Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Neuvième Partie)

Jeune homme africain
Jeune homme africain

Résumé de la huitième partie : Le héros, Karim Diallo, gigolo expérimenté, mais malchanceux de temps à autre, est sauvé des mains d’un tueur djihadiste par un commissaire de police véreux. En récompense de son geste, ce dernier exige que le gigolo aille lui chercher sa maîtresse à l’école avec son 4X4.

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 « A voir la vitesse à laquelle court quelqu’un qui vient de manger une sauce pimentée, on n’a plus besoin de lui demander s’il a la diarrhée ».

Karim Diallo, une fois dans le 4X4 du commissaire de police, s’est très vite rendu compte que ce dernier était un véritable golfeur, tirant en série dans tous les trous qu’il racontait sur son chemin. Quelques indices lui confirmèrent d’ailleurs que le commissaire avait, la nuit passée, commis un énième forfait à la va-vite dans sa voiture, et n’avait pas eu le temps de laver les traces. Des boules de perles en métal coincées dans les encoignures des fauteuils, le bout d’un emballage de préservatif collé sur le tapis du plancher, et, surtout, un fort parfum féminin régnant à l’intérieur. Pas très prudent, ce gros bouc, pensa Karim. Il avait, ce toutou allumé de commissaire, tiré un coup dans la voiture sans nettoyer les traces et envoyait la même voiture chercher une autre conquête. Peut-être que ça ne doit pas être jalouse la maîtresse d’un commissaire de police. De toute façon, entre ruminer en silence la colère d’avoir été trompée et recevoir dix coups de crosse sur la gueule pour avoir osé demander des explications à Monsieur le Commissaire sur celle avec qui il avait joué aux hanches-ball dans sa voiture, le choix doit normalement être très simple pour les maîtresses de Monsieur le Commissaire.

Le 4X4 s’engagea, majestueux sur la route menant au lycée Descartes. Karim Diallo mit la climatisation pour se rafraîchir un peu la tête – ce n’est pas parce qu’on a la hernie qu’on ne peut plus saluer une demoiselle à la croupe pleine. Le lecteur de disques distillait, à travers les puissants haut-parleurs placés aux quatre coins de la voiture, une chanson à la mode, et qui résumait toute la philosophie du commissaire vis-à-vis de ses minettes collégiennes et lycéennes : « Chop my money, chop my money yéééé, chop my money, I don’t care, I don’t care… Hé hé… » L’argent du commissaire, on peut le bouffer comme on veut, le commissaire n’en a cure, il suffit de savoir le rembourser, jusqu’au dernier centime, jusqu’au dernier coup de hanches, dans les chambres d’hôtel et les chambres de passe des Libanais et de leurs cousins directs les Chinois.

A la première pharmacie qu’il trouva sur sa route, Karim Diallo s’arrêta pour faire les commissions peu honorables du commissaire, ces commissions peu répétables un vendredi en plein mois de ramadan. Il ralentit brusquement à quelques pas de l’entrée de la pharmacie, ayant aperçu juste devant la porte un homme, en apparence touareg, ou maure, ou maghrébin, barbu, habillé tout en blanc, la tête enturbannée, un chapelet en main. Une chèvre à l’oreille coupée n’a point besoin qu’on lui rappelle qu’il est dangereux d’entrer dans la cuisine des ménagères, dit le dicton. Karim Diallo venait à peine d’échapper aux coups de couteau d’un tueur en voulant acheter des préservatifs, et ce n’était pas devant le portrait-robot parfait d’un djihadiste qu’il allait acheter des lubrifiants. On ne fuit pas un voleur pour se réfugier chez un sorcier.

Alors que le gigolo peul, désemparé, s’était figé à sa place, pensant à comment procéder pour entrer dans la pharmacie chercher son haram sans qu’un couteau djihadiste ne lui tranche sa tête de cafre, un jeune Ivoirien, hurlant au téléphone son accent ivoirien et ses substantifs sans articles, vint passer à côté de lui, se dirigeant vers la pharmacie. Une aubaine, car le jeune Ivoirien, c’est notoire, est un dieu de la provocation, capable d’acheter n’importe quoi n’importe où et devant n’importe qui sans la moindre réserve, la moindre crainte. Même sous les yeux de cent imams yéménites dans cette pharmacie, un jeune Ivoirien qui se respecte est capable de se pointer et lancer au pharmacien : « Mon frère, file-moi vite deux boîtes de lubrifiants, y a une petite-là à qui je veux faire mal midi-là. » Le deal fut réglé et le jeune Ivoirien accepta d’aller acheter les lubrifiants pour Karim qui lui tendit, en le remerciant de mille voix, le billet de dix mille francs du commissaire. Allahou Akbar ! Ouais, Dieu est grand, et Il n’oublie jamais Ses enfants… euh… des fois.

Une quinzaine de minutes plus tard, fatigué d’attendre son émissaire qui ne sortait pas, Karim Diallo entra dans la pharmacie et eut la désagréable surprise de constater qu’elle avait une autre porte de sortie derrière. Quand une maison brûle, on ne demande pas où sont passées ses souris. Karim Diallo avait compris, le jeune Ivoirien s’était tiré avec ses dix mille francs, enfin, ceux du commissaire. Au bord de la dépression nerveuse, il plongea la main dans sa poche pour faire l’achat du commissaire avec ses propres dix mille francs, le reste de ses économies, en attendant le pactole de Mame Thiam. Mais il se rappela très rapidement, devant le vide que rencontrèrent ses mains dans ses poches, qu’il avait laissé ses dix mille au pharmacien qui lui vendait les préservatifs dans la première pharmacie, et n’avait pas eu le temps d’avoir le reliquat avant que le djihadiste battu ne bondisse, enragé, dans la pharmacie.

Fatigué, frustré, énervé, déçu, le chasseur de couguars sortit de la pharmacie les deux mains aux hanches, la tête baissée. Son téléphone portable manquait d’exploser sous les appels et les messages de menace de Mame Thiam qui lui rappelait à chaque mot comment une Sénégalaise peut être aussi désagréable qu’un chep djen décomposé, quand on refuse de la chauffer. Il décida d’aller rapidement chercher la maîtresse du commissaire qui attendait sûrement sous le soleil et l’amener à l’hôtel. Mame Thiam, il s’en chargerait juste après. De deux maux, il faut choisir le moindre, disent les Toubabs, caleçon troué vaut mieux que fesses nues, dit l’adage populaire. Il valait mieux avoir sur le dos une mémé sénégalaise nymphomane énervée qu’un commissaire dopé d’un mortel Viagra nigérian sevré de son butin du vendredi.

A suivre…

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

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3 réflexions au sujet de « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Neuvième Partie) »

  1. « joué aux hanches-ball  » Belle tournure que j’aurai aimé trouver !

    « comment une Sénégalaise peut être aussi désagréable qu’un chep djen décomposé »… (ça, je le mets de côté pour moi).

    Toujours aussi palpitante cette histoire !

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