Le jean de l’Etranger

25 juin 2011

Le jean de l’Etranger

 

 

 

Le jean de l’Etranger (nouvelle)

Deuxième partie

 

Nouvelle inspirée de l’histoire d’un jeune diplômé togolais fuyant le chômage chez lui, arrivé au Mali en 2008.

 

Trois jours après mon retour à la maison, je me foutus de nouveau les deux pieds dans de la merde. J’étais cette nuit en train de lire Le Village de l’Allemand de Boualem Sansal que j’étais parti emprunter au Centre culturel français quand ma voisine frappa à ma porte, Monsieur l’Etranger, j’ai un problème, ma fille vient de piquer une crise cardiaque, je n’ai pas d’argent pour louer un taxi pour l’amener à l’hôpital, je n’ai pas non plus de force pour la prendre au dos, aidez-moi, s’il vous plaît. Cette femme avait été très zélée dans l’affaire du vol de la moto. J’avais pourtant dit au propriétaire de ne jamais accepter d’étranger dans cette maison, ils portent malheur. Imaginez que depuis que ce jeune homme est arrivé dans cette maison, je n’ai pas cessé de voir des hiboux en rêve toutes les nuits. J’étais partie chez le marabout et il m’avait dit que c’est un jeune étranger dans notre maison qui se transforme ainsi, et qu’il veut tous nous tuer. Ce marabout ne ment jamais, vous voyez vous-mêmes, non ? n’avait-elle pas cessé de crier quand, menottes aux mains, on m’amenait au commissariat. Mère Marthe, tu m’as appris à pardonner. J’étais à l’étranger et je devais tout accepter. Tout pardonner. L’aider. Je mis la fille de douze ans, une quarantaine de kilos, au dos et sortis presque en courant vers l’hôpital situé à presque un kilomètre de la maison, suivi de la mère. Il était presque minuit. Noir total. Comme chez moi à Soutacountry, les lampadaires ne bossent pas. A mi-chemin, à ma grande surprise, la jeune fille commença à crier, Non laisse-moi, je veux aller chez ma mère, laisse-moi. Je voulus la calmer quand trois torches, braquées sur mon visage, m’immobilisèrent. Des flics ! Faites rapidement descendre cette fille et mettez vos deux mains sur la tête. J’obéis sans cérémonies. La jeune fille demandait toujours à rejoindre sa mère que je ne voyais plus derrière moi. Monsieur, voulais-je expliquer, cette fille est malade et je…Quatre puissantes gifles me firent taire. La fille fit savoir aux policiers que je l’avais enlevée quand elle rentrait d’une commission. On lui tendit un téléphone portable pour appeler sa mère qui arriva tout en larmes. Mère Marthe, je suis trop éclairé pour ne pas comprendre que c’était un complot contre moi monté. Que vous ai-je fait de mal, madame, je… Je perdis connaissance sous les coups des six policiers qui me frappèrent partout sur le corps. Je me réveillai le jour suivant dans un commissariat. Je devais payer deux cent mille francs à la police ou être déféré en prison pour vingt-cinq ans pour tentative de détournement de mineur. Mes compatriotes, une fois de plus, me sauvèrent mais me mirent en garde, Gédéon, nous avons tous eu des problèmes à notre arrivée ici et nous continuons d’en avoir tous les jours, mais ce que tu es en train de nous faire voir est impensable, tu sais que nous sommes tous en train de nous débrouiller ici, et nous ne pouvons pas continuer à payer des sommes si importantes pour rien. Essaie de revoir ta vie. La prochaine fois, nous ne payerons plus. Je décidai de quitter cette maison à la fin du mois. Mère, et aujourd’hui, je viens de recevoir des gifles et des coups pour rien. Je retournerai chez moi quand les choses s’amélioreront. Mère Marthe, quand ?

