David Kpelly

Le syndrome-ci du Togolais indigne

 

Maman Togo, Number 1!

Il y a deux semaines, pour une complication survenue à Lomé lors du renouvellement de mon passeport, je m’étais tellement énervé contre le Togo que j’avais publiquement, sur ma page Facebook et dans une interview en ligne, déclaré que j’allais changer de nationalité. Le problème a été résolu par un mentor, écrivain togolais. Il y a de ces moments où la lourdeur de l’administration togolaise, les horreurs et matoiseries de la dictature, les cocasseries de notre opposition, les crimes et violences de notre armée, les humiliations de nos policiers et gendarmes horripilent, effarouchent tellement que l’amour pour le Togo en prend un coup. On se sent du coup si malheureux d’être togolais, parce qu’on n’a pas de bons dirigeants. Mais il y a aussi de ces moments où certains actes isolés, certaines habitudes, certains travers, certains vices, certaines perversions de nous autres petites gens, nous qui semblons ne rien représenter dans la marche de notre pays,  poussent à la révolte, tout comme les agissements de nos hommes politiques et de nos corps habillés.

J’ai assisté, avec un groupe de quatre compatriotes travaillant comme moi à Bamako, le soir du 08 juin 2012, devant un restaurant togolais détenu par une Togolaise, à l’une de ces scènes qui vous révoltent contre votre identité. Nous étions partis discuter de la semaine autour d’un plat du pays, quand nous butâmes, juste à l’entrée du restaurant, sur une bagarre. Deux femmes se battaient. Et s’injuriaient en mina, la principale langue parlée à Lomé. Des Togolaises, toutes les deux. Une nièce et sa tante qui est la détentrice du restaurant. La nièce d’une vingtaine d’années avait une partie de sa perruque enlevée, et une grosse bosse sur le front, la tante, plus battue, tout le visage griffé, la jupe complètement lacérée qui laissait entrevoir sous la lumière son slip, les seins au vent. L’objet de la bagarre, la tante d’une cinquante d’années, restauratrice et pute à ses heures perdues, qui tentait d’arracher un gros client, un Blanc, à sa nièce pute à temps plein. La tante avait fait venir du Togo la nièce, il y a six ans à Bamako, pour l’aider dans son restaurant. La nièce, avide d’argent, s’était reconvertie en pute, une pute à succès qu’avait fini par convoiter sa tante qui décida aussi de se lancer dans le job si rémunérateur de sa nièce. Concurrence déloyale, la tante novice volait des clients à la nièce pro, jusqu’à vouloir toucher au Saint des Saints, le Blanc en question ! Et comme un Blanc est un Blanc, un trésor qui ne se ramasse pas n’importe comment par n’importe qui – ça peut payer en euros, ça peut amener en Occident, un Blanc, la nièce avait décidé de défendre, coups, bec et ongles son butin. Un groupe d’une centaine de personnes s’était formé autour des bagarreuses, certains filmant la scène avec leurs téléphones portables. Tapis rouge à la bêtise made in Togo !

Les Maliens, suivant un principe religieux, comme ils le justifient eux-mêmes, ont hiérarchisé les péchés, comme ils stipulent qu’il y a plusieurs enfers, et que les péchés les plus graves conduisent à l’enfer le plus enfer. Et le plus grave péché, dans cette Table dela Loimaliano-malienne est le péché de la chair. Le péché de la chair commis au vu et au su de tous. Un vieil imam aux tibias écaillés ou un vieux commerçant polygame goinfré de viagra qui amènent de petites filles, au plus profond de la nuit, faire le tour de toutes les chambres de passage et d’hôtel ne choque pas à Bamako, comme ils ne le font pas à la lumière. Mais un jeune couple amoureux qui ose marcher main dans la main dans la rue déclenche des réactions hostiles d’une violence inouïe, une jeune fille légèrement habillée durant la journée est foudroyée le long de son trajet par des yeux menaçants, alors que la nuit c’est la débandade des décolletés, de tous les minis les plus minis, de toutes les extravagances. Forniquez, débauchez, dévergondez, prostituez-vous, mais pas à la lumière, la loi de Bamako.

Et pourtant, c’est dans le péché de la chair commis en plein jour, à la lumière, devant l’opinion publique, que beaucoup de Togolaises et Togolais se sont désormais spécialisés  à Bamako, ternissant au jour le jour la belle renommée que la nationalité togolaise a toujours eu au Mali. Voir nos filles, les Togolaises, habillées à moitié, la plus grande partie de leurs corps nue, donne déjà des frissons, mais ce qui fait passer par la tête des idées de meurtre c’est ces manières lubriques qu’elles ont de marcher dans les rues, baragouinant le mina, battant des mains ou riant bruyamment pour attirer l’attention. Des meilleures cuisinières, domestiques, serveuses, commerçantes, étudiantes… les Togolaises deviennent, jour après jour, les plus grosses putes des boîtes de nuit et autres coins de débauche de Bamako.

Quant aux mâles ! Ce sont les tontons niqueurs de Bamako. Les plus graves affaires qui ont conduit, ces derniers temps, des jeunes Togolais devant des juridictions maliennes ont été des affaires de femme. En 2009, l’histoire de ce Togolais ayant rendu enceinte la fille d’une femme avec qui il sortait, la fille de sa maîtresse donc, avait défrayé la chronique dans l’un des quartiers les plus populaires de Bamako, un autre avait distribué des grossesses un peu partout dans la maison où il avait loué avant de s’enfuir, un autre encore avait rendu enceinte la femme de son employeur, un quatrième avait essayé de faire avorter une de ses élèves de seize ans, une affaire qui avait failli tourner au drame, un cinquième avait arraché à un vieux marabout sa jeune femme, ce dernier ayant juré d’éliminer toute sa famille rien qu’avec des sourates, inch Allah !  Il fut un moment, entre 2011 et 2012, des Togolais de certains quartiers de Bamako avaient subi des attaques isolées de braqueurs qui tiraient sur eux, les traquaient jusque chez eux pour leur arracher leurs motos après les avoir blessés. L’affaire parut si étrange, dans la mesure où c’étaient seulement les Togolais qui étaient victimes de ces actes de vol et de violence. On comprit plus tard que c’étaient des règlements de comptes d’un groupe de Maliens vengeant les leurs opposés à des Togolais pour des affaires de femme.

Et pourtant nous avons toujours été respectés ici. Les plus grands immeubles de Bamako ont été construits par des Togolais, les cuisiniers dans les plus grands restaurants et hôtels d’ici sont des Togolais, on y retrouve des écoles, surtout primaires et secondaires, où tous les enseignants sont des Togolais exigés par les promoteurs, les banques, bureaux d’études, compagnies d’assurance et autres entreprises bamakoises regorgent de Togolais appréciés pour leur sérieux, leur honnêteté et leur ponctualité. J’ai accepté de vous donner ma fille parce que vous êtes togolais, vous n’êtes pas comme les autres étrangers, disait avec un grand sérieux un père de famille malien dont un compatriote ingénieur épousait la fille en 2010.

Je ne sais pas si vraiment comme l’affirme cette thèse paraissant si récupératrice c’est la dictature, la longue dictature d’Eyadema qui à force de nous terroriser à fait de nous des hommes plus ou moins disciplinés, ordonnés et ayant une aversion poussée du faux, mais je sais que les plus forts moments de fierté que me procure ma nationalité sont ceux-là où l’on sourit ici, rassuré, quand je dis que je suis togolais. Les sourires de mes collègues àla Banquede l’Habitat du Mali quand je me présentais le premier jour de mon stage en avril 2008, les sourires de mes directeurs et collègues dans les écoles, les sourires de mes étudiants convaincus qu’un prof togolais est toujours un label de qualité, les sourires dans les marchés, dans les rues… Nous sommes des gens bien, Togolais, et nous pouvons le rester !

Deux femmes, nièce et tante, se battant en pleine rue, presque nues pour un même homme, devant des passants, c’est de la bêtise. De la bêtise qui est générale. Qui est universelle. Mais aux yeux de ces passants, dans cette Afrique si morcelée, si différente, si compliquée, c’est de la bêtise togolaise. Et de la bêtise, du moins certaines bêtises, des bêtises d’une si grande bassesse, nous n’en avons pas besoin, ni à l’intérieur ni à l’extérieur de notre pays. Défendons et gardons au moins le respect et l’honneur que nous donne encore ce si petit pays. Nous qui semblons avoir tout perdu avec la dictature, notre cauchemar.


