David Kpelly

La facture 2.0 de ma future femme

 

Crédit photo: https://www.ambenatna.info

Je suis un conseiller à succès. Bah, ouais, disons quelqu’un que l’on peut baptiser un conseiller spécial délégué auprès des époux et futurs époux, parce que, faut pas faire, bien que je sois aussi célibataire que Faure Gnassingbé – même si je n’aime pas trop cette comparaison inégale parce que moi je n’ai pas encore trente ans, j’ai encore un peu de temps pour faire la teuf-teuf alors qu’il a plus de quarante ans lui, je suis très beau et très drôle, les filles m’aiment, même les Somaliennes, et elles ne se fâchent pas même quand je dégueule des saloperies sur elles, moi un mélange réussi de Brad Pitt et de Desproges, et c’est normal que j’aie l’embarras de choix entre elles, alors que lui Faure, lourd, taciturne, haineux, violent, fils de dictateur sanguinaire… il est tout ce que les filles détestent et ne peut pas dire qu’il a l’embarras de choix comme moi, et je ne comprends pas jusqu’ici pourquoi il est toujours célibataire à presque cinquante ans… mais bon, passons, je disais, donc, que même célibataire, je suis sollicité par mes amis mariés ou désirant le faire, pour leur conseiller les filles qu’ils doivent épouser ou ne pas épouser, comment ils doivent tromper leurs femmes, comment ils doivent tenir à l’écart de leur vie conjugale leurs maîtresses…

J’ai, donc, ce soir, sur mon bureau de conseiller à succès, un dossier si simple mais qui me donne des envies de meurtre. Un ami malien, Omar, jeune agent de banque, pressé par les parents de Kadi, une jeune étudiante de vingt-quatre ans qu’il a rencontrée il y a presque un mois, de venir payer la dot de la dulcinée, et d’organiser le mariage avant un mois, une partie de la dot, qui s’élève à plus d’un million de francs, devant servir à rembourser Ali, un autre prétendant de la dulcinée, ouvrier aux Etats-Unis, qui avait, l’année passée, payé un demi-million pour épouser la Kadi, mais qui ne peut plus payer l’autre partie, ayant perdu son boulot, et perdant ainsi sa presque-femme.

Mon ami doit, donc, en plus du montant normal de la dot, rembourser le loser étasunien pour pouvoir avoir sa femme en toute liberté, et devant ses hésitations, ne disposant pas de ce pactole, son futur beau-père lui conseille de vendre sa voiture, vite, parce qu’un autre prétendant, riche agriculteur et commerçant de cinquante-deux ans, attend la Kadi, il est prêt à tout payer. Voilà, alors, mon zigoto incirconcis d’Omar aussi refroidi  que le museau d’un chien, venu dans mon cabinet de consultation, ce soir – quand je suis encore occupé à traiter le délicat dossier d’un autre ami désirant tromper sa femme avec la petite sœur de cette dernière, pas pour me demander des conseils, mais pour l’aider à faire un choix entre vendre sa voiture ou faire un prêt à la banque où il travaille pour payer la double-dot de Kadi.

Avant de lui répondre, j’ai cherché dans un tiroir de mon bureau mon fouet que j’ai acheté la semaine passée, parce que j’ai décidé de commencer ma charia locale dans mon quartier avant l’arrivée des islamistes de Tombouctou, deux-cents coups de fouet à toutes les filles de mon quartier qui oseront entrer chez un autre gars à part moi, Vlan, vlan, vlan, Allah ne vous permet pas, ô jeunes filles impures, de niquer avec un autre gars à part moi, Vlan, vlan, vlan, les hadiths vous interdisent, sales filles de la chair, de rentrer dans d’autres maisons à part la mienne… J’ai donc cherché, avant de répondre à ce zozo d’Omar, à le fouetter, parce qu’un fouet, je ne sais vraiment pas pourquoi la charia ne l’a pas mentionné, ça ne sert pas seulement à punir des impurs qui ne veulent pas respecter les recommandations d’Allah et de son prophète, mais ça permet aussi d’éveiller des idiots aux cervelles aussi dormantes que celle d’Omar.

Ah, la dot ! Elle est devenue dans certains pays africains, surtout les pays sahéliens où les traditions et la religion, avec cette étrange capacité qu’elles ont à abrutir les idiots, la dot est donc devenue dans ces pays appauvris par des traditions rétrogrades et des idéologies religieuses bancales – comme par exemple celle de faire beaucoup d’enfants parce que c’est Dieu qui les donne, un moyen pour des parents, surtout des pères, paresseux et imbéciles, de se faire une fortune. J’ai un voisin de quartier, vieux retraité, qui depuis sa retraite s’était donné aux jeux, sillonnant tous les cybercafés du quartier du matin au soir, misant sur des chevaux qui courent en Europe pour pouvoir subvenir à ses charges de père de famille, mais qui s’est acheté, il y a trois mois, au lendemain du mariage de sa fille de dix-huit ans, une voiture qu’il passe plus de temps à laver dans sa cour qu’à conduire, s’enorgueillissant devant ses admirateurs que faire une fille est le plus beau cadeau qu’Allah puisse offrir à un homme après le paradis. L’apostat a empoché son gain, que sa jeune fille aille souffrir à mort au foyer d’un vieux polygame macho parmi de vieilles sorcières aigries de coépouses, il n’en a cure. Mon bon vieux Dieu, je ne sais pas s’il ira vraiment au paradis, comme je ne connais pas encore Tes critères de sélection, mais il faut que je T’avertisse déjà, si je croise ce monsieur au paradis je file en enfer.

La devise est simple, et toutes les filles, même les plus petites, même les plus idiotes, même les plus sales la serinent dans tous les coins et recoins de Bamako, Il faut payer cher la dot parce que la femme est un trésor. Même Djénéba la bonne sénégalaise de ma voisine connaît cette formule, elle qui a des dents aussi jaunies de carie que je me demande toujours en la voyant quel jeune gardien de nuit lui fera un jour la faveur de lui plaquer une grossesse pour qu’elle ne meurt pas sans avoir pu trouver un mari. Paillardises !

J’ignore peut-être ce que cela signifie, un trésor, mais quand je vois de jeunes garçons, qui dans la plupart des cas se tuent dans des travaux pénibles, usant leur jeunesse, rétribués par de minables salaires, aller se vider dans les poches trouées d’un vieux raté aux dents rougies de cola stipulant qu’ils sont en train de payer la dot pour des filles qui ont passé tout leur temps à dévergonder, des fois juste pour des pacotilles comme un basin de quinze mille francs à porter à un mariage, ou des boucles d’oreilles à porter à l’anniversaire d’une copine pas moins décarcassée, ou une paire d’escarpins à porter en boîte pour aller se frotter durant toute une nuit contre de petits délinquants drogués, eh bien, je me dis que nous avons de drôles de trésors par ici.

Je connais le martyr que les femmes, surtout les nôtres, souffrent dans les foyers. La cuisine. Le ménage. Les grossesses. Les enfants. Je les plains certains soirs où, décidant de faire des omelettes ou frire un bout de viande, je reçois des jets d’huile bouillante en plein visage, me hâte d’éteindre la gazinière, et cours, énervé, dormir le ventre vide. Je les plains quand je rencontre au Togo une femme enceinte traînant un gros ventre, ployant sous un fagot de bois ou un sac de maïs ou de riz, essayant de calmer un bambin en pleurs au ventre aussi gros que le sien – pas de grossesse mais de kwashiorkor, alors qu’au même moment, le mari, celui-là même qui l’a mise dans cet état excité une nuit après avoir bu un verre de liqueur mélangé à une poudre aphrodisiaque, trompe une petite lycéenne dans un bar mal famé, ou fabrique d’autres grossesses avec d’autres victimes. Les foyers sont de véritables chemins de croix pour nos femmes. Mais s’il y a une récompense à leur faire, ce sont elles-mêmes qui doivent en bénéficier, et non des pères et grands-pères irresponsables qui généralement n’ont même rien fait dans l’éducation de ces filles, mais qui sont, phallocratie toujours au pouvoir, leurs premiers responsables le jour du payement de la dot.

