Le rival presque cocasse d’un Président ! 1

 

Baobab Fils a succédé à son père Baobab Père à la tête de la République de Soutacountry, petit pays imaginaire de l’Afrique de l’Ouest voisin du Togo, selon la formule du de-père-en-fils. Le de-père-en-fils ? Bah, c’est cette nouvelle forme de succession dans les républiques du  continent noir qui permet aux pères de la nation de passer, comme un domaine familial, le fauteuil présidentiel à leur fils adoré, le fils de la nation, avec la bénédiction des institutions internationales africaines, la communauté internationale, la France en bandoulière, bien sûr. Inventée dans les laboratoires de la République démocratique du Congo par Kabila Père qui a passé la main à Kabila Fils, la formule a été testée avec un ineffable succès au Togo en 2005 avec Gnassingbé Père et Gnassingbé Fils, et son succès a inspiré le Gabon qui l’a aussi expérimentée, avec brillot, en 2009 avec Bongo Père et Bongo Fils. Aujourd’hui, la demande est très importante, et le prochain candidat sur la liste d’attente pour goûter aux bienfaits de cette honorable formule est le Sénégal où Karim Wade, dans une fiévreuse impatience, attend que son Mathusalem de paternel la ferme, enfin, définitivement, pour lui permettre de rentrer dans le palmarès, ô combien glorieux, de ces fils bien-aimés qui succèdent à leur père à la tête des républiques, des démocraties africaines.

Soutacountry, le voisin imaginaire du Togo, a donc aussi, il y a un peu plus de cinq ans, appliqué cette formule qui échoue très rarement en remplaçant feu Baobab Père par son fils Baobab Fils. Un destin avorté, diable ! Car Baobab Fils a tout prévu dans sa vie sauf le fauteuil présidentiel. Son rêve qu’il a depuis son enfance nourri est de devenir un célèbre acteur de porno ! Passer toute sa vie, tous ses jours, toutes ses heures à la foutre au fin fond de ces gonzesses stringuées dont il reluque les rondeurs et imagine les profondeurs dans les magazines érotiques.

Le chien ne pouvant pas changer sa façon de s’asseoir, Baobab Fils ne renonce pas à son rêve d’enfance, le rêve de sa vie, même devenu Président. Tout ce qui peut l’avaler passe dans son lit. Les veuves de son défunt père, les femmes de ses frères, de ses ministres et députés, les revendeuses de pagne du grand marché de la capitale, les artistes de gospel deux fois plus vieilles que lui, les Miss qu’il arrache aux stars de foot, les étudiantes, les lycéennes, les collégiennes, les apprenties… les profondes, les pas-profondes, les larges, les fermées, les poilues, les rasées, les pas-si-poilues-que-ça… mon vieux, tu parles, le jeune Président, fort, de Soutacountry défonce tout ! La théorie est simple, tout trou est trou, pourvu que le quelque chose-là puisse disparaître dedans !

Choisir étant toujours difficile quand il y en a trop, Baobab Fils, le jeune Président, n’est pas arrivé, après cinq ans de règne, à choisir une première dame dans sa ribambelle de minettes. La presse privée, aimant toujours se la jouer star, voulut en parler mais une panoplie d’amendes foutues à des journalistes par-ci, des arrestations par-là, firent revenir le calme.

L’affaire devint incongrue, indigeste, quand, il y a quelques mois, un chef d’Etat occidental décida de recevoir tous les présidents africains francophones avec leurs épouses. Blaise Compaoré y était avec sa belle nana, Paul Biya avec Chantal et sa perruque, même Abdoulaye Wade y avait traîné sa vieille conquête même si on les avait trouvés trop vieux dans le groupe… Mais Baobab Fils était encore seul, seul comme toujours, parmi tous ces couples, ne sachant toujours pas qui officialiser dans sa kyrielle de compagnes !

Humilié par ses homologues, raillé par la presse privée, matraqué par ses détracteurs, hué par les mauvaises langues… Baobab Fils décida, trois mois après sa mésaventure, de choisir une femme légitime, une seule, messieurs et dames écoutez bien, une seule ! Tout un évènement !