Ma fille-dictionnaire plus l’addition

 

Portrait d’une jeune fille malienne

Suite à mes articles Capitaine Sanogo, le septième amant et L’Ivoirienne s’agenouille pour sucer, respectivement consacrés aux Sénégalaises et aux Ivoiriennes, deux ou trois Maliennes jalouses m’ont écrit sur Facebook pour m’exprimer leur colère. Eh bien, Dave, notre Dévé à nous, comment peux-tu être aussi sadique avec nous, hein, nous t’avons accueilli ici les bras et d’autres parties de nos corps ouverts, quand en 2008 tu fuyais ton petit pays de merde-là où la dictature voulait te dézinguer, voilà que t’es là à écrire des articles sur les autres filles et pas nous, eh bien, dis, elles ont quoi plus que nous, ces Sénégalaises noires-charbon et ces Ivoiriennes vantardes-là hein, tu dis que les Sénégalaises sont belles et les Ivoiriennes généreuses et niqueuses, eh bien, qui t’a dit que les Ivoiriennes savent mieux niquer que nous, hein, c’est pas parce que tu nous vois faire semblant que tu vas dire que les Ivoiriennes niquent mieux que nous, pour nous-là c’est à cause de la religion que nous jouons les hypocrites, sinon si c’est la nique-là, Dave, va te coucher pour dormir, faut pas faire, plus niqueuse que Malienne tu crèves, le danger c’est que tu risques même d’écrire sur les Guinéennes avant nous, et là ce sera la mort, parce que ces Guinéennes-là et nous, y a pas photo, si ce n’est qu’elles sont plus spécialisées dans la création de scandales dans des hôtels de luxe, t’es là tout le temps à nous critiquer que nous sommes des limes, que nous demandons trop de l’argent aux hommes, eh bien, on va faire comment si nos hommes sont moches, ne savent pas draguer comme les Ivoiriens et les Togolais, et pire sont des polygames, hein, tu épouses un Malien, il t’use en te faisant des enfants rachitiques, t’envoie à la retraite et épouse une autre fille, au nom de la religion, nous gagnons donc quoi durant nos années de retraite si ce n’est ce que nous leur avions soutiré quand nous étions à la page, hein, bah, écoute, Dave, si tu veux pas que nous envoyions des hommes du capi Sanogo te loger deux explosifs dans ta gueule de petit tombeur, eh bien, fais un article sur nous, nous sommes après tout tes secondes chouchoutes après ces Togolaises courtes et laides-là, hein !

J’ai, du coup, senti une forte empathie vis-à-vis de ces pauvres filles jalouses. Je les ai comprises. Voici quatre ans qu’elles partagent mon quotidien. Etudiantes, fiancées, presque-fiancées, copines, ramassées-dans-les-boîtes, voisines, amies, bonnes… les Maliennes m’ont  tout donné. Et j’ai décidé de leur consacrer un article, un souvenir lointain surgi à la suite d’un film que j’ai hier suivi, The Sleeping dictionary, où il était question de filles asiatiques, des filles-dictionnaires, que des fonctionnaires coloniaux britanniques utilisaient pour apprendre la langue des indigènes, mais aussi pour se réchauffer durant les nuits de grande fraîcheur.

Disons que j’ai aussi eu une fille-dictionnaire quand je suis arrivé au Mali en 2008. J’avais 24 ans. Le propriétaire et toute la maison ne m’avaient pas caché leur étonnement quand je leur fis savoir que j’étais célibataire. Célibataire à 24 ans, haram ! Un de mes colocataires, un enseignant peul, eu la magnanimité de mettre à ma disposition sa jeune fille de seize ans, Leïna, pour m’apprendre le bambara, dialecte dominant au Mali. Chaque nuit, Leïna m’amenait un grand plat de riz préparé par ses parents et restait avec moi jusqu’à une heure tardive de la nuit pour m’apprendre le bambara. La saison des pluies arriva et les nuits devinrent si froides, trop froides pour le jeune célibataire solitaire et étranger que j’étais. Leïna me réchauffa une nuit.

Ce que j’aime des Maliennes, c’est cette anecdote qui circule sur elles, stipulant qu’au nom d’un principe religieux que j’ai toujours du mal à comprendre, elles ne se refusent jamais à leurs maris. Femme, tu ne t’opposeras pas aux désirs de ton mari. Donc, selon cette logique, tu as une Malienne et tu peux tirer ton coup trois cents soixante-cinq fois par an, trente fois par mois, sept fois par semaine, vingt-quatre heures par jour si tu veux. Elle n’a pas le droit de te refuser. J’aime cette soumission des Maliennes. Je leur consacrerai très bientôt un livre, sans doute celui par lequel je deviendrai tellement riche au point de me payer une suite à l’hôtel Sofitel de New York et exiger une Guinéenne comme femme de chambre, un livre que j’intitulerai, avec la simplicité de tous les titres de mes futurs best-sellers, en faisant un clin d’œil à mes supers mentors Alain Mabanckou, Et Dieu seul sait comment la Malienne dort, ou Florent Couao-Zotti, Notre Malienne de chaque nuit. Si je trépasse sans avoir pu épouser une Malienne, qu’on me momifie et m’expose au Musée dela Femme du Mali.

Leïna me réchauffa, donc, cette nuit. Et se présenta la nuit suivante avec son bol de riz habituel et un bout de papier. Mon père t’envoie les choses à payer pour marier une femme selon nos coutumes, il est au courant de notre relation. Des vertiges ! Quelle relation, hein. Elle parut étonnée. Mais la relation de toi et de moi, ou bien. Juste par curiosité, je jetai un coup d’œil sur le bout de papier en souriant, amer. Des bœufs, des pagnes, des.. des… des… à acheter, pour payer la dot d’une seule femme, d’une femme-même-pas-femme, une fille de seize ans ! Va te renseigner sur nous, ma vieille. Venir du Togo où les parents supplient leur beau-fils ayant confisqué leur fille depuis plus de dix ans, lui fabriquant des enfants à loisir, de venir juste leur donner une bouteille de liqueur et une bouteille d’eau pour symboliser la dot de leur fille, où des couples ses sont formés pour des générations sans avoir pensé à cette histoire de dot, où ma femme signifie celle qui habite avec moi et me fait à manger à moi et à mes gosses et non celle que j’ai épousée, où déjà quand une fille commence à fréquenter un gars les parents lui sortent ses valises, ses bafanas et kpononkpètès, pour aller habiter avec lui gratos, où Etienne, ce conducteur de zémidjan originaire de Vogan avait même proposé à ses beaux-parents de lui prêter de l’argent pour payer la dot de leur propre fille…

… venir de ce pays où on ignore la dot, où le premier citoyen, le président de la République, à plus de quarante ans, fornique toujours et n’a jamais payé de dot, même en rêve, venir du Togo et payer toute cette fortune juste pour avoir tiré un coup avec une fillette de seize ans ! Euh, écoute Leïna, je sais pas ce que tu appelles notre relation mais sache que même si je dois t’épouser, il va falloir que je te connaisse un peu plus parce que… Elle tira la bouche en signe de mécontentement, Me connaître comment, hein, tu me connais déjà, ou bien. Je m’obstinai à la raisonner. Ecoute, si je ne te connais pas assez et que tu ne me connais pas assez, après le mariage, on risque de ne pas se comprendre et… Elle coupa, Et qu’est-ce qui nous empêchera de divorcer, hein, tu ne vois pas tous ces gens qui divorcent ici chaque jour, hein, ici le divorce est plus facile que le mariage, tu pourras me divorcer si je ne te conviens pas. Je pouffai de rire et décidai de couper court, Je n’ai d’ailleurs pas d’argent, le montant de toutes ces choses est trop élevé. Contre-attaque, Mais tu travailles, ou bien, tu n’as qu’à faire un prêt à la banque pour payer, c’est ce que les fonctionnaires font ici, ils font des prêts pour payer la dot, pourquoi toi tu ne peux pas le faire, hein. Cette fille avait la chance qu’en quittant le Togo j’avais oublié mon revolver OT235-ER, une arme qui m’avait déjà servi à tuer trois fois au Togo, successivement un rat domestique dans notre cuisine, un pintadeau boiteux dans notre cour, une tortue dans notre champ. J’allais lui livrer deux ou trois balles dans cette gueule en accent circonflexe qu’elle me faisait. Faire un prêt pour payer la dot d’une fille de seize ans ! Valait mieux en faire pour acheter des cartes de recharge à offrir à Faure Gnassingbé pour envoyer des textos à son harem de copines. Ecoute, Leïna, propose à tes parents que je paierai la dot, par tranches, après notre mariage, dans trois ou quatre ans, je t’épouserai quand tu auras au moins vingt ans, pour le moment, soyons des… Elle s’abaissa, ramassa le plat de riz que je n’avais même pas encore touché, m’arracha le bout de papier, Va t’faire niquer en enfer, vieux connard ! Hein, elle avait même déjà appris ma langue de pute, mon Dieu !

 


Faure et ses putains font le trottoir !

Je suis tombé ce dimanche 04 juin 2012 sur un article sur le fameux site d’informations togolais www.republicoftogo.com, article publié le 1er Juin 2012 intitulé Voracité sexuelle chez les dirigeants du Frac ? Le Frac, Front républicain pour l’Alternance et le Changement, étant un regroupement des grands partis politiques togolais d’opposition créé en 2010 pour faire face à la machine à fraude du régime dictatorial cinquantenaire togolais représenté par le Rassemblement du Peuple togolais, Rpt.

