Jean-Paul est chrétien, mais islamiste

 

Ben Laden via http://anomalie.over-blog.com

L’image est horrible, difficile à supporter, et crée une terreur générale dans tout Bamako. Un coupe-coupe posé sur une main ensanglantée, une main posée sur une table. Une main coupée, coupée au niveau du poignet, avec des doigts touchant presque un livre maintenu ouvert par deux mains. Le livre, c’est le Coran. La main coupée, celle d’un voleur de moto de la ville d’Ansongo située au sud de Gao, au nord du Mali. Les islamistes du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique occidentale (Mujao) venaient de gratifier les populations de cette ville qu’ils contrôlent depuis maintenant quatre mois d’une amputation publique. Ils ont coupé la main d’un voleur de moto, en appliquant la charia, comme l’atteste le chef islamiste de la zone, Mohamed Ould Abdine qui dit n’appliquer que la loi dictée par Dieu. Une belle récidive après la lapidation d’un couple non-marié le 29 juillet 2012 dans une autre ville du Nord Mali par un autre groupe islamiste, Ansar Dine. Dieu est dans la cité. La charia est là, imposée et appliquée par les islamistes.

Oublions la définition hâtive du dictionnaire qui définit un islamiste comme un partisan de l’islam, et raisonnons avec la définition pratique que nous avons aujourd’hui de l’islamiste. C’est un terroriste, un tueur, un drogué, généralement barbu, qui commet des attentats et des crimes pour ses propres intérêts, mais en se cachant derrière le nom d’Allah, en invoquant Mahomet et en citant le Coran. C’est donc cette définition que nous nous sommes forgée, en nous référant aux faits, à l’islamiste. L’islamiste et le musulman normal, c’est-à-dire qui n’est pas un islamiste, ont donc pour point commun Allah, Mahomet et le Coran, comme ils s’en servent tous les deux. Mais la différence entre les deux est que l’un tue et commet des attentats, et l’autre est pacifique et tolérant. L’islamiste et le musulman sont donc deux personnes très différentes. C’est la logique que nous nous sommes définie.

Mais il convient de se demander ce qui explique cette radicale différence entre deux personnes qui utilisent un même livre, lisent les mêmes versets, se réfèrent au même prophète. Les islamistes ne commettent jamais un acte, aussi barbare qu’il soit, sans invoquer Dieu, et sans faire preuve d’une foi inébranlable en ce Dieu qu’ils invoquent, son prophète et ses recommandations. C’est ce qui explique d’ailleurs le Coran ouvert à Ansongo juste devant la main coupée, et la déclaration du chef islamiste qui affirme, tranquille, qu’ils ne font qu’appliquer la loi de Dieu relatée dans le Coran le livre saint dicté au prophète Mahomet par l’ange Gabriel. Je n’affirmerai pas comme ce commentateur du site www.koaci.com qui s’exclame « Ces islamistes ne sont que des musulmans, ils font exactement ce que Muhamed a fait. En l’occurrence, lapider jusqu’à la mort, couper les mains aux voleurs… Les Maliens sont musulmans. On leur apporte l’islam vrai. Qu’ils assument. »

Le problème n’est pas ces musulmans qui doivent assumer un islam dit vrai que leur apportent les islamistes, mais la source où et les islamistes et les musulmans tirent leurs préceptes. Le Coran. Oui, comme le disait bien un commentateur d’un de mes précédents billets, les dogmes du Coran, voilà le problème. Tout comme certains dogmes de la Bible sont devenus, dans nos pays à majorité chrétienne, des sources de corruption, de vol, de viol, de fornication… à des pseudo pasteurs et leurs poulaillers d’églises, certains dogmes du Coran sont aujourd’hui le seul problème qui justifie toute cette barbarie dont les islamistes empoisonnent nos sociétés. Ces islamistes que nous nous contentons aujourd’hui d’appeler des terroristes disent appliquer une loi, la charia, définie comme étant la loi islamiste régissant la vie religieuse, politique et sociale dans certains Etats musulmans. S’ils ont coupé la main à ce voleur du Nord du Mali, c’est justement parce qu’ils ont lu quelque part dans cette loi, quelque part dans le Coran, quelque part dans la vie du prophète en qui ils croient, Mahomet, qu’il faut couper la main à un voleur. On nous parle d’une mauvaise interprétation des dogmes de la Bible et du Coran par les extrémistes, sans nous donner des preuves que c’est nous qui nous disons non extrémistes qui en avons la bonne interprétation et non les extrémistes.

