De cet outrage au chef de l’État dont on accuse Patrice Nganang

L’écrivain et universitaire camerounais Patrice Nganang

On lit, ici et là sur Internet, des textes soutenant l’arrestation de l’écrivain et universitaire camerounais Patrice Nganang, il y a six jours à Douala. Il serait accusé d’outrage et de menaces de mort contre le chef de l’Etat.  Patrice Nganang a en effet publié un texte sur sa page Facebook dans lequel il menace de donner une balle « exactement dans le front » de Paul Biya s’il se retrouve un jour en face de lui avec un fusil.

Sortons de nos lâches mensonges ! L’outrage au chef de l’Etat et aux institutions de la République ne tient la route que dans des pays où ces institutions en valent la peine. Le respect dû à ces institutions est lié au fait qu’elles émanent, dans les Républiques démocratiques, de la volonté du peuple souverain. Continue la lecture

Faure Gnassingbé, autopsie d’un corps à la présidence togolaise

Aujourd’hui, notre Président est mort. Ou peut-être hier ou avant-hier ou il y a une semaine, je ne sais pas*. Ce qui est sûr, depuis le 7 septembre 2017, les Togolais ont décidé, après douze ans de cris de douleurs, de lamentations, de supplications, de marches de protestation, les Togolais ont, fatigués de crier à l’aide à une communauté internationale qui les ignore, de débrancher la dernière poche d’oxygène qui permettait encore au fils du sanguinaire Eyadema de respirer sur son fauteuil hérité faire régner la terreur sur le peuple.

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Le devoir de dissidence au Togo

Des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants manifestant le ventre vide et les gorges asséchées, la tête en feu, défiant les jets d’eau chaude, de gaz lacrymogène, les balles, les coups, même la mort. Des pères et mères, des vieillards, des femmes enceintes, des handicapés, des malades, battant le pavé sous le soleil et la pluie durant toute une journée, plusieurs jours consécutifs des fois, prêts à passer la nuit couchés à même le sol, à la belle étoile, sur les voies publiques.

Peuple Togolais, voilà tes exploits. Tes travaux. Voilà, peuple togolais, ta routine, le rocher que tu roules depuis plus de 25 ans, depuis que tu t’es réveillé de la léthargie dans laquelle t’a plongé l’ogre qui, depuis 1967, se nourrit de ton sang, de ta chair, de tes os, de ton sourire, de ta paix, de ton bonheur. 25 ans, peuple togolais, qu’on te fait jouer Sisyphe, que tu ahanes pour pousser le rocher de ta servitude jusqu’au sommet de la colline, avant qu’on ne le repousse, t’intimant l’ordre d’aller le remonter. Continue la lecture

Monsieur Ouattara, votre sécurité ne vaut pas la vie de cent personnes

Alassane Ouattara

Monsieur Ouattara, je suis un citoyen togolais, voisin et frère de la Côte d’Ivoire, le pays que vous dirigez depuis six ans. Permettez-moi, tout d’abord, de vous souhaiter beaucoup de courage dans la gestion de toutes ces mutineries qui embrasent votre pays depuis un certain temps. Vous êtes, aujourd’hui, dans la posture d’un père de famille condamné à vivre sous le même toit avec des enfants ayant sombré dans le grand banditisme et pouvant prendre les armes contre lui n’importe quand. Mais passons, vous auriez dû y penser quand vous faisiez appel à des bandits, des drogués, des gangsters et des rebelles pour vous aider à prendre le pouvoir.

