Comment boire des Flag avec une Tchadienne sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian (Première Partie)

Flag

« C’est en plein sommeil que la mort viendra me chercher », sagesse d’un troubadour togolais des années 70. Comme quoi, si la mort vous veut, même caché dans l’anus d’une tortue, elle ira vous dénicher.

J’étais tranquillement couché chez moi, mercredi soir, riant des injures savoureuses que s’envoyaient ma voisine d’en-haut et son mari, le second accusant la première d’une énième infidélité, la traitant de trou sans fond incapable de se remplir de toutes les eaux de ruissellement pourries de Bamako, de nymphomane insatiable jusqu’au point d’aller se faire fabriquer un clitoris artificiel au Nigeria, de viande faisandée que même la hyène la plus affamée n’oserait renifler, et la catin insatiable au clitoris artificiel Made in Nigeria ripostant qu’elle acceptait tout, mais qu’elle rappelait à son mari qu’elle n’était pas une fille de pute comme il l’était, lui dont la mère avait été surprise, à 70 ans, en pleine partie de jambes en l’air avec le copain de 31 ans d’une de ses nièces, lui dont la mère avait été surnommée dans son village « maman où est ton slip ? » depuis le jour où elle avait déshabillée en plein marché par une femme en furie dont elle détournait le mari, lui dont la mère, à 81 ans, achetait et regardait toujours des films pornos chinois, peuh…

J’étais, donc, en train de me gaver de ces juteuses injures instructives que je garde jalousement pour les sortir à qui de droit au moment opportun, avec cette grande passion par laquelle les célibataires savourent les querelles des mariés, quand mon téléphone portable sonna. Mahamat, un Tchadien, ancien camarade de classe, l’un de mes amis les plus fidèles au Mali depuis 2009, m’invitait dans un bar très connu de Bamako. Deux étudiantes tchadiennes venaient d’arriver à Bamako pour les études, et elles avaient besoin de compagnie pour leur première nuit bamakoise. « Des Tchadiennes, dis-tu ? » que je lui ai demandé en insistant sur la nationalité. « Bien sûr que oui, ce sont mes cousines, et moi je ne vais rien manger dedans, tu pourras choisir celle que tu veux, et je te l’arrange, je tiens à ce que tu laisses une partie de toi chez nous, au Tchad. » Laisser une partie de moi au Tchad, mais pourquoi pas, hein, mon cher ami, je serais d’ailleurs prêt à laisser une partie de moi dans chaque pays au monde si j’y avais des amis aussi attentionnés, aussi intelligents, aussi sincères que toi.

Disons que j’ai gardé un très bon souvenir des Tchadiennes depuis mon aventure avec Lydie, une étudiante tchadienne de 22 ans avec qui j’ai mené la vie en 2010. Trois mois de relation, et cette jeune fille m’avait réellement démontré qu’il y a encore sur cette Terre des hommes des femmes disposées à aimer – je ne sais pas trop ce que signifie cette expression qu’aiment tant utiliser les filles, être disposé à aimer, mais j’ai aussi commencé à l’utiliser pour parler d’amour. La Lydie, donc, était tellement disposée à m’aimer que pendant nos trois mois passés ensemble, elle avait payé, avec l’argent que lui envoyait son père, garde du corps d’un proche collaborateur d’Idriss Débi, mon loyer, mes factures, nos sorties les week-ends, nos dîners, une partie de mes frais de scolarité… une disposition à m’aimer qui avait fini à me disposer à l’aimer moi aussi, jusqu’à ce matin où on l’avait informée que son père venait d’être abattu dans une tentative d’assassinat de son patron, et qu’elle devait rentrer sur-le-champ, définitivement, au Tchad. Elle avait beaucoup pleuré, me suppliant de la suivre au Tchad, j’y trouverais du travail, on se marierait, on ferait beaucoup d’enfants comme si on était des Nigériens – j’avais failli vomir en imaginant ma maison remplie d’enfants… Moi aussi j’avais beaucoup pleuré, pensant à mon loyer et mes factures que je devais recommencer à payer moi-même, et l’avais supplié, avant son départ, de me payer six mois de loyer. Par amour. Notre amour à elle et à moi.