Je suivais la semaine passée le reportage sur une femme tunisienne se réjouissant avec des membres de sa famille parce qu’elle venait d’apprendre à la télévision que son fils venait d’être tué en Syrie par les forces du régime syrien. Elle était très contente, disait-elle, parce qu’elle savait, à travers le Coran, que son fils était mort durant une guerre sainte, et qu’il irait au paradis, qu’elle aurait même envoyé d’autres fils se faire tuer si elle en avait – je ne sais pas pourquoi elle n’y part pas elle-même. Reste à savoir en quoi une guerre allumée en Syrie par les Occidentaux, pour des raisons purement économiques et politiques, constitue une guerre sainte. La pauvre femme, aveuglée, croyait en ces dogmes de l’islam, encouragée par un imam qui s’occupait de l’envoi des jeunes Tunisiens vers la boucherie syrienne, porte d’embarquement pour le Vol Paradis Airlines. J’ai assisté, durant mes jeunes âges, dans mon village, à une scène de rupture de famille où un père membre des Témoins de Jéhovah, cette communauté chrétienne caractérisée par son radicalisme sans nom, une scène donc où ce père de famille, lisant des versets de la Bible pour se justifier, mit à la porte sa femme et sa fille, parce que la première avait autorisé, à l’hôpital, les médecins à faire une transfusion sanguine à la seconde. Selon cette communauté, un bon serviteur de Dieu ne doit accepter une transfusion sanguine. La femme avait failli à cette loi, et elle perdit son foyer.

Ne nous méprenons point, nous avons hérité de religions dites monothéistes dont l’application trop zélée des dogmes nous rendent tous ou criminels, ou coupeurs de main, ou bourreaux en lapidation… à des degrés divers. Un père musulman qui préfère sacrifier sa fille au foyer d’un homme qu’elle n’aime pas, juste pour l’empêcher d’épouser un chrétien, une mère musulmane qui fait avorter sa fille parce qu’elle est enceinte d’un chrétien, un père de famille qui met à la porte sa femme et sa fille, en caressant sa Bible, parce qu’elles se sont fait transfuser du sang, un père protestant qui s’oppose au mariage de sa fille avec un catholique, expliquant par des versets bibliques que les catholiques sont des idolâtres adorant des statues de la Vierge Marie… tout ce beau monde de religieux dogmatiques constitue une nébuleuse d’islamistes tempérés coupant des mains, lapidant et fouettant… à des degrés différents.

Je ne sais pas pourquoi nous devons nous indigner devant une main coupée par les islamistes au nom de Dieu, si tous les jours nous digérons des imams qui empêchent, au nom de Dieu, des amants à se marier, des pasteurs qui brisent des foyers par des versets bibliques, des polygames machos bourrés de viagra qui violent leurs femmes au nom du même Dieu qui recommanderait soumission aux femmes, des vieillards aux portes de la tombe qui épousent de petites filles de neuf ans et les entassent dans un même enclos avec de vieilles coépouses… au nom de Dieu. Certains loufoques dictateurs africains comme Eyadema ont même à plusieurs reprises cité Dieu et la Bible pour justifier leur règne sanguinaire. Je pense à cette phrase de la magnifique pièce de théâtre Le Marchand de Venise de William Shakespeare « Le diable peut citer l’Ecriture pour ses besoins. »

