Eyadema et la coupe en or de Chirac

Hein ! Le 13 Janvier, date fétiche de feu Général Eyadema, le père de la nation quarantenaire de la République togolaise, est passé sans tambour ni trompette ! Ah, cette fête, dite de la libération nationale, au Togo ! Eyadema ne lésinait pas sur les moyens pour fêter le 13 janvier, le plus grand jour de sa vie, l’assassinat du père de l’indépendance du Togo. Mais voilà cinq ans que l’œil du maître manque dans l’organisation de cette fête. La voix d’Eyadema s’en va au jour le jour s’affaiblissant, avec les 13 janvier. Pour commémorer, à notre manière d’honnête citoyen respectueux de la mémoire nationale, le 13 janvier, que faire à cet homme, qualifié par son entourage proche comme un gentleman plein d’humour, que de rappeler certaines de ces célèbres anecdotes qui fleurissaient sur lui, de son vivant, dans tous les coins et recoins du Togo ?

La coupe en or de Chirac

Début des années 2000. La France, en bonne mère soucieuse de l’union de ses petits gosses, les anciennes colonies, convia, comme elle le fait toujours, des chefs d’Etat d’Afrique francophone en France. Dans la délégation, le Général Eyadema du Togo et Mathieu Kérékou de la République voisine du Bénin. Lors du dîner, on servit nos pères de la nation avec des coupes en or. En vrais chefs d’Etat africains qui se respectent, chacun de nos présidents chercha, après le dîner, à chaparder une coupe en or. Tous y arrivèrent, sauf le général nôtre, Eyadema. Heureux en vol d’élections, malheureux en vol  de coupe en or ! Frustré, contrarié, humilié, diminué, Eyadema rentra dans une sourde et silencieuse colère contre tous ses homologues chanceux, surtout son voisin Mathieu Kérékou. Il décida de le punir. L’avion présidentiel béninois était en panne, et Mathieu Kérékou avait voyagé aux côtés d’Eyadema, à bord de l’avion présidentiel togolais. Durant le voyage retour vers l’Afrique, au beau milieu de l’océan Atlantique, Eyadema, revanchard, demanda à son pilote de bien vouloir descendre son voisin ! Dans l’océan donc ! Mathieu Kérékou, pas trop connu pour ses qualités de nageur, fila doux et se mit à genoux devant son voisin.

– Eyadema, grand frère Eyadema, tu sais que tu ne peux pas me faire ça, hein ? Nous sommes des frères, tu sais que je suis vieux, et je ne sais pas nager, j’ai ma femme et mes enfants, et surtout mon fauteuil présidentiel, je suis trop jeune pour mourir, je ferai tout ce que tu voudras, mais s’il te plaît, ne me noie pas.

C’est quand il se retrouve avec une corde au cou que le singe apprend à ne plus narguer sa belle-mère, sagesse des anciens togolais. Eyadema, vainqueur, traça un léger sourire sur ses lèvres et posa sa condition, l’unique, pour épargner la vie à son collègue et voisin. Ce dernier devait lui rendre la coupe en or volée chez Chirac.

Le paralytique recto-verso

2002. Eyadema égrenait les dernières années de sa dictature. Devenu très impopulaire, il avait, dans son sac à malices de dictateur, décroché une stratégie pour se montrer populaire. Les marches de soutien et les motions. Chaque samedi, une couche de la population togolaise marchait à travers les rues de Lomé pour chuter à la Présidence, réciter une motion de soutien au président, lui chanter des louages, le glorifier, le béatifier, le canoniser… et retourner avec un billet de cinq à dix mille francs chacun. On pouvait donc, certains samedis, écouter des motions comme « Nous, aveugles-nés du Togo, séduits par la beauté et la propreté de la ville de Lomé, réitérons notre engament à suivre notre père de la nation dans sa politique de développement… », « Nous, sourds-muets du Togo, sommes ici présents ce matin pour louer à haute voix par des chants et des mots notre libérateur national… », « Nous, délinquants, voleurs et braqueurs du Togo, satisfaits de la non-électrification des quartiers des villes du pays, demandons à notre bien-aimé papa Eyadema de continuer sa mission salvatrice… », « Nous, syndicat national des putes et voleuses de maris du Togo, remercions le père de la nation d’avoir subventionné les produits de première nécessité dont le préservatif, le Viagra et les lubrifiants.» Qu’on ne se méprenne point, ce n’était pas une sinécure ! Le dictateur savait se faire attendre en faisant attendre la foule du matin au soir sous le soleil, et des fois sous la pluie. Avec en pièces jointes les coups et gifles des militaires qui assuraient l’ordre.