Le bus arrive au point d’arrêt. Le monsieur qui m’a giflé me demande de me mettre à genoux devant la femme pour lui présenter des excuses. J’exécute sans broncher. Tu peux retourner chez toi en Côte d’Ivoire si tu veux, les frontières ne sont pas fermées, me fait-il.

Soleil au zénith ! Le soleil du Sahéli à midi ! Enfer, oui ! Je me dirige vers le centre commercial. Fasse Dieu que je tombe sur quelqu’un qui parle français. Sinon mon affaire est foutue. Un de ces transports en commun, sales comme ceux qui les conduisent, sales comme ceux qui les prennent, me dépasse en vitesse et manque me renverser. No choix pour l’aventurier, me montre-t-il sur son pare-chocs arrière. Tu n’as pas besoin de me tuer pour m’encourager, mon pote.

Beau temps après la pluie ? Le premier dealer qui m’aborde parle français. Il ne me cache quand même pas son indignation quand il remarque que je ne parle pas la langue nationale. Vous devez tout faire pour apprendre ça ! Ce n’est pas normal que vous viviez dans un pays sans comprendre sa langue, et pourtant vous parlez ça là-bas en Côte d’Ivoire non ? Je lui fais savoir que je ne suis pas ivoirien, mais de Soutacountry. Vous êtes pareils aux Ivoiriens, vous faites trop les grands, me fait-il savoir. Je ne réponds pas. Je suis loin. Très loin. Que ce deal marche pour que je t’envoie les vingt mille balles pour tes médicaments, Mère Marthe. Qu’il marche, au nom du Christ…

J’attends dans l’atelier de mon partenaire d’affaires qui est parti à la banque me chercher mes vingt-cinq mille balles. Mère Marthe, patience, tu auras bientôt tes sous pour t’acheter les médicaments. Je te jure que le deal a presque marché. Je vais, pour la première fois, remplir le rôle d’un vrai fils. Te sauver, ma mère. Je m’ennuie. Je commence à lire un agenda que j’ai essayé de remplir durant mes premiers jours au Sahéli.

23 Août 20..

J’arrive, enfin, au Sahéli après quatre jours de voyage. Parfait mon ami qui m’a fait venir est venu me chercher à la gare.

24 Août..

Je me réveille à quinze heures après plus de vingt heures de sommeil. Après avoir mangé, Parfait me fait asseoir. Il veut me parler. Gédéon, mon frère, comme il est de coutume chez nous, moi, ton grand frère, je dois te donner des conseils parce que tu viens d’arriver dans ce pays que tu ne connais pas. Tu connais ce proverbe de chez nous qui stipule que quand on va dans un pays, il faut savoir comment pissent les gens avant de faire sortir son pénis. Mais pour être bref, je veux insister sur un seul point, parce que je sais que tu es un vrai garçon de ta mère. Tu vois déjà ce que je veux dire, les paires de fesses. C’est notre drogue, nous les jeunes de Soutacountry, et ce n’est pas un péché, car c’est pour ça que Dieu a créé Eve pour Adam. Allez, faites la chose-là quand cela vous plaît, et multipliez-vous comme des grains de sable pour remplir la terre. Car, à quoi servira le sel s’il perd sa saveur ? C’est des paroles de la sainte Bible que je viens de te répéter. Mais, Gédéon, les femmes de ce pays ont sept caractéristiques principales que je dois t’énumérer. Tu découvriras les autres de toi-même. Je sais qu’elles vont te fatiguer à mort parce que tu vas travailler dans une banque, et pas n’importe laquelle. Ecoute donc, mon frère, les sages conseils de ton frère, sur les femmes du Sahéli.