Je suis toujours au bureau, le dossier d’Omar traité devant moi. Il ne paiera pas cette dot, bien sûr. Mais dès demain je lui établirai une stratégie pour labourer et relabourer cette Kadi pendant au moins un mois avant de la laisser, usée, à ses parents et leur dot. Je fais appel à Mouna ma secrétaire – Salut Mouna !, une jeune étudiante tchadienne que j’ai embauchée depuis une semaine dans mon cabinet de consultation d’époux et de futurs époux, Mouna que je compte, en bon directeur qui se respecte, draguer d’ici la fin de la semaine, il faut d’ailleurs que je le mentionne déjà dans mon agenda – Vendredi, 7h30 minutes : Draguer Mouna. Heureusement qu’elle est tchadienne, le Tchad est loin, très loin, Dieu m’est témoin, et le jour où elle me demandera d’aller payer sa dot au Tchad, je lui dirai de dire à son père de m’écrire sur Facebook pour qu’on discute des modalités de paiement.

 

 


Ouattara et les quarante porcs-épics

 Alassane Ouattara via Africa via Africa Renewal

Je suivais, le jeudi 26 juillet 2012, sur la chaîne de télévision France 24, dans le cadre de la visite du président ivoirien Alassane Ouattara en France, un débat portant sur la Côte d’Ivoire, notamment le processus de réconciliation prôné par l’économiste-président depuis sa prise du pouvoir en avril 2011. Le débat opposait un représentant d’Alassane Ouattara, du nom de Moussa Diallo, à un représentant de Laurent Gbagbo, l’ex-chef d’Etat ivoirien actuellement détenu à la Cour pénale internationale.

Ce qui était frappant dans les réactions des deux intervenants, c’était l’agressivité dont faisait montre le représentant d’Alassane Ouattara chaque fois qu’il s’agissait d’expliquer le paradoxe par lequel après des affrontements où deux camps protagonistes se sont affrontés, se sont tués, on ne retrouve, jusqu’ici, que des protagonistes d’un seul camp, celui de Laurent Gbagbo, emprisonnés. Celui qui se faisait le loisir, en bon Ivoirien, d’appeler le représentant de Laurent Gbagbo son frère, pour peut-être le distinguer parmi les autres invités blancs du plateau, avait manié menaces, mensonges et contradictions pour expliquer en quoi il est normal qu’un an et demi après les exactions commises par des partisans d’Alassane Ouattara sur des habitants de villages réputés proches de Laurent Gbagbo, notamment ceux de Douékoué, aucun de ces tueurs ne soit encore inquiété, alors que presque deux cents leaders et partisans du parti de Laurent Gbagbo sont actuellement en prison. Pour le sieur Diallo, les partisans de Laurent Gbagbo actuellement emprisonnés ont été pris en flagrant délit de crime et dénoncés par les victimes elles-mêmes, alors que jusqu’ici, tous les partisans d’Alassane Ouattara soupçonnés d’avoir commis des crimes ont été indexés par des témoignages sur lesquels on ne peut se baser pour procéder à des arrestations. Du côté des partisans de Laurent Gbagbo, les témoignages des victimes correspondent à un flagrant délit pouvant justifier leur arrestation, alors que du côté d’Alassane Ouattara les témoignages des victimes sont loin d’être un flagrant délit et ne peuvent motiver des arrestations. Sacrée logique !
On a l’impression des fois, en suivant ces genres de personnages dénaturés, abrutis par la politique, que non seulement ils prennent les peuples africains auxquels ils se sont dans la plupart des cas imposés comme des leaders, pour des idiots, mais aussi ils réduisent le jeu politique, qui détermine le destin de toute une nation, qui façonne l’avenir de toute une jeunesse, qui planifie le bien-être de millions d’hommes et de femmes, à une petite partie d’échec où l’on a en face un adversaire isolé à battre.
Je fais partie de ceux qui ont, en 2011, défendu Alassane Ouattara contre Laurent Gbagbo, ceux qui étaient vraiment convaincus que l’économiste avait gagné les élections, et qu’une confiscation du pouvoir par Laurent Gbagbo n’apaiserait pas la Côte d’Ivoire, mais je n’ai jamais été d’accord avec la manière dont le pouvoir a été arraché, après le verdict des urnes, surtout les acteurs de cette violente victoire. Le jeu politique et l’équilibre d’un Etat démocratique sont automatiquement faussés une fois que des forces intruses font irruption sur la scène politique. Alassane Ouattara avait gagné les élections selon la Commission électorale nationale indépendante et toute la communauté internationale, mais il fallait, pour contraindre l’usurpateur Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir, l’intervention d’institutions légitimes nationales ou internationales, et non de jeunes armées et des chasseurs traditionnels.
Alassane Ouattara a une dette de reconnaissance envers ces rebelles, chasseurs traditionnels et délinquants, des groupes d’individus qui n’ont normalement rien à chercher dans la vie politique d’un pays, qui se sont battus pour l’introniser. Tout comme un chef d’Etat est tenu de rendre compte à son peuple dans une vraie démocratie, Alassane Ouattara est aujourd’hui sous la pression de ceux-là qui l’ont intronisé, les rebelles et les chasseurs traditionnels. Ceux-là qui ont tué des milliers d’Ivoiriens, et qu’il doit normalement emprisonner aujourd’hui, pour que le processus de réconciliation puisse connaître une ébauche en Côte d’Ivoire. C’est là le danger quand un chef d’Etat accède à la magistrature suprême par une autre voie que celle, l’unique et pacifique, des urnes.
Alassane Ouattara, incapable d’emprisonner les assassins qui l’ont fait roi – après sa victoire dans les urnes, se retrouve aujourd’hui dans la métaphore éwé de cet homme avec un sac de porcs-épics qu’il ne peut ni porter sur la tête, ni porter au dos à cause des piquants, et dont il ne peut se débarrasser. Et l’exutoire, l’unique, malgré les grands discours sur la réconciliation, est d’anéantir Laurent Gbagbo, l’ennemi à abattre, et ses fidèles partisans, quitte à ignorer les profondes aspirations, les soupirs étouffés, les larmes de tout ce grand peuple ivoirien si fatigué aujourd’hui de se haïr, d’être divisé, de ne pas s’entendre. Voilà une potentielle puissance africaine, que la Côte d’Ivoire, qui, tel l’albatros du poète, est saisie par de vils hommes politiques aux idées louches et meurtrières qui l’empêchent de marcher.
Le comble du loufoque dans toute cette comédie de mauvais goût est que, de mauvaise foi, il investit, juste pour tromper l’opinion internationale, des millions et des millions dans une vide commission Dialogue-Vérité-Réconciliation, serinant toute oreille qui veut l’entendre avec des slogans pompeux, sillonnant des médias et des médias avec des discours mielleux, quand le peuple qu’il prétend réconcilier ne se retrouve pas dans cette réconciliation. Presque la moitié des Ivoiriens ont voté pour Laurent Gbagbo, et cette moitié est là aujourd’hui, brimée par cette injustice de voir leur leader détenu à la Cour pénale internationale, alors qu’Alassane Ouattara travaille avec des collaborateurs qui méritent aussi bien cette Cour pénale internationale que Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara dit tendre la main à des Ivoiriens qui voient aujourd’hui à la télé, écoutent à la radio, rencontrent dans la rue, des gens qui les avaient juste hier frappés, matraqués, mutilés, des gens qui avaient tué et violé leurs proches, qui continuent de les narguer et les violenter.
Alassane Ouattara continuera de faire tourner en rond les Ivoiriens qui ont tant besoin de se réconcilier, enfin, et se fera défendre, dans ses échecs, sur des médias, par des va-t-en-guerre cyniques de la trempe de ce Monsieur Moussa Diallo dont les discours ne font qu’empirer la haine qu’une partie des Ivoiriens nourrit aujourd’hui envers une partie des Ivoiriens. La réconciliation ivoirienne, cette réconciliation prônée, imposée par les bourreaux en liberté à leurs victimes, n’aura pas lieu ! Un slogan creux, aussi beau qu’il soit, ne suffit pas à une femme qui a perdu son mari, une mère qui a perdu son enfant, un enfant qui a perdu ses parents, un citoyen qui a perdu sa patrie… de tout oublier sur-le-champ et aller embrasser son bourreau d’hier, surtout que le bourreau est bien celui qui lui crie le slogan la journée devant les médias, et le martyrise la nuit à la faveur de l’obscurité.
Je pense bien à Benjamin Constant dans son Cours de Politique constitutionnelle « Toutes les fois que les gouvernements prétendent faire nos affaires, ils le font plus mal, et plus dispendieusement que nous. » Que si !