Voracité sexuelle chez les dirigeants du Frac ? que s’intitule l’article dont voici le contenu, Les rassemblements hebdomadaires du FRAC le samedi sur la plage de Lomé n’ont pas comme unique vocation de dénoncer la politique gouvernementale. C’est aussi, selon Togo Réveil paru vendredi, une occasion de rendez-vous galants et plus si affinités. L’hebdo relate l’histoire d’une militante assidue des sauteries politiques de fin de semaine qui s’est retrouvée enceinte, résultat de la voracité sexuelle d’un des leaders politiques de ce mouvement. Et elle serait loin d’être un cas isolé, selon le journal.

Pour ceux qui connaissent www.republicoftogo.com qui se positionne comme le site d’informations officiel de la République togolaise, ce contenu convient parfaitement à la ligne éditoriale de ce site qui, loin d’informer les Togolais et le reste du monde sur le Togo, est un laboratoire à mensonges et manipulations du Rassemblement du Peuple togolais – désormais baptisé Unir, sacrée cocasserie pour un nom de parti politique, Unir, ça sonne plutôt comme le nom d’une association de ménagères villageoises revendeuses de poissons fumés se regroupant pour faire un prêt de deux cent mille francs auprès d’une micro-finance, un site manipulateur, mensonger, donc, que ce www.republicoftogo.com, que le Rassemblement du peuple togolais a toujours utilisé pour mentir et valider les horreurs, meurtres, traitrises et stupidités de Faure Gnassingbé et ses charlatans. Tout récemment, ce site, qui se dit vitrine de l’Etat togolais, avait publié un faux rapport, un rapport falsifié sur la torture au Togo, rapport différent de celui remis par les auteurs de l’enquête.

Mais ce qui frappe dans cet article, au-delà de sa vulgarité, est le caractère incertain de son contenu, une incertitude qui se traduit d’abord par le point d’interrogation du titre, et surtout l’emploi du conditionnel dans la dernière phrase. Le site www.republicoftogo.com, site officiel d’informations du Togo qui reprend un article touchant à la vie intime de responsables politiques togolais et de citoyennes togolaises, article dont le contenu n’a aucune utilité, et dont la source doute si fort de ses affirmations qu’elle emploie le conditionnel pour relater des faits normalement vérifiables et justifiables avec des preuves et des témoignages ! On peut comprendre que des journaux et sites privés, dans leur course effrénée vers une audience, choisissent cette méthode pas professionnelle de publier des contenus non vérifiés avec des titres racoleurs et vulgaires, mais que ce site-là qui prétend représenter notre pays aux yeux du monde s’adonne à une telle légèreté !

Si la vie intime des Togolaises et Togolais peut se relater au conditionnel, mode du verbe exprimant une possibilité, une information atténuée, eh bien, essayons avec le citoyen qui dirige tous les citoyens togolais. Article : Faure Gnassingbé, à plus de quarante ans, serait toujours célibataire, aussi indécis que l’âne de Buridan à choisir, enfin, sa femme, il passerait tout son temps à envoyer des sms lubriques aux veuves de feu son père, à arracher les copines des footballeurs du pays, à courtiser les femmes de ses collaborateurs, à construire des villas et des châteaux aux miss du pays, il paraît même qu’un matin, soixante-quatre filles lui auraient ensemble annoncé qu’elles étaient enceintes de lui, et il leur aurait demandé d’avorter contre deux villas, trois voitures de luxe et un poste ministériel chacune, Faure Gnassingbé serait-il vraiment maudit depuis le jour où il aurait essayé, à seize ans, de violer sa propre mère ? Bah, voilà ce que cela donnera, si tous les journaux et sites togolais décident de relater les informations sur les Togolais, les hommes politiques surtout, en employant le conditionnel et des points d’interrogation. Bâtardises !

Dans un pays où les journalistes, même les plus sérieux et professionnels, subissent un chemin de croix quotidien dans l’exercice légitime de leur fonction chaque fois qu’ils essaient de sortir au grand jour un linge sale sur la maffia qui dirige ce pays, un site qui se dit officiel, juste pour discréditer l’opposition, se laisse aller, comme le font les amateurs, à de telles bassesses. Les Togolais, à force d’être frustrés, sont presque devenus des malades mentaux, chacun se livrant, dans les taxis, dans le rues, dans les églises, dans les marchés… à des démonstrations d’injures grossières, juste pour se soulager, atténuer la trop forte dose de fiel qui lui ronge le cœur. Le Togo est classé dernier sur 156 pays selon le rapport mondial sur le bonheur commandité par les Nations unies auprès de l’université de Columbia aux Etats-Unis en 2012. Le pays où les citoyens sont les plus malheureux parmi les 150 pays classés. Et pour rendre les Togolais un peu plus heureux, le Rpt – ah oui, il va falloir nous organiser des cours de répétitions, nous autres feignasses qui n’arrivons toujours pas à retenir que le Rpt s’appelle désormais Unir, le Rpt, donc, les informe que leurs sœurs se font, non, se feraient sauter, comme de vulgaires putes nymphomanes, à la belle étoile sur la plage de Lomé par leurs responsables politiques de l’opposition.

Eh bien, responsables du Frac, veuillez atténuer votre voracité sexuelle à la plage, Faure veut désormais se la faire à l’air libre, sous les cocotiers, dans le sable. Allez Jean-Pierre Fabre et Cie, arrêtez les niques à la plage et laissez faire le professionnel ! Www.republicoftogo.com, un site de trottoir. Un vrai !

 

 


Notre féticheur et l’hernie d’Eyadema

 

Nous, vous savez, nous sommes tous des chrétiens dans notre village. Mission Tové. Les deux preuves, notre village a été le tout premier à accepter l’Evangile au Togo, d’où le mot Mission ajouté à son nom original Tové, et nous avons une grande paroisse évangélique juste à l’entrée du village. Ah, oui, une troisième preuve, notre village n’a pas un nom dévergondé, un nom gâté comme le nom de certains villages togolais, des noms comme Kolokopé, pour dire, euh pour dire, le village de, euh le village de, hein, aïe, Kolokopé pour dire le village de… du… euh… le village du truc-là des femmes, ou Vokoutimé, le coin des tes… Vokoutimé qui signifie le coin des tes… des tes… taments, euh non, ticules ! Kolokopé, village de la chose-là des femmes, Vokoutimé, coin des testicules ! Sacrés villages togolais ! Bon Dieu, comment peut-on avoir des villages de ce nom dans un pays et avoir un président chaste et sérieux hein ! Tu diriges un pays où les villages, à travers leurs noms, invitent à la fornication, et on te demande de te marier, de cesser de te taper les copines des footballeurs du pays, de cesser de renifler le cul des femmes de tes collaborateurs, de cesser d’envoyer des textos aux veuves de ton paternel… Des sornettes, oui ! Moi je dis que notre jeunot de président Faure Gnassingbé a raison d’être un Tout Trou est Trou, spécialiste en remplissage de tous les trous du pays, parce que certains villages togolais ont des noms trop gâtés.

Euh, ouais, nous sommes, donc, que je disais, dans notre village Mission Tové, tous des chrétiens. Des chrétiens authentiques, comme nous avons gardé nos liens avec nos sources. C’est pourquoi très fréquemment, quand certaines affaires sortant de la compétence du Christ et de l’Evangile nous tracassent, nous partons à nos racines pour rapidement les régler. Si, par exemple, un fidèle de l’église veut nous arracher notre femme, parce qu’il la fixe trop à l’église, nous l’expédions six pieds sous terre en sollicitant les services du féticheur du village, Hounon Gonti Gonti Sakplatoké qui a installé son sanctuaire juste à quelques mètres de la paroisse évangélique, et dont on perçoit les dimanches les roulements des tambours durant la messe, certains fidèles esquissant même des pas de danse sur les morceaux endiablés, tout en suivant la prêche du pasteur, d’autres sortant sommairement de la chapelle aller avaler une ou deux gorgées de sodabi, notre alcool local, chez lui, caresser la tête de deux ou trois fétiches légbas, avant de revenir à la messe prendre la sainte Cène. Il arrive même des fois qu’on assiste à des scènes d’envoûtement en pleine messe, un vieillard fervent chrétien s’étant senti embêté par un jeune homme provocateur qui a porté un nouveau complet pour venir à la messe, envoyant un paquet d’aiguilles, d’hameçons, de lames et autres objets tranchants dans le corps du provocateur. Le pasteur suspend donc la messe pour quelques minutes, laissant le temps à des experts d’ôter tout ce cadeau aussi encombrant qu’un sac de porc-épic du corps de la victime. Parce que si Jésus a été célèbre en multiplication de pains et de poissons, personne ne l’a jamais vu ôter des objets tranchants qu’un vieillard africain aigri envoie dans le corps d’un jeune homme zélé.

