Ma tristesse s’appelle Kadhafi !

Comment ne pas penser à cette chanson de ce conte que Maman Marthe me racontait certains soirs pour me faire dormir ? « Quand tu évites le malheur, il vient te chercher. Le malheur m’a cherché, le malheur m’a trouvé, je suis foutu, oh ! » Moi qui me croyais si loin de la Libye, si loin de cette tuerie ! 

Je n’ai pas mis le nez dehors depuis le matin, moi qui aime profiter pleinement des deux derniers jours de la semaine pour aller faire mes interminables courses et surtout papoter comme une femme chez des compatriotes, profitant pour manger chez eux des plats du pays que je ne peux m’offrir chez moi, faire la cuisine étant mon deuxième ennemi après la mort.

Mes deux yeux plus myopes que ceux d’une taupe sont rivés sur les pages d’un bouquin du Brésilien Paulo Coelho qui raconte très bien une histoire d’amour qui ne me plaît pas. Ah, que je déteste les histoires d’amour, surtout quand je les lis un samedi matin, au lieu d’aller au prêt-à-porter chercher une chemise pour le soir… pour aller décrocher un nouvel amour… pour une énième histoire d’amour ! Euh, bon, j’arrête, j’arrête avec ce chapelet de contradictions ! Ah, que j’aime les histoires d’amour !

Ben, alors, euh, ouais… Je suis chez moi enfermé, incapable de sortir. Je veux pas mourir célibataire. Qui me pleurera, hein ? Il n’y a de meilleur pleureur pour un cadavre que son conjoint.

Bamako, la capitale malienne, a abrité le vendredi 25 mars 2011 une grande marche de soutien à Mouammar Kadhafi, marche organisée par une certaine Coalition malienne de soutien à la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne. « Que Dieu aide Kadhafi et son armée à vaincre les ennemis », « A Bas Sarkozy, A Bas Obama, A Bas Cameron » avaient glosé les manifestants durant leur marche.

Le but de la marche n’était pas seulement de soutenir Kadhafi mais de s’attaquer aux ressortissants de tous les pays impliqués dans la guerre contre Kadhafi vivant au Mali, les Français, Anglais et Américains surtout. Un Magrébin qui avait eu le malheur de croiser ces chiens enragés avait failli laisser sa vie à ces malabars qui s’étaient jetés sur lui, lui qui parlait mieux bambara que l’emblématique roi de Ségou Da Monzon, lui assénant de violents coups, le prenant pour un Occidental. Il fut sauvé par le parking d’un bureau d’études de Bamako… Beaucoup de manifestants, plus analphabètes que des gris-gris, auraient même entendu dans le nom du Premier ministre britannique, David Cameron, le mot « Cameroun » et se seraient apprêtés, après la marche, à aller s’attaquer aux étudiants camerounais pullulant à la fac de médecine de Bamako, croyant que le Cameroun, le pauvre, qui n’arrive pas à se débarrasser de son saurien de type préhistorique, faisait aussi partie de la coalition internationale en Libye. On dut leur expliquer, après maintes difficultés, que « Cameron » n’avait rien à voir avec le pays du vieux père Biya. Ruth m’a même rapporté hier nuit, en riant, que des Maliennes, s’étant dépigmentées pour fuir ce crasseux teint noir de merde qui les fait chier, s’étaient fait agresser et violer – vive la libido pro-kadhafi – par des jeunes de leur quartier qui les avaient prises dans la pénombre pour des Blanches. Qu’elle peut être moche, ma Ruth, quand elle ment ! Étant elle-même très claire de teint, elle dut, pour fuir les agresseurs, passer la nuit chez moi, pour la première fois. Gloire à Kadhafi au plus haut des cieux, et paix sur la terre à ses adeptes qui agressent, violent et tuent !

Et pour nous, étrangers, qui ne parlons que français, adeptes et valets de la France donc, vient de commencer un long chemin de croix. On doit se cacher ! Je m’imagine au marché, devant un de ces pro-kadhafi et antifrançais :

Le pro-kadhafi (en bambara) : ani sogoma (comment allez-vous ?)

Moi : Euh, je parle pas bambara moi (avec mon accent français roulé)

Le pro-kadhafi (faisant appel à d’autres pro-kadhafi) : Euh, venez, venez, les voilà, voilà un de ces serviteurs de la France, c’est eux qui bombardent Kadhafi et son armée, qui sait même s’il n’est pas ici au Mali sur un plan de la France, hein ! Venez, on l’assassine sur-le-champ, ce valet de la France, de l’impérialisme, du néocolonialisme…

Je suis ennuyé de m’enfermer chez moi ainsi un samedi. Ruth devait passer depuis le matin, mais elle n’est pas là. Son téléphone ne sonne pas. Des pro-kadhafi l’auraient-ils confondue à une Blanche ? Je m’inquiète pour elle. Je suis triste. Mes deux yeux myopes sont toujours rivés sur les mots de Paulo Coelho, Le Zahir, que son livre s’intitule, un mot qui en arabe signifie « visible ». Oui, Kadhafi, on dit que tu luttes pour les intérêts de la Libye que tu défends contre les Occidentaux voleurs, mais ce qui est aujourd’hui visible, que nous voyons tous, c’est que tu as plongé ton peuple, et des milliers et des milliers d’individus, tu nous as tous plongés, par ta soif démesurée du pouvoir, dans une ténébreuse angoisse.

 

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8 réflexions au sujet de « Ma tristesse s’appelle Kadhafi ! »

  1. Angoisse partagée depuis Conakry où, dès que je sors mon raisonnement orienté vers le déboulonnement de ce Khaddafichtre, on me prend pour un damné! Pire que ceux de F. Fanon! Purée

  2. Que faire, Alimou? Supporter, juste supporter. Peut-être que c’est nous qui sommes en erreur, nous qui n’aimons pas l’Afrique, nous qui voulons que l’Occident vienne s’emparer de nos richesses. De toute façon, supportons, ca va changer.
    Amitiés

  3. Mon cher David, je pense que tu es très malin pour te cacher loin de ces pro-Kadhafi qui sont prêt à tout!

    Moi, en essayant de présenter mon point de vu sur cette situation, on m’a fait savoir que je suis blogueur; et tous les blogueurs on le même avis!

    Peut-être demain c’est la chasse aux blogueurs qui contribuent à faire tomber nos chers dictateurs; tu vois?

  4. Ben, David, je croyais que tu aurais dû rencontrer cette foule composée de « chiens enragés », « plus analphabètes que des gris-gris » et à force d’argument à coup de marteau les convaincre que Kadhafi « nous as tous plongés, par sa soif démesurée du pouvoir, dans une ténébreuse angoisse. ».

    Amitiés!

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