Le choix fut difficile, très difficile, mais porta finalement sur une jeune étudiante de vingt-deux ans. La femme d’un instituteur béninois. Détail de moindre importance, d’autant plus que la personnalité du conjoint de la jeune fille n’aurait pu rien changer dans la décision du Président. Les enfants, on ne refuse pas sa femme à son président, apprenez à respecter l’autorité, bande d’indisciplinés ! Tout se passa vite. Mariage retransmis en direct sur la chaîne de télévision nationale, jours fériés, chômés et payés sur toute l’étendue du territoire, réjouissances populaires forcées… Sous les yeux calmes et la bouche cousue de l’instituteur béninois cocu !

Mais c’est mal, très mal connaître un Béninois ! Mieux vaut lui arracher les deux yeux que de lui piquer sa femme ! Les voisins affirmèrent que pendant toute la semaine que dura le mariage du Président, le cocu ne ferma pas l’œil même pour une seule nuit, chantant d’un ton terrifiant dans sa chambre : «  L’enfant qui veut jouer avec les couilles de son père finit par devenir fou, le gosse qui veut voir le pénis du chat finit par devenir cinglé, on ne piétine pas un Béninois sans être puni, mes ancêtres, si vraiment chaque semaine je vous tue un coq, humiliez celui qui a décidé de m’humilier dans ce pays, humiliez-le, humiliez-le… »

La semaine passée, m’a-t-on raconté, conte ou légende, mythe ou réalité, soit trois mois après le mariage somptueux du Président, la première dame, qui était seule dans son appartement, comme poussée par une force surnaturelle, se précipita, autour de vingt-trois heures, hors de sa chambre, s’engouffra dans sa voiture et conduisit, sans se faire accompagner par un seul de ses gardes, vers le plus grand cimetière de la capitale, où dormait l’un des fous les plus crasseux de la capitale qui y avait changé une tombe en appartement.

Conte ou légende, mythe ou réalité, la jeune première dame gara avec frénésie sa voiture juste devant le cimetière, sortit en courant vers la tombe-appartement du fou, et se jeta, en larmes, dans les bras de ce dernier qui dormait profondément en criant : « J’ai envie de toi ce soir, mon amour » !

Le fou, comme libéré pour quelques instants des effets de sa folie, poussa un grand « Quoi » d’étonnement. Qu’était-il en train de voir ? Faisant un effort pour légèrement se dégager des étreintes de la jeune dame qui était déjà en train de se mettre en tenue d’Eve, le fou fit le signe de croix et récita intérieurement le Pater Noster pour bénir le Ciel dans toute sa Miséricorde. Ah, que les voies du Seigneur sont insondables ! pensa-t-il. L’heure de son bonheur avait, enfin, sonné ! Il pardonna à Dieu toutes ces années de folie qu’Il lui avait plaquées. Prit tout son temps pour consommer et reconsommer cette chair fraîche qui lui était offerte gratis, dans toutes les positions praticables dans le meilleur des mondes possibles d’un fou. De quoi compenser toute une vie d’abstinence forcée ! Satisfaits, rassasiés, gavés, les deux niqueurs s’endormirent profondément, nus, enlacés, sur la tombe-appartement, sous les hululements des hiboux et des chouettes qui n’en croyaient pas leurs yeux.

Conte ou légende, mythe ou réalité, les premiers passants virent le tableau baroque et s’étonnèrent. Le fou dormait dans les bras d’une femme, d’une fille ! L’étonnement devint stupéfaction, stupeur, quand ils s’approchèrent. La première dame, la femme légitime du tout-puissant Président fort Baobab Fils, en chair et en os, dormant, nue, souillée, dans cette crasse sans nom, dans les bras d’un fou !

Et la nouvelle, m’a-t-on raconté, arriva aux journalistes privés qui jusque-là rongeaient leur frein en silence contre le jeune Président. En un clin d’œil, ils prirent des photos et titrèrent tous à leur une « Le Président vient de se faire arracher sa nouvelle femme par l’un des fous les plus fous de notre pays ! »

1- Titre inspiré du titre La Ruine presque cocasse d’un polichinelle de l’écrivain camerounais Mongo Beti.

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