Monsieur Ouattara, je vous écris par rapport à une situation vécue le dimanche 25 juin 2017 dans un avion de la compagnie Air Côte d’Ivoire en partance de Lomé pour Abidjan. Il sonnait 09H25 minutes. Nous étions une centaine de passagers installés dans un bombardier de la compagnie aérienne ivoirienne, quand on nous informa que notre décollage allait prendre une vingtaine de minutes de retard, l’aéroport d’Abidjan étant fermé pour raisons de sécurité à cause d’un voyage présidentiel. Continue la lecture

Non, cher Monsieur Valls, ce n’est pas à la France de croire au Togo !

valls

Cher Monsieur Valls, c’est un secret de polichinelle pour nous, Africains francophones, qu’entre nos pays et votre pays, la France, se sont tissés, depuis des décennies, des liens très étroits, très sombres, très louches, qui, au fil des ans, des décennies, malgré les dénonciations et les promesses de rupture, ne font que s’affermir.  La Françafrique, appelons l’hydre par son nom, puisque c’est d’elle qu’il s’agit.

Nous savons également, cher Monsieur Valls, que l’une des pratiques de la secte françafricaine consiste, à vous, hommes politiques français de tout bord, de gauche ou de droite, à venir sillonner les palais présidentiels de nos pays à l’approche des élections chez vous. Que venez-vous chercher chez nous durant ces périodes ? Nous ne disserterons pas sur ce mystère séculaire, même si beaucoup de langues affirment, mordicus, que vous venez y chercher des valises d’argent pour aller financer vos compagnes électorales. Mais passons, laissons vos valises et leurs contenus douteux sur vos consciences. Continue la lecture

Ôtez ces treillis que les Togolais ne sauraient aimer !

Militaires togolais (Crédit image: www.republicoftogo.com)
Militaires togolais (Crédit image: www.republicoftogo.com)

Qui a organisé la fête sur Internet et les réseaux sociaux ? Qui, le premier, a entonné la chanson ? Qui, le premier, l’a reprise ? Qui, le premier, a joué la musique ? Qui, le premier, a marqué des pas de danse ? Qui, le premier, a applaudi ? On ne le saura pas. Nos yeux ont seulement vu, il y a une semaine, sur les réseaux sociaux, dans les forums des sites web et partout sur Internet, des internautes togolais, beaucoup d’internautes togolais faire la fête, une vraie fête, une fête-fête.

Ils ont fêté quoi ? La mort de cinq militaires togolais, casques bleus de l’ONU, tués, le dimanche 29 mai 2016, au Nord Mali par des terroristes islamistes. Continue la lecture

Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (dix-septième partie)

Arafat DJ, le Yorobo 5050 55555 000 volts (Crédit image: www.youtube.com)
Arafat DJ, le Yorobo 5050 55555 000 volts (Crédit image: www.youtube.com)

Si tu danses pas Arafat DJ en boîte, tu danses quoi alors ?

« Ma chérie, pourquoi nécessairement y aller, en boîte de nuit, en jean plaqué et body ? Je m’y sentirai mieux en basin boubou ou en veste, c’est plus ample et aéré, tu sais toi-même que mes courbatures… » essaya de bredouiller l’inspecteur des Impôts de classe exceptionnelle à sa femme. « Parce que la mode, mon bébé, tu te vois comme un vieux, Kader, mais moi Alima ta femme je ne t’ai jamais vu ainsi, tu es jeune de chez jeune, jeune choco, pas même un jeune quatre poches naviguant entre la trentaine et la quarantaine, hein, moi je t’ai toujours vu comme un jeune cinq étoiles, tout frais tout dur, allez, mon jeunot, viens m’essayer les jeans et body pour que je vois ton flow.» Elle lui déposa un baiser humide sur les lèvres et Kader Konaté n’ajouta plus un seul mot. Continue la lecture

Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (Back soon !)

Bientôt de retour
Bientôt de retour

Ce proverbe éwé a raison : « Même quand l’urine s’en va vadrouiller partout dans le monde, elle revient toujours couler contre la cuisse. »

Après des semaines de silence et d’interruption de votre feuilleton « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux », je reviens remettre les pendules à l’heure. L’interruption était justifiée pour deux grandes raisons : mon engagement, à travers mes articles, dans les élections présidentielles au Togo et le drame qui l’entoure – Faure Gnassingbé a officiellement viré en dictateur en présentant sa candidature pour un troisième mandat-, et la sortie de mon nouveau livre : « Pour que dorme Anselme. » Continue la lecture