toi-qui-m’a-déflorée-et-c’est-toi-seul-que-je-veux-épouser… tous ces messages de supplication des filles auxquels ils n’ont même pas la gentillesse de répondre, ils sont fatigués des harcèlements de ces petites pétasses de merde… Il faut les voir se bourrer la gueule, se foutant des recommandations de Mahomet et de son Coran, juste pour oublier cette fille qu’ils disent avoir gérée durant toute l’année, et qui les a plaqués pour un autre le 31.

Le 31 décembre. Le sacré jour de la revanche des Maliennes. Pendant toute l’année, elles ont digéré, comme des plats de couleuvres, ces ridicules relents machistes de leurs petits-amis, fiancés et maris, ces grands chefs féodaux pour qui montrer le moindre signe d’amour à sa copine ou sa femme est pour un homme une marque de faiblesse. Ici, la valeur d’un homme se mesure au nombre de femmes qu’il a ou le grand nombre de copines qu’il gère, et qu’il prend plaisir à faire souffrir. Pas question de se rabaisser jusqu’à n’aimer qu’une seule fille, épouser une seule femme. Il faut les multiplier, et montrer à chacune d’elles qu’elle n’est pas seule, qu’elle ne compte donc pas beaucoup, que le grand coq peut partir vers des poules plus gracieuses, plus dodues, plus ouvertes… Dis-moi, Omar, t’es toujours avec celle avec qui tu sors depuis trois semaines, hein – « Ben, non, Mohamed, tu es fou ou quoi, hein, rester avec une seule fille pendant trois semaines, quelle merde, hein, je la trompe depuis avec Mariam, et Salimata, et Fatim… » Et les Mariam et Cie, revanchardes comme le savent si bien être les femmes, attendent patiemment le 31 décembre, pour montrer à ces gros puceaux qu’ils ne sont pas les seuls à savoir faire cocu.

– Hein, David, tu sais quoi, hein, je ne te conseille pas une Malienne, n’épouse jamais une Malienne, quand tu sens que t’as besoin d’une femme, retourne chez toi au Togo, c’est mieux pour toi, vos filles ne sont pas belles, mais elles sont sérieuses, sinon les Maliennes c’est la mort, c’est mes propres sœurs mais c’est la mort, je te dis, ces filles sont nées avec l’infidélité dans le sang, même si tu as une Malienne dans tes bras en train de te faire des caresses avec une main, vérifie bien si derrière elle n’a pas caché un autre qu’elle caresse avec sa deuxième main, et je te jure que si tu vois que le taux d’homosexualité commence à augmenter dans ce pays, c’est juste parce que nos filles commencent à trop nous dégoûter et nous préférons nous tourner vers des hommes, sinon comment tu peux comprendre que quatre filles, je te dis quatre copines ont pris l’argent avec moi pour préparer le 31 et je me retrouve seul cette nuit, hein, je parie qu’à l’heure où je te parle elles sont dans des chambres de passe en train de faire des cochonneries avec leurs amants, et c’est moi qui ai gaspillé mon salaire de ce mois pour leur acheter leurs habits et bijoux, Eh Allah, si Tu n’envoies pas la femme malienne en enfer, Tu n’y enverras plus personne, hum, hum… héééé, barman, ajoute-nous six petites bouteilles de Castel.

Je le regardais souffrir, suant à grosses gouttes malgré la fraîcheur de ce matin de nouvelle année. La veille, il me disait qu’il avait investi dans quatre filles pour son réveillon, qu’il allait passer trois heures avec chacune d’elles, avant d’aller à la recherche d’une nouvelle, une cinquième, pour entrer dans la nouvelle année. Le voilà qui avait passé, seul et malheureux, ses dernières heures de 2011 et ses premières heures de 2012 avec rien que moi. « Bonne année, tétracocu », ai-je pensé en le regardant s’attaquer à une nouvelle bouteille de Castel. La quatorzième.

PS : Titre inspiré du titre de la nouvelle « Les trois messes basses » du recueil Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet.

Partagez

Commentaires

Kpelly
Répondre

It's on!:

Angèle Nyewou
Répondre

Encorééééééééé, toujours! Comme diraient les Toofan. Merci aux soeurs de Bamako!

Elias
Répondre

On aime, comme toujours. Les mots manquent pour qualifier ton style et ton talent. Continue toujours ainsi pour notre bonheur, petit frère.

Kpelly
Répondre

Tout un plaisir, mon cher Elias.
Amitiés

Nany
Répondre

Hahaha, Excellente année 2013 mon cher Dave et qu'elle te soit encore et davantage inspirante et t'ouvre les portes tant espérées par tout écrivain.....Merci pour toutes ces mots si bien agencés. je suis et reste une incontestable fana de ta plume....
Vivement 2013 pour d'autres aventures hilarantes les unes que les autres!

Kpelly
Répondre

Merci, la Nanyette, et surtout pour tes voeux et ta régularité. Vivement 2013, et fasse Dieu qu'on se croise enfin.
Amitiés

RitaFlower
Répondre

Hum David,les femmes souffrent dans tes mains quoi. Elles aussi,elles se vengent pendant la période des fetes.Les hommes ont intéret à avoir un portefeuille bien bourrés des billets de banque pour qu'elles puissent les dépouiller plus facilement.Contentez vous d'une femme oh,vous avez déjà du mal à gérer une seule,pourquoi alors chercher les problèmes avec deux,trois,quatre.P.S.très sympa,ce petit clin d'oeil à notre gégé National(Dépardieu)qui crois-moi en a tant besoin aujourd'ui qu'il est laché par tous,hein.

Kpelly
Répondre

Si si, chère Rita, les femmes souffrent dans mes mains, parce que je les aime, beaucoup d'ailleurs. On dit quoi là, maman?

Angèle Nyewou
Répondre

Dévé, il paraît, j'ai appris qu'il paraît que tu descends à Lomé sur invitation d'une chaîne de télé pour une émission de la in d'année. C'est vrai? Réponds vite vite vite, on va te reserver un accueil digne d'un roi à Lomé, papa.

Kpelly
Répondre

Hum, hum, chère Angèle, trouve-moi sur Facebook et je te réponds. Promis.
Amitiés

Angèle Nyewou
Répondre

DE LA fin d'ANNEE", je voulais dire.