PS: En bonus sur mon premier blog:   Aveux d’un petit-fils de bourreau

 


Mes 3 fois 3 maîtresses du ramadan

 

J’ai décidé de fêter mes trois ans de carrière. Trois, un chiffre mythique dans ma vie. Je suis né en 83, j’ai cessé de niquer mes petites cousines derrière notre cuisine, et dragué pour la première fois une vraie nana – c’est-à-dire qui n’est pas ma cousine, à 3 ans – coucou, Miriam, je suis toujours célibataire, et toi, hein, écris-moi sur Facebook -, mon père, en mourant, avait laissé 3 veuves et 9 maîtresses, c’est-à-dire 3 fois 3 maîtresses, je laisserai en mourant, pour honorer sa mémoire, 9 veuves et 27 maîtresses, 3 fois 3 fois 3 maîtresses donc, chacune de ces femmes me fera 3 enfants, je trompe mes copines 3 fois au moins avant d’avoir la gentillesse de les plaquer pour la nouvelle, j’ai connu ma première déception amoureuse à neuf ans, 3 fois 3 ans, j’ai terminé mon premier roman en 3e, mon pays le Togo a accédé à son indépendance un 27 avril, 3 fois 3 fois 3, et son actuel président a 333 copines déclarées, le nom du capitaine Sanogo a trois syllabes, Sa-no-go – là, je m’en fous ! … Le chiffre 3, une énigme dans ma vie !

J’ai, donc, décidé de célébrer mes trois ans de carrière. Trois ans bientôt que j’ai sorti mon premier livre en France et créé mon premier blog, le 24 juillet 2009. Trois ans de carrière, quatre livres, deux prix littéraires, plus de deux cents billets de blog ! C’était pas gagné d’avance, et j’ai décidé de m’éclater avec des amis, et surtout certaines filles maliennes, des amies, des voisines, des étudiantes, des camarades de classe, des ex… celles-là qui, inconsciemment, m’ont inspiré des nouvelles et des billets de blog, mais qui ont tellement pour la plupart d’entre elles horreur de la lecture qu’elles ne m’ont jamais lu, et ne savent pas, les pauvres, toutes les paillardises que je dégueule sur elles à longueur de texte. Cette fête sera la leur, sans elles, mes textes seraient aussi pauvres qu’une poche du treillis du capitaine Sanogo avant le 22 mars 2012.

Je me suis retrouvé, ce matin, après plus de vingt invitations, avec rien que des réponses négatives, mes invitées déclinant l’offre. Même Safiatou, cette étudiante loufoque que j’avais eue en 2011, aussi lubrique qu’elle avait durant l’année universitaire couché avec plus de la moitié des profs qui intervenaient dans sa classe, et qui m’avait inspiré une nouvelle dont je ne vous donne pas le titre et que vous trouverez en relisant un par un tous les billets de mes deux blogs – c’est un ordre, mes chers -, même la super avaleuse Safiatou, qui depuis le lendemain de son quatrième anniversaire n’a jamais raté une partie de boîte du samedi soir, Safiatou qui aime tellement les bamboulas qu’elle fête au moins cinq fois son anniversaire chaque année, ce qui est d’ailleurs normal comme elle possède plus de cinq actes de naissance qu’elle change en fonction des coups louches qu’elle joue aux vieux touristes blancs de Bamako, Safiatou la folle aussi a décliné mon invitation. Safiatou qui refuse une invitation à s’éclater, c’est comme Faure Gnassingbé qui reste pendant trois jours sans draguer. Anormal. Impossible.

Ce fut l’invitation de Djénéba, la bonne sénégalaise de ma voisine, Djénéba qui ressemble plus à une Togolaise ou une Béninoise qu’à une Sénégalaise, courte, potelée, musclée comme un lutteur kabyè du Togo, ce fut cette togolo-bénino-sénégalaise de Djénéba donc qui me vendit la mèche, les filles refusaient mon invitation à cause du jeûne du ramadan qui commence demain, T’es fou toi, hein, Dave, tu crois qu’une seule fille musulmane va accepter ton invitation durant cette période, hein, même les putes de ce pays ne travaillent pas durant le ramadan, tout le monde est saint, tout le monde jeûne, personne ne fait de cochonneries, tu seras obligé d’aller faire venir une de tes courtes sœurs mécréantes-là du Togo, sinon tu vas passer un mois au pain sec, avec un lit vide, hi hi hi. 

Ramadan encore, ramadan déjà, Dieu des ramadans ! Le mois qui fait de toutes les musulmanes maliennes des filles normales, bien éduquées, ayant horreur, du moins durant la journée, des jeans plaqués qui laissent entrevoir les fils des strings rouge-jaune-vert et les perles en métal, des décolletés, des mini, des couches pour faire bomber leur derrière – bien sûr qu’elles en portent, des téléphones portables collés aux oreilles appelant Ousmane ou Omar ou Ahmed, ou Victor – un vieux touriste blanc, pour venir les chercher dans un coin de rue, sous un mur, loin des regards suspects… elles vont jouer aux filles sérieuses, décentes et pieuses dans de longs boubous, dégoûtantes à force de cracher n’importe comment, qui ne vont plus se déhancher devant les groupes d’hommes qu’elles dépassent, qui ne vont plus envoyer des sms pour demander vingt-cinq mille francs pour leur basin à porter au mariage du dimanche, comme il n’y pas de mariage durant le mois de ramadan, qui ne vont plus accepter se faire niquer pour un paquet de mèches brésiliennes pour la boîte le samedi soir, comme il n’y a pas de boîte durant le mois de ramadan, qui ne vont plus tromper leurs maris restés au boulot à une heure tardive de la nuit avec des Togolais et des Ivoiriens goinfrés de viagra, comme tous les hommes rentrent chez eux à seize heures pour préparer la rupture du jeûne, qui ne vont plus cocufier leurs imaginaires fiancés en Espagne ou en France – elles prétendent toutes en avoir – avec leurs professeurs pour des notes, comme il n’y a même plus de classes… Terre et Ciel, Ramadan, rends-nous nos filles !

Je sens déjà, aïe, que je vais encore passer tout un mois de calvaire à aller à l’église, comme c’est là seul où je pourrai trouver, durant ramadan, des filles qui ne jeûnent pas, qui ne font pas semblant durant un mois d’être ce qu’elles ne sont pas durant onze mois, mais là non plus ce n’est pas la joie, parce que je ne le dirai jamais assez, j’ai l’impression que les Maliennes choisissent leur religion en fonction de leur beauté, toutes les Maliennes musulmanes sont belles et toutes les chrétiennes laides, tu rentres dans une église à Bamako et tu te crois au Togo ou au Bénin, rien que des Sogolon, ou ce sont peut-être les parents maliens qui sont à l’origine de ce crime contre la laïcité, quand ils font des filles laides, ils leur demandent d’être des chrétiennes, une manière de se débarrasser d’elles, comme ils ne pourront pas les marier avant seize ans, une petite fille laide n’attirant personne.

Et avec ces étrangères des églises… ces Camerounaises, Togolaises, Tchadiennes, Gabonaises, Centrafricaines, Ivoiriennes… grrrrrrr, fasse Dieu que je ne tombe plus cette année, comme l’année passée, sur une fille aussi collante que Lydie de l’année passée qui m’avait causé tout un malheur à la fin du ramadan, quand j’avais voulu me débarrasser d’elle pour retourner à mes vraies filles qui avaient terminé leur jeûne. Cette étudiante centrafricaine de vingt-deux ans, que j’avais choisie dans une église juste pour m’aider à passer le long mois du ramadan, m’avait fait, à la fin de notre contrat, arrêter par la police malienne, parce qu’elle ne voulait pas rompre, elle avait, disait-elle, commencé m’aimer sérieusement – la nausée, mon Dieu !, avait laissé son fiancé pour moi, avait trop dépensé pour moi, avait, pendant un mois, séché des cours pour moi…

Je fus libéré après une semaine de détention, après avoir payé une amende de cent cinquante mille francs à la police, histoire de permettre aux policiers de profiter de la débandade des jeûneuses, parce que, faut pas faire, après le ramadan c’est le ramdam, les filles se rattrapent, elles retournent aux jeans plaqués qui laissent entrevoir les fils des strings rouge-jaune-vert et les perles en métal, aux décolletés, aux mini, aux couches pour faire bomber leur derrière, aux téléphones portables collés aux oreilles appelant Karim ou Salif ou Kader, ou Yves – un vieux touriste blanc, pour venir les chercher dans un coin de rue, sous un mur, loin des regards suspects… en attendant le prochain ramadan.

