Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Fin)

Jeune homme africain (Crédit image: www.unmondeailleurs.net)
Jeune homme africain (Crédit image: www.unmondeailleurs.net)

Résumé de la neuvième partie : Le héros, Karim Diallo, gigolo expérimenté, mais malchanceux de temps à autre, est pris dans un engrenage, cherchant à acheter des préservatifs, et des lubrifiants pour lui et un commissaire de police libidineux.

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 « C’est le même jour où ta belle-mère découvre que tu as des molaires cariées que ton beau-père aussi découvre que tu as la bouche qui pue. » Un malheur, disent les Toubabs, ne vient jamais seul.

Drapé dans ses déboires, le gigolo peul avait à peine fait une centaine de mètres en direction du Lycée Descartes que la 4X4, tel un Togolais véreux dans le lit de la femme de son voisin, donna de puissants coups de reins, toussa et s’immobilisa au beau milieu de la chaussée. Le tableau de bord montra que la voiture avait une panne sèche. L’infortuné galant eut à peine le temps de pousser un énième soupir de désespoir quand un tintamarre de klaxons monta derrière lui. Il venait de créer un bouchon sur un des boulevards les plus empruntés de Bamako. Un suicide dans une ville où un article tacite du code de la route stipule que tout conducteur ou associé a la droit d’aller frapper sur le pare-brise de la voiture d’un imprudent qui ose bloquer la circulation, jusqu’à ce que cassure totale s’ensuive.

Karim Diallo crut rêver quand, cinq minutes après, il vit la 4X4 poussée sur le trottoir par deux jeunes conducteurs de taxi. Allahou Akbar, Dieu est grand… parfois. Il remercia chaleureusement les bons Samaritains et s’adossa à la voiture, la tête entre les mains, se demandant où il trouverait au moins un billet de deux mille francs pour alimenter la voiture, ses poches étant complètement vides. Mame Thiam, elle, venait d’envoyer son ultime message de menace : « Karim, malgré tout ce que je t’ai donné, tu m’as laissée tomber. Je suis une Sénégalaise et j’ai tellement regardé la mer que mes yeux sont trop propres, on ne me dupe pas. Je vais bientôt envoyer mes gros bras de Bamako te régler ton compte. Adieu. »

Quand l’autre 4X4, blanche, elle, gara juste à côté de lui, il crut que c’était l’une de ses connaissances qui venait de le voir. Allahou Akbar ! Il commença à scruter le visage qui le fixait à travers la vitre de la voiture. Après quelques minutes d’inspection, l’homme, la soixantaine dépassée, à voir ses cheveux presque tous blancs, et les rides de son visage, descendit en s’appuyant sur des béquilles. Il appela Karim Diallo par son nom en souriant, et lui demanda si c’était bien lui. Karim Diallo acquiesça de la tête, n’arrivant toujours pas à reconnaître le visage. L’homme, les yeux luisants soudainement comme ceux d’un chat sauvage, lui demanda s’il se rappelait la dame Safiatou Traoré. Sa voix tremblait, l’homme.

Bien sûr que Karim se rappelait la Safiatou. Cette jeune friandise de cinquante-cinq ans qu’il avait, il y avait deux ans, rencontrée dans un supermarché de Bamako, qu’il avait abordée comme il aborde toutes les vieilles bébés qui lui tapent à l’œil, qu’il avait commencé à draguer sur-le-champ dans le supermarché, qu’il avait réussi à séduire après trois jours de drague sans relâche, qu’il avait chauffée et réchauffée à tous les feux pendant six mois, avant de la laisser tomber pour Awa Koné une couguar prépubère de quarante-huit ans.  Ah, Safiatou la succulente, aussi appétissante sous les draps que généreuse dans son portefeuille ! Safiatou ! Karim avait appris à l’époque que son mari, terrassé par les trois mousquetaires-ennemis des nouveaux semi-riches d’Afrique, le trinôme CDT, Cancer-Diabète-Tension, s’était rendu, hémiplégique, en France, pour se faire soigner. Un grand cadre de l’armée malienne, qu’on disait qu’il était. Ah, Safiatou !