Quand, coinçant des fois des amis musulmans posant des actes en contradiction avec les recommandations du Coran, je les blâme, ils me répondent qu’ils sont des musulmans modérés, sans jamais se demander pourquoi est-ce que l’islam doit être modéré pour être applicable, vivable. On affirme que l’islamisme c’est le terrorisme qui se sert de l’islam pour justifier ses crimes, mais je me demande si ce n’est pas plutôt l’islam qui se sert du terrorisme pour assumer le fondamentalisme de ses dogmes. Les islamistes disent nous avoir apporté la bonne manière d’adorer Dieu. Et nous crions malaise. Car nous préférons être les islamistes modérés que nous sommes, couper les mains, lapider, fouetter, couper les oreilles… au nom des dogmes du Coran et de la Bible, mais en douce. Etre des musulmans et des chrétiens modérés, c’est-à-dire des pratiquants hypocrites de nos dogmes religieux.

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15 réflexions au sujet de « Jean-Paul est chrétien, mais islamiste »

    1. Bonjour, Je viens de finir mon Bac (Ame9rique du Nord) et je dois vous avouer que notre puefessorr d’histoire nous pre9parait des sujets complexes durant l’anne9e et que tout ne se re9sume pas seulement au Bac. Exemple d’un sujet qui demande un peu plus de re9flexion: La guerre froide a-t-elle alimente9e ou re9duit les conflits? c9videmment ce n’est en partie comme tout sujet restitution de cours mais au moins il faut savoir organiser ses connaissances.Le sujet sur lequel j’ai compose9 au Bac e9tait : Les relations internationales en Asie de 1945 e0 1975, de9colonisation et guerre froide (il y avait une courte chronologie mais celui qui connait son cours n’en a jamais vraiment besoin). Avec e7a je crois qu’on ne peut pas dire que tous les sujets sont toujours tre8s classiques et simples. La plupart du temps on se retrouve avec une dissertation qui correspond parfaitement au cours et une autre un peu plus tordue qui s’adresse e0 ceux qui ont e9tudie9s en profondeur le programme.

  1. Je me suis toujours demandée tout au long de ma vie,pourquoi les pratiquants d’une religion quelle quelle soit sont généralement les personnes les plus intolérantes que je connaisse.Accepter l’autre dans sa différence est une étape que beaucoup ont encore du mal à franchir avec succès.Au nom de quelle religion doit-on oter la vie à un etre humain sans que ceux qui ont commis l’acte s’en émeuve ou se repentisse d’ailleurs?au nom de quel Dieu peut-on commettre les pires atrocités en toute impunité avec defois le soutien des gouvernements au pouvoir?surtout comment arreter cette spirale infernale de violence qui nous animalise tous d’une certaine manière…l’instrumentalisation de la religion par certains imams vendus et des pretres corrompus… remarquez-le bien,en règle générale quant un fervent pratiquant d’une religion n’arrive pas à vous convertir à sa religion,il décide alors de vous exclure de sa vie ou vous rejette carrément. Comme s’il y avait la bonne religion et le bon Dieu.Chacun s’octroie le monopole dans la religion.

  2. Je viens de poster un commentaire qui a mystérieusement disparu,simple coincidence…non!!!malheureusement aucune religion au monde n’a le monopole de la violence.Soutien au peuple du Mali.

    1. Salut chère Rita, en fait ton commentaire était parti dans les spams, mais je l’ai récupéré. Une erreur de mon logiciel de gestion des courriers indésirables.
      Amitiés

  3. Magnifique réflexion sur nos religions monothéistes. Le Dieu des chrétiens a-t-il cautionné que des « hérétiques » soient brûlés vifs ? que la Saint Barthélémy ait vu le massacre de milliers de protestants ? que l’Inquisition ait organisé la torture comme moyen procédural de parvenir aux aveux ?
    Autre temps, autres moeurs ?
    Bravo David, c’est courageux !
    Lisa

    1. Hi hi hi, cher mentor. Ah oui j’ai reçu le message d’une lectrice qui compare mon style au vôtre! Ouahou, sacrée consécration! Mon prochain cours de littérature je le reçois quand, mon prof?

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