PS: En bonus sur mon autre blog:

Ma guerre de Troie, euh… du ramadan aura lieu

 

 


Le Mali, c’est la nudité de l’O.N.U !

 

Ban-Ki-Moon, Secrétaire Général de L’ONU

 Il est doux, il est beau de mourir pour sa patrie… Bout de vers surgissant de ma mémoire encombrée de tous ces vers philosophiques que j’ai, durant mes années de lycée, ingurgités sans jamais avoir réussi à les comprendre à fond. Je ne sais de quel poème, de quelle œuvre je l’ai gardé, peut-être de Servitudes et grandeur militaires d’Alfred de Vigny, ou d’un philosophe quelconque, Rousseau, Aristote, Horace, Cicéron… je ne sais pas. Mais ce matin, en lisant les informations sur la crise malienne et la décision de plusieurs jeunes Maliens, lassés de la trop longue attente de voir, enfin, des forces, intérieures ou extérieures, intervenir au Nord du Mali pour chasser les islamistes qui y font la loi depuis avril passé, j’ai pensé à ce bout de vers. Et j’ai soupiré. J’ai soupiré en me remémorant cette autre phrase, d’Anatole France cette fois-ci, On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels.

Quatre mois déjà que le capitaine Sanogo a renversé Amadou Toumani Touré, pour lutter contre la rébellion touarègue, quatre mois que les rebelles touaregs jubilent, par médias interposés, d’avoir libéré leur territoire l’Azawad, quatre mois déjà que le Nord du Mali est tombé entre les mains des terroristes et des islamistes, quatre mois que les populations de cette région sinistrée subissent les pires châtiments que puissent engendrer des esprits aussi pervers et tordus que ceux de ces criminels drogués qui disent agir au nom d’Allah – Ah, Allah, curieux nom que celui-là !, quatre mois que ces populations sont privées et de vivres et d’eau et d’électricité, quatre mois que des jeunes sont privés de liberté, que des filles sont violées à ciel ouvert, que des femmes sont empêchées de saluer leurs fils, que des hommes sont empêchés de voir leurs femmes, que des enfants sont empêchés de jouer, que des amants sont fouettés en public puis mariés sur-le-champ. Quatre mois que les jeunes Maliens voient Tombouctou, la face de l’histoire, en train d’être démolie monument par monument, brûlée manuscrit par manuscrit, profanée tombe par tombe… Quatre mois qu’on leur promet que tout va se régler, que les islamistes et terroristes vont être chassés à coups de baïonnettes, que leur pays ne sera jamais laissé entre les mains des extrémistes, quatre mois qu’on leur fait réciter, comme une incantation, que le Mali est un et indivisible… mais quatre mois que le Mali est divisé, avec tout le Nord contrôlé par les barbus fanatiques, quatre mois d’une étrange inaction suspecte de ceux-là qui, à l’intérieur et à l’extérieur du Mali, prétendent régler le problème.

Alpha Omar Konaré, l’apparent chanceux qui a pendant dix ans préparé le Mali à l’humiliation en le vilipendant et qui s’est terré dans un silence incompréhensible depuis le début de la crise… Amadou Toumani Touré – Dieu seul sait où tu es et comment tu dors, général brave et patriote devenu un président aussi souriant que fourbe, aussi gentil qu’hypocrite, aussi conciliant que louche… Sanogo, le véreux, celui qui finalement a ouvert la porte à un malheur depuis des dizaines d’années tenu caché, patriote autoproclamé devant les peuples, toi qui as prétendu avoir pris le pouvoir pour lutter contre la rébellion et qui t’es retrouvé quelques jours après en train de négocier un titre de général puis d’ancien chef d’Etat… Cedeao, Union africaine, Etats-Unis, France, Algérie, Qatar, Onu… et tout le bazar d’industriels qui avez provoqué et qui nourrissez aujourd’hui la chute préparée du Mali, vous êtes seuls à connaître le rôle que chacun de vous joue dans ce théâtre ! Ceux parmi vous qui soutiennent les rebelles et les financent, ceux qui soutiennent les islamistes et autres terroristes et les arment pour de sombres raisons religieuses, ou économiques, ou pour pouvoir récupérer leurs otages, et ceux qui veulent vraiment sauver le Mali.

Il est clair qu’ils doivent être en très petit nombre parmi ce grand groupe que vous formez, tas d’industriels, ceux qui veulent vraiment sauver le Mali. Car voici quatre mois que vous alignez des sommets et des sommets, que vous sillonnez des salles de conférence et des salles de conférence, que vous organisez des négociations et des négociations, tous ces emberlificotages devenus vos moyens les plus réputés pour enfoncer les peuples qui, malheur, n’ont d’autres espoirs, d’autres forces que de croire en vous. On comprend mal comment après tant de sommets, de conférences et de négociations, vous n’êtes pas encore arrivés à poser un seul acte concret pour donner un brin d’espoir au peuple malien qui au jour le jour sombre dans le désespoir. Pendant que les islamistes et terroristes, saoulés et drogués, anéantissent des centaines d’années d’histoire à Tombouctou, rudoient de jeunes gens, violent de jeunes filles, endoctrinent et arment des adolescents, Laurent Fabius et son homologue algérien Mourad Medelci sourient sous les flashs et les sunlights à Alger, pour, nous dit-on, régler la crise malienne, Alassane Ouattara et Yayi Boni jouent au tennis avec le Conseil de Sécurité de l’Onu, se renvoyant tour à tour la balle de l’intervention militaire, Jean Ping debout devant le Conseil de Sécurité de l’Union africaine et François Hollande s’envoient, comme des boîtes de chocolat entre adolescents amoureux, des tags sur les moyens à mettre en œuvre pour restaurer le Mali.

Il revient « aux Africains eux-mêmes d’organiser le soutien au Mali », déclare François Hollande dans son interview du 14 Juillet. Ah oui, bon vieux François, s’il revient aux Africains eux-mêmes de s’organiser pour soutenir et sauver le Mali, eh bien, il leur revenait aussi eux-mêmes d’organiser le soutien à la Libye et à la Côte d’Ivoire en 2011. La résolution 1973 de l’Onu avait été votée en un clignement de cils en 2011, quand il s’agissait de liquider Kadhafi, et les chars français n’avaient pas attendu que les Ivoiriens s’organisent, toujours en 2011, avant d’aller déloger Laurent Gbagbo. On se demande ce que cherchent nos pays à l’Onu si chaque fois qu’une crise dépassant leurs capacités surgit, l’intervention internationale doit être liée aux intérêts de certaines puissances occidentales. La crise malienne n’est plus à la portée du Mali. Cette crise n’a d’ailleurs jamais été à la portée du Mali. Des revendications des séparatistes touaregs, ce pauvre pays vendu par ses présidents respectifs, presque sans armée et sans armes, est aujourd’hui face à une nébuleuse de terroristes, d’assassins, de narcotrafiquants et de brigands. Mais comme les tout-puissants décideurs n’ont pas encore défini avec précision leurs intérêts dans une éventuelle intervention, eh bien, on a la magnanimité et la bonne foi de laisser les Africains s’organiser entre eux et régler leur crise.

Il revient « aux Africains eux-mêmes d’organiser le soutien au Mali ». Tant mieux ! C’est ce que nous voulons d’ailleurs ici, cher François. Que vous nous laissiez nous-mêmes régler nos affaires, avec nos incapacités et nos insuffisances. Que vous laissiez nos institutions internationales incapables devant leurs responsabilités. Cessez donc d’envoyer vos ministres ici pour des intérêts flous, nous leurrant qu’ils sont là pour régler notre crise, cessez de nous duper par ces multiples conférences où vous affirmez parler du Mali sans jamais vouloir trouver des solutions pour sauver le Mali, cessez de nous embrouiller, de nous perdre du temps dans vos sommets infructueux sur le Mali, cessez de nous divertir avec tout ce bazar improductif, et vous verrez que des centaines de milliers de jeunes Maliens iront, ou armés, ou les mains nues, affronter leur ennemi. Des jeunes du Nord l’ont d’ailleurs déjà démontré le mois passé. Peut-être qu’ils mourront tous. Mais ils seront morts pour leur patrie le Mali, au lieu de mourir de chagrin et de rage en attendant vos douteuses solutions greffées sur vos maffieux cartels d’exploitation.