Nous savons, donc, à Mission Tové, fervents chrétiens que nous sommes, que nous avons toujours été, enlever notre foi chrétienne et l’accrocher à un arbre, selon l’expression populaire, et aller rapidement amputer le bras gauche ou droit qui nous dérange dans le sanctuaire du féticheur Gonti Gonti Sakplatoké. Une femme trop bling bling qui refuse nos avances à rendre aussi puante qu’une musaraigne par l’envoûtement qu’on surnomme Le Parfum de la musaraigne, un enfant trop propre de la chorale des enfants à rendre aveugle, une jeune fille trop intelligente à l’école à paralyser des membres supérieurs et inférieurs parce qu’il ne faut pas confondre les choses, fille c’est fille, et pas autre chose, pas plus, quel droit a-t-elle d’être intelligente à l’école, une fille, hein… Tout le monde connaît la formule dans le village, Jésus, c’est pour les affaires à régler dans l’avenir, le féticheur, c’est pour les affaires à régler sur-le-champ.

Mars 2003. Urgence. Affaire sortant carrément de la compétence du Christ à régler immédiatement. Les fois à accrocher aux arbres, toutes ! On devait tuer Eyadema notre président de la République, l’ancien, le père du petit morveux, euh du petit nouveau. Tuer le père de la nation ! Parce que si Mission Tové est reconnu comme le coin des fervents chrétiens sachant mixer le christianisme et le fétichisme, il ne l’est pas moins pour sa farouche hostilité, comme d’ailleurs toutes les villes et tous les villages environnants, comme toute la région maritime du Togo, à Eyadema et son parti unique le Rassemblement du Peuple togolais, rebaptisé depuis peu Unir par Faure Gnassingbé – drôle de nom pour un parti politique, Unir, on dirait le nom d’un syndicat de jeunes apprentis-menuisiers affamés ! Mission Tové, village d’irréductibles chrétiens-féticheurs résistant toujours à l’envahisseur avait, donc, quelques jours avant les élections présidentielles de 2003, décidé d’éliminer le président sortant, Eyadema, au pouvoir depuis trente-six ans ! C’était le seul moyen d’empêcher le boiteux dictateur de remporter une fois de plus les élections dans un pays où personne à part sa famille et quelques membres de son clan ne votait pour lui. Eyadema ne pouvait jamais ne pas gagner une fois qu’il y avait élection. Il fallait donc l’empêcher de se présenter. Le tuer. Et comme Jésus ne sait pas, ne peut pas tuer, il fallait recourir au féticheur Hounon Gonti-Gonti Sakplatoké spécialiste en fabrication de mort précipitée.

Hounon Gonti-Gonti Sakplatoké consulta son vaudou, le zombi kpanko, ce cadavre qu’il était parti déterrer dans un cimetière de Ouidah au Bénin il y avait vingt ans, et qu’il consultait avant chaque opération funeste. Il faisait fumer trois mèches de cigarette Marlboro au cadavre vaudou – le vaudou kpanko exigeait cette marque de cigarette, crachait sur lui un litre de sodabi et un litre de vin de palme, lui enfilait un préservatif autour de son membre viril toujours en érection, et lui hurlait, en transe, Fiotoooééé, Ecoute, vaudou kpanko, si tu es vraiment mon ancêtre, si vraiment je suis parti te déterrer à Ouidah où tu n’avais pas été bien enterré, si je te tue chaque matin un poulet et chaque fin d’année trois enfants, eh bien, fume ces cigarettes, bois ce vin de palme, bois ce sodabi, et tue-moi X ou Y, tu m’entends, hein, tue-le-moi aujourd’hui même, tu écoutes bien son nom, hein, tue-le, je t’ai déjà enfilé un préservatif comme tu le vois, si tu veux une femme avant d’agir, rentre dans ce village, nique la femme que tu veux, satisfais-toi, et tue-moi X ou Y, tue-le, tue-le, tue-le… Et le zombi lubrique entrait, invisible, dans le village et niquait une fille de son choix. La malheureuse se retrouvait quelques jours après avec un ventre aussi gros que celui d’une femme enceinte, mais elle n’accouchait jamais, et devenait jusqu’à sa mort une terreur dans tout le village, chacun sachant qu’elle avait été violée par le zombi.

Trois mèches de cigarette Marlboro, un litre de vin de palme, un litre de sodabi, un préservatif Protector Plus bien enfilé. Fiotoooééé, écoute, vaudou kpanko, si tu es vraiment mon ancêtre, si vraiment je suis parti te déterrer à Ouidah, si je te tue chaque matin un poulet et chaque fin d’année trois enfants, eh bien, fume ces cigarettes, bois ce vin de palme, bois ce sodabi, et tue-moi dès demain Gnassingbé Eyadema, tu m’entends, hein, tue-le-moi, tu écoutes bien son nom, hein, Gnassingbé Eyadema, tue-le, je t’ai déjà enfilé un préservatif comme tu le vois, si tu veux une femme avant d’agir, rentre dans ce village, nique la femme que tu veux, satisfais-toi, et tue-moi Eyadema, tue-le, tue-le, tue-le…

Le lendemain, Mission Tové apprit qu’Eyadema était gravement tombé malade, presque étranglé par une subite crise d’hernie. Le zombi allait tuer le dictateur. Fiesta dans tout le village, sauf dans la maison du féticheur qui s’était levé ce matin pour buter sur son unique fille avec un ventre aussi gros que les couilles malades d’Eyadema. Homme averti, il fonça droit sur son vaudou. Lui demanda quelle fille il avait niquée la veille. Bah, ta fille, voyons, une vraie clitoridienne, celle-là, et dire que je la dépassais pour aller me la foutre dans d’autres pouffiasses de merde dans ce village, tu me passes une cigarette Marlboro là, hein, répondit d’une voix rauque le zombi.

Au lieu d’une cigarette Marlboro à offrir à son fétiche, le féticheur découpa ce dernier en morceaux, le calcina avec tous ses autres fétiches, et devint chrétien protestant. Deux mois après, Eyadema, éternel vainqueur des élections au Togo, remporta pour la énième fois le scrutin, mais avec une santé défaillante. Deux ans après, il mourut, peut-être de la crise d’hernie que lui avait lancée le zombi, le même jour où fut retrouvée morte, le ventre toujours gonflé, la fille du féticheur niquée par le fétiche kpanko.

 

 

 

 


L’Ivoirienne s’agenouille pour sucer

 

Supportrice de foot ivoirienne

Je fréquente beaucoup les bars et boîtes ces temps-ci. Je suis un homme déprimé. Voici presque deux mois que ma femme Ruth m’a quitté. Elle m’avait surpris un soir, alors que j’étais en train de m’amuser, juste m’amuser au salon avec Djénéba la bonne sénégalaise de ma voisine qui ressemble à une Togolaise ou une Béninoise parce qu’elle est trop courte, ramassée et potelée. Ruth s’était écriée, ivre de rage, de jalousie et de stupéfaction, Hein, David, qu’est-ce que je vois-là hein, après tes étudiantes tu vas maintenant commencer à me tromper avec des bonnes, hein, quel sale porc tu es, imbécile, au lieu de penser à payer ma dot t’es là à me tromper tous les jours, la semaine passée tu as donné un faux rendez-vous à mes parents, prétextant que le capitaine Sanogo et ses soldats avaient barré les routes et t’avaient empêché de venir payer la dot, quand moi je subis les représailles, les injures et les railleries de mes parents et amis parce que j’habite gratuitement chez toi, t’es là à me tromper avec n’importe quel microbe, j’en ai marre, tu comprends, hein, marre marre marre, je m’en vais chez mes parents, tu viendras me chercher quand tu auras fini de faire le tour de tous les culs de la terre, et que tu auras rassemblé la totalité de ma dot, sale vaurien. J’avais supplié en simulant une voix pleureuse, Non, Ruth, ma Ruth à moi, ma petite tasse de chocolat, tu vas pas me faire ça hein, écoute, laisse pour le moment cette histoire de dot-là parce que chez nous au Togo c’est pas notre affaire, la dot, l’exemple nous vient du sommet de l’Etat, regarde notre président Faure Gnassingbé qui a plus de quarante ans, plus de vingt gosses, mais qui n’est toujours pas marié, qui n’a jamais payé la dot d’une femme, il ne fait que s’envoyer toutes les filles du pays, même les copines des footballeurs, et comment veux-tu que moi qui n’ai même pas encore trente ans je paie ta dot, hein, oublie-ça, mon amour, et puis regarde cette fille, tu imagines que moi je peux me la taper, hein, jamais, elle est trop courte, trop potelée, pas belle, elle ressemble à une Togolaise ou une Béninoise, je ne peux jamais tirer sur elle, même Jacob Zuma ne tirerait pas sur cette fille, crois-moi, mon amour, je… Elle avait ramassé ses effets, avait claqué la porte.