Bref, mercredi soir, je ne me suis pas fait prier pour accepter l’invitation de Mahamat, préférant aller tenter une fois de plus ma chance auprès d’une Tchadienne gâtée de pétro CFA disposée à m’aimer, plutôt que de rester chez moi à écouter ce dictionnaire des injures ignobles que mes voisins toqués ont décidé de me réciter cette nuit. D’ailleurs, je savais très bien que ça n’allait plus beaucoup durer, cette partie d’injures, parce que comme me le disait mon père, les querelles d’un couple, c’est comme le caca d’un lézard, ça comporte toujours une partie noire et une partie blanche. Le cocu, devant les mouvements de poitrine de la catin, allait finir par se calmer, à douter même si elle l’avait vraiment trompé, à lui dire que ça va, les gens les écoutaient, les enfants allaient se réveiller, elle n’avait qu’à se taire enfin et venir se coucher, et l’infidèle, n’en demandant pas plus, allait faire semblant de pleurer un peu, de lui demander pourquoi il doutait d’elle, hein, que comment il pouvait croire qu’elle pouvait le tromper, hein, que… que… et le cocu dupé allait la prendre dans ses bras, et elle n’allait pas dire non, et ils allaient se coucher, et ils n’allaient pas dormir directement, et elle allait, en le faisant avec lui, penser à l’autre, et lui, en le faisant avec elle allait l’imaginer le faisant avec l’autre, mais il n’allait pas s’énerver… jusqu’au jour où il apprendra encore de la bouche d’un de ses amis qu’elle l’a toujours trompé.

Je me suis rapidement habillé. Ai pris mes pièces d’identité, c’est-à-dire deux billets de mille francs, au cas où la patrouille policière me demanderait ma carte consulaire expirée depuis six mois et que je remplace toutes les nuits par un billet de mille francs à chaque contrôle de police. J’ai pris un taxi, mes yeux plus myopes que ceux d’un professeur togolais d’Histoire-Géographie ne me permettant pas de conduire la nuit.

A suivre…

Note : Ce texte, dont le titre est inspiré du célèbre titre « Comment faire l’amour avec un Nègre sans sa fatiguer » est écrit pour saluer l’élection du l’éminent écrivain d’origine haïtienne Dany Laferrière à l’Académie française. Tant qu’existeront des hommes comme ce monsieur, le rêve de forger des mots, de les rendre plus beaux, plus doux, plus vivants, hantera toujours des générations et des générations.

  

 

17 réflexions au sujet de « Comment boire des Flag avec une Tchadienne sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian (Première Partie) »

  1. Je reconnais bien ton style alambiqué et prompt à dénoncer la comédie humaine. J’adore !
    Un conseil d’ami: ne t’avises pas d’avoir une aventure avec ta voisine car là, le voisin insultera sa femme CHEZ toi ! Tu pourras toujours lui répondre que c’est pour ta culture médicale: l’étude anatomique d’un clitoris Made in Nigéria mais bon, c’est risqué ! 😉

    « …des amis aussi attentionnés, aussi intelligents, aussi sincères que toi. » Je peux être cet ami mais dans le sens que tu l’entends. 😉

    De même, je serai obligé de prendre un taxi avec toi à Bamako car ma myopie m’empêcherait de te conduire…

    J’attends la suite, hein !

    1. Ha ha ha, mon cher ami Christian, j’aurais bien aimé te présenter des cousines « disposées » à t’aimer mais malheureusement j’ai pas de cousine. Heum, qu’est-ce que tu crois, hein, je suis un de ces gosses qui cachent leur bouffe pour manger celle des autres!Mais j’ai plein des cousins, je peux te les présenter pour que tu leur présentes tes cousines. Partant?
      Amitiés…

  2. Ca c’est ce qu’on appelle du talent. J suis restée sans voix devant ce style. Fiere d’être de la même nationalité que toi, mon frère Yao.

  3. Récit passionnant, et tout à fait instructif: la demande sur les « prothèses » made in Nigéria va croître rapidement; elles sont aimables ces tchadiennes, tendres amoureuses et généreuses payeuses de factures; votre pièce d’identité/séjour est valable dans toute la sous-région; tes voisins sont bien les héritiers de leurs (mœurs) parents; pour l’histoire il suffit d’écouter, quant à la géographie pour un mal voyant ? il risque de ne pas localiser les entrées sorties du bar. C’est tout simplement délicieux ! Le suspense ne sera pas long, j’espère ?

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