 

Titre inspiré de la pensée, L’exil, c’est la nudité du droit, de Victor Hugo

 


Le mythe de Sisyphe expliqué à Faure

 

L’abattre, mon Dieu, l’abattre!

Depuis près de deux décennies, on a le sentiment que le gouvernement – togolais, pousse des deux mains le rocher du dialogue vers le sommet de la montagne  et qu’à chaque fois qu’il approche du but, l’immense rocher roule jusqu’au bas, poussé par des forces hostiles. (…) Sauf que dans la version togolaise du mythe de Sisyphe, le supplice du héros est atténué par les encouragements du peuple honnête et de la foule des partenaires au développement qui du bas de la montagne voient bien les efforts qui sont déployés et les résultats qui sont enregistrés.

Sacrée plume, sacrée inspiration, sacrée comparaison que celle de cet éditorialiste de l’hebdomadaire togolais Le Libéral résumant par le très célèbre mythe de Sisyphe les tensions sociopolitiques actuelles au Togo. On ne pouvait attendre mieux en ces périodes sensibles où notre pays, pour la énième fois depuis sa fatale rencontre avec Eyadema, la plus sinistre et tragique rencontre de son histoire, est au bord de l’implosion. Faure Gnassingbé alias Sisyphe et son gouvernement, poussant le lourd rocher du dialogue togolais vers le sommet, encouragés par le peuple togolais reconnaissant, mais empêchés dans leur ahan par des forces hostiles, le Collectif Sauvons le Togo ! Du champagne pour notre cher éditorialiste, inclinons-nous devant la pertinence de cette plume.

Fasse Dieu que les forces hostiles qui empêchent Faure Gnassingbé et son clan de pousser le rocher du dialogue togolais vers le sommet crèvent un jour, que le dialogue aboutisse, que la réconciliation du peuple togolais soit effective, que tous les Togolais meurtris et blessés dans leur amour-propre retrouvent la joie de vivre, que les veuves qu’Eyadema, ses fils et ses militaires ont fabriquées un peu partout au Togo oublient leurs maris, que les orphelins ayant perdu leurs parents que le clan Gnassingbé a assassinés sèchent leurs larmes, que les réfugiés politiques et tous les exilés togolais retrouvent leur patrie, que ceux que les lagunes de Lomé et la mer ont engloutis durant les périodes de crise retrouvent la vie, que les citoyens que les militaires, policiers, gendarmes togolais, ivres d’alcool frelaté, de haine, de frustrations et de vengeance ont mutilés retrouvent leurs membres… et que Faure Gnassingbé devienne, enfin, le héros national qu’il a toujours voulu être au Togo, et qu’il n’a jamais pu être. Vivement, ce jour ! Pour reprendre le titre d’un éditorial d’un autre éditorialiste togolais, un vrai cette fois-ci, un bon.

Quel triste destin que celui du peuple togolais ! Le bonheur des indépendances si vite étouffé par presque quarante ans d’inertie, quarante ans à supporter les matoiseries, les mensonges, les atrocités, les horreurs et les meurtres d’un cultivateur et lutteur traditionnel devenu un militaire aux compétences douteuses puis président de la République par un grand hasard de l’histoire. Quarante ans à supporter la taie qu’était Eyadema sur le cristal de la fierté nationale, et à sa mort, au lieu d’une libération nationale, la vraie, on bute sur un héritier lubrique cocaïné, un mollasson aussi dépourvu de volonté qu’un zombi, ayant fait de la soldatesque togolaise son principal bouclier contre les contestations qui n’ont jamais cessé de s’abattre sur lui.

Combien d’années, combien de morts, combien de mutilés, combien de réfugiés, combien d’insurrections vont-ils, enfin, suffire à Faure Gnassingbé pour qu’il comprenne que le peuple togolais ne veut pas de lui, n’a jamais voulu de lui, ne voudra jamais de lui ! Le problème togolais, l’éternel problème togolais ne peut jamais se résoudre par un dialogue avec Faure Gnassingbé, son clan et ses militaires, car justement c’est eux le problème, l’éternel problème du Togo. Faure Gnassingbé est une calamité, une vraie, et le Togo ne sera que jurons, que colères, qu’insurrections, que sang, que larmes, tant qu’il sera au pouvoir. Et voilà justement là où Faure Gnassingbé se rapproche de Sisyphe. On a, des fois, l’impression que tout semble aller au Togo, que les esprits vont s’apaiser, que les victimes vont faire l’effort d’oublier leurs meurtrissures, que le peuple togolais va enfin commencer à y croire, que les bourreaux et leurs victimes vont enfin faire l’effort de s’entendre, que le lourd rocher va enfin se stabiliser au sommet de la montagne… mais une loi, une phrase, un mot, un geste… et tout s’explose de nouveau, tout redevient feu, et sang, et larmes. Le rocher retombe.

Voici sept ans que Faure Gnassingbé nous livre un spectacle de tortue au Togo, nous perdant du temps, croyant danser pour plaire, mais ne pouvant jamais être apprécié par le peuple qu’il tente de séduire, à cause de sa carapace, l’image du sanguinaire dictateur que fut son  père, l’image de cette armée louche et barbare qui l’a intronisé en 2005, l’image de toutes ces victimes qu’il a faites pour s’emparer du pouvoir, l’image de la maffia qui l’entoure comme collaborateurs, l’image de son incompétence et mauvaise foi qui lui collent à la peau… Sept ans que Faure Gnassingbé a essayé de se faire accepter par les Togolais, alignant des dialogues après des accords, des comités d’enquêtes après des comités pour la justice et la réconciliation, des excuses après des discours… même un parti politique flambant neuf pour faire oublier l’horreur que représente celui de son père, le Rassemblement du Peuple togolais. Avec un seul succès, les révoltes populaires, le rejet de sa politique et de sa personne.

Non, cher éditorialiste, ce ne sont pas des forces hostiles qui empêchent Faure Gnassingbé de calmer le Togo, c’est la malédiction que lui ont flanquée son tueur de père avec son fardeau de victimes, le nom qu’il porte, un nom encore trop taché de violence et de sang dans la mémoire des Togolais, l’armée togolaise qui l’a imposé, sa propre mauvaise foi… c’est le malheur qu’il représente pour le peuple togolais qui l’empêche d’atteindre le sommet avec son rocher. Le peuple togolais n’est pas dupe. Les spécialistes honnêtes l’avaient prédit depuis 2005 à la mort d’Eyadema, quand l’armée togolaise exterminait les Togolais pour imposer Faure Gnassingbé, le peuple togolais n’était pas encore prêt à accepter un fils d’Eyadema à sa tête, à forte raison un fils imposé dans le sang et les larmes.  Et la seule solution de ce peuple humilié se retrouve dans cette phrase de Maximilien de Robespierre, Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs. Faure Gnassingbé est le fruit d’un viol, le plus hideux viol déjà commis sur la constitution et les institutions togolaises, et le peuple togolais ne cessera jamais de se révolter, tant qu’il sera au pouvoir.

Toujours là, le Sisyphe togolais, maudit par son nom, son père et l’armée, ployant sous son lourd rocher, cherchant des raccourcis et des échappatoires pour atteindre le sommet de la montagne. Vivement ce jour ! Pas celui où il atteindra le sommet, comme jamais il ne l’atteindra. Mais celui-là où ce lourd rocher qu’il a délibérément choisi de pousser lui passera au travers des mains et lui fracassera le crâne ! Pour que le peuple togolais retrouve, enfin, sa dignité bafouée.