La nuit c’est la nuit, tous les chats sont gris, au programme, aucun rendez-vous, c’est vrai on n’a rien mais on consomme jusqu’au matin, ce qui est sûr on est là, c’est Dieu qui nous protège, tôt ou tard, le jour va se leveeeeeeeeerrrrr… » Ce que j’aime des bars et coins chauds des Ivoiriens c’est cette débauche de lubricité, de dévergondage et de nymphomanie dont font preuve les Ivoiriennes. Tu rentres dans un coin chaud ivoirien même sans un centime mais tu en ressors après quelques heures avec une Ivoirienne sous le bras, celle-là même qui t’a bourré de bière, et t’invite à gratuitement tirer ton coup parce que tu as une belle chemise, tu as un joli Sebago, tu as une jolie chaîne au cou, tu ressembles à un ex à elle, tu as une fois fait Abidjan, tu connais une copine d’une copine d’un cousin à elle, tu habites pas loin de sa maison… Ah, les Ivoiriennes, la générosité faite femmes ! Elles ne sont pas aussi chiantes et crève-les-poches que ces petites Maliennes qui même quand tu leur dis Bonjour, te répondent, Hééé tchè, j’ai besoin de 25 000 francs pour mon basin, j’ai un mariage dimanche. Les Ivoiriennes sont des reines, travailleuses, généreuses, niqueuses. Si je crève sans avoir pu en épouser une, qu’on m’incinère et répande mes cendres le long de la Rue Princesse d’Abidjan. Je leur consacrerai d’ailleurs très bientôt un bouquin, un bouquin à leur générosité, que j’intitulerai, pour un clin d’œil à mes mentors Dany Laferrière, Comment sodomiser une Ivoirienne sans dépenser, ou Kangni Alem, l’Ivoirienne s’agenouille pour sucer. Sans doute le livre qui me fera élire à l’Académie française pour, enfin, faire chier Senghor qui même d’outre-tombe continue de nous en mettre plein les tympans qu’il est le seul Africain à avoir siégé dans la plus prestigieuse maison de retraite de France, comme le jeune comédien et humoriste français Nicolas Bedos désigne l’Académie française.

Prends-moi cadeau hooo, allez cadeau hooo, prends-moi cadeau hooo, allez cadeau hooo amène-moi où tu veux, fais de moi ce que tu veux… Je m’apprêtais à me lever, comme un automate, porté par les vapes des cinq bouteilles de Flag ou de Castel que j’avais vidées, je ne fais jamais la différence entre les deux, je m’apprêtais donc à aller prendre une des petites danseuses cadeau hooo, quand des lèvres froides se posèrent sur ma nuque. Un frais parfum m’envahit. Une fille ! Dieu est avec moi. Et pourtant depuis la Saint-Sylvestre 2009 je n’ai plus jamais mis pied à l’église. Que la miséricorde du Seigneur est grande ! Je tournai la tête.

– Héééééé, Fatim, tu fais quoi là habillée comme ça hein, vous êtes en vacances ou quoi, hein, et Casa, Mahamed VI, il va bien et…

– C’est fou comme t’es fou toi, David, tu croyais donc vraiment que j’étais au Maroc, hein, j’irai chercher quoi au Maroc parmi ces arabes hypocrites et barbares, hein, et puis cesse de m’appeler Fatim, mon vrai nom est Audrey, je suis Ivoirienne, donc t’as cru pendant tout ce temps-là que je suis musulmane, que je vis au Maroc, hein, t’es aveugle comme tout le monde, et pourtant tu parais si intelligent, comment tu vas, me dis pas que toi aussi tu fréquentes ces coins chauds, ah, quand la perversité nous tient !

Septembre 2011. Aéroport de Bamako Senou. Porté par cet orgueil qui anime toujours dans les aéroports ceux-là qui ne prennent pas fréquemment l’avion, je bondis, Casanova, sur une jeune fille manipulant un Smartphone aussi aisément que le capitaine Sanogo racontant des mensonges sur la chaîne nationale de télévision malienne. Dieu seul sait d’où me vient toujours cette pulsion de draguailler dans les aéroports. Je m’apprêtais après l’avoir saluée, demandé son nom et sa destination, à lui faire mes blagues à deux balles pour qu’elle me trouve drôle, les filles étant suffisamment bébêtes pour toujours admirer les types drôles, même quand ils sont aussi laids qu’un chimpanzé veuf, quand une voix d’homme l’interpella derrière moi. Histoire de me dire qu’elle était accompagnée, que j’étais en train de sortir de la chaussée. Bonne conduite, respectez le code de la route, monsieur. Je filai doux et m’éloignai d’elle. Mais avant que je me dirige vers la salle d’embarquement, elle profita d’un cafouillage pour me glisser, à l’insu de son chien de garde, une petite note, Fatim X, Catch me on Facebook. Je la cherchai et la trouvai sur Facebook le lendemain. Fatim X, A étudié à : Hautes Etudes Politiques de Casablanca, Habite à : Casablanca. Elle nourrit presque quotidiennement sa page Facebook de photos prises un peu partout à Casablanca, dans des salles des cours, avec ses camarades de classe… Bonne étudiante. Bizarre que je la trouve à Bamako dans cette boîte ivoirienne de basse classe, fringuée comme une tapineuse expérimentée.

– Fatim, euh, je…

– Mon nom c’est Audrey, cesse de m’appeler par ce prénom musulman, ça fait moche.

– Tu fais quoi là, tu habites au Maroc et…

– Sur ma page Facebook et dans les photos, oui, mais tu sais qu’avec l’informatique tout le monde peut habiter partout dans des photos. Je travaille dans cette boîte depuis plus de cinq ans, je n’ai jamais bougé d’ici, et comme tu me vois habillée, tu sais ce que je fais. Le Maroc, ma page Facebook, toutes ces photos, mon faux nom Fatim, c’est pour déplumer ce vieux toutou avec lequel tu m’as vue à l’aéroport, il croit m’avoir inscrite et envoyée au Maroc pour m’épouser après mes études, ces imbéciles ont tellement volé l’argent de ce pays qu’ils ne savent même plus ce qu’ils font.

– Et t’as pas peur qu’il te surprenne un jour dans les rues de Bamako ?

– Hi hi hi, t’es naïf toi, je sors toujours voilée pendant la journée, on est dans un pays musulman, hein, c’est ça l’importance du voile, dommage que certaines femmes musulmanes ne veulent pas piger le message, tu niques à merveille et avec n’importe qui sans qu’on te reconnaisse, hi hi hi.

– Hum, je, tu…

– Je comprends ta surprise, regarde comme tu sues d’étonnement comme un Chinois devant un film porno nigérian, tu as dépéri, t’as quel problème, hein.

– Voici presque un mois que mon passeport est bloqué au Togo, alors que je dois bientôt voyager et…

– T’es fou, hein, c’est quoi un passeport, donne-moi le numéro du directeur du service des passeports de ton pays et demain je prends un vol pour te récupérer ton passeport, ou je te cherche un passeport ivoirien, ou sénégalais, ou malien dans deux jours, bon le passeport malien je peux même te le faire demain avant midi, avec ton nom et tout, t’es mon pote et je veux t’aider.

– Tu es folle toi, tu crois qu’avoir un passeport c’est s’acheter un hamburger hein, lui fis-je, croyant qu’elle plaisantait.

– C’est toi qu’es fou, mon vieux, t’as déjà vu un directeur refuser un passeport ou quoi que ce soit à ça hein, pouffa-t-elle en descendant légèrement sa minijupe, me faisant voir le fil de son string et trois rangées de perles en métal brillant dans la pénombre.

Aïeeeeeeeeeee ! Sapeurs pompiers, ma tête, ma têtooooooooooooooooo ! Elle comprit qu’elle venait de m’allumer, arbora un petit sourire et me murmura :

– Quoi, tu veux tirer un coup ou quoi hein, t’es plus inquiet pour ton passeport, hein, eh bien, on va faire ceci, je te pose une condition, tu tires ton coup et je ne te cherche plus un passeport, ou tu ne tires pas et t’as un passeport ivoirien ou sénégalais ou malien dans deux jours. Choisis.

Embarrassé, j’étais en train de me demander ce que je voulais réellement, un passeport pour voyager, ou un coup pour soulager mes frustrations de nouveau divorcé-forcé déprimé, quand me saisissant par la main gauche, elle m’entraîna sur la piste de danse où les danseuses et danseurs s’étaient déchaînés, Séka, séka, séka, séééééééééééééééka séka !

 


Le capitaine Sanogo au bar masqué

 

Mon capitaine, mon cher bien-aimé capitaine, mon amour doré de capitaine, c’est avec une grande consternation que ce lundi 21 mai 2012, j’ai appris sur les ondes de la Radio France internationale que je capte avec un téléphone portable que m’a prêté Djénéba, la bonne sénégalaise de ma voisine, Djénéba qui ressemble plus à une Béninoise ou une Togolaise qu’à une Sénégalaise, parce qu’elle est trop courte et potelée, euh, oui, c’est, donc, avec consternation, que je disais, que j’ai appris ce lundi matin que vous étiez devenu un ancien chef d’Etat avec tous les privilèges qui se rattachent à ce prestigieux poste.

