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Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Neuvième Partie)

Jeune homme africain

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Résumé de la huitième partie : Le héros, Karim Diallo, gigolo expérimenté, mais malchanceux de temps à autre, est sauvé des mains d’un tueur djihadiste par un commissaire de police véreux. En récompense de son geste, ce dernier exige que le gigolo aille lui chercher sa maîtresse à l’école avec son 4X4.

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 « A voir la vitesse à laquelle court quelqu’un qui vient de manger une sauce pimentée, on n’a plus besoin de lui demander s’il a la diarrhée ».

Karim Diallo, une fois dans le 4X4 du commissaire de police, s’est très vite rendu compte que ce dernier était un véritable golfeur, tirant en série dans tous les trous qu’il racontait sur son chemin. Quelques indices lui confirmèrent d’ailleurs que le commissaire avait, la nuit passée, commis un énième forfait à la va-vite dans sa voiture, et n’avait pas eu le temps de laver les traces. Des boules de perles en métal coincées dans les encoignures des fauteuils, le bout d’un emballage de préservatif collé sur le tapis du plancher, et, surtout, un fort parfum féminin régnant à l’intérieur. Pas très prudent, ce gros bouc, pensa Karim. Il avait, ce toutou allumé de commissaire, tiré un coup dans la voiture sans nettoyer les traces et envoyait la même voiture chercher une autre conquête. Peut-être que ça ne doit pas être jalouse la maîtresse d’un commissaire de police. De toute façon, entre ruminer en silence la colère d’avoir été trompée et recevoir dix coups de crosse sur la gueule pour avoir osé demander des explications à Monsieur le Commissaire sur celle avec qui il avait joué aux hanches-ball dans sa voiture, le choix doit normalement être très simple pour les maîtresses de Monsieur le Commissaire.

Le 4X4 s’engagea, majestueux sur la route menant au lycée Descartes. Karim Diallo mit la climatisation pour se rafraîchir un peu la tête – ce n’est pas parce qu’on a la hernie qu’on ne peut plus saluer une demoiselle à la croupe pleine. Le lecteur de disques distillait, à travers les puissants haut-parleurs placés aux quatre coins de la voiture, une chanson à la mode, et qui résumait toute la philosophie du commissaire vis-à-vis de ses minettes collégiennes et lycéennes : « Chop my money, chop my money yéééé, chop my money, I don’t care, I don’t care… Hé hé… » L’argent du commissaire, on peut le bouffer comme on veut, le commissaire n’en a cure, il suffit de savoir le rembourser, jusqu’au dernier centime, jusqu’au dernier coup de hanches, dans les chambres d’hôtel et les chambres de passe des Libanais et de leurs cousins directs les Chinois.

A la première pharmacie qu’il trouva sur sa route, Karim Diallo s’arrêta pour faire les commissions peu honorables du commissaire, ces commissions peu répétables un vendredi en plein mois de ramadan. Il ralentit brusquement à quelques pas de l’entrée de la pharmacie, ayant aperçu juste devant la porte un homme, en apparence touareg, ou maure, ou maghrébin, barbu, habillé tout en blanc, la tête enturbannée, un chapelet en main. Une chèvre à l’oreille coupée n’a point besoin qu’on lui rappelle qu’il est dangereux d’entrer dans la cuisine des ménagères, dit le dicton. Karim Diallo venait à peine d’échapper aux coups de couteau d’un tueur en voulant acheter des préservatifs, et ce n’était pas devant le portrait-robot parfait d’un djihadiste qu’il allait acheter des lubrifiants. On ne fuit pas un voleur pour se réfugier chez un sorcier.

Alors que le gigolo peul, désemparé, s’était figé à sa place, pensant à comment procéder pour entrer dans la pharmacie chercher son haram sans qu’un couteau djihadiste ne lui tranche sa tête de cafre, un jeune Ivoirien, hurlant au téléphone son accent ivoirien et ses substantifs sans articles, vint passer à côté de lui, se dirigeant vers la pharmacie. Une aubaine, car le jeune Ivoirien, c’est notoire, est un dieu de la provocation, capable d’acheter n’importe quoi n’importe où et devant n’importe qui sans la moindre réserve, la moindre crainte. Même sous les yeux de cent imams yéménites dans cette pharmacie, un jeune Ivoirien qui se respecte est capable de se pointer et lancer au pharmacien : « Mon frère, file-moi vite deux boîtes de lubrifiants, y a une petite-là à qui je veux faire mal midi-là. » Le deal fut réglé et le jeune Ivoirien accepta d’aller acheter les lubrifiants pour Karim qui lui tendit, en le remerciant de mille voix, le billet de dix mille francs du commissaire. Allahou Akbar ! Ouais, Dieu est grand, et Il n’oublie jamais Ses enfants… euh… des fois.