 

 


Le féticheur et ses gonzesses au cyber

 

Un féticheur africain

Souley est catégorique, il ira au Togo et même au Bénin, le saint des saints, dès la semaine prochaine consulter un féticheur, il doit impérativement envoûter Alimatou, cette jeune étudiante malienne de vingt-et-un ans qui depuis 2008 l’a sucé jusqu’à la moelle, sans jamais lui avoir ouvert les portes de son pays de Cocagne, avant de le plaquer, fini, la semaine passée. J’ai souri. Dire que je l’avais averti ! Ces petites étudiantes de Bamako sont des monstres, aussi redoutables qu’un dragon dans un film asiatique des années Bruce Li, que je lui avais conseillé en 2008, quand excité comme un ministre de l’Education togolais suivant une élection Miss Togo, il m’avait parlé de sa relation avec sa dulcinée. La boucle, le jaloux ! Je l’ai bouclée, moi le jaloux. Et, pendant quatre ans, il s’est fait escroquer par cette petite fille, avant de se faire jeter dans la rue la semaine passée comme un chien galeux, la dulcinée lui ayant signifié qu’elle n’était pas prête à mener la vie avec lui, elle avait un amant en Espagne qu’elle devait partir rejoindre. J’ai rigolé !

Je rigole toujours, non seulement de sa mésaventure, mais de sa fatale décision d’aller finir ses économies, d’aller se finir, pour consulter au Togo ou au Bénin un féticheur pour charmer la tapineuse. Disons que je crois à nos féticheurs et à leurs forces, parce que j’ai eu toute mon enfance et mon adolescence pour les expérimenter. Né en ville, j’ai pourtant passé mon enfance et mon adolescence dans mon village natal, Mission Tové, situé à une trentaine de kilomètres de Lomé la capitale togolaise, parce que j’eus le malheur de naître à une époque où mon père, comme tout polygame qui se respecte, avait décidé d’expédier ma mère, sa première femme, loin de sa nouvelle et fraîche conquête qui ne supportait pas la vieille importune qu’était ma maternelle.

Enfant gâté suscitant la jalousie des villageois parce qu’ayant un père fonctionnaire aisé, élève jeune, intelligent et turbulent se moquant à merveille des vieux cancres des classes, j’ai été à plusieurs reprises envoûté et j’ai des fois frôlé la mort, comme par exemple en 1990 où à six ans je fus rendu infirme durant trois mois par un paquet indésirable d’épingles et d’hameçons qui me furent envoyés dans le corps, ou en 1999 où je perdis la vue à quelques jours de mon examen du Brevet d’Etudes du Premier Cycle, punition du major de ma classe que j’avais traité de gros porc bouché parce qu’il n’était pas arrivé à résoudre une simple équation à une inconnue. Mon village, Mission Tové, malgré son beau nom à la blanche, est l’un des coins les plus réputés du Togo en sorcellerie, fétichisme et autres pratiques des forces occultes.

Mais je rigole toujours devant la menace de mon infortuné Souley d’envoûter sa malienne, parce que j’ai depuis longtemps compris que nos fétiches, même les plus redoutables, tout comme la plupart de nos références historiques, ont beaucoup perdu avec l’invasion de la technologie, la mondialisation, la globalisation et tous ces autres concepts à connotation occidentale qui ont façonné notre génération, les conditions n’étant plus réunies pour qu’ils soient efficaces. Ma lointaine mémoire d’ancien charmeur de filles me ramène quelques pratiques fétichistes pour envoûter des filles, des pratiques que j’ai essayées dans le temps et qui ont donné des résultats satisfaisants, mais dont les limites sont aujourd’hui aussi visibles que la lubricité dans les yeux de Faure Gnassingbé.

1990. J’avais six ou sept ans. Très jeune, mais déjà grand fan de Miriam, la jeune fille de huit ans de notre voisin, un ingénieur agronome. Après quelques jours de drague infructueuse, Miriam remarquant plutôt mon rival Rodrigue aussi nul à l’école que Balotelli à une finale d’Euro contre l’Espagne, mais suffisamment doué en foot pour plaire à une fille, je décidai de l’envoûter. Simple, le remède. Une tête de margouillat séchée et écrasée, la poudre dissoute dans une boîte de parfum, le mélange à verser dans l’urine de la fille convoitée. C’était la belle époque où les filles, pagnes ou robes retroussés, les fesses au vent, les cuisses écartées, urinaient partout par terre. Je traquai la Miriam durant une journée dans la cour de l’école et arrivai à mettre mon mélange puant dans son urine derrière une salle de classe. Deux jours après, je frottais mon petit papa tendu et raidi contre Miriam dans un coin de notre classe vidée des élèves, après l’heure de la sortie. Fétiche super nickel, oui ! Mais le drame aujourd’hui est que les filles n’urinent plus par terre, des toilettes étant installées partout, et ce fétiche si efficace naguère risque d’être aujourd’hui pour le charmeur de filles une éternelle boîte puante aussi encombrante que le vieux loup français Charles Debbasch au Togo.

1999. Je venais d’entrer au lycée. Eliane, une fille de ma classe me tournait et la tête et les entrailles. L’avoir. Obligatoirement. Première tentative, échec. Deuxième tentative, Je ne veux pas de toi, fiche-moi la paix. Troisième tentative, une gifle, et une convocation chez le surveillant général du lycée pour harcèlement sexuel. Rendez-vous chez le féticheur, ma belle ! Le féticheur me remit une amulette et me demanda de la tenir dans mes mains, à minuit juste, et prononcer quatre-vingt-dix-neuf fois le nom d’Eliane, les esprits profiteraient de l’obscurité totale de minuit pour aller lui voler son âme en plein sommeil et me l’amener. J’obéis. Une semaine après, j’étais le prince charmant d’Eliane, les esprits ayant volé son âme, en plein sommeil, à minuit. Mais aujourd’hui, avec ces postes téléviseurs et autres appareils électroniques à deux balles de la Chine, ces multiples chaînes câblées au prix d’une baguette de pain, la prolifération des boîtes de nuit et bars à putes des Chinois et des Libanais, et surtout cette putain de Facebook, on se demande quelle jeune fille dort encore à minuit. Les fétiches risquent d’aller tomber sur la belle pas assoupie au lit mais suivant au salon un feuilleton hindou aussi nul qu’un discours du capitaine Sanogo, ou dans un cybercafé trompant un zozo bébête sur Facebook, ou dans une boîte de nuit frottant sa nymphomanie contre la libido raidie d’un lascar cocaïné. Et avec toutes nos capitales, sauf Conakry, éclairées maintenant à toutes les heures, ces fétiches-là qui n’officient qu’avec la complicité de l’obscurité doivent vraiment se poser mille questions sur leurs stratégies.

2004. J’étais, jeune technicien supérieur fraîchement sorti de l’école, tout orgueil, toute fougue, stagiaire dans une agence de la Banque togolaise pour le Commerce et l’Industrie. Cherita, une jeune stagiaire d’une année moins âgée que moi m’hypnotisait par ses déhanchements à faire piquer une crise d’épilepsie à Silvio Berlusconi. Feu rouge, elle sortait avec un footballeur, rien qu’un footballeur mais un footballeur quand même, c’est-à-dire un mec au niveau d’éducation aussi douteux qu’un avion fabriqué en République démocratique du Congo, mais capable de venir chercher sa nana en voiture tous les soirs, l’amener dans un snack, lui offrir un téléphone portable, des cartes de recharge, tout ce que le demi-intello raté masturbateur que j’étais n’était pas capable d’offrir à une fille, eût-elle une hanche aussi fournie que celle d’une danseuse de Femi Kuti . Au secours, féticheur ! Le féticheur me demanda un brin de cheveu de la Chérita, ce que j’arrivai à avoir après trois jours de gymnastiques, profitant de son sommeil pour lui en couper un petit morceau, comme c’était la belle époque où certaines de nos filles savaient encore qu’elles pouvaient être belles avec leurs cheveux naturels. Le jour suivant, Chérita, subitement folle de moi comme une jeune veuve de son pasteur, rompait avec son nullard mais riche footballeur. Son cheveu l’avait livrée. Mais aujourd’hui, avec toutes ces mèches brésiliennes, argentines, colombiennes, indiennes, et il paraît même qu’il y en aura bientôt des bantoues, des mèches de femme bantoue, mon Dieu, eh bien, aucune de nos filles ne veut plus laisser ses cheveux naturels, oubliant ou ignorant que nous pouvons en avoir besoin pour les envoûter. Même les mendiantes aux feux tricolores de Bamako, tendant la sébile, ont des perruques ! Des ennemies du progrès de nos fétiches et féticheurs, de vraies !