Hein, que je m’étais écrié, le p’tit il a percé comme ça là ! Donc le Sanogo que je connais, le capitaine Sanogo qui le 22 mars passé lisait un communiqué avec une voix aussi cassée que celle de Kokou Gavo, ce crieur public de mon village réputé pour sa voix qui ne portait pas sur deux concessions, mais qui occupait le poste de crieur public parce qu’il avait donné sa fille aînée en mariage au chef du village sans dot, le capitaine Sanogo au treillis froissé et aux yeux aussi rouges que ceux d’un féticheur cocu est donc devenu un ancien chef d’Etat, avec de multiples privilèges ! Comme Alpha Omar Konaré, comme Georges Bush, comme Nicolas Sarkozy, comme Paul Biya, euh, non, il est toujours en fonction lui, comme… comme Nelson Mandela ! Hein, le capitaine Sanogo est donc devenu Mandela !

J’avoue, mon capitaine, que j’ai eu la chair de poule, ai souri comme une serveuse de bar à qui un conducteur de taxi saoul fait une déclaration d’amour, et me suis dit, Oui, David, tu vas arriver toi aussi, un jour tu vas aussi percer, écoute, si Sanogo aussi a pu devenir une personne importante, un ancien chef d’Etat de surcroît, eh bien, tu deviendras toi aussi un très grand écrivain comme tu le rêves, tu deviendras aussi grand que Gide, que Hugo, que Camus, que Le Clezio, que Kourouma… Sanogo qui devient un ancien chef d’Etat, c’est comme un de ces petits talibés rachitiques qui mendient dans les rues de Bamako qui devient ambassadeur à l’Unesco, c’est comme Djénéba la bonne sénégalaise de ma voisine qui ressemble à une Béninoise ou une Togolaise qui devient Miss Monde, c’est comme Faure Gnassingbé qui fait vœu de chasteté et devient prêtre. Un miracle, oui !

Donc, mon capitaine, vous êtes devenu un ancien chef d’Etat, sans jamais avoir été un chef d’Etat ! Je parie que le bois qui a servi à fabriquer votre berceau, si vous en aviez eu un, doit pousser au paradis. Vous êtes une incarnation de la baraka. Et la rumeur murmure déjà votre salaire mensuel brut d’ancien chef d’Etat, sans les indemnités et autres traitements. Vous percevrez à la fin de chaque mois, et à vie, six millions de francs Cfa, soit 9160 euros ! Plus un logement, des gardes, une sécurité rapprochée, des voyages à l’extérieur pour donner des conférences, comme tout ancien chef d’Etat qui se respecte. Pouah ! Et comme vous n’avez pas démissionné de l’armée, vous avez toujours votre salaire de sous-officier, 41 255 Fcfa. Vous aurez donc, au total, à la fin de chaque mois, 6 041 255 Fcfa !

Révolté, j’ai sur-le-champ passé un coup de fil à un cousin policier brandissant toujours comme un trophée ses dix-huit ans de fonction dans la police nationale togolaise et qui est, depuis son entrée dans la police, chargé de prendre la taille des Togolais pour l’établissement des cartes d’identité. Hé toi, espèce de feignasse, me dis pas que tu vas passer toute ta vie dans ce commissariat de mes couilles à prendre la taille de ces nains de Togolais, hein, est-ce qu’on a d’ailleurs besoin de prendre la taille des Togolais, hein, faut leur mettre tous un mètre trente-trois centimètres, point barre. Ecoute, couz, j’ai un deal pour toi, on va investir dans un coup d’Etat, tu me comprends hein, je t’envoie un peu d’argent tu embobines quelques militaires et vous foutez Faure Gnassingbé dehors, tu comprends, hein, vous n’aurez même pas besoin de le foutre dehors, va falloir juste l’empêcher de rentrer à la Présidence après une de ses longues randonnées nocturnes chez ses innombrables pouffiasses et vous prenez le pouvoir. Tu vois, hein, pour les communiqués je m’en charge. Et deux mois après tu es un ancien chef d’Etat avec plus de six millions de francs par mois. On a besoin de ça dans la famille, parce que dans notre foutue famille-là on n’a que des docteurs, des ingénieurs, des banquiers, pire des enseignants et des agronomes, dis-moi, on va faire quoi avec ces pauvres loosers, hein, nous avons besoin d’un ancien chef d’Etat dans la famille, allez, va me le faire, ce petit coup d’Etat.

Mon capitaine, vous êtes, donc, devenu une vraie personne aussi facilement ! C’est pourquoi je vous invite. Si, je vous invite, mon pote. Retrouvons-nous, vous et moi. Nous deux. Je suis, depuis deux mois, un homme déprimé, depuis que ma femme Ruth m’a quitté. Elle m’accusait d’avoir des relations avec Djénéba la bonne sénégalaise de ma voisine qui ressemble à une Béninoise ou une Togolaise, je lui ai dit, Ecoute, ma michou, n’imagine pas ça, je ne peux jamais tirer sur cette petite fille, elle a juste seize ans, je ne suis pas un pédophile, je ne suis pas un prêtre, je ne peux pas faire ça… Mais elle a quitté. Et je suis déprimé. Et fréquente les bars. Je vous invite, donc, mon capitaine, dans un bar pas loin du camp de Djicoroni Para de Bamako. Vous inquiétez pas, les bérets rouges d’ATT ne vous feront rien, vous les avez tous chassés du pays. Retrouvons-nous donc dans ce bar et levons les coudes. Parce qu’il m’a été conté que vous aimez les lever, les coudes. On le sent sur vous. Voix cassée, yeux rouges, débraillé. Levons les coudes à la santé de toute cette population que vous avez pu berner. A la santé de votre roublardise. Je paie, en attendant que vous ayez votre premier virement de 6 041 255 Fcfa ! Buvons, mon capitaine, vivons.

Vivons, donc, mon capitaine. Il y a très longtemps que vous avez rêvé cette vie d’opulence. La vie de la caserne est trop cruelle. Et trop ingrate. Vous l’avez désormais, la vraie vie. Vivons. Vous vous êtes, dans un de vos premiers communiqués, plaint que votre femme est une ménagère. Quittez-la, cette vulgaire ménagère. Quittez vos enfants dont vous vous êtes plaint qu’ils ne vont pas à l’ école, ils joueront au foot, ou feront des coups d’Etat pour s’enrichir. Retrouvez-moi, mon capitaine, et vivons. Payons des filles, louons des femmes mariées, parce que ça se loue ici, les femmes mariées, il suffit juste de glisser quelques billets au mari sans sous et il vous passe le moteur pour quelques jours. Vivons. Pétassons. Dévergondons. Débauchons. Prenons des chambres de passe comme vous avez l’habitude de le faire ici et perdons-nous dans toutes les profondeurs du meilleur des mondes possibles. Alignons les teufs après les teufs. Les meufs après les meufs. Teufons, meufons à mort. 6 041 255 Fcfa par mois c’est grand ! Pétons la chaleur dans les bars, ces bars masqués et cachés où les gens se saoulent ici sans se faire voir par Allah, dansons sur des anciennes gloires comme Au bal, au bal masqué, Ca fait rire les oiseaux, ou Zaminamina yé yé, waka waka yé yé … ou encore de nouveaux tubes comme, Le saoulard s’en fout, l’hymne national des Burkinabès.

Foutons-nous du monde, mon capitaine, foutons-nous du Nord Mali pour lequel vous avez prétendu avoir pris le pouvoir. Oublions le Nord. Quand on a 6 041 255 Fcfa on se fout d’un petit étourdi qui se fait égorger par un islamiste barbu ou une jeune dévergondée qui se fait violer par des terroristes au Nord. Loin de nous le Nord, mon capitaine, vivons.

J’ai appris que des manifestants survoltés s’étaient le 21 mai passé rués sur votre camp de Kati, cherchant votre tête, vous accusant de les avoir trahis. Foutaises ! C’est maintenant qu’ils se sont réveillés hein ! You malian people are too stupid, fuck you all, men, que vous leur aviez lancé de votre cachette, presque nostalgique du pauvre prof d’anglais que vous avez été.


Le Mali mérite cela, cher monsieur !

Lettre ouverte au Premier ministre malien, Mr. Cheik Modibo Diarra

Monsieur le Premier ministre, suite à l’agression et au passage à tabac de Dioncounda Traoré, le Président par intérim du Mali, dans son bureau présidentiel, bien sûr dans son bureau à la Présidence, le 21 mai 2012, par un groupe de manifestants hostiles à l’accord signé entre la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et les pôles du pouvoir au Mali sur la prorogation de son mandat à la Présidence, vous vous étiez, Monsieur le Premier ministre, indigné. Vous vous étiez indigné, et votre profonde indignation s’était résumée à cette phrase, Le Mali ne mérite pas cela.