Une quinzaine de minutes plus tard, fatigué d’attendre son émissaire qui ne sortait pas, Karim Diallo entra dans la pharmacie et eut la désagréable surprise de constater qu’elle avait une autre porte de sortie derrière. Quand une maison brûle, on ne demande pas où sont passées ses souris. Karim Diallo avait compris, le jeune Ivoirien s’était tiré avec ses dix mille francs, enfin, ceux du commissaire. Au bord de la dépression nerveuse, il plongea la main dans sa poche pour faire l’achat du commissaire avec ses propres dix mille francs, le reste de ses économies, en attendant le pactole de Mame Thiam. Mais il se rappela très rapidement, devant le vide que rencontrèrent ses mains dans ses poches, qu’il avait laissé ses dix mille au pharmacien qui lui vendait les préservatifs dans la première pharmacie, et n’avait pas eu le temps d’avoir le reliquat avant que le djihadiste battu ne bondisse, enragé, dans la pharmacie.

Fatigué, frustré, énervé, déçu, le chasseur de couguars sortit de la pharmacie les deux mains aux hanches, la tête baissée. Son téléphone portable manquait d’exploser sous les appels et les messages de menace de Mame Thiam qui lui rappelait à chaque mot comment une Sénégalaise peut être aussi désagréable qu’un chep djen décomposé, quand on refuse de la chauffer. Il décida d’aller rapidement chercher la maîtresse du commissaire qui attendait sûrement sous le soleil et l’amener à l’hôtel. Mame Thiam, il s’en chargerait juste après. De deux maux, il faut choisir le moindre, disent les Toubabs, caleçon troué vaut mieux que fesses nues, dit l’adage populaire. Il valait mieux avoir sur le dos une mémé sénégalaise nymphomane énervée qu’un commissaire dopé d’un mortel Viagra nigérian sevré de son butin du vendredi.

A suivre…

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

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Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Huitième Partie)

Jeune homme africain (Crédit image: www.123rf.com)

Jeune homme africain (Crédit image: www.123rf.com)

Résumé de la septième partie : Le héros, Karim Diallo, gigolo expérimenté, mais malchanceux de temps à autre, est surpris par un extrémiste musulman alors qu’il achetait des préservatifs. Il est poursuivi par le tueur et n’a d’autre refuge qu’un commissariat de police.

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Il fallut aux deux policiers plus d’une dizaine de minutes pour arriver à faire sortir l’infortuné djihadiste du bureau du commissaire pour le diriger vers la cellule des gardes à vue, ce dernier, agrippé des deux mains au bureau du commissaire, hurlant que wallahi, même si on l’enfermait pendant mille ans, à sa sortie il chercherait ce cafre pour l’égorger, le dépecer et donner sa chair faisandée et souillée aux charognards, il sortirait, oui, il sortirait un jour inch Allahou, et il éliminerait un à un tous les cafres, les enfants de chaytan, de la société malienne, après avoir fini avec les cafres du Mali il irait exterminer les cafres des autres pays africains, et après eux il s’attaquerait au cafre des cafres, l’Occident, qu’il ne mourrait pas, wallahi billahi, jamais il ne mourrait tant que tous les vendeurs de haram n’auraient pas disparu de la face de la Terre, inch Allahou !