 


Ma Gabonaise n’ira jamais au paradis

 

Miss Gabon 2012, toi au moins t’iras au paradis, ma belle

Dieu seul sait que j’ai des rêves prémonitoires. Je savais, en me réveillant ce matin, qu’une très bonne nouvelle, une aubaine, m’attendait durant la journée. Mon rêve me l’avait dit. Je m’étais vu à une table dans un grand restaurant togolais, la tête posée sur les cuisses de la plus belle Miss déjà élue au Togo, et là ce n’est pas encore la merveille parce qu’une Miss au Togo, c’est comme une star dans l’équipe nigérienne de foot, du borgne au pays des aveugles donc, mais on fait avec, je m’étais, donc, vu, bien fringué, maquillé et travaillé comme le capitaine Sanogo avant une intervention télé, dans un restaurant togolais, la tête posée sur les cuisses de la plus belle Miss déjà élue au Togo, grondant et giflant par moments le serveur du restaurant qui n’était autre que Faure Gnassingbé. Moi, client autoritaire, je grondais et giflais Faure Gnassingbé, minable petit pauvre serveur, la tête posée sur les cuisses d’une Miss Togo. Ce rêve ne pouvait me présager qu’une très bonne nouvelle durant la journée…

… et le coup de fil de Urcia. Salut Dave, ben ça fait vieux là, tu cherches plus à savoir comment va la poubelle que t’as jetée, hein, c’est Urcia, bébé Bongo comme tu m’appelles, eh bien, je t’informe que je viens de décrocher ma maîtrise, mon séjour au Mali est terminé, je veux pas faire mon troisième cycle dans ce pays où tous les cancres passent si facilement aux examens, je dois donc retourner à Libreville, mais je veux passer les sept jours qu’il me reste à faire à Bamako à mener la vie avec toi. Je t’invite donc ce soir à la Terrasse des Délices, viens me chercher à vingt heures, tu connais où me trouver. Hein, Urcia ! La Urcia à moi, c’est-à-dire à moi-même, Urcia qui m’invitait, après trois ans de séparation et de silences, à mener la vie avec elle durant une semaine, mener la vie, une nouvelle expression sortie droit du petit précis du dévergondage des jeunes filles de Bamako pour englober la débauche, la fornication, l’adultère, les partouzes et autres saletés avec des partenaires incertains.

Urcia, ex parmi mes ex, rien à faire, en ton nom, et au nom de toutes les Gabonaises que j’ai connues avant et après toi, je consacrerai avant la fin de cette année un livre aux Gabonaises, un livre que j’intitulerai avec l’étonnante sobriété qui me caractérise, Casse-toi, pauvre Dieu, et laisse les Gabonaises gouverner le Paradis, un livre dans lequel je dirai ce que je pense de vous, parce que je vous aime de toute mon âme, nom d’un pervers incurable, vous êtes les filles les plus généreuses d’Afrique, sortir avec vous c’est automatiquement devenir un gigolo, comme vous êtes prêtes à entretenir, comme vos bébés, vos amants avec tous vos sous, toutes vos forces, toutes vos rondeurs, et toutes vos profondeurs, vous êtes justement le contraire de ces petites mendiantes maliennes qui la bouche en accent circonflexe vous susurrent tous leurs malheurs une fois que vous commettez le crime de leur faire la cour, leur colopathie à traiter, les ordonnances à acheter à leurs petites sœurs parce que, aïe pitié, leur père polygame les as abandonnées pour une femme plus jeune, leur basin à acheter pour aller au mariage d’une cousine, leurs frais de scolarité à payer pour pouvoir composer en fin d’année… la peste, ces petites talibés maliennes ! Mais vous, vous les Gabonaises… hum,  avec les billets de la maffia des Bongo… D’ailleurs, je casserai bientôt la représentation de Jésus que j’ai à mon chevet pour y mettre la photo d’une Gabonaise, vous êtes, vous les Gabonaises, ma nouvelle divinité.

La Terrasse des Délices. La musique a démarré, on est parti pour vous déloger, on vient pas vous menacer, mais la danse d’Afrique va vous emporter… Déhanchements d’enfer des dévergondées sur la piste de danse. Faut très rapidement convaincre les vieux blancs barbus et ventrus installés autour des tables à vite choisir le sandwich dans lequel ils disparaîtront durant la nuit.  Nous consommons, Urcia et moi. Ecoute, Dévé, avale comme tu veux, y a que ça à faire maintenant, il paraît que des barbus cocaïnés descendront bientôt au nom de Dieu détruire tous les bars à Bamako et fouetter à mort tous les garçons et filles qui s’aiment ou se niquent, eh bien, débauchons comme si c’était notre dernier jour sur terre, t’inquiète pas pour la facture, je gère tout, ce vieux chauve franc-maçon d’Ali Bongo croit avoir fermé les robinets, des sornettes, oui, tant que le cul puera la merde, nom d’une Gabao, Dévé, je te jure, y aura toujours des fuites au Gabon, ça tu peux me croire, bourre-toi donc la gueule comme tu veux, nous avons toute une semaine de vie à mener.

Je me ferais tuer pour les Gabonaises, Terre et Ciel ! Il faut couper, faut décaler, couper décaler, faut couper, faut décaler… Je prends Urcia par la taille, et elle en a, la taille, comme toute fille de l’Afrique centrale moins la Centrafrique qui se respecte, me trémousse pendant quelques minutes avec elle sur la piste de danse, manquant de vomir tous mes intestins sous le parfum cadavérique des aisselles des petites putes qui continuent, par leurs coups de reins endiablés, à allumer le feu des vieux blancs spectateurs. Je commence à être présent, c’est-à-dire à sentir que je suis là, moi-même je veux dire. Urcia me sent, c’est-à-dire qu’elle sent que moi-même je commence à être là. Elle me murmure à l’oreille, Payons et rentrons, je commence à te sentir.

Payons, hein ! Cette forme du verbe payer me paraît subitement si angoissante, si agressive, si mortelle. Urcia fait signe au serveur qui amène une facture de plus de cent mille francs, mon salaire mensuel d’enseignant vacataire quand je ne chôme aucun cours dans le mois, ou que Sanogo ne se saoule pas pour faire un coup d’Etat dans le mois, décrétant un couvre-feu dans tout le Mali. Urcia tâte son portefeuille et s’exclame ! Elle a oublié de prendre des sous. Ecoute Dévé, tu paies, je te rembourse une fois que nous arrivons chez moi, fais vite et rentrons parce que je commence sérieusement à te sentir, ça m’excite grave. Je caresse ma poche, pas pour chercher mon portefeuille où je n’ai pas plus de dix mille francs, mais pour sortir mon revolver OT235-C35. Ça doit vraiment être si sensationnel, abattre une Gabonaise dans un bar à putes.

Je suis dehors, quelques minutes après, cherchant mon scooter dans le parking, toujours complet, c’est-à-dire avec Urcia, mais sans mon passeport, ma carte consulaire et les pièces de mon scooter confisqués par la sécurité du bar. Je viendrai les chercher demain. Hâtons-nous, ma bichette, de mener la vie avant l’aube, les barbus arrivent pour nous fouetter au nom d’Allah, nous sales bouffeurs de tomate. Je fonce à travers des raccourcis, suivant les indications d’Urcia, mon scooter roulant presque à la vitesse de croisière d’un avion d’une compagnie aérienne de la République démocratique du Congo s’apprêtant à se crasher.

Monsieur, la police, veuillez descendre de la moto et présentez-nous vos pièces et les pièces de votre moto. Panique. Je ressemble à un militaire malien devant la mitraillette d’un combattant rebelle touareg. Urcia descend de la moto et rejoint le groupe de six policiers en riant. Je ressemble, euh, je suis un zigoto dupé, et qui monte, violenté par deux robustes policiers, dans une fourgonnette de police pour aller dormir parmi des brigands et des malfaiteurs dans une puante et infectée cellule de commissariat, parce qu’il n’a ni ses pièces d’identité, ni les pièces de la moto qu’il conduit. Bonne nuit, Dévé, j’espère que tu mèneras bien la vie cette nuit dans ta cellule avec les brigands, beaucoup d’entre eux sont des pédés, je suis gentille, très gentille, et demain matin je t’amènerai une couche, ah oui, c’est pas possible, comme demain matin je pars définitivement pour Libreville, c’est ça ma monnaie que je t’ai gardée depuis trois ans maintenant, j’espère que t’as retenu la leçon, on ne plaque pas une Gabao comme tu me l’as fait il y a trois ans, allez, demain tu pars payer ce que nous avons consommé pour récupérer tes pièces, du moins si tu arrives toujours à marcher sans couche, bonne nuit et amuse-toi bien.