Monsieur le Premier ministre, on peut comprendre votre indignation. Votre logique indignation. Vous aviez eu honte. Vous êtes fils du Mali, de ce Mali qui s’est ainsi humilié. Et vous êtes une icône. Vous êtes une institution, connue, reconnue et respectée au-delà des frontières de votre pays. Car, selon cette anecdote qui nous donnait tous, jeunes collégiens ambitieux, la chair de poule, vous êtes le seul Africain travaillant à la Nasa, la très prestigieuse Nasa, et des fois, certaines langues nous ajoutaient, pour nous achever de vénération, que vous avez construit une fusée. Un Africain qui construit quelque chose ! Un Africain qui construit une fusée ! Et nous étions morts d’admiration pour vous, pour l’institution que vous êtes. Et c’est normal, Monsieur, que vous ayez honte de ce qui s’était dans votre pays passé ce 21 mai 2012. Même moi, qui ne suis qu’un résidant au Mali, et qui n’ai même pas le centième de votre prestige j’ai eu honte de cet acte traduisant la plus grosse barbarie. Un groupe de citoyens qui s’infiltrent dans le bureau de leur Président, un docteur en mathématiques de soixante-dix-ans, se jettent sur lui et le frappent, ça fait honte. J’ai toujours eu honte des manifestants maliens. Vous aussi, j’espère.

Monsieur le Premier ministre, Le Mali ne mérite pas cela, que vous aviez dit, les yeux sûrement embués de larmes, la tête lourde de honte. Hélas, Monsieur, sans subversion, sans cruauté, laissez-moi vous dire que le Mali, votre Mali mérite cela, le Mali mérite pire que cela. Mais pourquoi donc ! Je vous réponds, Monsieur le Premier ministre, par cette phrase de William Shakespeare dans Troilus et Cressida, Supprimez la hiérarchie, faussez seulement cette corde, et écoutez quelle dissonance !

Monsieur le Premier ministre, la dissonance qui a toujours régné dans votre pays depuis ce qu’on appelle ici par convention la démocratie, la dissonance qui a commencé à régner dans votre pays depuis 1991 date de la chute du régime de fer de Moussa Traoré, cette dissonance qui a connu l’un de ses moments de gloire le 21 mai passé dans le bureau du Président par intérim, explique le cynisme, hélas combien logique par lequel on peut affirmer que le Mali mérite cet acte de barbarie, cet acte d’animosité, cet acte honteux qui a été perpétré sur la personne du Docteur Dioncounda Traoré. Le Mali mérite pire, car il risque gros, si rien n’est fait aujourd’hui, maintenant, pour arrêter, par tous les moyens, cette dissonance.

Monsieur le Premier ministre, le Mali mérite l’acte ignoble du 21 mai parce que l’autorité de l’Etat, qui est avant tout le garant de la sécurité et de la discipline dans chaque pays normal, dans chaque pays civilisé, a été depuis longtemps supplantée par une autre autorité, celle religieuse, celle des imams et des hauts responsables musulmans. Le Mali est un pays musulman, se plaît-on à dire ici. Reste à comprendre ce que cela signifie, un pays musulman. Soit ! Le Mali est un pays musulman, mais ce ne sont pas les imams et les hauts dignitaires musulmans qui dirigent ce pays.

Le vendredi passé, Monsieur le Ministre, passant derrière une mosquée lors de la prière du vendredi, j’ai entendu un imam prêcher en bambara, prêcher donc, en exhortant un public surexcité et en ébullition de mettre le Mali au-dessus de la Cedeao, de l’Union africaine, de la France et de l’Europe, parce qu’il revient aux Maliens et à eux seuls de régler leurs problèmes. Un acte banal, quand on sait ce que pèsent ces imams dans la vie politique et administrative du Mali. Ils sont les seuls capables de mobiliser des milliers et des milliers de manifestants, pour manifester pour n’importe quelle cause. On les avait vus, en 2011, lancer des appels dans les mosquées, sans l’autorisation des autorités étatiques, demandant aux fidèles de se jeter dans les rues et manifester contre l’intervention de l’Otan en Libye. Parce que l’Otan c’est la France, c’est l’Occident. Et l’Occident c’est le christianisme. Des manifestants électriques, analphabètes, fanatiques s’étaient rués dans les rues, violentant de pauvres innocents Occidentaux ayant choisi de vivre au Mali, loin des palais de leurs pays où avait été prise la décision de l’intervention occidentale en Libye. Les délinquants et drogués, comme d’habitude, en avaient profité pour voler et piller. Personne n’avait osé commettre le péché, l’abominable péché de remettre ces fauteurs de troubles à l’ordre. Ce sont des hommes de Dieu. Et au lieu de calmer leurs fidèles, prêcher la paix et la tolérance durant les périodes de fortes tensions, ils prennent position et prêchent la violence. Au nom de Dieu. Voilà donc, Monsieur le Premier ministre, que quand vous négociiez avec la Cedeao pour une sortie de crise, les tout-puissants imams faisaient dire à leurs fidèles A bas la Cedeao !

Monsieur le Premier ministre, j’ai, le 21 mai, suivi les manifestants lors de leur trajet vers la Présidence. Ils sont en grande majorité des jeunes. Vous les connaissez très bien, ces jeunes-là. Ce sont eux qui, durant les manifestations des étudiants, stipulant qu’ils réclament leurs droits d’étudiants, cassent sur leur chemin tous les édifices publics qui leur tombent sous la main. Ils cassent des bâtiments publics et des voitures publiques, des fois même des propriétés des privés, réclamant leurs droits d’étudiants, alors que leur premier devoir d’étudiants qui est d’aller suivre les cours et d’étudier ils ne le connaissent pas. Ce sont eux qui sont prêts à semer les plus terribles zizanies sur le campus universitaire, forçant tous leurs camarades à boycotter les cours, délogeant les écoles supérieures privées, juste pour manifester contre un professeur qui a puni un étudiant. Ce sont eux qui les jeudis et les dimanches, lors des cérémonies de mariage, au nom de leurs coutumes qui exigeraient des convois pour célébrer les mariés, transforment les boulevards de Bamako en pistes d’acrobaties, montant sur les selles de leurs motos, conduisant les deux mains sur la tête, se faufilant dangereusement parmi les voitures, violant les feux tricolores, sous l’œil imperturbable et presque complice des agents de police qui ne peuvent oser les arrêter. C’est la coutume. Ce sont ces jeunes-là, Monsieur le Premier ministre, ces jeunes-là qui se plaisent à narguer l’autorité sans jamais être punis, qui s’étaient le 21 mai rués sur le Président par intérim.

Monsieur le Premier ministre, j’ai suivi, en avril passé, la vague d’arrestations auxquelles s’étaient livrés les militaires putschistes conduits par le zélé capitaine Sanogo. Des autorités de ce pays ont été arrêtés par des soldats, de simples soldats n’ayant reçu l’ordre d’aucune autorité compétente, des autorités arrêtées, maltraitées, humiliées. Le tout-puissant capitaine Sanogo, se substituant au pouvoir judiciaire, les accusait de haute trahison. Dieu seul sait le degré de trahison pour laquelle il doit être arrêté, lui qui a bloqué le Mali durant deux mois, et qui se retire se la couler douce avec ses privilèges d’ancien chef d’Etat. Vous-même aviez frôlé l’enfer. Aviez-vous posé un acte suspect contre la junte, votre supérieur hiérarchique Sanogo vous aurait arrêté pour impolitesse vis-à-vis d’un capitaine putschiste en passe de devenir un ancien chef d’Etat. Pourquoi vous indignez-vous donc, Monsieur le Premier ministre, si tout ceci a pu se passer dans votre pays, devant un groupe de manifestants tabassant le Président ?

Monsieur le Premier ministre, l’autorité du Mali a besoin d’être restaurée. Maintenant. Enfin. Pour que cette crise qui commence à inquiéter, qui commence à être trop grave, puisse trouver des approches de solutions. Il faut que vous fassiez tout, vous le pôle du pouvoir le plus respecté aujourd’hui, pour que les imams fauteurs de désordre, ces imams fanatiques va-t-en-guerre se taisent. Que ces jeunes indisciplinés capables de se jeter dans les rues à toutes les occasions soient sévèrement punis chaque fois qu’ils oseront des sorties violentes et intempestives. Que l’armée, elle surtout, à commencer par celui-là qui la dirige aujourd’hui, le capitaine Sanogo, qui reste un capitaine et ne sera un ancien chef d’Etat que sur les pages de cet accord qu’il a négocié pour sortir de la misère qui lui colle à la peau, retourne dans la caserne et pense à son premier rôle, la défense.

Le Mali actuel mérite bel et bien la barbarie du 21 mai. Ce qu’il ne mérite pas, c’est ce qui risque de se passer demain, ou après-demain, si rien n’est fait aujourd’hui pour restaurer son autorité qui a été depuis trop longtemps usurpée par la mosquée, la rue et l’armée.