Après la sortie de l’enragé, le commissaire expliqua à Karim Diallo qu’il ne tolérait, lui Sory Diarra, aucune forme d’extrémisme religieux, car pour lui, la société malienne était gangrénée par trois menaces qu’il fallait coûte que coûte combattre : les Libanais, l’extrémisme religieux, Canal +. Les Libanais parce que ces gros chiens poilus non seulement ils étaient des dealeurs de drogue sans vergogne, mais aussi ils n’investissaient que dans la débauche et l’immoralité, faisant pousser des bars, des boîtes de nuit, des hôtels, des motels, des chambres de passe, des boîtes de striptease… partout à Bamako. L’extrémisme religieux parce qu’il finirait, si on lui laissait une petite place dans la société malienne, par déchirer des hommes soudés sans distinction de religion depuis des siècles. Canal+ parce que c’était à cause des films cochons qu’elle passait sur ses chaînes que toutes les jeunes filles avaient commencé à porter des strings et des décolletés, entraînant les hommes mariés sur les chemins de la perdition, que c’était toujours à cause d’elle, la bâtarde Canal+, que les femmes mariées ont commencé à regarder des feuilletons et à se rebeller contre leur mari parce que ces derniers ne les choyaient pas comme les hommes blancs le faisaient à leurs femmes dans les films…

Karim Diallo se leva pour prendre congé du commissaire qui continuait de disserter sur sa haine contre les Libanais et leurs cousins directs les Chinois, l’extrémisme religieux, et Canal+. Depuis l’hôtel, Mame Thiam le harcelait par SMS, lui rappelant qu’elle l’attendait, qu’elle devait s’en aller dans moins de deux heures, qu’elle ne lui pardonnerait jamais s’il lui faisait perdre son temps…Karim Diallo voulut donc se presser pour aller rapidement ingurgiter son Chep Djen sénégalais qui, tout le monde le sait bien, n’est agréable à manger que quand il est chaud, mais le commissaire lui ordonna de se rasseoir. Il lui demanda s’il avait un permis de conduire. Affirmative.

« Ok, écoute moi, tu sais, la vie c’est du donnant-donnant, tu me grattes les couilles je te gratte la tête. Je t’ai sauvé des griffes de ce dangereux extrémiste qui était prêt à te décapiter, maintenant c’est à toi de me rendre la monnaie. Euh, comment te le dire, je vais t’envoyer avec ma bagnole, tu vas aller au lycée Descartes me chercher une amie, bon, euh, bah oui, une amie, et me la déposer à l’hôtel Mirador pas loin d’ici. Tu connais l’hôtel Mirador et le Lycée Descartes, j’espère. T’inquiète, ça te prendra au plus trente minutes la course, et tu pourras partir tranquillement chez ta grande coquette. Je t’offrirai même un paquet de préservatifs à ton retour pour aller jouer ton match sans risques, j’en ai une montagne de paquets dans mon tiroir ici. Euh, tu sais, c’est mon chauffeur qui me faisait la course avant, mais j’ai remarqué il y a quelques jours qu’il n’est plus sérieux, il file des infos à ma femme, alors que moi-même je ne peux pas aller me planter devant ce lycée si peuplé pour chercher une petite qui n’est pas ma fille, tu connais la bouche des gens dans ce pays. Rends-moi donc ce petit service aujourd’hui, le temps que je le vire, l’idiot, pour prendre un autre chauffeur. Pas de souci, je vais informer la petite que tu arrives, elle connaît très bien la voiture. Tu la déposes juste devant l’hôtel et tu reviens, je pars la rejoindre à ton retour. J’ose croire que tu n’es pas assez imprudent pour oser penser vouloir fuir avec la voiture d’un commissaire de police. Bah non, tu ne peux même pas oser ça, tu n’es pas un Camerounais ou un Ibo, encore moins un Libanais. Ou bien ? »

Karim Diallo faillit éclater en sanglots. Il voulut expliquer au commissaire que chaque minute qui passait jouait contre lui, Mame Thiam était en train de lui échapper avec son argent, alors qu’il comptait sur le pactole de ce midi pour se lancer dans une vraie activité, une activité digne, et arrêter sa carrière de gigolo… mais le commissaire, en lui tapotant sur l’épaule, lui murmura d’une voix mi-amicale mi-menaçante : « Ecoute, la petite qui t’attend n’est pas du glaçon, elle va quand même pas se fondre si tu arrives chez elle avec une petite demi-heure de retard, voyons … Ah, tiens, cherche de l’essence pour l’engin, et deux boîtes de lubrifiants Manix dans une pharmacie sur ta route, tu me laisses une boîte dans la voiture et tu prends une. Ou bien tu les utilises pas, les lubrifiants ? »  Il lui tendit un billet de dix mille francs et la clé de sa 4X4 garée juste devant son bureau.