Ce samedi matin, le président-dictateur recevait les paralytiques d’une jambe, les mataclis qu’on les appelle en mina, la langue parlée à Lomé. Les paralytiques d’une jambe, l’association des mataclis donc, était à la Présidence, ce matin, pour témoigner du bon état des stades de foot et des pistes d’athlétisme du pays. Dans le groupe, il y avait un fraudeur, un valide des deux pieds, cupide, qui avait réussi à s’infiltrer dans la masse des boiteux, en boitant. Il eut le malheur d’être désigné comme lecteur de la motion. Durant la lecture de la motion d’une vingtaine de pages, le faux matacli lecteur, dont le pied n’était pas habitué à la position tordue dans laquelle il l’avait maintenu, avait dû, furtivement, changer de pied, sous la douleur. Le dictateur, perché sur l’estrade de sa maison, néologiste juré devant l’éternel, le remarqua et l’interpella :

– Eh, toi, mon frère, ta mataclicité-là c’est recto-verso ou quoi, hein ? Je t’ai vu tout de suite avec le pied gauche tordu et maintenant c’est ton pied droit que je vois tordu. Je vais demander à mes militaires de te mataclitiser totalement en te cassant les deux pieds !

Eyadema et le Lacoste

1975. Faure Gnassingbé et un de ses grand-frères, les fils de la nation, suivaient une série animalière. On montra un crocodile nageant dans un lac.

– Tiens, c’est un boa, fit le grand-frère.

– Ben, non, c’est pas un boa, c’est un caïman, rectifia Faure Gnassingbé à peu près plus brillant que la moyenne des enfants des chefs d’Etat africains.

– Je te dis bien que c’est un boa, insista le grand-frère en dégainant son revolver, tu me contredis encore et je te brûle la cervelle !

Eyadema, alerté depuis sa chambre, accourut et demanda l’objet du litige. Les enfants lui demandèrent le nom de l’animal qui baignait dans le lac.

– Ben, c’est simple, fit le président plus tranquille que le cache-sexe d’une nouvelle veuve, ce n’est ni un caïman ni un boa, mes enfants, c’est plutôt un Lacoste, je vous ai toujours demandé d’observer tout autour de vous parce que vous devez être très instruits pour me remplacer sur le fauteuil présidentiel après ma mort, ne voyez-vous pas le nom de cet animal écrit sur beaucoup de tee-shirts, hein ?

Vive la célèbre marque Lacoste qui a aidé notre bien-aimé père de la nation à départager ses gosses. Qui sait s’il n’aurait pas fait la même chose pour empêcher Faure Gnassingbé d’envoyer son petit frère obèse en prison ?

Du temps où cette famille existait

 


14 réflexions au sujet de « Eyadema et la coupe en or de Chirac »

  1. Ton style est…sacré! Pas d’autres mots pour décrire ton talent. L’engagement politique qui fait bon ménage avec l’humour et surtout une très belle plume. Félicitations.

  2. Je me régale encore avec cet article, un assemblage de récits métaphoriques sous forme de petites nouvelles ..Bravo ! l’humour est un langage à enseigner car il est « l’arme de ceux qui n’ont pas de couteau ». Il ne tue pas.
    Une question : « la coupe en or »: s’agit-il d’une allusion à un évènement précis ?

    1. La coupe en or, un évènement précis?
      Hum,comment te dire,ma chère Lisefor? Tu sais, des évènements avec ces hommes-là, y en a tellement! Et ben, disons que c’est un évènement précis.A suivre,à suivre toujours.
      Amitiés

      1. alors….tu m’obliges à suivre ton blog…ce que je fais avec délectation !David est aussi le nom que j’ai donné à mon fils…j’ai donc un faible pour tout ce qui vient des David !!

        1. Hein! Eh bien, je dédie cet article à mon homonyme, ton fils! Imprime-le et fais le lire ou lis-le-lui, s’il ne sait pas encore lire. Je ne le dirai jamais assez, on est super cool, les David! C’est l’un des plus grands rois d’Israël, voyons!
          Amitiés

  3. Ce garçon là, tu es comment? C’est ton père qui t’a mis au monde ou ta mère? J’ai découvert ce blog il y a deux jours et je ne le quitte plus. Tu es un criminel,au sens propore et figuré.
    Du courage et fait attention a toi,la forêt est très dangereuse.

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