La fourgonnette démarre. Je suis coincé sur une banquette-arrière entre deux policiers aux visages aussi hideux qu’un masque dogon fabriqué par un borgne. Urcia fait des signes de la main au policier qui conduit et hèle un taxi en riant. Je pense que je dois changer le titre de mon best-seller consacré aux Gabonaises, avec un clin d’œil à ma doyenne Tanella Boni, Ma Gabonaise n’ira jamais au paradis.

 


La belle nuit où j’ai tué un policier

 

Je me suis fait arrêter par la police hier nuit, autour de vingt-trois heures, à quelques mètres de ma maison. Bah, la police malienne et moi, une très longue histoire d’amour. Je ne suis pas ce que l’on peut appeler un noctambule, genre habitué des boîtes de nuit, des bistrots ou des boîtes à putes, mais je flâne toujours quelque part dans mon quartier, à des heures plus ou moins reculées de la nuit. Soit de retour d’un de ces multiples bars ivoiriens ou togolais qui jonchent tous les coins et recoins de Bamako, où en manque d’inspiration je m’en vais des fois implorer les Muses devant une bouteille de bière, contemplant la principale matière première de la plupart de mes textes, des filles dévergondées alignant bassesses après cocasseries, soit durant de petits aller et retour dans les ruelles du quartier, bâtissant en mémoire le plan d’un article ou d’une nouvelle à taper sur les hernies de Faure Gnassingbé, soit cherchant à provoquer de petites bonnes nymphos, sombres dulcinées, qui se font culbuter à mort sous les murs des maisons inachevées par de vigoureux jeunes gardiens excités par le thé et goinfrés de ces produits aphrodisiaques traditionnels que vendent les commerçants ambulants nigériens, bon médicament, papa, maman va beaucoup aimer, même à quatre heures du matin tu es toujours debout et dur… Mon fouet, Allah, mon fouet ! C’est à les évanouir de cent coups de fouets partout sur le corps, et les marier sous leurs murs de la fornication, ces petites bonnes et gardiens, fornicateurs pas même voilés. On vous aura, tas de fornicateurs nocturnes, tas de mangeurs de tomates, on vous aura, inch Allah !

Je me suis, donc, hier, fait arrêter, pour une énième fois, par la police malienne. Je revenais d’un bar togolais où une jeune coiffeuse togolaise avait organisé le cinquième anniversaire de sa rencontre sur Internet avec son mec blanc, histoire de montrer à ses copines qu’elle carbure grave, cinq années à sentir en soi du blanc, rien que du blanc, à ne consommer que du blanc, messieurs et dames, ça se fête. La police me dressa un procès-verbal oral. Défaut de pièce d’identité, défaut de pièces de mon scooter, veuillez descendre de votre moto et suivez-nous à la police, monsieur. La réponse à cette chanson classique, je la connais. Monsieur excusez-moi, je sais que je suis en infraction, mais on peut négocier, écoutez… Une main dans la poche de mon pantalon qui glisse tout doucement dans l’hideuse main rugueuse qui s’est ouverte contre ma cuisse, et l’infraction est lavée dans le sang d’un billet de mille francs froissé.

Mais disons qu’hier nuit, j’avais décidé de faire autre chose, je voulais un peu m’amuser, même les polygames maliens, avec leur équipe de quatre femmes autorisées, recommandées par l’islam comme ils le disent, s’en vont encore se foutre en l’air avec de petites merveilles dépravées dans des chambres de passage, la routine étant mortelle. Je décidai, donc, de ne pas présenter mes pièces, mais de suivre les agents de l’ordre au commissariat de police. Tu seras enfermé au commissariat et tu ne retourneras pas chez toi avant d’avoir payé une vignette et une assurance pour ta moto, comme tu ne veux pas reconnaître ton infraction et négocier. Je suis partant, les gars, allons-y, j’adore l’univers carcéral, qu’est-ce que vous croyez, hein, si je passe tout mon temps à tirer sur les poils du cul de Faure Gnassingbé et ses militaires, c’est justement parce que je veux qu’ils me foutent en prison, mais comme le gars est tellement occupé à envoyer des sms genre bébé, trouve-moi à la présidence ce soir, je t’offre la direction d’un service public, tu sais que je peux tout te donner, hein, eh bien, il ne me remarque pas, faites-moi donc, mes amis, l’honneur de m’emprisonner comme un brigand parce que vous m’avez arrêté sans les pièces de ma moto, mon défunt père vous en sera très reconnaissant, il est si gentil qu’il vous invitera même à dîner avec lui pour avoir emprisonné son fils bien-aimé qu’il a laissé orphelin depuis maintenant douze ans.

Je fus enfermé, après quelques minutes, au commissariat de mon quartier. Mon scooter mis en fourrière. Enfermé avec une dizaine de noctambules parmi une vingtaine de brigands et de délinquants allongés par terre, dans une pièce de neuf mètres carré non éclairée où bourdonnaient des moustiques gorgés du sang souillé des détenus. La toilette interne, puant avec audace et maîtrise, était remplie de gros cafards dont certains entraient dans les plats éparpillés dans la pièce. Je venais de voir ce que j’ai toujours voulu voir. Ces policiers enferment donc les citoyens qu’ils ramassent dans les rues la nuit, des fois même à des heures pas tardives, des citoyens dont la seule faute est d’avoir oublié leur carte d’identité, dans les mêmes cellules que les malfaiteurs, voleurs, violeurs, tueurs… Je ne sais pas combien de temps j’aurais pu tenir, mais j’avais commencé à sentir, après une dizaine de minutes, des démangeaisons partout sur le corps. Mon allergie héréditaire n’était pas loin. Je fis signe, à travers la grille de la porte de la cellule, à un agent, et il se précipita vers moi.

– Je paie combien pour la contravention, hein, je dois rentrer.

– Dix mille francs, six mille pour défaut de vignette, quatre mille pour défaut d’assurance.

– Pardon, monsieur, je n’ai pas tout cet argent, je ne peux pas payer, je suis étranger, je suis togolais et…

– On s’en fout, être étranger ne signifie pas ne pas être en règle, tu crois que quoi, hein, que je vais me mettre à genoux devant toi parce que tu es étranger, hein.

Je lui sortis et ma carte consulaire, et mon passeport, et la vignette de ma moto, et l’assurance. Panique.

– Mais alors, tu avais tout ça et tu ne nous as pas montré, hein, tu es monté dans notre voiture, c’est toi qui nous achètes de l’essence, hein, écoute, tu paies cinq mille francs forfaitaires pour dédommager le commissariat ou tu ne bouges pas d’ici, c’est un manque de respect, et ça peut te coûter cher et…

Il voulut s’éloigner. Je ne pouvais plus rester des minutes de plus dans cette poubelle et voir ma peau que je me grattais avec frénésie devenir aussi rugueuse que les aisselles d’une pute nigériane retraitée. Je lui tendis un billet de cinq mille francs, et un bon d’essence de deux mille francs pour notre amitié. Il les prit, les glissa dans une poche de son uniforme, et m’ouvrit la porte de la cellule. Son visage s’illumina subitement. De quel pays je venais donc, hein, que faisais-je comme boulot, depuis combien de temps j’étais au Mali, pourquoi je ne parlais pas bambara, qu’attendais-je pour épouser une Malienne, hein, elles sont très belles ou bien, ah, il aime les Togolais, ils sont gentils, disciplinés et travailleurs, nous serions désormais de bons amis, lui et moi… Nous rentrâmes dans le bureau du commissaire où je présentai mes pièces et récupérai la clé de mon scooter.

– Euh, monsieur le commissaire, j’ai donné cinq mille francs et un bon d’essence de deux mille à l’agent pour vous remercier.

Le commissaire, grave, fixa l’agent. L’agent, blême, mit la main à la poche et sortit le billet et le bon d’essence qu’il tendit au commissaire. Le commissaire empocha le pactole, me serra la main et me souhaita bonne nuit. Je serrai la main à mon ami l’agent. Une main si moite, si vide. Je sortis du bureau en souriant.