Les colères du string de la Miss

Notre premier conseil de discipline de cette année universitaire a porté, il y a une semaine, sur un sujet pas ordinaire. Une histoire de cul. Bon, de string. Il fallait statuer sur la sanction à infliger à une étudiante de vingt-deux ans, une ancienne Miss, dit-on, qui a foutu, en plein cours, devant ses camarades, deux baffes à son prof de comptabilité qui lui aurait, furtivement, caressé le fil de son string qui dépassait de sa mini jupe. Un prof qui se fait humilier par une étudiante devant les autres étudiants, compliqué, très compliqué. Et il fallait donc, avant de sanctionner, analyser les forces en présence. Un prof d’une grande école privée d’ici contre une ancienne Miss d’ici.

Un prof d’université d’ici ? Bah, c’est un bavard civilisé qui se la joue encyclopédie mobile, qui se croit grand, très grand, qui clame à tous vents exercer le métier le plus noble, alors qu’il est mal payé. C’est un gueux qui est mal habillé avec son éternel pantalon en nylon usé qu’il repasse soigneusement tous les matins, sa chemise décolorée à force d’être trop passée sous le soleil, ses paires de chaussures aux semelles à moitié usées. Qui est mal logé avec sa chambre-salon louée qu’il ne paie même pas régulièrement contenant pour seuls meubles des fauteuils qu’on dirait datant du temps des dinosaures et une télé avec un écran tellement minuscule qu’il faut fermer un œil pour bien la regarder. Qui est mal véhiculé avec sa Peugeot 205 ou son Opel Dame qui passe plus de temps chez le mécanicien qu’à la maison, si ce n’est une moto Yamaha japonaise fumant comme un volcan martiniquais. Qui utilise un téléphone portable Nokia qu’il protège avec une pochette en plastique accrochée à sa ceinture pour faire tendance, un téléphone portable qui ne peut que biper, son crédit ne dépassant jamais soixante-quinze francs CFA… Sa femme et ses enfants, s’il en a, sont de la plèbe ordinaire. Eh bien, c’est cela, un prof d’université d’ici. Un modèle de la parcimonie, un juste-pour-ne-pas-mourir-de faim, dix fois plus aigri que les dernières dents d’une octogénaire édentée. Rien d’important donc.

Une Miss d’ici, elle, c’est autre chose. C’est une personnalité. Une héroïne qui a réussi le grand exploit de mesurer au moins cent soixante-cinq centimètres. Une libellule que le ciel a gratifiée d’une paire de fesses aussi plates que la quatrième de couverture d’un dictionnaire. Qui a été présélectionnée dans sa région, pour sa beauté, son éloquence, son élégance… et aussi ses coups de langue et de hanches en pièces jointes, pour les mauvaises langues, bien sûr. Qui a défilé sur un podium pendant plus de deux heures devant des ministres et des députés. Qui a défilé sur l’écran de la télé du président de la République même. Qui a parlé français dans un microphone en répondant à des questions du genre « Dites mademoiselle, que comptez-vous faire pour aider votre pays si vous êtes élue Miss ? » Qui a pu mémoriser durant une semaine la réponse à cette question si difficile et a récité devant le public : « Si je suis élue Miss, je vais me battre pour sortir la femme africaine de l’indignité et de l’oppression et la ramener au même niveau que la femme européenne. » Qui a été applaudie par le public pour sa grande intelligence qui lui a permis de répondre à cette question extraordinaire. Qui a bénéficié d’une nouvelle voiture haut de gamme avec un chauffeur, d’un billet d’avion pour l’Europe, d’un chèque d’au moins deux millions de francs CFA – un an de salaire d’un prof d’université… Qui est même capable de plaire au Président, aux ministres, aux footballeurs, aux ambassadeurs… C’est cela une Miss d’ici. Une richesse nationale.

Et comme dans tout jugement qui se respecte la sanction du plus faible tombe plus rapidement que celle du plus fort, notre collègue, le plus faible, reçut la sienne juste quelques minutes après son acte, suite à une réunion extraordinaire du conseil d’administration. Une sanction aussi lourde que la tête d’un sourd-muet. Licenciement pour faute grave. On nous avait serinés lors du conseil des professeurs de la rentrée, ces professeurs jouant aux distributeurs automatiques de bites, plantant des grossesses et des grossesses dans tous les utérus de l’école, allaient être sévèrement, très sévèrement châtiés. Les parents se plaignaient trop, ils envoyaient leurs enfants à l’école, et non sur un plateau de tournage de film porno. Adieu donc, cher collègue, tous les strings de notre école te disent, avec un grand regret, adieu.