A suivre…

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

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Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Septième Partie)

Jeune homme africain

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Résumé de la sixième partie : Le héros, Karim Diallo, gigolo expérimenté, mais malchanceux de temps à autre, est surpris par un extrémiste musulman alors qu’il achetait des préservatifs dans une pharmacie, un vendredi, en plein mois de ramadan. Haram!

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Karim Diallo n’a jamais été un bon acrobate  – du moins hors du lit d’une couguar,  mais quand, ce midi, il tourna la tête, alerté par les cris du djihadiste blessé, et vit ce dernier entrer en fracas dans la pharmacie son long couteau luisant levé au-dessus de la tête, il ne chercha même pas à savoir celui que l’enragé voulait égorger, et bondit hors de la pharmacie par la seconde porte. La tête haram du cafre peuhl venait de tenir à une seconde, puisqu’au même moment où il venait de s’échapper de sa place, le long couteau du fou de Dieu s’écrasa sur le comptoir en bois, sous le cri horrifié du pharmacien qui demandait en hurlant au tueur ce qu’il voulait. « Ce que je veux, hein, tu me demandes ce que je veux, hein, tuer ce cafre qui ose acheter ce que tu lui vendais ce jour béni, en ce mois béni où tout bon musulman doit se tenir loin des péchés de ce monde. Je vais le poursuivre, je vais aller l’égorger, et quand j’aurai fini de le décapiter, je reviendrai te tuer toi aussi », suffoquait El Hadj Hassan en s’élançant hors de la pharmacie, se dirigeant vers Karim Diallo qui s’était arrêté sous un arbre juste devant la pharmacie, ne sachant pas encore que c’était à lui qu’en voulait l’égorgeur de cafre.

La guenon qui court pour aller gratter les couilles de son amant et celle qui s’échappe devant la massue d’un chasseur n’ont pas les mêmes enjambées, sagesse des anciens.  Quand Karim Diallo comprit que c’était sa tête que voulait ce fou qui hurlait vers lui la machette toujours levée, un homme qu’il ne connaissait ni d’Adama ni d’Hawa, il se lança dans une course effrénée sur la route pavée devant lui, criant « Au secours, sauvez-moi, au secours » pour attirer l’attention des passants se dirigeant tous en hâte vers la mosquée du quartier. Bizarrement, aucun des religieux pressés ne sembla s’intéresser à lui et à son chasseur, personne n’étant disposé à fourrer son nez dans une obscure affaire où un vieux barbu en boubou blanc poursuivait un jeune homme en jeans et T-shirt moulant, en pleine heure de la grande prière.

Karim Diallo courait depuis plus de cinq minutes, hurlant toujours au secours, poursuivi par le djihadiste qui criait toujours dans son dos qu’il allait l’égorger wallahi ! Et toujours personne ne semblait s’intéresser à la scène. Seuls quelques enfants de rue rachitiques, se ressemblant tous par la rondeur de leur ventre, leurs cheveux sales,  et leurs yeux de chauves-souris cherchant désespérément à qui transmettre Ebola, seuls ces badauds pullulant dans tous les coins et recoins de Bamako,  boîtes de tomate en main,  lançaient des éclats de rire poussifs à leur passage. Le gigolo sentait ses forces faiblir et la distance entre lui et le tueur se rétrécir.  Il courait très vite, le presque-imam, malgré son âge, puisqu’il y avait juste quelques mois il détalait dans les dunes chaudes du Nord-Mali, avec ses collègues d’Ansar Dine, de Boko Haram et du Mujao (Mouvement pour l’unicité e le djihad en Afrique de l’Oeust), feintant les bombes, balles, grenades et autres petits bijoux mortels que les cafres de l’opération Serval leur envoyaient depuis leurs hélicos.

Quand Karim Diallo commença à sentir le souffle du disciple de Mokhtar Belmokhtar dans son dos, il se résolut à aller chercher son salut dans cet endroit où même le citoyen le plus étourdi, le plus fou, n’attendrait aucune aide dans ce pays. Le commissariat de police situé juste à une centaine de mètres. Oui, la police, elle-même ! En trois enjambées, il vira dans une ruelle, dévia la tête pour feinter le couteau du tueur de Dieu qui sifflait sous sa nuque, et vit le portail du commissariat qui s’ouvrait à lui, large, comme une nouvelle péripatéticienne devant un bon payeur. Deux jeunes policiers, assis devant le commissariat, se précipitèrent et s’interposèrent entre la proie et son prédateur.  L’ex-djihadiste fut désarmé de son long couteau, alors qu’il jurait toujours que wallahi, même si ce fils de chien partait se réfugier dans l’anus d’une tortue, il irait l’arracher et l’égorger wallahi. On les conduisit chez le commissaire Sory Diarra.