Un, elles n’aiment pas, parce qu’il faut savoir que c’est le clitoris qui produit ce qui permet à une femme d’aimer alors qu’elles n’en ont pas, on leur coupe ça depuis l’enfance malgré les mises en garde qui fusent de partout. Tu as fait de grandes études et tu dois en savoir plus que moi. Deux, elles sont très méchantes et n’ont pitié de personne, elles sont prêtes à tuer un homme entre leurs cuisses blotti. As-tu déjà entendu parler d’une femme qui a coupé le zizi de son mari avec ses dents juste parce que ce dernier ne voulait pas lui donner de l’argent pour s’acheter des parures, hein, eh bien, cela s’est passé dans ce pays. Trois, elles sont infidèles et changent de partenaires comme elles changent de basins pour aller dans leurs multiples mariages, elles ne peuvent pas rester une journée sans sentir un homme en elles parce que ça les gratte terriblement, on ne leur met pas de l’eau chaude dedans pendant leur enfance et ça les gratte, elles doivent toujours se frotter contre le phallus, plusieurs de nos frères ont déjà été déçus par ces putes sans coeur. Quatre, elles demandent trop d’argent et sont prêtes à tout pour l’avoir, et quand je te parle d’argent je ne veux pas dire cinq mille ou dix mille balles, mais quarante ou cinquante mille par semaine, c’est pourquoi leurs hommes ne grossissent jamais et ressemblent à des épouvantails dans un champ de riz. Il y en a même, parmi ces femmes-limes, qui volent, or tu sais qu’une femme qui vole est une femme maudite, elles sont donc maudites. Cinq, elles sentent très mauvais et n’essaie pas de mettre ta langue dedans quand tu es en train d’adorer leur vaudou parce que tu vas devenir fou si tu oses le faire, elles ne se lavent pas bien et ont des parfums qu’on dirait piochés dans l’anus d’un cadavre. Six, elles sont trop bêtes et ne peuvent jamais aider à trouver des solutions à un problème, alors qu’une femme, ça sert à trouver des solutions dans les moments difficiles, tout ce qu’elles savent dire quand tu leur parles c’est Donne-moi de l’argent pour acheter du basin parce que j’ai un mariage et un baptême cette semaine, et ce qui m’énerve c’est qu’elles se croient belles quand elles dessinent leurs saloperies-là partout sur le corps et qui leur font ressembler à des amulettes dans un marché de Cotonou. Sept, elles ne sont pas de notre religion et tout ce qu’elles font est diamétralement opposé à nos habitudes. Gédéon, mon frère, voilà les sept grandes caractéristiques des femmes de ce pays. C’est mon devoir de te le dire parce que tu viens d’arriver et tu ne connais rien de ce pays. Elles sont comme cela et personne ne peut les changer, leurs hommes les épousent comme cela, et elles ont causé des malheurs très graves, et même le décès de beaucoup de nos compatriotes qui ont essayé de faire d’elles leurs femmes. Si tu oses prendre une pour femme, bonjour ta mort, tu vas rentrer à Soutacountry nu, sans un seul slip. Tout ce que je peux te dire, mon frère, c’est que tu les prennes sans cœur, toujours avec des préservatifs parce qu’elles sont presque toutes séropositives, et les plaques sans pitié, elles ne sont même pas jalouses, c’est pourquoi les hommes les entassent par dizaines dans les foyers. Tu comprends, hein, c’est pas un péché, c’est ce qu’elles méritent. D’ailleurs, même si c’est un péché, tout le monde pêche maintenant ici-bas et personne n’est Jésus, encore moins Dieu. Fais-le pour venger nos frères qu’elles ont blessés. Je te souhaite donc, mon frère, beaucoup de plaisir. Gloire à ton bangala au plus profond des gouffres, et paix sur la terre aux chattes sans clitoris. Amen.

A suivre…

© 2011 – David Kpelly – Tous droits réservés

 

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Commentaires

sam bilo
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fantastique!!! j'espère que la suite ne sera pas long

Kpelly
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Pas du tout, mon cher, la suite vient bientôt.

cybearDJM
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Oui, vivement la suite...

Kpelly
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Elle arrive bientôt, la suite!
Amitiés

RemyF
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Salut, je viens de reprendre votre article sur mon blog! Merci.