La sanction de l’ancienne Miss fut plus difficile à déterminer. Il fallait la punir, avait décidé le conseil, pour montrer l’exemple aux autres. Sinon, c’est des gifles que nos étudiantes nous distribueraient désormais tous les jours, ou pour les avoir saluées d’un ton trop mielleux, ou pour les avoir regardées d’un œil trop doux, ou pour les avoir appelées avec un accent trop séduisant, ou pour avoir écrit leur nom avec une écriture trop charmante…

Punir une Miss, tout un art. De la délicatesse pur jus. C’est comme dire à un chef d’Etat africain, Faure Gnassingbé par exemple, qu’il n’est pas beau. Il faut beaucoup de doigté, d’adresse, de légèreté, de littérature, d’élégance, de beauté. Le groupe se divisa en deux. Le premier, dont je faisais partie, exigeant son exclusion de l’école, tout comme il a été fait à notre collègue, le second proposant une suspension de deux semaines de cours. Presque deux heures de tiraillements. Nous perdîmes et rentrâmes en boudant. Notre collègue était renvoyé et notre Miss n’était que suspendue. Pour quinze jours de cours !

– Mademoiselle, euh, je crois que vous êtes suspendue pour deux semaines, la Direction ne vous a-t-elle pas informée, hein ?

Ma gorge était feu. Mes bras tremblaient de rage devant le regard en plongée avec lequel elle me fixait, devant les yeux étonnés de ses camarades.

– Euh, écoutez, mademoiselle, vous êtes suspendue et vous devez aller voir la Direction parce que…

– Monsieur, c’est plutôt vous qui devez aller voir la Direction, ma sanction a été levée, c’était à eux de vous informer, et pas moi.

Sec. Mes étudiants me regardaient, apitoyés. Mes gifles n’étaient plus loin ! Les gifles d’une Miss, ça doit avoir quel goût déjà, hein ? Aïe ! La honte ! Titubant, presque aveuglé de rage et de honte, je montai à la surveillance, chaud.

– Euh, Monsieur le surveillant, l’étudiante que nous avons suspendue le vendredi est en classe, je ne comprends pas, je… elle… vous, que, que se passe-t-il, hein ?

– Calmez-vous, Monsieur, sa sanction a été levée par la Direction juste quelques minutes après votre départ le vendredi. Cette fille…

– Cette fille a fait quoi, hein, Monsieur le surveillant, elle a giflé un prof et…

– Calmez-vous, Monsieur, et retournez faire votre cours. Essayez surtout de la calmer parce qu’elle sait que vous faites partie des professeurs qui ont voté pour son exclusion. Elle doit donc être très fâchée contre vous. Essayez de garder votre boulot. Essayez de la calmer.

Je me levai, lourd de honte, comme l’hernie d’Amewouga – ce cultivateur togolais légendaire qui, paraît-il, s’était rendu célèbre par son hernie qui pesait plus de cinquante kilogrammes. J’avais compris la leçon. Le string d’une Miss, ça peut faire tomber beaucoup de têtes.

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23 réflexions au sujet de « Les colères du string de la Miss »

  1. Mets la dans ton lit cher David, je ne le répéterai jamais assez, la seule façon d’avoir le dessus sur une femme sur ce continent consiste à lui grimper dessus. Laboure la et si possible, en bonus, provoque la germination de la semence que tu auras planté en elle. Je te garantis qu’elle fermera le clapet de malheur qui lui sert de bouche.
    Au travail cher ami, ne t’inquiète pas des têtes qui tombent, fais tomber le pantalon!
    Amitiés camerounaises.

    1. Pouah! Mon bon vieux Florian! Tu sais pourquoi tu es l’un de mes meilleurs potes, hein? Tes conseils sont tellement précieux et instructifs que je me demande des fois si t’es pas mon ange gardien. A la drague donc, on verra la suite. Wait and see. Mais que tu sais envoyer les gens à la drague, mon bon vieux Florian. Yaoundé, la convivialité… Tu suis mon regard?
      Amitiés

    1. Bien sûr, brave Diarra, un prof n’a pas le droit de toucher quoi que ce soit de son étudiante, et surtout en classe. Mais une étudiante éduquée et civilisée n’a pas non plus le droit de donner des baffes à son prof. Et surtout s’en sortir sans égratignures. C’est le comble de l’horreur.
      Amitiés

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