L’homme, sous l’effort qu’il faisait, appuyé sur ses béquilles, suait à grandes gouttes. Ses bras musclés tremblaient.

-« Donc, tu ne me connais pas, hein ? Tu ne m’as jamais vu ? Safiatou ne t’a jamais montré une photo de moi ? »

– « Euh, je, c’est que, euh, je ne vous… » Karim Diallo n’avait plus besoin qu’on lui explique ce qui se passait. Il n’avait pas besoin qu’on lui ait montré une fois la photo du monsieur pour savoir qui il était. « Quand on le piétine froid, qu’on le voit tacheté et luisant dans le noir, on n’a plus besoin de se faire dire que c’est un serpent », dit l’adage.

On m’a raconté comment tu as bien pris soin de ma femme quand j’étais en France, luttant pour retrouver l’usage de mes membres. On m’a pris, à ton insu, une photo de toi, et voici presque un an que je te cherche dans tout Bamako, pour te récompenser. Tu sais, on dit qu’un bienfait n’est jamais perdu, et le proverbe stipule que quand tu donnes un grain de maïs à un poussin, attends-toi, des années plus tard, à ramasser un œuf de ce poussin devenu poule. Karim, le réconfort des femmes des hommes malades, viens, viens je t’offre déjà une de mes béquilles, parce que bientôt je te ferai marcher sur des béquilles, comme moi. Viens, Karim, viens prendre ton futur pied, toi qui aimes tellement prendre ton pied.

L’homme, hercule, laissa tomber une de ses béquilles et tendit le bras à Karim paralysé par la peur contre la 4X4 du commissaire. Au même moment, le chauffeur de la 4X4 blanche et deux militaires armés, les gardes du vieux cocu, voyant que leur patron n’était plus loin de s’écrouler sur sa seule béquille, sortirent en se précipitant vers lui.

Karim avait, à plusieurs reprises, entendu dire que la course pour la vie, on ne la ralentit que pour descendre dans la tombe. Courir pour vivre, absolument ! Il avait, durant toute sa vie, couru derrière des femmes âgées pour survivre. Il fallait, maintenant, courir devant les maris de ces dernières pour vivre. A quelques mètres derrière lui, de la mosquée du quartier, montait le prêche de l’imam qui expliquait aux fidèles comment Dieu était prêt, a toujours été prêt, à accepter les âmes pécheresses qui reviennent à Lui. Il racla tout le courage de son corps, le concentra dans ses jambes, et bondit en direction de la mosquée en hurlant : « Allah, sauve-moi, Allah, les hommes veulent me tuer, les hommes vont me tuer, sauve-moi, Allah, Allah, Allah… »

Fin

Bamako, le 26 avril 2014

© 2014 – David Kpelly – Tous droits réservés

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

 

9 réflexions au sujet de « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Fin) »

  1. Non, David non! Pas si tôt! La fin est presque heureuse mais l’histoire finit trop tôt. Je rejoins Emile pour te demander à quand la nouvelle histoire? Quelle plume!

  2. Hello !

    Pardonnes-moi David mais là, je rejoins les autres commentateurs déçus…
    Tout ce suspens pour une fin aussi « bancale »… Cette histoire mérite mieux, tu mérites mieux !

    On dirait un film où le générique de fin tombe tout d’un coup alors que l’on est encore pris dans l’histoire et que attend un dénouement puissant…mais soit !

    A bientôt donc pour de nouvelles aventures littéraires !

    Chriss 😉

  3. Cher Chriss, la question n’est même pas seulement au niveau de la bancalité de la chute de la nouvelle. La question est que: « Pourquoi notre David international a besoin de mettre fin si vite à une aventure si passionnante, si prometteuse en rebondissements? » Hum, Dave, il y a quelque chose qui cloche, on veut bien se régaler … Que cette nouvelle ne s’arrête point!

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