Sur sa carte de visite, Sory Diarra marquait « Commissaire de police » comme profession. Un grand bluff, puisqu’il ne se rendait au commissariat de police, sous sa casquette de commissaire, qu’une ou deux fois par semaine. Sa vraie profession était le rackettage des noctambules étourdis qu’il dépouillait par centaines de leurs billets de banque chaque nuit avec une troupe de policiers non gradés qu’il amenait en patrouille dans le quartier. Dragueur généraliste à ses heures perdues – il avait, chaque jour, au moins 20 heures perdues sur les 24, il s’était spécialisé, il y avait quelques mois, en dépucelage des jeunes collégiennes et lycéennes, depuis qu’une généreuse âme lui avait conseillé qu’à cinquante ans sonnés, il avait besoin de renouveler son sang avec celui des petites filles de seize dix-sept ans pour garder sa fraîcheur et repousser un peu la vieillesse, ennemie implacable et bâtarde.

Quand les deux parties finirent de lui exposer les faits, le commissaire Diarra, consommateur immodéré de préservatifs Manix, ordonna en colère qu’on enferme l’ex-djihadiste pour tentative de meurtre prémédité. Il prit soin de lui expliquer, à l’imam raté, que le Mali restait et resterait toujours un pays laïque, que chacun avait le droit d’acheter ce qu’il voulait et n’importe quand, que s’il voulait un pays islamique, il n’avait qu’à retourner au Nord-Mali y déloger l’ONU et toute sa racaille habillée et y réinstaller ses gourous extrémistes.

A suivre…

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

 

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Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval (Sixième Partie)

 

Jeune homme africain (Crédit image: www.123rf.com

Jeune homme africain (Crédit image: www.123rf.com

Résumé de la cinquième partie:  Le héros, Karim Diallo, la trentaine, gigolo devant Dieu et devant  les femmes âgées, se prépare à aller rencontrer Mame Thiam, une de ses conquêtes. Il se rappelle ses déboires durant sa carrière de gigolo…

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 Karim Diallo finit sa longue toilette et son flash-back de gigolo infortuné, s’apprêtait à sortir et aller rejoindre Mame Thiam qui l’attendait à l’hôtel quand il se rendit subitement compte qu’il était en manque d’outils de travail. Il avait épuisé, se rappela-t-il, son stock, il y avait deux jours, dans la chambre de la jeune Ouleymatou Traoré, une septuagénaire qu’il avait dénichée dans une boîte de nuit pour vieilles branchées, quand cette dernière noyait sa dépression dans un verre de Whisky, lâchée trois jours avant par son pointeur, un jeune danseur de vingt-cinq ans ayant préféré suivre une touriste allemande qui lui promettait visa, mariage et fortune à la seule condition qu’il accepte de la suivre pour le pays de pépé Goethe. Karim Diallo s’était approché de la cocue et avait réussi très facilement à la convaincre d’oublier le danseur, il pouvait le remplacer valablement. Ils s’étaient retrouvés quelques minutes après dans la chambre d’Ouleymatou, dans son lit. La nuit avait été très longue, Ouleymatou ayant besoin de rattraper les trois jours d’abstinence que lui avait imposés son amant déserteur. Tout le stock de préservatifs, de Viagra et de lubrifiants du gigolo peul y était passé.

Midi venait de sonner quand Karim Diallo sortit de sa maison et se dirigea vers la pharmacie du quartier pour s’approvisionner. Mame Thiam, pressée, avait déjà appelé deux fois, lui demandant de se presser pour la rejoindre. Elle prenait l’avion pour le Sénégal à quinze heures, et n’avait donc que deux heures pour s’amuser. Très exigeante, celle-là. Elle ne blaguait pas avec les humeurs de sa libido vieille et capricieuse. Elle payait très bien, mais exigeait en retour un travail bien fait. Karim connaissait son éternelle chanson par cœur : « Moi, Mame, fille d’Oumar Thiam et de Bintou Sy, tout le monde me connaît au Sénégal du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest pour mon honnêteté. Je paie toujours quand on me livre un travail bien fait, mais je sais aussi sévir quand on ne me satisfait pas. J’ai laissé mon nom dans les oreilles de tous les jeunes vigoureux de Dakar, de Thiès, de Gorée… Tu me satisfais je te paie, tu me déçois je te punis. Je suis comme le tchep djen, quand je veux être délicieuse je le suis, mais quand je veux être désagréable je le suis aussi. »