Capitaine Sanogo, le septième amant

 

J’aime les Sénégalaises. Bon, disons que c’est un pléonasme, dire qu’on aime une Sénégalaise. Une Sénégalaise, c’est déjà en soi quelque chose qui s’aime, qui s’adore, qui se rêve,  qu’on désire, quelque chose sur laquelle on fantasme toutes les nuits comme un capitaine raté aigri fantasme sur un grade de général. Une Sénégalaise, c’est une petite merveille harmonieusement bâtie, droite, un majestueux colosse dressé sur des jambes d’échassier, deux boulettes fermes en bandoulière sachant tourner devant ceux qu’il faut et ne pas le faire devant ceux qu’il ne faut pas, deux gracieuses lèvres toujours luisantes sachant sourire à qui il faut et ne pas le faire à qui il ne le faut pas, deux petits yeux de fouine sachant fixer et hypnotiser qui il faut et ne pas le faire à qui il ne faut pas, des dents très blanches avec une jolie raie, une raie-sanogo, contrastant à merveille avec le teint noir de jais, des dents bien blanches qui savent mordre dans ce qu’il faut, où il faut et ne pas le faire là où il ne le faut pas, et, surtout, deux bombes-arrières ondulant sur un morceau de l’ex Youssou N’dour, le vrai Youssou N’dour, des ondulations capables de vous faire oublier les pires calamités de ce bas-monde de miasmes. Ah, une Sénégalaise, un rêve ! Si je défunte sans avoir pu en épouser une, qu’on m’enterre tout juste auprès du Monument de la Renaissance à Dakar, pour que mon fantôme puisse les admirer à loisir lors de ses randonnées nocturnes.

J’aime, donc, les Sénégalaises. Je les aime toutes. Même Djénéba, la bonne de ma voisine, qui ressemble plutôt à une Béninoise, courte, ramassée et potelée, mais qui, comme par miracle, est une N’Diaye, une Sénégalaise donc. C’est pourquoi je leur consacrerai très prochainement un livre, sûrement celui avec lequel je remporterai la même année le Goncourt, le Renaudot, le Médicis et le Femina. Celui dont les droits d’auteur me permettront d’aller me construire une petite villa à mezzanine avec vue sur le palais présidentiel à Lomé et siffler Faure Gnassingbé chaque matin à son arrivée au bureau. Toute douceur, mon panthéon de la provocation. Je l’intitulerai simplement, sans subversion, sans provocation, je l’intitulerai donc, ce livre sur les charmes et la beauté des Sénégalaises, Marilyn Monroe était Sénégalaise. Marilyn Monroe Sénégalaise, donc très sûrement musulmane, Marilyn Monroe en burqua entourée d’une ribambelle d’enfants, au foyer d’un polygame macho, disons que ce n’est pas une très belle métaphore mais passons, je n’ai pas encore trouvé mieux, mon hyper best-seller a encore tout le temps pour changer de titre.

C’est, donc, le projet d’écriture de mon futur succès de librairie qui me permettra très bientôt de devenir aussi riche qu’un footballeur, fût-ce un réserviste du Paris-Saint-Germain, qui m’a, il y a presque deux mois, rapproché d’un groupe de quatre jeunes étudiantes sénégalaises vivant dans mon quartier. Comme toute Sénégalaise qui se respecte, elles sont toutes noires, élancées, rondes où il faut, dansant Mbalax, portant des perles autour des hanches, des perles qu’elles ne cachent pas même devant des étrangers masculins, préparant du riz au gras avec des ingrédients aussi multiples que les clés dans le trousseau d’une femme de voleur, jubilant devant des parties de lutte où des zigotos engraissés comme des truies enceintes se cassent les articulations par dizaines de millions interposés, embaumant leur chambre d’encens, critiquant, reines de l’hypocrisie, leurs colocataires maliens en wolof, et les adulant en français, lançant des cauris, consultant des marabouts comme pour se divertir, s’encombrant de gris-gris, remplaçant les amants au même rythme que leurs jeans plaqués et décolletés. J’adore les Sénégalaises. L’idée est de leur faire parler, dans le livre, des secrets de leur beauté, de leurs charmes, de leurs techniques d’envoûtement si efficaces, de leur premier amour, de leur deuxième amour, de leur troisième amour, de leur plus belle nuit d’amour, de leur plus bel amant, de leur plus chaude envie, de leur art de séduire les hommes par leurs encens et de les tromper avec élégance, de leurs projets, de leurs rêves.

Pas facile, suivre une étudiante sénégalaise bling bling à Bamako qui parle de ses amours. Elle en a tellement. De toutes les nationalités. Dans ce pays où la crise de l’éducation a rendu les études tellement faciles que n’importe quel cancre venant d’un pays limitrophe peut se retrouver un petit génie parmi des étudiants autochtones sachant à peine conjuguer un verbe du premier groupe à tous les temps de l’indicatif, l’université et les écoles supérieures privées sont encombrées d’étudiants de toutes les nationalités d’Afrique. Ivoiriens, Camerounais, Gabonais, Togolais, Béninois, Guinéens, Tchadiens… tous y viennent glaner des diplômes aussi facilement que faire un coup d’Etat au Sahel en mars. Et mes personnages sénégalais en ont tellement mordus puis plaqués que la première m’a raconté cent-trente-six histoires d’amour en un an et demi de séjour au Mali, la deuxième, la plus paresseuse, quatre-vingt-huit en trois ans de séjour, et la troisième, la plus dynamique, deux-cent-cinquante-six en deux ans trois mois.

La quatrième, elle, refusant, discrète, de me conter ses conquêtes, me fit part de son rêve le plus ardent de ces derniers temps, le rêve qu’elle aimerait concrétiser avant de terminer, l’année prochaine, son séjour au Mali, le rêve qui restera pour elle, avant son diplôme en gestion, le plus beau trophée remporté au Mali en quatre années d’études. Partager sa couche, en une semaine, avec sept spécimens différents de mâles. Elle voudrait constituer une sorte de Guinness Book des partenaires de ses parties de jambes en l’air. Le lundi, elle voudrait avoir dans son lit l’homme le plus court vivant au Mali. Je lui ai demandé de chercher parmi les Camerounais, les Gabonais, les Congolais, les Béninois ou les Togolais. Le mardi, l’homme le plus vantard et menteur vivant au Mali. Je lui ai suggéré de chercher parmi les Ivoiriens, car ces gens-là, comme ils se plaisent à le dire eux-mêmes, c’est quand y a bouche que tu vois ivoirien. Le mercredi, le plus débraillé de tous les hommes au Mali. Je lui ai recommandé les Nigériens, elle peut en trouver parmi eux, ces sacrés petits médjiras, qui portent des paires de chaussures en peau de croco sur des joggings. Le jeudi, elle voudrait consommer le plus élégant, gentil et intelligent de tous les hommes vivant au Mali. Je l’ai priée de ne pas chercher loin, j’étais là devant elle, j’étais à elle. Le vendredi, le plus gros soûlard  de tous les hommes au Mali, car pour elle, il n’y a de femme plus comblée au lit que celle d’un soûlard. Je lui ai proposé de chercher parmi les Burkinabè, parce que ces gens qui chantent Le soûlard s’en fout avec la même passion que leur hymne national, il serait presque impossible de dénicher un plus gros soûlard ailleurs que chez eux. Le samedi, le plus louche de tous les hommes au Mali. Les Nigérians et les Ghanéens, que je lui ai recommandés, tout le monde sait qu’ils sont, ces anglophones, les rois de l’arnaque dans nos pays. Le dimanche, son septième amant donc, serait en quelque sorte un condensé de tous les spécimens qu’elle a croqués durant les six premières nuits. Un homme à la fois vantard et menteur, louche, débraillé, soûlard à l’extrême… un spécimen des spécimen donc. J’allais lui dire que c’était presque impossible, que comme le dit cet adage du Togo aucun homme n’est totalement négatif, que même il arrivait à Eyadema et Mobutu d’être des fois humanistes au-delà de leurs crimes et atrocités, que Faure Gnassingbé est libidineux, il la fout au fin fond de tout ce qui lui passe sous le nez mais il n’est pas un soûlard, que Yayi Boni se saoule la gueule à loisir comme un Burkinabè mais il n’est pas louche, Sassou Ngesso est louche, aussi louche jusqu’au point d’aller installer des dépôts d’armes dans les concessions des Congolais, mais il est élégant, il n’est pas débraillé comme les médjiras du Niger… j’allais, donc, dire à ma Sénégalaise nympho qu’elle ne trouverait jamais ce septième amant, un homme totalement négatif, quand à la télévision, qu’elle avait laissée allumée dans un coin de la chambre, commença à hurler une voix d’homme, débitant un communiqué aussi mécanique qu’un tracteur chinois dans une rizière de pays sous-développé. Elle me regarda et me sourit. Je me concentrai sur le discours de notre capitaine putschiste qui veut devenir ou président ou général. Mon personnage avait trouvé son amant du dimanche.  Le septième.