Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Quatrième partie)

Homme âgé d'Afrique
Homme âgé d’Afrique

On ne naît pas marabout-prophète, on le devient

Karamoko Coulibaly, 73 ans, distingué bambara parmi les bambara, est l’un des plus célèbres marabouts du sud du Mali, reconnu de Bamako à Kayes, de Mopti à Koulikoro, de Ségou à Sikasso… Du petit fumeur tellement accro aux Gauloises mal filtrées qu’il y voit l’envoûtement d’un oncle, à la cinquantenaire acariâtre abandonnée par son mari pour une rivale plus jeune et plus jolie, en passant par la jeune vieille fille de 30 ans convaincue qu’elle ne pourra plus trouver un mari sans avoir attaché un des membres virils qui tournent autour d’elle sans jamais lui proposer le mariage, Karamoko Coulibaly est sollicité, tous les jours, par des clients venus de toutes les profondeurs du Mali obombrées par les lourdes ailes de l’obscurantisme.

A six ans, dit-on de lui, des génies s’étaient infiltrés, une nuit, dans la case de ses parents où il dormait, l’avaient enlevé, l’avaient conduit dans une forêt lointaine pour l’y initier aux pratiques des sciences occultes pendant quinze ans. A son retour au village, à vingt et un an, complètement changé, le visage caché sous une brousse de barbe, personne, même ses parents, n’avait voulu le croire et le recevoir, croyant depuis longtemps que l’enfant enlevé était mort. Mais il lui avait juste fallu quelques jours pour démontrer sa puissance, guérissant des enfants malades par-ci, redonnant, par-là, une virilité d’acier à des vieillards complètement refroidis depuis des années…

Sa notoriété s’était rapidement répandue avec ses guérisons, envoûtements et miracles, au point de l’amener, vantard, à s’ériger au rang de prophète. « Ouallahi, jure-t-il partout où on veut l’écouter, j’ai déjà accompli plus de miracles que les Prophètes Moussa et Ibrahim réunis, et j’en accomplirai, avant ma mort, plus que Issa, le prophète des chrétiens. Je ne vais pas me comparer à Mohammad, mais je sais que je n’aurai rien à lui envier en mourant. J’ai prédit l’assassinat de Modibo Keita dans ce pays, on ne m’a pas écouté, j’ai prédit la chute du régime de Moussa Traoré, on ne m’a pas écouté, j’ai prédit la mort de Kadhafi et j’ai même proposé qu’on me laisse partir en Libye lui préparer une poudre pour le rendre invisible sous les bombardement de ces cafres de Blancs, on ne m’a pas écouté, j’ai prédit la rébellion touarègue, on ne m’a pas écouté, j’ai prédit la chute du régime ATT  Amadou Toumani Touré), on ne m’a pas écouté, j’ai prédit la visite de François Hollande au nord de notre pays, et j’ai même prédit son infidélité, on ne m’a pas écouté… qu’est-ce que vous voulez encore que je vous montre pour que vous sachiez que je ne suis pas un vulgaire marabout mais un prophète ? Je suis un prophète, ouallahi billahi… »

Kader Konaté avait, pour la toute première fois, sollicité les services du marabout-prophète durant sa dixième année de service, quand un petit blanc-bec diplômé fraîchement descendu de la France et immédiatement bombardé cadre supérieur dans son service, croyant, naïf, que c’est la grosseur des couilles qui fait d’un chevreau un bouc, avait voulu fouiner son groin dans ses « affaires ». Le petit prétentieux, dix fois plus imprudent qu’un gendre jouant avec la hernie de son beau-père, avait osé lui demander à lui, Kader Konaté qui pouvait être son grand-père, de surveiller ses arrières, qu’il l’avait à l’œil, qu’il était au courant des petites magouilles qu’il faisait depuis des années, et que si cela continuait il ne clignerait pas l’œil avant de le renvoyer. Astafourlaï ! Un enfant, qui commence à peine à avoir des duvets sur le pubis, qui parle de renvoi à son grand-père ! Et ça doit continuer à vivre ?

K2 avait couru, en larmes, chez le marabout Coulibaly, lui avait tout expliqué, le cœur en feu, et avait imposé ce qu’il voulait comme vengeance contre le petit morveux. Le tuer. Mais Karamoko Le Prophète, en souriant, lui avait conseillé que tuer le petit gueulard serait faire une trop grande faveur à ce dernier, il n’aurait pas le temps de connaître ce qu’on appelle humiliation s’il le tuait. Il fallait plutôt le rendre fou à vie, se promenant nu, son caleçon sur la tête, dans tout Bamako. Il lui avait juste demandé d’amener une photo de la cible, une enveloppe de deux cent mille francs CFA, et deux paquets de préservatifs lubrifiés de marque Manix…

Deux semaines après, le jeune cadre, arrivé au bureau un vendredi matin, avait commencé à aboyer comme un chien, se grattant tout le corps, puis enlevant l’un après l’autre tous ses habits : veste, pantalon, jaquette, cravate, chemise, culotte… Il s’était coiffé avec son slip, avait détalé du bureau en hurlant. On le voit aujourd’hui encore, devenu adulte, flânant nu, sale, dans les rues de Bamako, son caleçon sur la tête, se grattant le corps en aboyant.

Et depuis ce coup d’essai qui fut un véritable coup de maître, Kader Konaté devint l’un des clients les plus fidèles du marabout-star, rendant fou, paralysant et tuant tout ce qui tentait de se mettre entre lui et ses « affaires »… Oh, il allait facilement cadenasser « Espace Schengen ». Simplement la boucler, sa fontaine publique de femme !

A suivre…

5 réflexions au sujet de « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Quatrième partie) »

  1. Hmmmm David qu’est ce que le marabout-star fait avec tout ce lot de préservatifs ma? 73 ans et demander des préservatifs? A la lecture de cette 4ème partie on se rend compte qu’en Afrique tout est possible, qu’il ne faut pas seulement décréter et mettre les moyens pour que ça réussisse. Il y a beaucoup qui sont contre l’évolution globale parce que ce ne sera pas pour eux une évoluion positive. Très complexe tout ça

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