Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (neuvième partie)

Jeunes filles africaines aux seins nus (Crédit image: lencrenoir;com)
Jeunes filles africaines aux seins nus (Crédit image: lencrenoir;com)

Monsieur l’Inspecteur aime les lolos en vadrouille

Cette nuit, l’Inspecteur Boubacar Diarra était sorti, dans sa Peugeot 306, à la tête de quatre de ses éléments juchés dans la seule fourgonnette qui marchait encore dans le commissariat, il était sorti, cette nuit, le Bouba, chercher le prix du basin de Safiatou, sa troisième et plus jeune femme. Deux nuits déjà qu’elle lui tournait le dos au lit, boudant que s’il ne lui donnait pas, avant dimanche, ses soixante mille francs pour son basin à porter au mariage de sa cousine, eh bien, il pouvait être sûr qu’il allait passer un mois au pain sec, parce que, wallahi bilahi, c’était pas elle, Safia, qui allait ouvrir ses cuisses à un mari incapable de lui payer son basin.

Jeune inspecteur de police mais déjà très chevronné dans les rouages et matoiseries du métier, il avait décidé, cette nuit, de recourir au Plan B qui permettait d’arrondir les fins de mois trop pointues du képi malien : faire une petite patrouille dans le quartier, cueillir quelques noctambules étourdis, leur soutirer de sales billets de banque pour aller fermer la gueule à son pian de femme.

Il avait à peine fait deux ruelles vides, se demandant où ils étaient tous passés, ces zozos qu’il était sorti plumer, quand il entendit des cris de détresse montant d’une ruelle en face, puis vit, surgir sous la pénombre du seul lampadaire qui éclairait cahin-caha les lieux, une jeune fille détalant vers son convoi, hurlant : « Sauvez moi hoooo, on veut me tuer, ce criminel de Konaté veut me tuer… »

L’inspol gara rapidement sa Peugeot, ordonna à ses agents de stopper la fourgonnette, puis sortit pour accueillir la jeune fille qui vint, haletante, se jeter dans ses bras, écrasant contre lui deux gros seins roulant sous la légère robe de nuit qu’elle portait. Frissons. De furtives questions hautement philosophiques traversèrent rapidement l’esprit de Diarra : « Où peuvent bien aller, à une heure si tardive, de si gros lolos plantés sur un corps si frêle et à peine protégés par une si légère robe de nuit ? Qu’est-ce que ça peut bien donner dans un lit de chambre de passe de si gros lolos et une croupe si rebondie ? L’homme, éternel Samson, arrivera-t-il un jour à résister aux nichons et aux popotins de la femme, son éternelle Dalila ? »

Il était en train de peser toutes ces questions dans sa tête tourneboulée, la jeune fille toujours serrée dans ses bras, ses deux botcho XXL toujours écrasés contre sa poitrine, quand une tige de mil de vieil homme, se livrant à quelque chose qui ressemblait à une course, déboucha de la même ruelle d’où avait surgi la fille, et vint se planter devant lui, dans un cliquetis d’os rouillés, le souffle coupé. Il était vêtu d’un long boubou blanc légèrement rebondi au niveau de l’entrecuisse, trahissant une érection qui avait de la peine à se refroidir.

– « Oui, vous êtes qui vous, et pourquoi la poursuivez-vous ? » grogna l’Inspecteur Diarra, Matou toujours serrée contre lui.

– « Je suis le mari de cette fille. Rien de grave, c’était juste une querelle de foyer, mais vous-même vous connaissez les femmes, elles n’existent que pour faire du bruit et… »

– « Menteur, dis plutôt que tu voulais m’assassiner, espèce de vieux criminel, qu’est-ce que tu faisais accroupi sur moi avec une lame ? » coupa « Espace Schengen » revigorée par les bras velus du policier.

Kader Konaté n’eut pas le temps de riposter. L’inspol Diarra, un buisson ardent allumé dans la culotte, justement parce qu’il venait de trouver la réponse à une des questions existentielles qui lui taraudaient l’esprit, ce que pouvaient offrir ces gros et sensuels nichons dans un lit cette nuit si froide, demanda à ses agents d’embarquer dans la fourgonnette ce vieux tueur et son reliquat d’érection, l’amener passer la nuit dans la cellule de détention du commissariat et ne le libérer que le lendemain matin. Il allait se charger, lui, de faire passer la nuit à la jeune fille traumatisée en lieu sûr.

K2 voulut tempêter, hurler qu’il ne comprenait pas ce qui se passait, demander où l’inspecteur de police qui venait d’entraîner Matou dans sa Peugeot amenait sa femme, menacer qu’il allait, lui un cadre incontournable de l’administration malienne, il allait leur créer des problèmes s’ils osaient lui faire passer la nuit au commissariat… mais les agents de police, dans leur rôle de lourdauds, lui demandèrent de la boucler s’il ne voulait pas qu’ils lui disjonctent ses mâchoires et déboitent les dernières dents cariées qui résistaient encore sur les ruines de ses gencives…

La Peugeot démarra, l’inspecteur de police et « Espace Schengen » à bord, et disparut dans une ruelle obscure. La fourgonnette aussi démarra, quelques instants plus tard, Kader Konaté, la bouche cousue de rage et d’humiliation, pris en sandwich par deux policiers, sur la banquette arrière.

A suivre…

7 réflexions au sujet de « Ce n’est pas par l’odeur du pet qu’on reconnaît un vieux (neuvième partie) »

  1. Magistral comme toujours… un vra feuilleton !
    J’imagine les rues poussièreuses où se déroulent ces histoires, la peugeot 306 dont il est question… un monde ancien qui résiste à s’en aller parce que la misère ne le lui permet pas…
    Belle dose d’humour aussi.. bref, un portrait effrayant et réaliste de l’Afrique contemporaine…

    Bravo ! 😉

  2. Je commente ce blog pour la première fois depuis trois ans que je lis et ris toujours juste pour dire que s’il n’y avait qu’un seul blog à retenir au monde, ce serait le tien, David. Ta plume est simplement sublime. Dieu t’a vraiment bourré de talent, profite en pour nous faire plaisir, nous tes fans. Courage, l’artiste.

  3. Dévé et toute sa classe! Le gars là vraiment il faut qu’on demande à ta mère comment elle a fait pour te mettre au monde avec tant de talent! La suite, pardon la suite ooohhhhhhhhh!

  4. Dans ces nuits profondes où les inspol et les autres inspecteurs se font la chasse pour passer la nuit avec espace Schengen il y a plusieurs inconnus qui nous font croire à des suites suaves. vivement

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