Le mois de ramadan battait son plein, et de toutes les ruelles, de toutes les maisons, de tous les coins du quartier, surgissaient des grappes de croyants mahométans, tous habillés en boubous blancs, nattes sous les bras et chapelets en main, se dirigeant vers la mosquée du quartier où le muezzin avait commencé à faire pleurer sa voix, appelant à la prière. Des mottes de crachats, blanches comme du coton pour certaines, teintées au rouge par la noix de cola pour d’autres, se croisaient dans le vide, lancées dans tous les sens par les bouches édentées ou presque des jeûneurs, et s’écrasaient sur le macadam, sitôt effacées par des pieds aussi maladroits que pressés. L’époque de l’année où il faut circuler dans les embouteillages de Bamako avec la même attention qu’un nouveau gendre lavant les couilles hernieuses de son beau-père, pour ne pas se retrouver la tête enveloppée sous un voile de crachat.

Comme tous les croyants, les vrais, El Hadj Hassan Ben Haidara pressait les pas pour vite arriver à la mosquée et y trouver une bonne place. Voici six mois qu’il était revenu du Nord-Mali où il avait combattu aux côtés des islamistes pour l’instauration de la charia sur toute l’étendue du territoire malien. Le quartier l’identifiait toujours sous la casquette de cet homme pieux, plébiscité par tous les croyants de sa mosquée pour être imam, avant d’être surpris, deux jours avant sa prise officielle de fonction comme imam, dans une des boîtes de strip-tease les plus obscènes de Bamako, le phallus dans la bouche d’une pute mineure, la tête entre les cuisses d’une autre. L’affaire avait fait grand bruit et beaucoup de jeunes musulmans du quartier avaient décidé de l’égorger, le contraignant à s’enfuir pour le Nord, à se radicaliser, puis à prêter main-forte aux fondamentalistes qui se battaient contre les armées françaises et africaines. A la victoire des cafres, il avait fui, comme ses compagnons d’armes, et était revenu dans son quartier bamakois, ruminant en silence ses hontes d’imam raté, ses envies de djihadiste battu, attendant impatiemment le jour où la moindre occasion se présenterait à lui pour sélectionner les vrais croyants et exterminer les impurs.

Ce fut au moment où cette montagne de déceptions, de frustrations, de honte et d’échecs, Aladji Hassan Ben Haidara, passait devant la pharmacie du quartier que le pharmacien tendait à Karim Diallo debout devant le comptoir un gros paquet de préservatifs. Le sang de l’ancien djihadiste ne fit qu’un seizième de tour, quand il vit l’horreur. Donc, en plein mois de carême, de ramadan, un vendredi, à quelques minutes de la prière, ce jeune cafre, dix fois cafre, cent fois cafre, mille fois cafre, se permettait d’acheter des… des… des quoi déjà, hein… il se permettait, ce jeune impur criminel, il se permettait d’acheter l’innommable, l’impensable, l’imprononçable pour un bon musulman en ce mois béni, ce jour, cet instant ! Il achetait le haram, ce garçon ! En un bond, l’imam raté sauta, se saisit du long couteau d’un boucher vendant du mouton au bord de la route, et bondit dans la pharmacie en hurlant : « Haram, Haram, HaramAstafourlai, je vais t’égorger ce midi, chaytan, chaytan, wallahi, je vais t’égorger, comment tu peux acheter ça en ce moment où on doit prier Allah, hein, comment tu peux acheter ça pendant le mois de ramadan, hein, wallahi, je vais t’égorger, je dois t’égorger, vieux cafre, meurs, impur, meurs, chaytan, je vais t’égorger, je dois t’égorger, chaytan… »

A suivre…

Note : Le titre de la nouvelle « Ce qui coupe le pénis du cheval se trouve dans le ventre du cheval » est un proverbe du peuple éwé, peuple vivant au Togo, au Ghana et au Bénin. Le proverbe signifie que la plupart des malheurs d’un homme proviennent de lui-même.

 

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